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jeudi 15 décembre 2016

Légendes de Salomon, successeur de David.

Salomon est le 2e fils que le roi David eut d'une de ses femmes, Bethsabée, prise d'Urie le Hittite. Quand David fut vieux, son fils Adonias tenta de se faire proclamer héritier.
Bethsabée supplie David de faire de Salomon son héritier

Selon les Chroniques d’Ahimaaz : ce livre date de 1050 …
« Lorsque les jours du roi David approchaient leur fin, il convoqua Salomon dans la salle des trésors où se trouvaient des rangées des coffres remplis de richesses ; 100 000 talents d'or et 1 000 000 talents d'argent, laiton, marbre, bois de cèdre et des coffres pleins de bijoux. David dit : Ce trésor que j’ai réuni appartient à Dieu et les matériaux qui attendent ici sont pour son temple, pour la maison où sa gloire va demeurer, que tu vas construire quand tu seras roi. Voici les plans du temple dessinés selon les caractéristiques qui m’ont été indiquées en rêve. Ce sont les plans pour la maison de Dieu que tu élèveras et dont la proportion est un travail monumental. J'ai confiance en tes talents mais c'est une entreprise grandiose et tu auras besoin d'aide pour la réaliser. Salomon dit : Que Dieu m’accorde la sagesse pour élever son temple selon sa volonté. »
Le jeune roi Salomon


Salomon a 12 ans quand il accède au trône. Pour désigner le prochain héritier entre les fils de David, incluant Absalom, aîné à Salomon, les sacrificateurs leur font passer certaines épreuves tel que mentionné aux chroniques suivantes :

Selon les Chroniques de Tabari : rédigées en arabe au Xe siècle :
« L’ange Gabriel dit à David (Daoud): Celui de tes enfants qui répondra à ces questions sera ton successeur après ta mort et les génies, les hommes, les démons, les oiseaux et tout l’univers seront sous son obéissance.
David réunit ses enfants et leur dit : O mes enfants, sachez que Gabriel m’a apporté de la part de Dieu ces feuillets qui contiennent dix questions ; celui qui répondra adéquatement sera un prophète revêtu du caractère d’apôtre comme Dieu l’a dit. David commença ensuite à lire ces questions en présence de ses enfants. 
Le Roi David et son fils Salomon
Personne ne put y faire de réponse excepté Salomon qui se leva et dit : O mon père, je répondrai à ces questions par la force de Dieu. David fut plein de joie et lui dit en lisant une à une ces questions :
Apprends-moi quelle est la plus petite chose qui existe ? Quelle est la plus grande ? Quelle est la plus amère ? Quelle est la plus douce ? Quelle est la plus honteuse ? Quelle est la meilleure ? Quelle est la plus proche ?
Quelle est la plus éloignée ? Quelle est celle qui cause le plus de chagrin ? Et quelle est la plus agréable ?
Salomon répondit : C’est fort bien ô mon père. Or la plus petite chose qui se trouve dans le corps humain c’est l’âme, la chose la plus grande c’est le doute, la chose la plus amère c’est la pauvreté, la chose la plus douce ce sont les richesses, la chose la plus honteuse qui se trouve parmi les enfants d’Adam c’est l’incrédulité, la choses la plus mauvaise qui se trouve parmi les enfants d’Adam c’est une méchante femme, la chose la plus proche pour les enfants d’Adam c’est l’autre monde, et la plus éloignée est ce monde parce qu’il passe, la chose qui cause le plus de chagrin aux enfants d’Adam c’est l’âme qui se sépare du corps, et la chose la plus agréable c’est pour eux l’âme qui est dans le corps.
David dit à Salomon : Tu as dit la vérité !
Alors cet anneau à quatre faces qui avait été apporté du paradis devint le sceau de Salomon. Sur une de ses faces était écrit ce qui suit ‘À Dieu l’empire est’, sur la seconde face était écrit ‘À Dieu l’excellence est ’, sur la troisième était écrit ‘À Dieu l’autorité suprême est’, et sur la quatrième ‘À Dieu la toute-puissance est’..
 »
Salomon,
peint par Pedro Berruguete (vers 1500)

Selon les Chroniques de John Seymour , XXe siècle :
« Les docteurs de la loi voulurent tester le jeune Salomon pour éprouver son jeune âge et afin d’empêcher son accession au trône à la mort du roi David. Le roi s’était dit en lui-même que lorsqu’ils verraient la grandeur de sa sagesse ils cesseront d’objecter qu’un être si jeune puisse contrer et leurs décisions et les miennes. Et Salomon répondit à leurs questions par des réponses si parfaitement sages que tous ceux qui se tenaient là comprirent que tout cela avait été planifié par le roi David afin de prouver que Salomon serait un digne successeur après lui.

