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dimanche 4 septembre 2016

Dieu peut-il me donner raison ?

Une histoire court dans le milieu talmudique qui concerne l'intervention divine. 
Plusieurs rabbins se ''chamaillaient'' sur des questions rituelles importantes, et l'un d'eux proposa que l'on en appelle à l’Éternel pour départager les avis .. 
Mais, alors une deuxième discussion s'en suivit, à savoir s'il appartenait à l’Éternel de donner son avis... En effet, certains soutenaient que ces questions ne Le concernaient pas ; il ne s'agissait que de problématiques ''humaines''... !
Et, il se trouve que l'un des rabbins trouvait cette nouvelle question si importante, que celle-ci devait nécessiter une réponse divine … !
On dit alors, que l’Éternel lui-même ( qui ne répond plus, ou n'intervient plus …) , ne put se retenir de rire...
  • A propos du mot ''chamailler'' : le Talmud ( la Loi orale) est plein des discussions qui opposent les sages entre eux. Les divergences entre l'école de Chammaï et l'école de Hillel sont proverbiales.. Le nom de l'un deux a donné le verbe français ''chamailler''... Chammaï (mort en 30 ap. J.-C.) est contemporain d'Hillel, et comme lui, une figure majeure de la Mishna. Chammaï et Hillel sont tous deux pharisiens et à la tête du Sanhédrin.

Une autre version, sur ce même thème, indique qu'un rabbin célèbre, mis en minorité par ses pairs, en vint à solliciter l’Éternel – requérant par là, à bout d'arguments rationnels, une intervention divine – et dit:
« Si j'ai raison, que ce mur s'incline ». Or, relate de Talmud, par respect pour ce maître là, le mur ( lui-même) s'est incliné... Une autre fois, ce fut : « Si j'ai raison, que ce cors d'eau s'arrête ». De nouveau, par respect pour ce maître, le cours d'eau s'arrêta.

Mais ne l'entendant pas de cette oreille, les disciples se concertèrent et déclarèrent :

«  La Torah n'est pas dans les cieux. Elle est sur terre, elle est parmi nous, et ce n'est pas parce que ce mur s'est incliné et que ce ruisseau s'est arrêté de couler que tu as réussi à nous convaincre. »

Belle formulation pour honorer l'effort de la raison et la responsabilité humaine ! L’Éternel par son rire se félicite que ces hommes aient empêché – en dépit de sa notoriété – ce rabbin de l'emporter, en se fiant à l'entendement humain... L’Éternel s'en félicite comme tout père ou toute mère en pareille situation...


Sources partielles : '' Profession Rabbin '' de Daniel Farhi

lundi 14 septembre 2015

Marre, des 'homélies' sur les Evangiles... !

Il me semble avoir entendu, des années durant, un même ronronnement de commentaires sur les Evangiles ; et avoir eu la paresse de ne pas réfléchir plus avant... Mais le pire, de ce genre de comportement, c'est d'entendre, même de comprendre, sans autre implication … Sans passion. Et le pire, encore ; c'est qu'en fait.... je comprends, je semble acquiescer... mais je n'en suis pas convaincu... Ça ne prend pas... Je ne crois pas vraiment, à ce qu'on me dit... Pourquoi ? ... Quelques exemples:
James Tissot -  Jésus déroule le livre dans la synagogue, (1886-1894)

- Depuis combien d'années, j'entends que les pharisiens sont les ''méchants'', bêtes, bornés.. ? Une catégorie de gens ( du genre 'prélat' ) qui s'affichent, font la leçon, et agissent à l'envers de ce qu'ils préconisent... En fait ; c'est trop caricatural... J'y crois qu'à moitié... D'ailleurs, ils vivent comment ces gens ? De qui, de quoi tiennent-ils leur légitimité... ? Et, quelle est donc vraiment leur religion … ? C'est fou... ! Je ne le sais même pas ! Sauf, bien sûr, le discours classique des différences entre sadducéens et pharisiens...
- Et, à propos : Nicodème, ce gentil pharisien... ? Lui, il serait gentil, mais si bête... ! Il n'a même pas compris que la ''renaissance '' dont Jésus parlait, n'était pas une deuxième « naissance » du ventre de sa mère... ! Mais... En fait j'y ai jamais cru ! Je n'ai jamais cru à la bêtise de Nicodème... J'entends l'homélie : je trouve que tout ceci est bien fade, sans trop d'intérêt : ''il faut se convertir'' : ok !
James Jacques Joseph Tissot
The Repentant Magdalene
- Et les femmes. Bon, Marie est au-dessus de tout, touts les qualités physiques ( 'vierge' est donc une qualité …) et morales … Bon... Je ne suis pas convaincu...Mais bon passons... Les autres femmes, dans les Evangiles, elles sont plutôt 'pécheresses' : Marie-Madeleine, qui se confond avec plusieurs 'Marie' ; et puis, il y a Marie, la sœur de Marthe – celle qui s'agite -, Marie qui a la meilleure part, la même qui est qualifiée de pécheresse parce qu'elle couvre les pieds de Jésus de parfum... Bref ces femmes – pécheresses... : j'y crois pas … !
- La ''samaritaine'', encore une pécheresse … ! Elle a cinq maris... ! Là je ne sais pas qui, qui joue à faire son ''naïf'' comme Nicodème... Mais La Samaritaine 'pécheresse' : j'y crois pas … ! Cinq maris : les spécialistes de la Palestine antique disent que cela ne se peut pas ; ensuite cette femme n'est pas du tout rejetée par le reste de la population de son village : au contraire, il croit sa parole et la suive jusqu'à Jésus qui attend près du puits … Bref ! Que d'homélies qui ne m'ont jamais convaincu... !

Alors .. ? Aujourd'hui, j'ai un peu de temps ; et j'ai énormément soif de savoir ce que me dit ''Vraiment'' ces textes extraordinaires que sont les Évangiles ..

