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jeudi 15 décembre 2016

Légendes de Salomon, successeur de David.

Salomon est le 2e fils que le roi David eut d'une de ses femmes, Bethsabée, prise d'Urie le Hittite. Quand David fut vieux, son fils Adonias tenta de se faire proclamer héritier.
Bethsabée supplie David de faire de Salomon son héritier

Selon les Chroniques d’Ahimaaz : ce livre date de 1050 …
« Lorsque les jours du roi David approchaient leur fin, il convoqua Salomon dans la salle des trésors où se trouvaient des rangées des coffres remplis de richesses ; 100 000 talents d'or et 1 000 000 talents d'argent, laiton, marbre, bois de cèdre et des coffres pleins de bijoux. David dit : Ce trésor que j’ai réuni appartient à Dieu et les matériaux qui attendent ici sont pour son temple, pour la maison où sa gloire va demeurer, que tu vas construire quand tu seras roi. Voici les plans du temple dessinés selon les caractéristiques qui m’ont été indiquées en rêve. Ce sont les plans pour la maison de Dieu que tu élèveras et dont la proportion est un travail monumental. J'ai confiance en tes talents mais c'est une entreprise grandiose et tu auras besoin d'aide pour la réaliser. Salomon dit : Que Dieu m’accorde la sagesse pour élever son temple selon sa volonté. »
Le jeune roi Salomon


Salomon a 12 ans quand il accède au trône. Pour désigner le prochain héritier entre les fils de David, incluant Absalom, aîné à Salomon, les sacrificateurs leur font passer certaines épreuves tel que mentionné aux chroniques suivantes :

Selon les Chroniques de Tabari : rédigées en arabe au Xe siècle :
« L’ange Gabriel dit à David (Daoud): Celui de tes enfants qui répondra à ces questions sera ton successeur après ta mort et les génies, les hommes, les démons, les oiseaux et tout l’univers seront sous son obéissance.
David réunit ses enfants et leur dit : O mes enfants, sachez que Gabriel m’a apporté de la part de Dieu ces feuillets qui contiennent dix questions ; celui qui répondra adéquatement sera un prophète revêtu du caractère d’apôtre comme Dieu l’a dit. David commença ensuite à lire ces questions en présence de ses enfants. 
Le Roi David et son fils Salomon
Personne ne put y faire de réponse excepté Salomon qui se leva et dit : O mon père, je répondrai à ces questions par la force de Dieu. David fut plein de joie et lui dit en lisant une à une ces questions :
Apprends-moi quelle est la plus petite chose qui existe ? Quelle est la plus grande ? Quelle est la plus amère ? Quelle est la plus douce ? Quelle est la plus honteuse ? Quelle est la meilleure ? Quelle est la plus proche ?
Quelle est la plus éloignée ? Quelle est celle qui cause le plus de chagrin ? Et quelle est la plus agréable ?
Salomon répondit : C’est fort bien ô mon père. Or la plus petite chose qui se trouve dans le corps humain c’est l’âme, la chose la plus grande c’est le doute, la chose la plus amère c’est la pauvreté, la chose la plus douce ce sont les richesses, la chose la plus honteuse qui se trouve parmi les enfants d’Adam c’est l’incrédulité, la choses la plus mauvaise qui se trouve parmi les enfants d’Adam c’est une méchante femme, la chose la plus proche pour les enfants d’Adam c’est l’autre monde, et la plus éloignée est ce monde parce qu’il passe, la chose qui cause le plus de chagrin aux enfants d’Adam c’est l’âme qui se sépare du corps, et la chose la plus agréable c’est pour eux l’âme qui est dans le corps.
David dit à Salomon : Tu as dit la vérité !
Alors cet anneau à quatre faces qui avait été apporté du paradis devint le sceau de Salomon. Sur une de ses faces était écrit ce qui suit ‘À Dieu l’empire est’, sur la seconde face était écrit ‘À Dieu l’excellence est ’, sur la troisième était écrit ‘À Dieu l’autorité suprême est’, et sur la quatrième ‘À Dieu la toute-puissance est’..
 »
Salomon,
peint par Pedro Berruguete (vers 1500)

Selon les Chroniques de John Seymour , XXe siècle :
« Les docteurs de la loi voulurent tester le jeune Salomon pour éprouver son jeune âge et afin d’empêcher son accession au trône à la mort du roi David. Le roi s’était dit en lui-même que lorsqu’ils verraient la grandeur de sa sagesse ils cesseront d’objecter qu’un être si jeune puisse contrer et leurs décisions et les miennes. Et Salomon répondit à leurs questions par des réponses si parfaitement sages que tous ceux qui se tenaient là comprirent que tout cela avait été planifié par le roi David afin de prouver que Salomon serait un digne successeur après lui.