Lorsque la fin de l’épreuve arriva, Salomon se tourna vers l’un de ses adversaires et lui dit : Vous êtes vous-même revêtus de votre quête de problèmes par lesquels vous recherchez à prouver votre grandeur sur moi devant cette assemblée ; maintenant aussi je vous poserai quelques questions qui peuvent facilement être répondues par celui qui possède intelligence et raison : 

Dites-moi -- Qu’est-ce qui est tout et qu’est-ce qui n’est rien ? Qui est quelque chose et qui est moins que rien ?
Son adversaire ne trouvait aucune réponse à cela. Alors Salomon dit : Dieu le Créateur est tout, et le monde créé n’est rien. Le vrai croyant est quelque chose, mais l’hypocrite est moins que rien.
Se tournant vers un autre il demanda : Quel est le plus nombreux et quel est le moins nombreux ? Quel est le plus doux et quel est le plus amer ?
Le Roi Salomon - Icone russe
Et quand il fut incapable de répondre à cela, Salomon dit : En plus grand nombre sont les incroyants, peu nombreux sont ceux qui ont une ferme conviction de la religion. Le plus doux est d’avoir une femme vertueuse, de bons enfants et de la suffisance ; le plus amer est d’avoir une femme irréconciliable, des enfants rebelles et la pauvreté.
Il s’adressa ensuite à un troisième adversaire et dit : Quel est le plus laid et quel est le plus beau ? Quelle est la chose la plus certaine et quelle est la plus incertaine ?
Et lorsque ces questions restèrent sans réponse, il dit : La plus laide chose est quand un croyant devient incroyant, la plus belle chose est quand un pécheur se convertit. La chose la plus certaine est la mort et le jugement, la plus incertaine est le sort de l’âme humaine après sa résurrection.
Il ajouta : Voyez que les hommes les plus âgés et les plus intelligents ne sont pas toujours les plus sages ;
la vraie sagesse ne vient pas avec la longueur des années, ni de l’étude des livres, mais dans le don de Dieu.
Les spectateurs s’émerveillèrent grandement à cela et les chefs des gens s’écrièrent d’une seule voix :
Loué est notre Dieu qui a donné au roi un fils qui les surpasse tous en sagesse et qui est digne de s’asseoir sur le trône de son père !

Quand le roi fut arrivé à un âge très avancé, l’ange Gabriel lui apporta une lettre d’or céleste et lui dit :
Dieu te commande de réunir ensemble tes fils et de lire les questions qui sont écrites ici : Celui de tes fils qui pourra répondre correctement s’assiéra sur ton trône. 
Les Rois David et Salomon
David fit appeler ses fils et leur lut la lettre en présence de tous les principaux hommes d’Israël. Personne parmi eux ne fut capable d’énoncer une réponse à ces questions. 
Alors les enfants d’Israël tournèrent leurs yeux vers le jeune Salomon qui demanda à son père d’énoncer les questions une par une.
David demanda : Mon fils, quelle est la chose la plus belle au monde ? Salomon répondit : Quand Dieu pardonne aux hommes et quand ils se pardonnent l’un l’autre.
Mon fils, quelle est la chose la plus douce au monde ? L’amour, car c’est l’esprit de Dieu dans sa création.
Une nouvelle épreuve fut réclamée parce que les gens murmuraient du si jeune âge de Salomon et David ordonna que Salomon et les chefs de chaque tribu prennent une branche et écrivent leur nom dessus ; Celui dont la branche porterait fruit serait désigné successeur au roi. Les branches furent consignées et on mit une garde sur elles. Le lendemain matin, ils les cherchèrent et seule la branche de Salomon porta fruit ; par ce signe le seigneur fit connaître son intention de l’asseoir sur le trône de son père David
»


dimanche 30 octobre 2016

La rencontre du mythe et de l'histoire des hommes... -4/4-

Au cours des Xe et XIe siècles se fait sentir une évolution qui préfigure la grande renaissance du merveilleux au XIIe siècle. La légende d'Alexandre le Grand se répand comme une traînée de poudre. La légende du Prêtre Jean connaît une large diffusion ...

Yvain combat le dragon

Le merveilleux de la Matière de Bretagne, déjà présent chez les écrivains de langue latine (Geoffroy de Monmouth, Giraud de Barri), envahit la littérature vernaculaire, alimentant les œuvres de Marie de France et de Chrétien de Troyes. L'Antiquité et sa mythologie revivent … !