- Avec un peu de temps, je peux tout simplement lire ce que disent les spécialistes juifs de l'époque romaine sur les pharisiens, sur des ''docteurs de la loi'', pharisiens, comme Hillel, et ceux qui ont suivi son enseignement – au temps de Jésus – et qui devaient ressembler à Nicodème … Je peux m'informer sur le Talmud, et chercher à comprendre le judaïsme de l'époque …

- Aujourd'hui, je peux lire ce que de nombreux exégètes disent des Évangiles selon St-Jean, comprendre la richesse des images et symboles employés propre à ''l'école johannique''. 
Jacques-Joseph Tissot, La promesse de Dieu à Abram
Exemple: Venir à ''Midi au puits de Jacob'' pour la Samaritaine, ce n'est pas forcément signifier qu'elle craint de rencontrer quelqu'un ; c'est surtout signifier que Midi ( comme pour Abraham, devant les chênes de Mamré...) c'est l'heure de la Rencontre avec l’Éternel... Etc … Les cinq maris, font peut-être aussi référence aux cinq dieux, et au syncrétisme, dont on accuse les samaritains dans le premier Testament … etc … ( je fais court) ... A suivre.

dimanche 9 août 2015

Croyance – J. Cl Carrière – 3- la Foi, objet de débat ?


Jean Claude carrière, ajoute :
« Il est en effet essentiel, pour un croyant, de se montrer totalement fermé à tout argument qu'on lui oppose. La foi ne veut rien entendre, et c'est à cela qu'on la reconnaît. Elle n'est pas un objet de débat. »
« Toute discussion, toute mise en doute, si raisonnable et si pondérée qu'elle soit, ne sert ni à apaiser ni à expliquer - et encore moins à persuader. »
« Inutile de préparer des arguments pour répondre aux questions qui pourraient se poser, et cela pour une bonne raison : il n'y a pas, ou plutôt il n'y a plus de question. »
« Le croyant contemporain est l'auteur et le propriétaire de la croyance qui le possède, et à laquelle il s'identifie pleinement, ce qui explique la brutalité avec laquelle il traite, souvent, celui qui est le plus proche de lui. "Se odian como hermanos", dit-on en espagnol, "ils se haïssent comme des frères." »
Ces propos sont intéressants, et doivent interroger les ''croyants''. Personnellement, je pense que nous devons travailler à dire le contraire...
Un peu comme ceci :

« Il est en effet essentiel, pour un croyant, de se montrer ouvert à tout argument qu'on lui oppose. La foi peut tout et doit tout entendre, et c'est à cela qu'on la reconnaît. Elle n'est pas un objet de débat, dans la mesure ou on ne recherche pas de consensus, ou on ne travaille pas pour se mettre en accord autour d'une formulation acceptée de tous... Elle est objet de débat, parce que la Foi s'enrichit du dialogue.»
« Toute discussion, toute mise en doute, aussi peu raisonnable qu'elle soit, ne sert ni à apaiser ni à expliquer - et encore moins à persuader... Elle sert à enrichir, douter, et avancer...»
«Il est passionnant de préparer des arguments pour répondre aux questions qui pourraient se poser, et cela pour une bonne raison : il y a fondamentalement au cœur de la Foi, une question non résolue, un doute ... »
« Le croyant contemporain est l'auteur de la Foi qui l'habite, et à laquelle il peut s'identifier, ''tout' donner''.. Cet 'abandon', ce renoncement à autre chose le rapproche de la fragilité de chacun. Dans l'idéal, le croyant n'ayant plus rien à perdre, pourrait s'imaginer comme l'exemple même de l'amour total ...»

A propos de - Croyance, éditions Odile Jacob - Jean-Claude Carrière

vendredi 7 août 2015

Croyance – J. Cl Carrière – 2- la Foi, comme objet de connaissance ?


Personnellement, plutôt que '' Comment peut-on croire ? '' la question qui m'interroge concerne la possibilité de trouver un terrain 'conceptuel' ( sur le plan de la raison ) où ''croyants'' et ''non-croyants'' puissent se comprendre, débattre, et envisager la possibilité ( avec toute leur raison ) de croire ou ne pas croire...

Ce n'est pas si simple … En effet, cette question ne touche pas le même niveau de connaissance...

Par exemple : la recherche scientifique en cosmologie suscite de nombreux débats concernant les ''trous noirs'', ou le ''vide quantique'' ( ou 'pire' : les multivers... ) des hypothèses sur lesquelles les scientifiques peuvent légitimement s'opposer, et, pour l'instant les preuves expérimentales de ces hypothèses sont fragiles … Bien, - on ne sait s'il s'agit d'ailleurs si ces 'hypothèses ' sont des connaissances scientifiques ou des 'croyances' – malgré tout, je considère que ces débats concernent le même champ de connaissance : la réalité matérielle... 

Quand, on parle de spiritualité, nous ne sommes même plus sur ce champ de connaissance... D'ailleurs, et c'est très important : si les scientifiques peuvent à propos des thème précédents avouer sans fausse honte leur ignorance ; la religion n'a aucune légitimité pour y apporter une réponse... Erreur bien souvent commise dans notre histoire... !
A mon avis, le danger de la ''Croyance'' c'est, quand nous confondons science et spiritualité, quand nous évoquons des affirmations pseudo-scientifiques, pour dévier sur la religion.

La violence sur fond d'islamisme radical, elle, nous renvoie au heures les plus sombres de l’obscurantisme de toute une société... A mon avis, ce problème ne relève pas du débat précédent … sinon, de faire l’amalgame entre Foi et Violence.


Aussi, je pense que Jean-Claude Carrière, élude la vraie question de la croyance quand il écrit abusivement : « Nous devons à présent nous faire une raison. A l'issue d'un long combat, la croyance, aujourd'hui, l'emporte sur la connaissance. ». S'il y a crise, aujourd'hui, elle ne remet pas en cause la lente évolution qui conduit en parallèle connaissance scientifique et connaissance spirituelle ...


Quand Jean-Claude Carrière s'interroge :« Qu'est-ce que cette chose étrange que la croyance ? Cette chose qui est en nous et que les progrès de la connaissance depuis deux ou trois siècles n'ont pas réussi à étouffer, interroge. » Je crains qu'il n'envisage ou ne valide, qu'un type de connaissance ''acceptable '' : la connaissance scientifique …

« La croyance a été définie comme une certitude sans preuve. C'est-à-dire “je suis sûr de quelque chose mais je ne peux pas le prouver”. » J. Cl. Carrière

Effectivement, j'en conviens, je ne peux pas prouver ( connaissance scientifique) ma Foi... ! Pour autant, je ne considère pas que ma religion ( à moins d'être désavouée par elle, … c'est possible …) affirme être la seule à posséder ( détenir ) La Vérité... Ce point reste – je le reconnais – crucial … !

mercredi 5 août 2015

Croyance – J. Cl Carrière – 1- Comment peut-on croire ?