Lorsque la fin de l’épreuve arriva, Salomon se tourna vers l’un de ses adversaires et lui dit : Vous êtes vous-même revêtus de votre quête de problèmes par lesquels vous recherchez à prouver votre grandeur sur moi devant cette assemblée ; maintenant aussi je vous poserai quelques questions qui peuvent facilement être répondues par celui qui possède intelligence et raison : 

Dites-moi -- Qu’est-ce qui est tout et qu’est-ce qui n’est rien ? Qui est quelque chose et qui est moins que rien ?
Son adversaire ne trouvait aucune réponse à cela. Alors Salomon dit : Dieu le Créateur est tout, et le monde créé n’est rien. Le vrai croyant est quelque chose, mais l’hypocrite est moins que rien.
Se tournant vers un autre il demanda : Quel est le plus nombreux et quel est le moins nombreux ? Quel est le plus doux et quel est le plus amer ?
Le Roi Salomon - Icone russe
Et quand il fut incapable de répondre à cela, Salomon dit : En plus grand nombre sont les incroyants, peu nombreux sont ceux qui ont une ferme conviction de la religion. Le plus doux est d’avoir une femme vertueuse, de bons enfants et de la suffisance ; le plus amer est d’avoir une femme irréconciliable, des enfants rebelles et la pauvreté.
Il s’adressa ensuite à un troisième adversaire et dit : Quel est le plus laid et quel est le plus beau ? Quelle est la chose la plus certaine et quelle est la plus incertaine ?
Et lorsque ces questions restèrent sans réponse, il dit : La plus laide chose est quand un croyant devient incroyant, la plus belle chose est quand un pécheur se convertit. La chose la plus certaine est la mort et le jugement, la plus incertaine est le sort de l’âme humaine après sa résurrection.
Il ajouta : Voyez que les hommes les plus âgés et les plus intelligents ne sont pas toujours les plus sages ;
la vraie sagesse ne vient pas avec la longueur des années, ni de l’étude des livres, mais dans le don de Dieu.
Les spectateurs s’émerveillèrent grandement à cela et les chefs des gens s’écrièrent d’une seule voix :
Loué est notre Dieu qui a donné au roi un fils qui les surpasse tous en sagesse et qui est digne de s’asseoir sur le trône de son père !

Quand le roi fut arrivé à un âge très avancé, l’ange Gabriel lui apporta une lettre d’or céleste et lui dit :
Dieu te commande de réunir ensemble tes fils et de lire les questions qui sont écrites ici : Celui de tes fils qui pourra répondre correctement s’assiéra sur ton trône. 
Les Rois David et Salomon
David fit appeler ses fils et leur lut la lettre en présence de tous les principaux hommes d’Israël. Personne parmi eux ne fut capable d’énoncer une réponse à ces questions. 
Alors les enfants d’Israël tournèrent leurs yeux vers le jeune Salomon qui demanda à son père d’énoncer les questions une par une.
David demanda : Mon fils, quelle est la chose la plus belle au monde ? Salomon répondit : Quand Dieu pardonne aux hommes et quand ils se pardonnent l’un l’autre.
Mon fils, quelle est la chose la plus douce au monde ? L’amour, car c’est l’esprit de Dieu dans sa création.
Une nouvelle épreuve fut réclamée parce que les gens murmuraient du si jeune âge de Salomon et David ordonna que Salomon et les chefs de chaque tribu prennent une branche et écrivent leur nom dessus ; Celui dont la branche porterait fruit serait désigné successeur au roi. Les branches furent consignées et on mit une garde sur elles. Le lendemain matin, ils les cherchèrent et seule la branche de Salomon porta fruit ; par ce signe le seigneur fit connaître son intention de l’asseoir sur le trône de son père David
»


samedi 18 juin 2016

Des Evangiles au Mythe de Salomé... -2/4-

Si l’historien Flavius Josèphe est le premier à donner le prénom de Salomé au personnage de la danseuse, les Pères de l’Église chrétienne vont exploiter les ellipses du récit fondateur biblique pour donner à cet épisode une portée didactique moralisatrice. À l’époque, la femme est considérée comme une menace, et une tentatrice. L’archétype de cet imaginaire féminin est Ève, coupable du péché originel.
tympan du portail saint Jean
de la cathédrale de Rouen, XIIIe siècle
Salomé apparaît encore comme le pendant négatif de Judith. Le livre d'Esther (Marc,6, cf. Esth, II, 9 ; Marc, 6, 23, cf. Esth., V, 3)

Jean Chrysostome et Augustin d’Hippone (IV-Ve siècle) sont à l’origine des caractéristiques du personnage de Salomé développées plus tard et reprises dans la littérature : la danseuse perverse, la femme fatale et l’incarnation du vice.