Les VIIIe et IX e siècles marquent la fin d'une période de répression ; les Xe et XI e siècles forment une période transitoire : là se mettent en place des structures, des thèmes et des motifs, là se forme un patrimoine de merveilleux, qui, dès le XIIe siècle imprime fortement sa marque à la littérature de divertissement.
Le cerf blanc était the symbol of England's King Richard II
as shown in this picture of his heraldry painted in 1396

A partir du XIIe s l'Eglise cesse de régir le domaine des lettres, parce que les traditions populaires et orales prennent une place de plus en plus importante, et que l'imaginaire s'affranchit des entraves qui bridaient ses mouvements, s'alliant avec bonheur aux éléments venus de l'Antiquité par le canal de la littérature savante. De nouveaux éléments de merveilleux apparaissent par le travail des école de traduction...

Chaman - cerf


Merlin, changé en cerf au pied blanc, rencontre l'empereur ...  Manuscrit anonyme du cycle Lancelot-Graal, 1286


Saint-Hubert enluminure - La légende du cerf


cerf-ailé-royal - Symbole royal des Valois


Voilà ce que dit Jacques Le Goff, sur cette perception de la ''religion populaire''

« Les grands ennemis ou concurrents du catholicisme n’ont été ni le paganisme officiel antique qui s’est effondré rapidement, ni le christianisme grec cantonné dans l’ancienne partie orientale de l’empire romain, ni l’Islam contenu puis refoulé, ni même les hérésies ou les religions comme le catharisme qui, avant d’être vaincues par le catholicisme, n’avaient en définitive pu se définir que négativement, par rapport à lui. Le véritable ennemi du catholicisme, ce fut bien l’antique serpent qu’il conjura sans l’anéantir, le vieux fond de croyances traditionnelles, ressurgies sur les ruines du paganisme romain qui tantôt s’enfoncèrent sans disparaître dans le sous-sol du psychisme collectif, tantôt survécurent en s’incorporant au christianisme et en le déformant, en le folklorisant » (1972 : Histoire des religions, II, Paris, Gallimard, coll. « Encyclopédie de la Pléiade », pp. 749-868 ).

jeudi 27 octobre 2016

La rencontre du mythe et de l'histoire des hommes... -3/4-

Merlin, serait un ''sorcier'', un mage... Ces personnages, en tant que prêtres des anciennes religions (druides, godi), ou en tant que devins ou sorciers, sont tenus pour des hérétiques, pour des êtres dangereux en raison de leurs pouvoirs diaboliques...

Hugues de Saint- Victor (mort en 1141) par exemple, indique qu'ils tuent ou nuisent, confectionnent des amulettes, utilisent l'eau baptismale, les huiles saintes et le saint-chrême, font des statuettes qu'ils baptisent, font dire une messe des morts pour un vivant, utilisent charmes et incantations. Les pénitentiels nous apprennent qu'ils font des philtres pour susciter l'amour, provoquer l'avortement ou empêcher la fécondation...
Une des principales occupations des sorciers est la confection d'amulettes : Césaire d'Arles proscrit le port de characteres, morceaux de bois, de métal, de pierre, de tissus ou de parchemin couverts de signes; le troisième concile de Tours (813) interdit le port d'os d'animaux morts et d'herbes incantées, s'attaque au port de langues de serpent...
Cernunnos dieu celtique, symbolisé par le cerf ...
Saint Edern sur son cerf volant



Et, finalement …
Une des formes que prend la lutte contre le paganisme est le développement d'un merveilleux chrétien: des déesses sont christianisées , comme sainte Brigitte en Irlande, les sources sont placées sous le patronage d'un saint thaumaturge, etc. Dès le VIe siècle l'hagiographie se développe, comme en témoignent la Vie de saint Martin, de Grégoire de Tours (538-594), puis celle de saint Cudhbert, de Bède le Vénérable (avant 705) ; des saints saurochtones apparaissent, la littérature des visions prend son essor à partir du VIIe siècle. Le commerce des reliques ou d'objets ayant appartenu à des saints vient peu à peu remplacer celui des phylacteria, ligaturœ, ligamina et charactered.
La lutte contre les devins, augures, oracles et autres esprits ne cesse pas de tout le Moyen Age mais change à partir de 771 environ.
Clovis et Clotilde
La légende du baptême de Clovis est déjà, à bien des titres, remarquable : Dieu accorde la victoire au roi qui a promis d'embrasser la vraie foi, conception bien germanique de la réciprocité!
la Saint Charlemagne en France 1892
Jusqu'à l'avènement de Charlemagne, l'Église ne tolère rien qui ne fasse partie du dogme chrétien : ne va-t-elle pas créer une légende pour discréditer le souvenir populaire qu'a laissé Théodoric, cet arien? Le poids de la censure ecclésiastique est perceptible jusqu'au moment où l'Église trouve en Charlemagne le bras séculier qui lui faisait défaut.