Je comprends très bien que l'on puisse être en colère, ces derniers temps contre '' la Religion ''… Même si cette formule me gène par son raccourci … Reconnaissons que les violents conflits religieux actuels, au Moyen-Orient ( mais aussi en Asie ou en Afrique ) sont source de scandale... Ensuite, on peut faire le pas, et s'attaquer à ce que l'on va nommer ''La Croyance ''. Jean-Claude Carrière (*) , a fait le pas, et publie un livre - Croyance, éditions Odile Jacob -

« Se battre pour une terre, pour de l'argent, voire pour une femme, je peux le comprendre, mais pour une croyance, au risque d'y laisser sa vie, je ne peux pas. »
Bien que la motivation de nombreuses de ces guerres soit politique, et qu'il y a des enjeux de pouvoir et de territoire J.Cl Carrière y voient aussi de vraies guerres de religions.

- Il cite un ouléma sunnite de Daech entièrement vêtu de noir qui disait à propos des chiites : « S'ils refusent de se convertir à notre tradition, nous n'aurons pas d'autre choix que de les tuer. » Cette phrase est incroyable : ou tu penses ce que je pense - or ce que je pense est invérifiable - ou je te tue. »

- Il est difficile de comprendre qu'à la veille du siècle des Lumières, un roi se laisse convaincre par son entourage de révoquer l'Édit de Nantes - qui reconnaît les droits des protestants en France depuis 1598 -, ne se rend-il pas compte de ce qu'il va provoquer ? De l'autre côté, comment se fait-il que des Cévenols préfèrent mourir - en masse parfois : 500 villages ont été complètement rasés - plutôt que de renoncer à un aspect de leur foi chrétienne ?

- Dans l'art, et en particulier le cinéma, « Il y a une expression anglaise qui définit ainsi le cinéma : « you must make believe », il faut faire croire. Mais il s'agit avant tout d'un spectacle. Et d'un spectacle avoué. Aucun film ne se présente comme la revendication d'une vérité.

J. Cl Carrière présente ainsi l'énigme que lui pose ''la Foi '' : « ... ce mystère de l'esprit humain : grâce au travail des historiens des religions, nous savons que nous avons inventé les Cieux, nous savons où, quand, comment et pourquoi, mais voilà que nous finissons par croire à la vérité de ce que nous avons inventé... Comment se fait-il que ce qui est au départ une invention, une illusion, devienne pour nous-mêmes une vérité ? Au point de pouvoir tuer et mourir au nom de cette vérité. Cela m'a toujours sidéré. »
Croire, serait-il l'équivalent – pour notre esprit - d'entrer dans le scénario du film, et refuser de sortir de la salle obscure... ? L'imaginaire serait plus fort que le réel... ?

Extrait : « Le croyant et le crédule »

« Je peux m'interroger longuement, et sans résultat - d'ailleurs la pensée est-elle destinée à un « résultat » ? - sur l'aveuglement, l'extravagance, la naïveté, l'obstination et l'extrême brutalité, parfois, de ceux qui croient - et aussi sur le cynisme mercantile de ceux qui donnent à croire. La conviction des croyants est entière et inaltérable. Rien ne l'ébranle, et ce qui paraît troublant, aujourd'hui, en mettant côte à côte la recherche scientifique et la croyance, c'est que la certitude a changé de camp. Le chercheur s'interroge sans cesse, le croyant ne doute jamais. Il faut sans doute, au passage, distinguer le croyant du crédule. Celui-ci avale les yeux fermés toutes les mouches de passage. Il est naïf et un peu bête, une occasion, dans tous les pays du monde, de mille blagues. Il est amusant, nigaud, on lui fait croire tout ce qu'on veut. Il peut aller voir là-bas si j'y suis. Le croyant, au contraire, s'est fixé sur une vérité précise, et il n'en démordra pas. Il ne croira, désormais, que ça. »

(*) Jean-Claude Carrière est l'auteur De l'adaptation du Mahabharata*, avec Peter Brook ; de l'écriture de La Controverse de Valladolid, le sujet de la religion a toujours inspiré J. Cl Carrière.

mardi 21 juillet 2015

La liberté du ' croyant '

« L'homme est libre depuis le commencement. Car Dieu est liberté, et c'est à la ressemblance de Dieu que l'homme a été fait. » Irénée de Lyon, IIe s.

La liberté c'est le préalable inconditionnel à tout chemin de foi. Cette liberté revendique l'utilisation de la raison – incontournable -, mais pas seulement. La liberté, se nourrit de questionnement, de risque, d'hypothèse, d'intuition, de passion …

Si les Evangiles, ne contredisent pas cette appréhension de la Liberté. La religion, beaucoup plus souvent au service des ''pouvoirs'' que des Evangiles, a bafoué cette valeur ontologiquement humaine:

- Parler de liberté, ici ; c'est évoquer en particulier la ''liberté de conscience''. Une idée que la pape Grégoire XVI en 1832, traitait de « délire » ! Plus gravement, en 1864, le pape Pie IX écrivait dans le Syllabus que c'est une erreur d'affirmer  « Qu'il est libre à chaque homme d'embrasser et de professer la religion qu'il aura réputée vraie d'après la lumière de la raison. »

Heureusement, la Liberté ne se donne pas, elle se prend... parce qu'elle est déjà là, en chaque homme et femme... C'est ainsi, que le sens est donné. Le Concile Vatican II , en 1965, reconnaît le droit à la liberté religieuse... Nous y rajoutons ( ''naturellement'' ) la liberté de conscience qui inclut la liberté de ne pas avoir de religion ou d'en changer...