Un extrait de l'Homélie 24 sur l’Évangile de Matthieu de Saint Jean Chrysostome, montre que si les écrivains des XIXe et XXe siècles ont vu en Salomé le mythe de la femme fatale, leur vision est peut-être en rapport avec ces commentaires d’hommes d’Église. De plus, ce sermon illustre la misogynie qui fait de la femme un être dangereux, associé au démon et au mal, représentant la luxure et le vice.
Benozzo Gozzoli, La Danse de Salomé,
Washington, National Gallery, 1461


Sous la plume de Saint-Augustin, Salomé se livre en toute conscience à une véritable bacchanale et mérite logiquement un châtiment sans appel. Celui qu’Augustin invente se révèle d’un symbolisme flagrant : Salomé meurt décapitée par les glaces d’un fleuve gelé. Sa mère n’est pas épargnée par un destin tragique mais au combien moral : c’est en aveugle qu’elle termine ses jours, réminiscence sans doute de l’errance d’Œdipe après la révélation de ses propres crimes d’inceste et de parricide.



Salomé et le XIXe siècle.
Si le mythe de Salomé a connu un véritable succès au XIXe siècle c’est sans doute d’une part grâce au mouvement littéraire qui caractérisait cette époque : le symbolisme.
Salomé, Lucien Lévy-Dhurmer, 1896


L’évolution du mythe s’est aussi faite grâce au développement des droits de la femme au sein de la société du XIXe .
« Il faut voir dans le développement du féminisme au XIXe siècle l’un des facteurs de la réactivation de ce mythe. Du fait qu’elle revendique sa part des droits de l’homme et du citoyen, la femme est apparue d’autant plus dangereuse au regard de l’idéologie conservatrice que la séduction (danse de Salomé) a pour fin inéluctable la castration (décollation de Jean-Baptiste) » Daniel Grojnowski et Henri Scepi : Cité par Pascal Agrien, « Salomé, un mythe littéraire » [en ligne] http://dma1.over-blog.com/articlesalome-un-mythe-litteraire-97398714.htm

Les auteurs germaniques ont enrichi le mythe, au XIXe siècle, de l'amour de Salomé pour Jean-Baptiste et du scandaleux baiser à la tête coupée. Oscar Wilde inventera ensuite l'expression de la Danse des sept voiles.

samedi 23 avril 2016

Centre Ste-Croix – Jacqueline Kelen – Soif de Beauté... -3/4-

Suzanne au bain : Livre de Daniel - Chapitre 13


Suzanne au bain - Jacopo Robusti, dit Tintoret (1518-1594)

Ce chapitre n'existe que dans la Bible grecque, il n'est donc reconnu comme canonique que par les Catholiques et Orthodoxes, les Juifs et les Protestants ne se fondant que sur la Bible hébraïque.

L'épisode de Suzanne au bain figure également dans les Mille et une nuits (Nuit 394 : Conte de la femme au bain et des deux vieillards, édit. La Pléiade, t. 2, p. 179)


Suzanne au bain - Massimo Stanzione (1585-1658)
Il est impressionnant de constater que cette histoire , extraite de la Vulgate, a inspiré de très nombreux peintres … Elle est le plus souvent un prétexte pour peindre des nus.


Suzanne au bain -
Artemisia Gentileschi (1593-1654)

Suzanne, une femme pieuse et très belle, est mariée au riche Joakim.

Suzanne représente l’innocence, juste devant Dieu : ''la crainte de Dieu'' est la crainte de déplaire à celui que l'on aime.

Tous deux vivent à Babylone dans une belle maison dotée d'un jardin. Parce qu'ils sont riches et respectés, de nombreux juifs viennent chez eux pour régler leurs différends en présence de deux '' anciens '' choisis parmi le peuple pour leur sagesse.

Les ''anciens'', et non les deux vieillards, représentent la loi, la justice. Leur parole est d' ''autorité''... !

L'après-midi, une fois les hôtes partis, Suzanne a l'habitude de se promener dans le jardin ( le Paradis ..) . Les deux juges la croisent quotidiennement et - sans se l'avouer mutuellement, parce qu'ils ont honte - se mettent à la désirer ardemment.

Ils convoitent '' La Beauté'' … Elle n'est pourtant pas à prendre, à être possédée...