Plus qu'aucun de ses prédécesseurs, le nouvel empereur romain a le sentiment profond que la religion requiert la sollicitude du prince et qu'elle engage sa responsabilité. Il va donc faire régner, ou du moins le tenter, la. pax christi, une des raisons pour lesquelles il sera canonisé en 1165. Il combat l'adoptianisme aux côtés du pape, assure l'existence du clergé en donnant à la dîme le caractère d'un impôt, soutient l'Église par le biais de ses lois: en 789, il s'attaque à la sorcellerie , en 775- 790 aux repas cultuels.


Sources : Paganisme, christianisme et merveilleux - Claude Lecouteux
le Roi Arthur et Charlemagne - Castello della Manta

samedi 15 octobre 2016

La rencontre du mythe et de l'histoire des hommes... -2/4-



« Pour ses nobles seigneurs dont chacun s'estimait le meilleur et dont nul ne savait qui était le moins bon, Arthur fit faire la Table ronde sur laquelle les Bretons racontent bien des récits. Les seigneurs y prenaient place, tous chevaliers, tous égaux. »
Wace, Le Roman de Brut, ca. 1155

La table ronde de Winchester ( photo) (5 m de diamètre) en chêne, est mentionnée dans des archives du 14e s. Elle est décorée de peintures représentant le roi Arthur et la liste de ses chevaliers.
Cette table aurait été fabriquée autour de 1250-1290, sous le règne d'Edward I, passionné par le récit arthurien, à l'occasion d'un tournoi.... Le décor peint actuel sur la table fut commandé par Henry VIII lors de la visite de l'empereur Charles V en 1522...

* Deux mythologies vont se rencontrer, s'affronter, parfois fusionner ... Le christianisme et le paganisme...

La Vérité du Christianisme, ne pouvait coexister avec des traditions qui s'étaient développées bien loin d'elle. Je veux parler, bien sûr ici, du paganisme ( sous ce mot, je regroupe toutes les croyances populaires qui ont eu cours depuis plus de dix siècles, avant l'avènement de Jésus-Christ.. ! Ce n'est quand même pas rien...)
1477 - procession païenne
Les ''Pères de l'Église'' dénoncent - comme des auteurs de fables mensongères - les poètes païens, fabricants de faux dieux, ils sont responsables des superstitions et de l'idolâtrie...
Les apologistes chrétiens s'appuient sur la parole du Psaume (95,5) pour dire que les dieux des nations sont des démons... C'est intéressant: ils existent donc;  mais, sont démoniaques ...

Au Moyen-âge, seule l'Église est en mesure de reproduire et de diffuser des écrits, de constituer des bibliothèques ; elle peut donc opérer une censure de facto et ne divulguer que ce qui sert ses desseins. Nous assistons alors à un double mouvement : censure des auteurs et du merveilleux païens, et – ça c'est assez ''fantastique'' : récupération et création d'un merveilleux chrétien.

Le paganisme:
Les païens honorent leurs dieux dans des temples, vouent un culte aux divinités des arbres, des sources et des pierres. Notons également le culte des sources et des fontaines, bien attesté dans tout l'Occident médiéval : les lois chrétiennes du Gulathing, en Norvège, reprochent aux païens de croire aux génies tutélaires (landvaettir), que ce soit dans les bosquets d'arbres ou dans les tertres ou dans les cascades. Régis Boyer constate que les sources recevaient des offrandes de vivres en Scanie, donnaient lieu à des rites et des mariages en Vàstergôtland et à des cérémonies propitiatoires en Nárke. Toutes ces pratiques sont bien connues de l'Église qui ne cesse de les combattre; - par exemple - dans les actes du concile de Tours, en 567...

Pourtant : Grégoire de Tours ( († 594)) relate l’initiative pastorale d’un évêque auvergnat qui, impuissant à déraciner une fête païenne se déroulant sur le mont Helarius, construit sur les lieux une église en l’honneur du saint chrétien Hilarius.