Michel Ciry
On pourrait relever dans le ''droit canon'' actuel, ce qui semblerait un paradoxe :
- (canon 748) : « Il n'est jamais permis à personne d'amener quiconque par contrainte à la foi catholique contre sa conscience »

- (canon 752) : « Ce n'est pas vraiment un assentiment de la foi, mais néanmoins une soumission religieuse de l'intelligence et la volonté qu'il faut accorder à une doctrine que le Pontife Suprême ou le Collège de Évêques énoncent en matière de foi et de mœurs, même s'ils n'ont pas l'intention de la proclamer par un acte décisif ; les fidèles veilleront donc à éviter ce qui ne concorde pas avec cette doctrine »

Intéressant … ! Je n'aime pas l'aspect juridique du ''canon'', qui ne colle pas avec le questionnement spirituel. Mais, je comprends, que l'on puisse éprouver le besoin de formaliser une ''carte d'orientation''... Ce que je retire, de cette formulation, c'est la question de l'obéissance à la Tradition.
'' Obéissance'', ''Tradition'': appartiennent là à un vocabulaire spirituel, qui nécessite – à tout prix – un respect du cheminement spirituel de chaque personne, avec son histoire, sa personnalité, sa liberté... C'est la nécessité pour chacun d'entrer ( librement ) dans une Tradition : nous sommes des nains sur les épaules de géants qui nous ont précédés.
Cette '' soumission ''  n'est qu'au service d'une plus grande liberté...  «  La Vérité vous rendra libres » Jésus dans Jean 8, 32


«  Jésus n'impose jamais... Si tu veux, viens.
Et l'humilité de Jésus est ainsi, Lui, il nous 'invite' toujours. Il n'impose pas...
Jésus ne veut pas des chrétiens égoïstes, qui suivent leur propre 'ego' – ne parlent pas avec Dieu -,
ni des chrétiens faibles, des chrétiens qui n'ont pas de volonté propre,
des chrétiens 'télécommandés', incapables de créativité,
qui cherchent toujours à être connectés à la volonté d'un autre, et ne sont pas libres.

Jésus nous veut libres ! » Le pape François.

mercredi 17 juin 2015

Honneur à l'incroyance : Alain

Ce que l'on nomme 'croyants' trouve matière à réflexion, à la lecture des témoignages de ceux qui se disent ''Incroyants, Sceptiques, athées, agnostiques...'', et qui veulent bien en parler.

Bien sûr, un athée qui ne construirait sa connaissance - que - sur le ''savoir'', ne peut répondre à cette question '' Dieu existe t-il ?'', parce qu'aucune science n'y répondra jamais... a moins de n'en dire plus que ce que l'on en sait. Et de même, pour un ''croyant'' (d'où ce nom ..), sa foi ne peut être de l'ordre du ''savoir''... 
Donc, la question sur Dieu est métaphysique.
Le ''croyant'' a autant d'intérêt à s’intéresser à ce que défendent les agnostiques, que beaucoup d'agnostiques montrent de l'intérêt à la spiritualité en général... Ainsi, j'ai grand intérêt à lire A Comte-Sponville qui reconnaît s’intéresser à l'histoire et aux valeurs de la religion. Mais aussi à bien d'autres penseurs comme :

 Alain (1868-1951)*, qui pense qu' « il n'y a qu'une vérité absolue, c'est qu'il n'y a pas de vérité absolue ». Pour cet homme de raison, la religion est disqualifiée par son caractère irrationnel ; le croyant veut croire avant de savoir...
Pour Alain, le passage du polythéisme au monothéisme s'est fait au détriment de l'humanisme... Suit, la dénonciation du fanatisme, et d'un Dieu violent.
Quant à l'Amour, prôné par le christianisme... : « il ne faut pas moins que l'ordre de Dieu pour qu'on aime un méchant », et pour ce qui est d'aimer Dieu, « aimer la perfection, ce n'est qu'un axiome froid. C'est comme aimer ce qui serait parfaitement beau ou parfaitement héroïque... On ne donne rien de soi ; on est tout ravi... »

Intéressant... non ? Il suffit maintenant de s'interroger, et de répondre en conscience... Non pas, en ''idéologue'', c'est à dire avec le présupposé que je dois à tout prix défendre la thèse ''chrétienne''... Au contraire, je dois d'abord comprendre: pratiquement faire mienne cette thèse opposée, être pratiquement prêt à la défendre... et ensuite m'interroger : suis-je convaincu en moi-même ? En quoi me laisse t-elle insatisfait... ? Que me dit mon expérience ; et éventuellement, que puis-je dire pour justifier de ma foi ?

* Sources : Dictionnaire des athées, agnostiques, sceptiques et autres mécréants, de G. Minois – Pourquoi Alain ? : - parce qu'il est l'un des premiers de cet intéressant dictionnaire...

mercredi 13 mai 2015

Dieu: j'y crois ou j'y crois pas ...? - Réponse à A. Comte-Sponville

J'ai vu, au cours d'une rencontre-débat, le documentaire '' Le philosophe et les croyantes'' de Marjory Déjardin. Ce documentaire de 92 minutes met en scène cinq femmes, plutôt âgées, de religions différentes qui se confient et dévoilent leur approche de la spiritualité à travers une variété de thèmes, tels que la place de la femme dans la société, l’importance de la famille, l’homosexualité, le rapport à l’argent ou encore la solitude.

Ce film interroge sur la transcendance... Peut-on se passer de religion ? Quel est le rapport entre la spiritualité, la morale et la religion ? Cinq visions du monde : Simone, catholique française, Mildred, juive américaine, Toula, musulmane sénégalaise, Elin, protestante norvégienne et Eouch, bouddhiste cambodgienne. Et, face à ces femmes, le philosophe, sur scène, en autorité : André Comte-Sponville, philosophe français et athée.





 Marjory Déjardin, semble convoquer son professeur de philosophie, devant sa grand-mère, afin de mesurer la crédibilité de l'une face au raisonnement de l'autre... Combat inégal sur le plan de la raison... Comte-Sponville est implacable...

A vrai dire, le catholique que je suis, se retrouve bien plus dans les propos du philosophe que dans ceux de ces sympathiques croyantes; même si , finalement, ils me conduisent au-delà, mais avec plus d'intelligence, que la profession de foi athée de Comte-Sponville. Et puis, sans doute que ces femmes, parlent d'autre chose... De ce à quoi Camus pensait, quand il disait, je crois, '' S'il faut choisir entre ma mère et la vérité, je choisis ma mère...''