Un jour, n'en pouvant plus, et s'étant séparés pour aller dîner, chacun des deux vieillards revient sur ses pas pour la contempler... et se rencontrent à nouveau ! Ils finissent donc par s'avouer leur désir et décident d'agir ensemble.
Suzanne au bain - Ottavio Leoni (1578-1630)


Deux : le chiffre est important... A eux deux, ils représentent le désir mimétique, facteur de violence ( René Girard)

Guettant l'occasion favorable, cachés dans le jardin, les deux vieillards libidineux surprennent une conversation entre Suzanne et deux servantes qui l'accompagnent. Suzanne leur demande de fermer les portes du jardin et d'aller quérir de l'huile et des parfums afin qu'elle se baigne parce qu'il fait chaud.

Les jeunes filles parties, les vieux sages sortent de leur cachette et lui proposent un odieux chantage :

« Voici que les portes du jardin sont fermées, personne ne nous voit et nous sommes pleins de désir pour toi ; donne-nous donc ton assentiment et sois à nous. Sinon, nous témoignerons contre toi qu'un jeune homme était avec toi et que c'est pour cela que tu as renvoyé les jeunes filles. »

Considérant qu'elle est perdue quel que soit son choix, Suzanne choisit pourtant de ne pas céder, afin de ne pas se séparer de Dieu. Elle se met donc à crier, tout comme les deux lascars qui, dans le même temps ouvrent les portes du jardin. Des gens accourent et écoutent les mensonges des anciens. 



Le lendemain, le peuple est rassemblé chez Joakim. Les deux anciens, crédibles parce que juges du peuple, réitèrent leur accusation :

« Comme nous nous promenions seuls dans le jardin, celle ci est entrée avec deux servantes ; elle a fait fermer les portes du jardin et renvoyé les servantes ; puis un jeune homme qui était caché est venu vers elle et a péché avec elle. En voyant le crime, nous avons couru vers eux et nous les avons vu s'unir. De lui, nous n'avons pu nous rendre maîtres, parce qu'il était plus fort que nous et qu'ayant ouvert les portes, il s'est échappé. Mais nous avons demandé à Suzanne quel était ce jeune homme et elle n'a pas voulu nous le révéler. De tout cela nous sommes témoins. »

Suzanne répond :

« Dieu éternel, qui connais les secrets et qui sais tout avant que cela n'arrive, tu sais qu'ils ont porté contre moi un faux témoignage, et voici que je meurs sans avoir rien fait de ce que ceux-ci ont méchamment imaginé contre moi. »

Suzanne est complètement seule... ! Où sont ses proches ? Seule et livrée : figure christique...

L'innocent ne peut pas se justifier... Alors, il s'adresse à l'Eternel...



Dieu entend Suzanne et éveille l'esprit saint de Daniel, un jeune garçon, alors qu'elle est conduite à la mort. Daniel demande alors à interroger les deux vieillards séparément. Il demande au premier sous quel arbre se tenaient Suzanne et son amant. Le vieillard assure qu'il s'agissait d'un lentisque. Le deuxième vieillard, à qui Daniel pose la même question, évoque un chêne.

Daniel ayant prouvé que le témoignage des deux vieillards était faux, ceux-ci sont condamnés à mort et Suzanne est lavée de tout soupçon d'adultère.

Et c'est ainsi que Daniel devint grand devant le peuple, à partir de ce jour et dans la suite du temps. 


*****
Quel est ce lien inviolable en moi, qui me permet de résister .. ?
Il y dans la beauté, peut-on s'interroger, quelque chose qui glace, et donne ne même temps l'envie folle de s'en saisir... 
La beauté, dit J Kelen, est un aiguillon dans notre existence épaisse, et la beauté fait mal, mais aucun homme de raison, ne voudra en convenir...

dimanche 21 février 2016

Peut-on être sauvé tout seul ? -2/.-

A l'époque de Jésus, le risque me semblait être à l'opposé d’aujourd’hui. L'idée du salut collectif, de la responsabilité inter-générationnelle, du clan...etc se faisait au risque de déresponsabiliser chacun sur le sort de sa vie ? Il fallait donc insister sur la responsabilité individuelle...
Eugène Burnand - L'Invitation au Festin  Eugène Burnand est un peintre suisse (1850 - 1921)

  • De quoi sommes-nous sauvés ?
En Jésus la mort est morte. Voilà de quoi nous sommes sauvés : de cette conviction déplorable que le ''péché'' est inévitable.
  • Qui nous sauve ?
« Car c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu ; il ne vient pas des oeuvres, car nul ne doit pouvoir se glorifier. » Ep 2, 8-9.
De même que le Christ a sauvé le monde par sa foi active, de même nous collaborerons au salut de notre monde par notre foi active.
S'imaginer que mes actes de bonté ou de générosité puissent me permettre d'obtenir le salut, serait pécher contre l'Esprit... ! Et loin de Mt 10,8  « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. »
Une autre aberration de cette idée du '' croyant qui cherche a obtenir le salut par ces propres mérites'' : est qu'il travaillerait uniquement à son salut personnel. Source de scandale pour un agnostique comme Camus...
Eugene Burnand - Le retour du fils repenti