Grégoire le Grand (mort en 604) ordonne d'utiliser les édifices païens après en avoir éloigné les idoles et après lustration, mais le synode de Nantes (vers 658) rend obligatoire la destruction des édifices du culte païen ; en outre, les arbres doivent être coupés, les racines arrachées et brûlées, les pierres enlevées et jetées en un autre heu, là où elles ne pourront plus servir au culte.
Grégoire le Grand donne aux missionnaires qu’il a envoyés en Angleterre des instructions sur la façon de transformer les temples païens en églises chrétiennes. Ces deux textes révèlent une stratégie pastorale complexe qui, face au paganisme, mêle adroitement les catégories de la destruction et de l’oblitération avec celle de la récupération.

Sources : Paganisme, christianisme et merveilleux - Claude Lecouteux
A suivre ....

dimanche 9 octobre 2016

La rencontre du mythe et de l'histoire des hommes... -1/4-

Une pause réflexive avant de reprendre la route...

Mosaïque Otranto Cathedral, Italy
Rex Arturus detail of 12th-century mosaic, .
Quand je parle de mon intérêt pour le Roi Arthur, on me répond généralement … « Mais, le Roi Arthur n'a jamais existé … ? »
Alors, je réponds … « Alors, tout ce que j'ai vu en Cornouailles... Non plus ?  - Ces rois d'Angleterre qui exigeaient la filiation d'Arthur, la chevalerie qui organisaient des tournois sous les couleurs de Chevaliers de la Table Ronde … Les efforts de l'Eglise pour 'continuer ' leurs aventures, par une ''Queste du Graal '' christianisée... ? Si tout cela est bien ''réel'', alors c'est que la légende est devenu 'Mythe', c'est à dire fondatrice d'un élan, de créations artistiques et d'un intérêt qui correspond (toujours) à une attente... »

Il est fascinant de voir, côtoyer, respirer, la rencontre d'un mythe – qui s'assume comme tel - avec l'histoire, avec nos désirs, et finalement avec le réel. Comment le mythe, nourrit notre réel.. ?
Cette table a été fabriquée autour de 1250-1290, 
sous le règne d'Edward I, 
passionné par le récit arthurien, à l'occasion d'un tournoi....
Cette question est pour moi fondamentale, parce que ma religion, est elle aussi construite sur du mythe... Parce qu'elle est, elle aussi une rencontre entre l'histoire humaine, et le mythe.
«  Le mythe est à mes yeux la seule voie d’accès possible au secret de l’homme et de l’histoire. La littérature permet d’approcher ce cœur poétique de la pensée humaine qu’est le mythe. » Philippe Walter, né le 12 août 1952 à Metz en Lorraine, est un médiéviste français. Spécialiste des mythologies chrétiennes, notamment de la littérature arthurienne, et de l'imaginaire médiéval.
« Le mythe n’est pas une mystification. Il est le chiffre secret de notre condition humaine. On peut l’analyser à la façon des sociologues : quelles sont par exemple les mythes dominants portés aujourd’hui par la publicité, le cinéma ou la télévision ? Il y a aussi les analyses philologiques et iconographiques, ce qui est mon cas pour le Moyen Âge. Dites-vous bien que toute civilisation construit sa vérité à travers des symboles et des mythes, même si elle refuse de l’avouer. »
Image tiré du prochain film sur la légende: '' Knights of the Roundtable: King Arthur'' 2017

«  Il est indéniable que pendant le haut Moyen Age, aux alentours du Ve et VIe siècle, a commencé un vaste mouvement d’assimilation du paganisme celto-germanique par le christianisme. Ce fut l’effet d’une longue évolution parfois conflictuelle. En Europe, le paganisme populaire n’a pas été aboli par le christianisme. Il a même été partiellement créé par lui (on songe à la « religion » des sorcières), coexistant avec lui beaucoup plus longtemps qu’on ne le croit. Dans une certaine mesure, c’est grâce au christianisme tel qu’il a évolué au Moyen Âge que le paganisme populaire s’est conservé jusqu’à nos jours. »



dimanche 3 juillet 2016

Des Evangiles au Mythe de Salomé... -4/4-

Les contre coups politiques sont désastreux. La femme nabatéenne d'Antipas a eu vent de son renvoi imminent, et elle l'a prévenu en se réfugiant chez son père. Depuis, les juifs et les romains ont un ennemi acharné. La situation d'Antipas est précaire, car il doit désormais compter sur une guerre étrangère. En effet, son ex beau-père ne lui pardonnera jamais l'humiliation infligée à sa fille, ce dont la Loi juive ne faisait aucune nécessité. A l'intérieur, il doit faire face à une opposition puissante qui cache le déchaînement du fanatisme religieux.
Saint_Jean-Baptiste_et_les_pharisiens
- James_Tissot