Par exemple, André Comte-Sponville, reconnaît invivable d'être craintif sous le regard d'un Dieu juge … Mais, si on déclare que Dieu est au contraire 'Amour', il récuse cette possibilité en trouvant tout aussi éprouvant d'être sous ce regard aimant... ''Qui aimerait vivre en permanence sous le regard aimant de sa mère … ?'' . Personnellement, je trouve que cet argument fait mouche ; sauf que... justement, je n'ai jamais pris ''l'amour d'une mère'', comme l'image de l'Amour... Enfin, quelqu'un qui me comprend quand je défend cette idée.. ! Pour une mère, l'enfant est son prolongement, sa vie... Il est soi... L'amour d'une mère, c'est l'amour de soi... De plus, il peut être possessif, et beaucoup d'autres défauts … Bref, l'Amour de Dieu, est bien autre chose ( oblatif, par exemple ...)… Merci, monsieur le philosophe de me permettre de préciser cette notion.

André Comte-Sponville, défend l'idée que le ''croyant'' bénéficie d'une vision rassurante de la mort, entre autres ; et, qu'il est globalement beaucoup plus difficile d'être athée, que croyant... Cette remarque ne me convainc pas, et m'oblige à creuser en moi cette impression … Peut-être est-ce parce que, même si je me définis ici comme ''croyant'' ( pour faciliter la discussion …), je suis à la fois 'agnostique' et 'croyant' : ma foi est sans cesse en question, et ceci n'est pas si confortable... Je dois faire l'effort constamment de ne pas me mentir, de ne pas me conforter par des sentiments agréables qui pourrait endormir ma raison, d'être en éveil … Ce n'est pas si facile … !

André Comte-Sponville, remarque que nous avons tous besoin de 'communier' en quelque chose ; les croyants auraient cette chance de pouvoir profiter de cette organisation à forte cohésion … C'est vrai, à mon avis, que l'Eglise catholique est une organisation qui bénéficie d'une efficacité qui s'est construite au cours des siècles, et qui ' heureusement ' s'est amendée sur beaucoup de points … Pour ma part, elle est aussi difficile à supporter: l'ambiance ''catho'' – repliée sur elle-même - me pèse : elle peut être condescendante, bon chic - bon genre, ' bisounours ', "prions les uns pour les autres .."etc.

Igor Morski 1960
Enfin, une phrase de A. Comte'Sponville m'a interpellé: Il parle de l'Humain, créé à l'image de Dieu ...etc: « La médiocrité de la copie me fait douter de l'original... »... pas mal, comme formule ! Mais, elle ne fait pas mouche, quelque chose ne correspond pas … Si l'Humain, est pour moi au coeur du projet divin, « l'humain » représenté par son comportement au cours de l'histoire plus ou moins récente ne définit pas ce que nous sommes appelés à être... Ce qui compte, à mon avis, c'est la réalité du progrès de sa conscience... Elle est réelle …Même s'il finit par tout faire exploser ...

Cela me fait penser à un autre point qu'il évoque ; la '' Révélation '', cela lui paraîtrait manifeste si dans la Bible, la Déclaration des droits de l'homme et de la femme … leur dignité, égalité ...etc, était clairement et textuellement établie dans La Bible; puisque les hommes alors ( il y a deux mille ans ) n'étant pas susceptibles de pouvoir l'inventer, l'origine ''divine'' serait établie … Faible argument ...!

Je rajouterai ; on pourrait se demander aussi, pourquoi Dieu n'intervient pas ( au 20h. de TF1) directement dans sa Tout-Puissance... ? Pourquoi '' Ressuscité '', il n'est pas allé fanfaronner devant les forces romaines, les grands Prêtres ...etc ?

En fait, quand un ''athée'', vous dit qu'il ne croit pas en Dieu... demandez-lui de quel dieu parle t-il ; il y a de grandes chances que vous n'y croyiez pas non plus … !

jeudi 2 avril 2015

Démythologiser la Bible -2/2-

Pour Rudolf Bultmann (1884-1976) - théologien allemand de tradition luthérienne – Il s'agit donc non pas de démythifier la Bible (ce qui serait le supprimer, comme le fait l'athéisme), mais de démythologiser, c'est-à-dire d'interpréter le Texte. Le mythe est, en effet, une « formation de compromis » entre le divin et l'humain. L'intention profonde du mythe est juste : il veut nous parler de Dieu. Mais – au fil du temps - il semble nous en parler mal, au point de dégrader l'invisible ( par le ''miracle'' par exemple ..!) …

Rudolf Bultmann s’est fait connaître par une conférence de 1941 au retentissement considérable : « Nouveau Testament et mythologie ». Champion de la démythologisation, Bultmann dépasse ce qu’il peut y avoir de déconstructeur dans la méthode historico-critique. Il propose, dans une démarche positive, une interprétation dite existentiale de la Bible.


" Attendre de l'homme du XXIe siècle qu'il donne son acquiescement intellectuel à des énoncés incompatibles avec l'image scientifique du monde, ce serait donc attendre de lui qu'il sacrifie l'exigence de cohérence entre ses pratiques, ses convictions théoriques fondamentales et la façon dont il se comprend lui-même ..."

" L'exigence moderne d'honnêteté intellectuelle rend donc inévitable la question herméneutique."

" Plus personne ne pense la transcendance de Dieu en termes de distance spatiale ( Dieu au ciel ); plus personne n'adhère à une image du monde en trois niveaux spatialement distincts; plus personne n'appelle un exorciste quand il rencontre un être humain allongé au sol et secoué de spasmes. En outre, la possibilité de distinguer entre une représentation (mythologique) et sa signification est devenue pour nous tellement naturelle que, le plus souvent, nous ne nous en rendons même plus compte; intuitivement, nous avons tendance à comprendre comme des symboles ou des métaphores telle ou telle affirmation des textes bibliques que Bultmann aurait qualifiée de ''mythologique''."