  • Quel est ce ''moi'' qui est sauvé ?
Il reste à définir ce que je suis 'moi'... Qu'est-ce - de moi - qui sera sauvé … ? De mon corps, de mon intelligence, de mon tempérament, de mes défauts et mes qualités … Ce n'est pas si clair … ? ( Le Bouddhisme a une idée beaucoup plus précise de ce que 'je suis' )
Je n'aurais pas pu exister sans les autres … Depuis ma naissance, c'est par le regard d'autrui que je ''suis''... Je porte la présence de l'autre au cœur de moi-même... Je suis aussi, les générations passées, et bien sûr, ma mère et mon père, mes éducateurs … Ils sont 'beaucoup' de moi... que va t-il – d'eux – être sauvé … ? L'existence commune que j'ai avec mes proches et lointains ( ma culture, le fait que je sois né en France, et non au Niger …) a produit ce que je suis, avec des pensées communes, avec une religion … Qu'est-ce qui va être sauvé... Qu'est-ce de tout cela qui va ressusciter... ?
Eugène Burnand

Pour le Bouddhisme, l'homme prend conscience de sa nature spirituelle et découvre toute la différence qui sépare celle-ci de son vrai soi. La « Nature de Bouddha » ne définit pas véritablement la personne humaine, mais – en négatif – ce qu'elle n'est pas … L'illusion du « moi », est l'un des maux fondamentaux ( l'un des cinq Kleshas...) que nous devons combattre...
  • Qui est sauvé ?
« Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Tim 2, 4). Et dans son discours aux païens, Pierre déclare dans les Actes des Apôtres : « Je me rends compte en vérité que Dieu n’est pas partial et, qu’en toute nation, quiconque le craint et pratique la justice trouve accueil auprès de lui (Ac 10, 43-35). Ainsi, le pluralisme religieux peut être considéré comme un dessein mystérieux de Dieu dont la signification dernière nous échappe.



Babel : « Dès l’origine, le dessein créateur de Dieu est un dessein de salut en Jésus-Christ. À cet égard, le mythe de la tour de Babel est plein d’enseignements. On le comprend généralement comme l’illustration du mauvais pluralisme qui n’engendre que la confusion et remet en question toute prétention à une vérité transcendante. Mais c’est rester à la face purement négative de Babel. Certes, Babel est le symbole de la confusion des langues comme châtiment de l’orgueil humain qui a cru pouvoir revendiquer une unité qui n’appartient qu’à Dieu. Mais c’est aussi le retour à la condition originaire de l’homme voulue par le Dieu créateur. Le Dieu de la révélation biblique est un Dieu qui bénit la multiplicité, ne serait-ce déjà que la multiplicité de l’être humain qui est créé homme et femme. Dieu bénit la multiplicité des peuples, des langues et donc des cultures. Comment alors ne permettrait-il pas ce phénomène inévitable de la multiplicité des formes religieuses ? » Cl. Geffré

dimanche 29 novembre 2015

L'échelle de Jacob -1/2-

L'echelle-de-Jacob   -  Peintre: Michael Willmann


Au cours d'une courte retraite d'un week-end ; j'ai l'occasion de faire une pause et une ''relecture''... Parmi d'autres textes, il y a ce texte de l'échelle de Jacob.
« Prenant une pierre, pour en faire son chevet Jacob se coucha en ce lieu. Il eut un songe, voilà qu'une échelle se dressait depuis la terre et son sommet touchait le ciel. Les anges y montaient et descendaient.
 Et voici, l'Éternel se tenait au-dessus d'elle; et il dit: Je suis l'Éternel, le Dieu d'Abraham, ton père, et le Dieu d'Isaac. La terre sur laquelle tu es couché, je la donnerai à toi et à ta postérité. » Genèse 28, 11.

Cette échelle, image d'un songe, ouvre directement sur le symbole... C'est ainsi que les mythes et les symboles, même anciens portent des interrogations qui sont aussi les nôtres.
L’échelle image l’idée d’un divin situé dans un 'plus haut', ce qui suppose un 'plus bas' où l’homme a chuté. L’échelle lie ces deux espaces... Elle ouvre vers une communication, et ce sont les anges qui servent de messagers.