Que vient faire un prophète comme Jean-baptiste dans cette affaire... ?
L'historien Josèphe rappelle le sort connu de tous d'Archelaüs, qui a connu le même genre de mésaventure et qui a été finalement déposé par l'Empereur... Jean le baptiste s'il provoquait un soulèvement aurait faciliter la coalition de l'opposition intérieure et des ennemis de l'extérieur... L'armée d'Arétas, aurait bien pu « préparer le chemin du Seigneur »( selon les propos de Jean ) ! Les romains craignaient l'idée du jugement du ''dieu'', qui de plus aurait démoraliser n'importe quelle armée juive … !
Antipas en exécutant Jean le Baptiste espère faire taire la critique ''intérieure''.


Cependant le mariage d'Antipas avec Hérodiade, causa le malheur du Tétrarque. Son ex beau-père éleva bientôt des prétentions sur la zone méridionale de la frontière. Antipas subit une défaite écrasante... dans le peuple, tout le monde déclara que cette défaite était une ''punition'' ( mariage, meurtre de Jean ..). Les romains durent intervenir pour garantir la frontière contre les nabatéens...
Les ennemis intérieurs d'Antipas eurent raison de lui, et il fut déposé par Rome, et exilé en Gaule, avec Hérodiade... Tout cela se produisit dix ans plus tard... ( Sources : Josèphe, Ant 18, 240-256 = XVIII, 7, 1.)


Hérodiade pourrait certainement n'être pour rien dans l'exécution de Jean le Baptiste. C'est Antipias qui en porte toute la responsabilité. Il a commandé l'exécution pour des raisons politiques, du fait de la situation d'urgence qu'avait provoquée le Baptiste lui-même.


Quelques autres questions de cohérence :

- "Après que Jean eût été livré " ( Marc 1, 4) Même mot que, pour Jésus, livré par Judas : Suggérait-il que Jean avait été dénoncé ou vendu par des disciples?
- Marc rapporte cette parole d'Hérode : "Celui que moi j'ai décapité, Jean". Le verbe n'est pas factitif (envoyer faire faire), et la présence du pronom "moi" met l'accent sur l'auteur de l'acte ( et non pas Salomé) .
- Marc présente Hérode Antipas comme un roi (basiléus), exerçant le pouvoir sur un royaume (Mc 6/22,23,25,26); ceci est inexact car l'Empereur lui avait concédé le titre de tétrarque...

- Lors du fameux banquet, Salomé n’était pas une jeune femme, mais une fillette de quelque onze ans. Elle n’a sans doute jamais dansé, encore moins lascivement, devant Hérode, Hérodiade et ses hôtes. Son sang royal et sa stricte éducation maccabéenne le lui interdisaient...
- Si Jean-Baptiste croupissait bien dans les cachots de la citadelle de Muwakir. Le banquet ne pourrait s'être donné que bien loin de là, quelque part en Galilée sur l’autre rive du Jourdain – dans le château où vivait Salomé. Peut-être dans la capitale du sous-royaume d’Hérode située sur la rive de l’actuel lac de Tibériade.
- Salomé ne s’appelait pas Salomé. Le prénom de la fille unique d’Hérodiade est inconnu, mais ne saurait être Salomé car l’une de ses tantes s’appelait ainsi. Selon la coutume maccabéenne, un enfant ne pouvait prendre le nom d’un proche parent encore vivant.
Bussiere, Gaston (b,1862)
- Salome- Dance of Seven Veils


Vania Zouravliov - Salomé

Le fait historique ne nous est pas tout à fait connu... Il nous reste un message, à travers une histoire qui n'en finit pas de nous fasciner, et parfois bien loin du message évangélique … A nous de discerner …

jeudi 30 juin 2016

Des Evangiles au Mythe de Salomé... -3/4-

Cet épisode biblique est intéressant, car il nous permet de comprendre sur pièce, le traitement narratif que les rédacteurs des Evangiles ( du moins Marc, et Matthieu), font d'un épisode historique ( reconnu des historiens ..). 