Dans sa conférence de 1941, « Nouveau Testament et Mythologie », le célèbre exégète et théologien allemand Rudolf Bultmann s’interroge sur les conséquences découlant du fait que le Nouveau  estament s’inscrit dans une conception mythologique du monde et de la vie. Cette conception n’est plus la nôtre. Le Nouveau Testament n’a-t-il dès lors plus rien à nous dire ? Contre cette position, Bultmann plaide pour une lecture qui le démythologise. Il montre que cette déconstruction de la vision du monde mythologique y est déjà à l’œuvre et que le travail de l’interprétation critique moderne reprend la critique du mythe par le Nouveau Testament. Dans un cours inédit de 1967, le philosophe Paul Ricoeur revient sur ce texte central en expliquant comment cette conception doit être reprise dans le cadre plus vaste d’une herméneutique générale. (*)

Herméneutique: prêter au Texte une vérité que la lecture doit reconstruire afin de permettre au lecteur d'y découvrir une possibilité de se comprendre, et de comprendre le monde dans lequel il vit.

Sources: (*) Nouveau Testament et Mythologie R Bultmann - P Ricoeur


vendredi 27 mars 2015

Démythologiser la Bible ... -1/2--

A ce niveau de la lecture du dernier livre de J. Moingt... J'ai le besoin de reprendre quelques définitions. En particulier comprendre ce que veulent signifier : ''démythisation'' et ''démythologisation''... Cette différence est essentielle et situe bien, où se situe le débat :

La démythisation consiste à repérer des passages de l'ancien et du nouveau Testament, et les considérer comme des '' fables, des légendes, des contes de fées ''… En effet, ils ne correspondent pas à notre manière actuelle, scientifique de voir les choses, le monde, et la nature en particulier. Démythiser revient alors à '' laisser de côté '' ce qui offusque, contrarie notre raison. La Bible est expurgée, et elle est ainsi censurée au nom de la raison, d'une exigence rationaliste et réductrice.

La ''démythologisation'' considère le Texte dans sa manière humaine, terrestre, mondaine de parler de Dieu. Elle considère que la lecture 'croyante' de la Bible suppose toujours une foi en une Transcendance. Le Texte veut par conséquent dire et exprimer Dieu.
Démythologiser consiste à retrouver l'intention première du mythe : une foi en Dieu toute nue. Démythologiser c'est bien dérationaliser (retrouver cette foi originelle), tandis que démythiser c'est bien rationaliser (censurer au nom de la raison).
Fondamentalement, il ne s'agit pas d'éliminer les mythes que l'on trouve dans la Bible (ou dans la mythologie grecque, indienne, etc.), mais de les ''traduire''.

Cette exigence de traduction est la conséquence de la définition qu'il faut donner d'un mythe. Il ne s'agit pas d'une histoire idiote ou bonne pour les enfants et les esprits simples ...
Par exemple : comment parler de cette conviction que ce n'est pas la mort, mais bien ''Dieu'' qui a le dernier mot sur ma vie... ? Je peux – à l'aide de ma culture environnante – chercher à me représenter une image, je choisirai celle de la ''résurrection'', du réveil ( d'entre les morts), du redressement, du ''Vivant'' …
Caravaggio. - Le doute de Thomas - 1602-1603
Par exemple : je peux comprendre et lutter contre mes angoisses ; en en parlant comme s'il s'agit d'êtres qui habitent en moi ( et qui ne sont pas moi ), mais qui déterminent ma vie. Je les appelle, alors, des démons ou des esprits impurs.

Démythologiser la Bible, c'est la lire et l'interpréter sans en rien retrancher ; il s'agit de voir non seulement ce que le texte dit mais bien aussi et surtout ce qu'il veut dire. Il convient donc de retrouver, à travers une écriture humaine, une parole de... Dieu (venue de lui) et qui m'interpelle dans la foi.


dimanche 15 mars 2015

Lecture : De la croyance à la foi critique – J. Moingt -22/99-

Relecture de la révélation du Christ du point de vue d'une foi critique : ( p 412)

J. Moingt, jusqu'ici, a proposé trois lectures successives de la Révélation du Christ :
- 1: La première conformément à la foi de l’Église
Le Christ en Majesté,
miniature de l'Evangile
du monastère de Saint Andronikov
de Moscou, exécutée vers 1374
par Andreï Rublev.
- 2: Lecture confiée ensuite à l’exégèse ( actuelle) historique et textuelle, et se demander si elle confirme l'interprétation traditionnelle, celle qui est passée dans les dogmes de l’Église...

- 3: – Il s'agit donc enfin de confronter les énoncés dogmatiques de la tradition à la lecture scientifique des textes évangéliques, et de le faire dans une perspective de '' foi critique ''… Que faut-il entendre par là ?:
- 3 a/ «  la foi doit accepter de lire l’Écriture comme le font les savants biblistes de notre temps... »
- 3 b/ il faut «  que la foi en intégrant à sa réflexion ces nouvelles significations scripturaires, apprenne à discerner les motivations qui avaient guidé la tradition de l’Église dans des interprétations différentes, afin que la foi se garde identique à elle-même dans la diversité de ses représentations dogmatiques. » ( p 413)

Une '' foi critique '', c'est
- « que la vérité révélée par Dieu ne peut pas être soumise au jugement de la raison naturelle, »
- «  mais que la foi prise ne tant que lumière de la connaissance émanant de la révélation, ne peut ignorer ni rejeter à priori le sens qui tombe sous la lumière naturelle de la raison. L'individu croyant cherchera donc à concilier sa foi avec la raison commune, en soumettant celle-ci à celle-là, et en demandant à la première de tenir compte des critères de vérité de la seconde ; c'est ainsi qu'il entre dans un processus de ''foi critique ''. » ( p 413)

Que dit l’Église ?
«  Elle enseigne que la foi est une lumière surnaturelle qui vient de la révélation, que Dieu donne aux hommes quand il leur adresse sa Parole pour éclairer leur intelligence, afin qu'ils puissent comprendre, et pour mouvoir leur cœur et leur volonté, afin qu'ils puissent y acquiescer librement et volontiers... » ( p 415)
«  révélation et foi s'enveloppent mutuellement passant l'un dans l'autre comme l'endroit ou l'envers l'une de l'autre … la révélation est le dehors de la foi ... » ( p 416)