L'échelle est un symbole riche de sens :
- Pour Origène, l'échelle représente la métempsychose ou réincarnation: à la mort de l'individu, l'âme tente de s'élever vers le haut de l'échelle. Mais si elle a péché, elle ne peut franchir une certaine hauteur et retombe vers la terre pour se réincarner en un autre corps. Pour Théodoret, elle représente la Providence divine (les anges qui descendent du ciel pour accomplir les ordres divins).
- Philon, l'échelle représente l'âme. la base représente la sensation, le dernier échelon, l'intellect pur, et les autres échelons les degrés de la contemplation. 
- Pour Tertullien, l'ascension de l'échelle représente la vie du juste, dont les échelons sont les vertus, les bonnes actions qui permettent de parvenir à l'excellence morale.
Bref … Depuis longtemps, et quelque soit la tradition, cette image d'échelle parle … signifie plus que la fonction de l'objet ….


Pour moi, je suis sensible à ce que cette échelle me lie à '' l'Eternel ''. Par l'intermédiaire du 'moi' plus intime de moi-même, à une altérité ( je veux bien l'appeler aussi: le Soi)... Deux présences en face à face … Deux présences 'inégales', et la nécessité de messagers ( nul ne peut regarder le divin en face ...)
L’échelle ouvre le ciel... C'est possible ! Les anges offrent aux hommes la possibilité d'interpréter le 'haut' à partir du 'bas' ...



Intéressant d'observer sur le portail de 'Notre Dame' à Paris, face au Parvis, — et à la place d’honneur, — la figure de l’alchimie.

Elle y est figurée par une femme dont le front touche les nues. Assise sur un trône, elle tient de la main gauche un sceptre, — insigne de souveraineté, — tandis que la droite supporte deux livres, l’un fermé, l’autre ouvert. Maintenue entre ses genoux et appuyée contre sa poitrine se dresse l’échelle aux neuf degrés ...

Bon travail ...
A suivre... 

lundi 23 novembre 2015

Abraham, Sara, et Agar ; Isaac et Ismaël -5/5-

C'est encore un rire... qui m'a rappelé à ma responsabilité :
Ton rire Ismaël...
Tu jouais avec ton frère,beaucoup plus jeune, tu l'as entraîné vers des jeux qui n'étaient pas de son âge... Et Sarah, t'a vu rire Ismaël...
Sarah, m'a prié de décider maintenant … De dire aujourd'hui : qui est le fils de la Promesse ? Plus tard sera trop tard … Il en va de ton héritage !

Il fallait encore trancher... Ne pouvait-il y avoir deux fils de la Promesse... ?

Je ne voulais pas choisir... Pour la première fois, je me suis mis en colère contre Sara... Et la nuit, cette fois-ci fut très longue... Jusqu'au moment,
Jusqu'au moment, où l’Éternel me dit :
Accorde à Sara ce qu’elle te demande. Isaac est le fils de ma promesse. Je ferai aussi une grande nation du fils de ta servante; car il est ta postérité. 




Très tôt le matin, j'ai préparé des provisions, et j'ai réveillé Agar et toi, mon fils, pour vous séparer de notre clan … Et, je vous ai vu partir , et disparaître dans ce désert …
Mais je vous savais sous Sa protection... J'ai guetté les nouvelles... J'ai su, que tu étais devenu l'archer le plus adroit de tous les nomades... Tu es devenu leur chef, et marié à une égyptienne, tu assures à présent ma descendance... Je suis fier de vous, mes fils …



Agar et Ismaël ont erré longtemps dans le désert. Et, la provision d’eau s’épuise vite. Agar installe Ismaël sous un arbrisseau et s’éloigne à une portée d’arc. Elle s’assoit, ne sachant que faire, mais ne veut pas voir mourir l’enfant. Ismaël se met à crier et pleurer : il a soif, il a peur. Dieu, qui finalement assume cette histoire humaine s'adresse à Agar : '' Agar, lève-toi et prends ton fils.... Vous vivrez, vous verrez ! Agar court vers son fils, et après quelques mètres, aperçoit un puits : elle fait boire Ismaël, boit elle-même et remplit son outre. Dieu ne les abandonne pas. Ismaël et Agar s’installent au désert...

A côté de la tente d'Abraham : au-dessus des trois hommes, s'étend le ciel noir empli d'étoiles, aussi nombreuses que la descendance promise à Abraham …

Isaac dit : Avant de partir, Père... donne-nous ta bénédiction :
Abraham répond : Comment pourrais-je vous donner quelque chose... ? Qu'ai-je à moi … ?
J'ai appris à me dessaisir sept fois : de mon père,de ma terre, de mon nom, de mon fils Ismaël, et même de toi Isaac... De ma femme, et … même de mon prépuce pour sceller mon alliance …

Alors Abraham a ri.... a ri …






mardi 17 novembre 2015

Abraham, Sara, et Agar ; Isaac et Ismaël -4/5-

Puis, à l'âge de 99ans, Abram entend l’Éternel.
L’Éternel souhaite conclure une alliance avec le vieil homme et sa descendance...
Abram se jette le visage contre terre. La voix continue : Je serai ton Dieu je vous donnerai un pays pour toujours. Des peuples et des rois sortiront de toi. Tu t’appelleras désormais Abraham - Père de la multitude des croyants - et ta femme Sara - Princesse, et non plus ''ma princesse' - , elle te donnera un fils et ta descendance sera innombrable.