L'analyse historique : La mort de Jean le Baptiste :


Cette histoire – pour se répandre dans le peuple - reprend des clichés habituels : pour mettre en scène une intrigue de cours, on a besoin de femmes malignes, d'un prince bon enfant, d'une victime, d'une promesse faite par inadvertance, de sensualité ...etc.
Judaea - Herodianer, Herodes Antipas, Schekel Jahr 140

Josephe est sans doute plus près de la vérité quand il donne pour véritable motif de la mort de Jean, la crainte qu'avait Hérode d'un soulèvement...
** Rappel : HÉRODE ANTIPAS : Tétrarque de Galilée et de Pérée à l’époque de Jésus de Nazareth (4 av. J.-C. -39 apr. J.-C.), né en 21 av. J.-C. env., mort en 39 apr. J.-C. Fils d’Hérode Ier le Grand (73 av. J.-C. -4 av. J.−C.) et de sa quatrième femme, Malthace (Samaritaine)


Avant d'être avec Herodiade, Antipas était marié avec une princesse nabatéenne, la fille du roi Arétas IV. Diplomatiquement, cela avait été un coup de maître. Arétas est un voisin du sud, et ila avait une fâcheuse tendance à s'étendre vers le nord. Le mariage avait pour but de la mettre en échec : on ne fait pas la guerre à un gendre pour lui rafler du pays ! C'est pour cela que les romains avaient été d'accord avec la chose, bien qu'ils n'apprécient généralement pas les contacts entre leur clientèle de princes et les rois indépendants. C'est alors que c'est produit l'histoire d'Hérodoade ; source d'inconvénients politiques... !
Antipas et Herodiade, avaient sans doute la même ambition...
Hérode avaient souvent changé son testament. Il désignait chaque fois un nouveau légataire universel. Antipas avait été aussi l'un d'eux, mais lors du partage des biens il n'a réussi à s'imposer que comme tétraque. Hérodiade était mariée à l'un des précédents légataires universels, le frère d'Antipas. Lors du partage final, son époux, avait été encore plus mal loti. Il n'a rien eu !

Mais, Hérodiade, par sa mère Mariammee, descend de la maison des Asmonéens. Elle est une princesse authentique.

Les Hérodiens ne sont au contraire que des parvenus. Par contre, une princesse ne rêve de devenir que Reine ; et puisqu'elle ne peut pas le devenir par son premier mariage, elle le pourra peut-être en épousant un ' prince'... Ce n'est pas par hasard que les deux se sont amourachés l'un de l'autre, au moment précis où Antipas entreprenait son voyage à Rome ; avec l'espoir de succéder au préfet Valérius, en devenant ainsi roi de Judée et de Galilée...
Macheronte ou Machaerus ou Makawir
sur cette colline surplombant la Mer Morte
se dressait le château de Hérode Antipas


Le divorce de la femme, peut se rencontrer: comme Salomé, soeur d'Hérode 1er, qui divorce de Drusilla... Au Ve s. avant Jésus-Christ les juifs de la colonie égyptienne d'Eléphantine admettaient le divorce de la femme. Nous avons un témoignage semblable en Palestine au temps de la révolte de Bar Kocba ( 132-136 ap JC)

- Mais, ce mariage a bien été un fiasco politique pour Antipas.. !
Antipas a pris la femme de son frère. Cela va contre la loi juive. Ensuite, Hérodiade avait pris l'initiative, c'est elle qui a mené l'affaire en opposition avec les coutumes... Enfin, Hérodiade a voulu qu'Antipas renvoie sa première femme, alors que la loi juive l'autorisait à vivre avec plusieurs épouses en même temps. Ces atteintes à la Loi ont suscité le mécontentement chez les gens. Le Baptiste s'est fait le porte-parole de l'opposition politique intérieure.


Ce qu'il reste du palais d'Hérode Antipas...
D'un autre point de vue, Hérodiade n'a rien fait d'autre que réclamer les droits dont disposent toutes les femmes de l'empire romain. A Rome une femme peur demander le divorce, tandis que chez les juifs, seul l'homme peut renvoyer sa femme. A Rome, un homme n'a pas le droit d'avoir plusieurs épouses à la fois. Cela est un progrès, et montre que la femme a la même valeur que l'homme...
Jean le Baptiste ne serait-il qu'un prophète rétrograde.. ?

A moins que ne resurgissent dans le peuple, de très vieilles images : Elie, qui s'est opposée à l'influence païenne de Jézabel... La rumeur affirme ainsi qu'il aurait été Elie revenu sur terre.     A suivre ...

dimanche 12 juin 2016

Des Evangiles au Mythe de Salomé... -1/4-

Edward Armitage RA (1817 – 1896) was an English Victorian-era painter 

Ce fait divers, mais qui est aussi un épisode ''historique'', est repris dans deux évangiles. Son exposé est intéressant, et montre aussi la manière d'aborder la narration de faits, dans un projet comme les Evangiles... On peut comparer le traitement de cet épisode, avec ceux des mages, et peut-être – pourquoi pas ? - avec les miracles... ?