La recherche théologique :
«  elle refuse de rejeter la foi dans la pure subjectivité du croyant, et d'enfermer la révélation dans l'objectivité redoublée d'une Écriture lue par l'Institution qui en a la garde, ce qui a pour résultat de déposséder le croyant de la vraie intelligence de sa propre foi et le met et le maintient en situation de dominé vis à vis de l'institution qui a la clé du savoir de la foi...(..) La foi serait donc une ''grâce'' de soumission de la raison à la parole de l’Église.. » (p 416)

Le théologien...  « ne veut pas s'ériger en propriétaire de la révélation, il admet que le magistère de l’Église en détienne le savoir souverain, mais il n'entend pas être démuni de l'intelligence de la foi qu'il partage avec tous les chrétiens. Aussi questionne t-il la révélation sur elle-même. » ( p 417)

dimanche 1 mars 2015

Lecture : De la croyance à la foi critique – J. Moingt -18/99-

- Lecture de la révélation du Christ du point de vue de la raison historienne et critique.( p 369)
où nous retrouvons les sources de l'originalité de la réflexion d'un ''J. Moingt'', qui lui permet d'argumenter ensuite sa réflexion pour une '' foi critique'' ...

- Le croire et le comprendre...
Après avoir fait mémoire des expériences spirituelles des premiers témoins de l'Evangile du Christ, les chrétiens s'interrogent sur leur foi...  « Nous avons observé les réticences des fidèles à reconnaître après Nicée la foi de leur baptême dans les définitions du Concile, les conflits … (..) pour ouvrir la voie à une plus haute intelligence de la foi. C'est à dire qu'il y a de la distance entre le comprendre te le croire. » ( p 369) ...(...) « le croire se décide dans la temporalité subjective de l'orientation eschatologique que le croyant donne à son existence, le comprendre se déploie et se déplace, s'articule et se transmet dans le temps historique des sociétés et des cultures. » (p 370)

- La Vérité de l’Évangile :
«  Je conçois volontiers l’Évangile ( plutôt que les Évangiles) comme la vraie histoire de Jésus, au sens du discours, inspiré par lui, grâce auquel Jésus est entré dans la mémoire des hommes et a inscrit sa trace dans leur histoire ; mais je ne qualifierai pas d' ''historique'' n'importe quel portrait de Jésus construit à partir des matériaux évangéliques. » ( p 372)
Cette définition ou cette mise au point, est pour moi fondamentale, dans l'intelligence de ma foi... !

Ce que J. Moingt appelle '' foi critique '' apparaît ici comme une relecture pour comprendre « l'écart qui apparaît entre l’exégèse historique des Évangiles et leur interprétation dogmatique dans la tradition.. » ( p 373)
Bapteme de Jésus - Enluminure du Hortus deliciarum (XIIe siècle)

Exemple : - Le baptême de Jésus :

«  Le symbolisme du récit avertit le lecteur qu'il ne prétend pas rapporter un événement dont d'aucuns pourraient témoigner : il ne met en scène que le baptiseur et le baptisé, et seul Jésus voit l'Esprit venir vers lui seul et entend la Voix s'adresser à lui seul. L’événement est situé dans un temps et un lieu connus des hommes l'un et l'autre, - il est historique à cet égard - , cependant qu'il s'accomplit selon le seul bon vouloir de Dieu, dans une déchirure du temps et de l'espace qu'il emplit de sa Présence éternelle et infinie, dont Jésus, mais lui seul, est désormais pleinement conscient – et l'événement, sous cet aspect inénarrable, relève bien de l'histoire vécue par Jésus sans appartenir à celle que racontent ou découvrent les historiens. » ( p 375)

jeudi 29 janvier 2015

Ghaleb Bencheikh, défend une religion intelligente. -1/2-


Harmonie_entre_la_Foi_et_la_Science - L._Seitz_-_Galleria_dei_Candelabri Fresque avec motif allégorique dépeignant un sujet démontrant la nécessité d’unir la Foi à la raison, et grisaille représentant Saint Thomas d’Aquin en train d’enseigner ...


Je viens d'entendre dans une émission de débat : Ghaleb Bencheikh... Il est né en 1960 à Djeddah en Arabie saoudite, il est docteur en sciences et physicien franco-algérien.
Fils du Cheikh Abbas Bencheikh el Hocine et frère de Soheib Bencheikh, ancien recteur de la Grande Mosquée de Paris et ancien mufti de Marseille, il est également de formation philosophique et théologique et anime l'émission Islam dans le cadre des émissions religieuses diffusées sur France 2 le dimanche matin.
Il préside la Conférence mondiale des religions pour la paix, ce qui l'amène à de nombreuses interventions en France et à l'étranger.


J'ai été touché par ses convictions, et son appel à l'intelligence et à la Culture... Comme Chrétien, ce qu'il dit me touche d'autant plus, c'est que je perçois dans ma propre religion des concepts « flous » qui entretiennent – à juste titre - l'incompréhension des agnostiques...

« L’extrémisme est le culte sans la culture ; le fondamentalisme est la croyance sans la connaissance ; l’intégrisme est la religiosité sans la spiritualité. » G.B.

Ainsi, à propos de cette vague totalitaire qui se dit musulmane : Ghaleb Bencheikh, dit encore : « il est faux de dire que la religion n’a rien à voir dans tout cela. Le problème est dans le corpus. »
Malgré la situation du monde musulman, Ghaleb Bencheikh ne désespère pas ; il pense que le travail de pédagogie peut être fait : «La plus grande des marches commence toujours pas un pas.» «Il faut doter les intellectuels musulmans d’une intelligente croyance», préconise-t-il.
Bencheikh appelle à une “refondation de la pensée islamique”. Le plus urgent néanmoins, est de “désacraliser la violence commanditée par la transcendance”, ce qui équivaut à désamorcer une véritable bombe à retardement.
Il y a de la responsabilités des religions de s'expliquer sur les actes du passé et du présent :



« Cette guerre réclame de nous tous, qui que nous soyons, hommes et femmes de bonne volonté, mais surtout de nous autres musulmans de l’éteindre. Il est de notre responsabilité d’agir et de nous opposer à tout ce qui l’attise et l’entretient. Nous ne le faisons pas pour obéir à telle injonction ni parce que nous sommes sommés de nous « désolidariser ». Nous agissons de la sorte, avec dignité, mus que nous sommes par une très haute idée de l’humanité et de la fraternité. »
(...)
« … il est temps de reconnaître, dans la froideur d’esprit et la lucidité, les fêlures graves d’un discours religieux intolérant et les manquements à l’éthique de l’altérité confessionnelle qui perdurent depuis des lustres dans des communautés musulmanes ignares, déstructurées et crispées, repliées sur elles-mêmes.
En effet, le drame réside dans le discours martial puisé dans la partie belligène du patrimoine religieux islamique – conforme à une vision du monde dépassée, propre à un temps éculé – qui n’a pas été déminéralisée ni dévitalisée. Des sermonnaires doctrinaires le profèrent pour « défendre » une religion qu’ils dénaturent et avilissent. Plus que sa caducité ou son obsolescence, il est temps de le déclarer antihumaniste. » G.B.