Alors, j'ai crié... Oui, longue vie à Ismaël !
- Non... ! Sara, ta femme aura un fils et tu l’appelleras Isaac. Je n’ai pas oublié Ismaël : c’est le fils de votre désir, je le prend sous mon aile. Mais mon alliance, c’est avec Isaac, le fils de ma promesse, que je l’établirai...

Et, ce jour même, Abraham s'est fait circoncire, lui, son fils Ismaël et tous les hommes de sa maison

- J'avais laissé mon pays, et à 99 ans,, j'ai laissé mon nom, … Quant à Lui, je ne savais même pas son nom, mais je savais qu'il était présent... 
Et j'ai ri, Ce que j'ai ri … Quel est donc ce Dieu qui fait alliance avec un homme? Quel est donc ce Dieu, pour m'annoncer que Sara, âgée de quatre-vingt-dix ans, enfanterait... ?

Quelques jours ont passé, et …
C'est ici, près du grand chêne, que j'ai eu la visite de trois anges... Je les ai reçus comme il fallait... Sarah, cachée nous observait … L'un des trois annonce que d'ici un an Sarah aura enfanté un fils …. Sarah, dans son cœur rit... Alors l'ange me dit « Pourquoi donc Sara a-t-elle ri ?… » Je ne savais pas … mais Sarah, elle a su que c'était l’Éternel – qui l'avait vu rire en son cœur - qui rappelait sa promesse ...

Et …. Tu es né :Isaac, l'enfant du rire de Sarah, l'enfant qui rira, puisque tu es le fils de la promesse ...

mercredi 11 novembre 2015

Abraham, Sara, et Agar ; Isaac et Ismaël -3/5-

Et, Agar, ta mère - dit Abram à Ismaël - , une servante égyptienne – t'a porté, généreusement... mais quel caractère ! Un tempérament de feu, qui la rend fière, exigeante... pour son enfant.
Sarah souffre et ne supporte pas l'attitude nouvelle de sa servante :
Alors Saraï dit à Abram : « tu es responsable de l’injure qui m’est faite ! J’ai mis ma servante entre tes bras et, depuis qu’elle s’est vue enceinte, je ne compte plus à ses yeux. Que ton Dieu juge entre moi et toi ».


Ismaël, pardonne-moi, dit le vieux patriarche... Je n'ai peut-être pas assez défendu ta mère, Ismaël … C'était elle, qui portait mon enfant... Je n'ai rien dit...
Et Sarah est devenue dure, et si dure.... que ta mère s'est enfuie
J'ai eu peur pour toi, Ismaël ….

Quand Agar, est revenue – changée – J'ai compris que c'était Lui, l’Éternel qui était intervenu … Alors que nous nous avions désigné cette étrangère, l'Eternel lui, l'avait vue, elle et toi mon fils, Ismaël …. Ta mère L'appelle « le Vivant » : «  le Vivant qui me voit » dit-elle...

Agar est donc revenue... Puis Agar a posé l'enfant sur les genoux d'Abram, qui a déjà 86 ans et de Saraï...

Pendant 13 ans, Ismaël, je t'ai élevé, comme mon fils unique …

Les trois hommes sont près de la tente d'Abraham, autour d'un feu d'herbes du désert, dont la flamme et le parfum réjouissent le cœur, autant que la boisson... La boisson pour le vieil homme , c'est du '' petit-lait bouilli sucré au miel '', préparé par les femmes ...
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lundi 2 novembre 2015

Abraham, Sara, et Agar ; Isaac et Ismaël -1/4-

« La durée de la vie d'Abraham fut de 175 ans, puis il expira. Abraham mourut après une heureuse vieillesse, âgé et rassasié de jours, et il alla rejoindre les siens. Ses fils Isaac et Ismaël l'enterrèrent dans la grotte de Macpéla, dans le champ du Hittite Ephron, fils de Tsochar, vis-à-vis de Mamré. » (Genèse 25.1-11)