Bien sûr, ce récit n’occupe à première vue qu’une place anecdotique au sein du Nouveau Testament : les deux versions se présentent de fait pour expliciter les circonstances de l’emprisonnement et de la mise à mort du prophète Jean le Baptiste.






Reprenons l'histoire : Jean-Baptiste dénonce la liaison incestueuse entre Hérode-Antipas et Hérodiade, la femme de son frère, Hérode Philippe. Hérode, qui craint Jean le Baptiste, n'ose le condamné à mort. Il se contente de l'emprisonner, ce qui ne satisfait pas Hérodiade. Celle-ci demande à sa fille, Salomé, de danser pour Hérode. Ebloui par la jeune fille, Hérode lui fait le serment de lui donner ce qu'elle veut. Sur l'injonction de sa mère, elle demande la tête de Jean-Baptiste, qu'Hérode est contraint de lui accorder. (Marc, 6, 14-29 ; Matth., 14, 1-12)

Le Mythe : Salomé :

Filippo Lippi
Dans les Evangiles, la figure de la jeune danseuse n’est pas nommée. Elle apparaît seulement comme soumise, secondaire et fugitive. Toutefois, l’imaginaire littéraire et artistique va en faire un véritable mythe. La figure de Salomé, va devenir le portrait de la femme séductrice suscitant tous les désirs, et le symbole à la fois de la femme fatale et de la cruauté féminine.

Le mythe de Salomé traverse les siècles, son personnage fait l’objet de différentes interprétations et réinterprétations. Elle passe de la petite fille obéissante et instrumentalisée par sa mère à la femme fatale, brûlée d’amour pour l'ascète Jean (et qui d’ailleurs demande d’elle-même sa tête pour se venger de son refus). C’est en effet, vers la moitié du XIXe siècle, siècle de l’éclosion du mythe de Salomé, que celle-ci commence peu à peu à s’approprier une personnalité à part entière : elle est nommée par son nom et n’est plus confondue avec Hérodiade sa mère.
Salomé - 1953


Le mythe est à prendre au sérieux, autant, sinon plus, que le fait historique, l'un enseigne sur l'autre et il ne faut pas les confondre.... «  Le mythe est à l'origine de la pensée, et même de la pensée historique. L'histoire est limitée et se construit sur une suite d’événements qui n'arrivent qu'une seule et unique fois, elle est bornée par le temps. Le mythe est perpétuel, il se renouvelle sans cesse et ne vieillit jamais. Il est donc toujours d'actualité. » J. P. Savignac, spécialiste de la civilisation gauloise...

Le mythe de Salomé va se construire au cours des siècles.
- Aux débuts du christianisme, c'est l'énoncé d'un discours édifiant, avec la danse comme acte dépravé et lubrique...
- Au Moyen Age, Salomé se lie avec Satan, la morale condamne la luxure, la sorcellerie ( le sabbat des sorcières)
- A la fin du XIXème, on quitte le champ du religieux, Salomé est une figure des arts...

- Le XXème siècle exploite le mythe dans le monde de la danse et du cinéma

vendredi 13 mai 2016

Alexey Kondakov - Histoire de l'art


L'artiste ukrainien Alexey Kondakov projette dans le monde contemporain des personnages peints et 'classiques' et les fait vivre à nouveau dans les rues de Kiev, sa ville natale...

Cette série est intitulée ''Art history on contemporary life'' (L’Histoire de l’art dans la vie contemporaine). Ce mélange de peintures et paysages urbains est opéré avec Photoshop.
Se confrontent alors la perfection formelle de l'art classique et les banlieues urbaines bâclées et dégradées...
Les œuvres sélectionnées sont celles des grands peintres: Caravaggio, Hayez, Hans Holbein, avec une préférence pour William-Adolphe Bouguereau






" Le Chant des Anges " (1881) par exemple , est transposée dans une voiture de métro, où la Vierge Marie et l'enfant sont entourés par des anges qui deviennent des musiciens de rue;





" La jeunesse de Bacchus " (1884) transforme les personnages mythologiques dans un groupe d'amis visiblement ivres qui traversent un passage souterrain pour continuer la soirée alcoolique;





Le '' Satyre avec Nymphes " (1873) devient une scène animée de séduction à bord d'un tram.





Une sorte de vie quotidienne des dieux … Et ces ''êtres '' qui visitent notre réalité, nous révèle une humanité commune qui nous lie tous, et qui transcende les âges.