A suivre :

mardi 13 janvier 2015

Lecture : De la croyance à la foi critique – J. Moingt -6/99-


Ce livre est dense, et donne beaucoup, beaucoup à penser … C'en est épuisant ! Et énormément excitant... Oui, c'est « intello », à l'opposé totale de la « foi du charbonnier ».

Intello... ? Certainement, mais comme j'apprécie, c'est à dire non réservé aux spécialistes... En effet, le genre « thèse », assez souvent m'insupporte... Quelqu'un a passé une année ( souvent plus ..), à regarder le coin d'un sujet au microscope ; le lecteur se perd alors dans les « notes », les détails ; et finalement se sent assez peu concerné par cet infinitésimal sujet.

J. Moingt, au contraire, prend énormément de distance avec son sujet, il se permet ainsi, de le situer dans son contexte, de voir toute l'étendue de sa complexité. C'est une réflexion aussi fine que globale … !
C'est une réflexion qui refuse la facilité du raisonnement habituel chez l'homme religieux : celle au pire de faire appel au « dogme », au mieux de tenter d'être poétique ou mystique...
Ici, J. Moingt, nous demande de ne pas paresser et de convoquer notre « raison ». Non pas seulement, notre raison... Mais passer de la « croyance » à la foi critique...

Et je n'en suis qu'à la page 120... ( 600, au total..) !
Là, J. Moingt continue de nous entretenir sur « Les Mythes » grecs, et leurs confrontation avec la philosophie ( Platon...)... Personnellement, j'élargis cette réflexion, jusqu'à aujourd'hui... Les mythes ne sont pas morts... Et, tant mieux !
« La crise du mythe ne vient pas du rationalisme d'une société en voie de sombrer dans l’irréligion ou l'athéisme, elle vient de l'évolution du sentiment religieux des fidèles, qui ne reconnaissent plus ce qu'ils croient ni ne trouvent de quoi satisfaire leurs aspirations dans ce qui est raconté au sujet de leurs dieux... » ( p 116) Cela n'est-il pas ce qui se passe aujourd'hui... ? Certains catholiques ne savent comment penser – peut-être pas ' Adam et Eve '… - mais ' Abraham ', ' Moïse '... etc, s'ils ne sont ''que'' des personnages mythologiques … ?
  • A creuser : « croire aux dieux » et « croire aux mythes » est-ce la même chose ?
  • Autre question : Comme chrétiens, aujourd'hui, «  quelle vérité sommes-nous susceptibles de reconnaître nous autres, hommes de modernité, à la croyance religieuse des anciens ? » ( p118) Je pense aux grecs, au paganisme, au 'dieu' du premier Testament ...etc. Quelle parenté établissons-nous entre notre christianisme et les ''religions antérieures''... ?
« l'incroyance de la postmodernité n'est que trop encline à les confondre toutes sous le même verdict d’irrationalité sinon de mensonge, en tout cas de vieilles rêveries dont le déclin a définitivement sonné pour un plus grand progrès et bonheur de l'humanité » ( p 119)
«  Le christianisme n'est pas tenté de montrer de la complaisance envers le paganisme, mais plutôt du mépris, de nier tout lien avec lui, et de n'avouer de dépendance qu'à l'égard de la religion juive, la seule qui ait fait profession de monothéisme depuis la nuit des temps... »

Disons, que J. Moingt tente de penser la vérité de la foi du croyant païen, et de justifier ainsi la rationalité de la foi en Dieu au regard de l'incroyance moderne. Sa méthode ici est phénoménologique, et non pas théologique...


Mes annexes :...
La phénoménologie par du principe qu'il existe un univers matériel indépendant du « je »... Je pourrais donc observer « objectivement » le « fait religieux »... ?... C'est plus compliqué...
« Les phénoménologues pensent qu’il existe une attitude naturelle qui se caractérise par une forme de naïveté. Car, dans cette attitude, nous croyons n’être pour rien dans ce qu’est la réalité qui nous entoure. Or, nous sommes doués de conscience et d’intentionnalité. Dès lors, les choses sont visées et comme constituées par notre conscience. Elles ne sont pas données passivement à notre appréhension. C’est nous qui donnons sens à ce qui nous entoure, par des actes de notre conscience. C’est la thèse du primat de l’intentionnalité. La philosophie doit ainsi opérer une sorte de conversion phénoménologique. On passe à la phénoménologie en pratiquant un changement complet d’orientation. Au lieu de se tourner vers les choses, on analyse le sens qu’elles ont pour nous, et comment il se constitue pour un sujet. On passe du domaine des significations objectives, telles qu’elles apparaissent dans les sciences positives, alors qu’on ne pense nullement la façon dont elles se donnent à nous et comment elles le peuvent, à celui du sens, dont on fait l’expérience immédiatement dans ce qui est vécu subjectivement. » Conférence de Foucault (http://litterature.savoir.fr/quest-ce-que-la-phenomenologie/)

Bon... ! C'est un peu compliqué... C'est pourtant, le point de départ de l'étude de ce que nous appelons aujourd'hui : ''le fait religieux''... La phénoménologie de la religion est la description du fait religieux. Cette discipline se propose d'étudier la conscience du croyant, sa conception du monde, et éventuellement, sa perception des faits religieux.

Jacques Maritain écrivait :« la religion est essentiellement ce que nulle philosophie ne peut être : relation de personnes à personnes. » La philosophie répond qu'elle est fondamentalement ce que nulle religion ne peut être : réflexion critique d’un existant sur la globalité de l’existence.