Deux fils qui enterrent ensemble leur père : une scène sans doute assez banale, au cours des siècles passés … Pourtant cette histoire ne l'est pas... Elle se passe il y a longtemps... à l'origine de nos peuples, de nos traditions …
Les fils se nomment Isaac, et Ismaël : fils d'Abraham...
Abraham - dit-on – est mort à 175 ans. A présent, il est enterré -selon sa volonté – aux côtés de Sarah, dans la grotte de Makpéla, à Hébron.
Hébron, où il a terminé sa vie : cette région de maquis et de chênes, là même où les trois anges lui étaient clairement apparus, en plein midi, pour leur annoncer la prochaine naissance d'Isaac...
Isaac pense à sa mère - Sara - morte à cent vingt-sept ans. Abraham, qu'on présente parfois comme un conquérant, ne possède pas le moindre arpent de terre en Canaan, il a du supplier un chef d'une tribu de lui céder une caverne aménagée, la grotte de Makpéla, pour la déposer... Ensuite, il viendrait la rejoindre...

Abraham a eu une autre concubine, et d'autres enfants …

Juste avant de mourir, Abraham a demandé à ses proches de réunir autour de lui ses deux fils : Isaac et Ismaël.
Abraham a tant de choses à leur dire... Peut-être aussi, tant choses à se faire pardonner, et qu'il n'a – malheureusement - même pas pu dire à leur mère : à la mère d'Isaac, la belle Sara ; et à la mère d’Ismaël, l'égyptienne Agar ( Agar signifie ''l'étrangère'' ...)...


Abraham – même très âgé - reste un nomade... Il vit près des tentes... Il a besoin de sentir la nuit arriver sur le campement avec le bellement des troupeaux, rassemblé près des tentes pour la nuit...
Autour d'un feu, il est plus facile entre hommes de se parler … Et Abraham a besoin de parler...

En ce temps là, Abram avait sacrifié aux idoles, pour avoir une descendance... Mais rien...
Ensuite, sur son chemin, il avait rencontré des anges, qui lui annonçaient un Dieu qui se souciait des hommes ...
Ce ''Dieu'' lui demande de quitter son pays. Abram quitte Haran sa patrie, il est déjà très âgé, sans enfant ; il a soixante quinze ans...
Ce ''Dieu'' lui annonce, que lui Abram sera le Père d'un grand peuple, et qu'Il sera toujours là à ses côtés...


Sa femme Saraï ( qui signifie ''ma Princesse'' ) et leur neveu Lot qu’ils prennent avec eux, ne lui posent pas de question. Quand Abram décide, c’est qu’il en a discuté suffisamment avec celui qu’il appelle son Seigneur, pour qu’on lui demande quoi que ce soit !

Avec Saraï, nous avons quitté le clan, nous sommes partis vers le sud... Nous avons fait confiance à l'Eternel...

Nous sommes entrés en Canaan après avoir suivi la route des troupeaux, celle du Croissant fertile, qui monte de Chaldée jusqu’à la frontière que trace l’Euphrate puis redescend à mi chemin entre la mer et le Jourdain, à travers les collines de Canaan, jusqu’à Sichem, et au Chêne dit, Chêne de Mambré, où il établit son camp provisoire … 
Il y eut une famine … 
A suivre ...

dimanche 18 octobre 2015

Jésus et Nicodème -5/7- : La nouvelle naissance

Ancient Jewish-mikvah 
Je rappelle ma recherche : Nicodème pouvait-il comprendre l'idée de ''nouvelle naissance'' ?
Philon d’Alexandrie ( 25 av JC – 50 ap JC), contemporain du Christ,  philosophe juif hellénisé cherche à concilier la foi juive avec la philosophie grecque. Cette notion de nouvelle naissance ( régénération) ne lui est pas étrangère, il prend exemple de Jonas... Il a une lecture allégorique du Pentateuque ... Le but qu’il recherche est de mettre l’homme sur la voie royale afin que par une vie vertueuse il arrive à la plénitude de l’homme céleste déjà en ce monde.

Dans la littérature rabbinique, le texte de Mekilta de Rabbi Ismaël (1er siècle), Ex 16,25 reproduit une tradition de R. Eleazar de Modin selon laquelle celui qui observe le sabbat a droit au monde futur et à un monde nouveau... Le concept a perdu ici son sens eschatologique pour se limiter à la purification des fautes.

Un Midrash de l’école de Hillel, fait référence aux ... «  Si tes péchés sont comme l’écarlate, ils deviendront blancs comme la neige » ( image des « agneaux d’un an »). Le commentaire continue au nom de Ben Azzai: “Ils purifient les péchés d’Israël et leur rendent l’innocence comme celle d’un enfant d’un an”
D'autres midrashs ( exégèse du texte biblique), évoquent la ''nouvelle naissance'' : ainsi sur CantR 8,2 : Le texte du Midrash explique: “Je te conduirai à la maison de ta mère. C’est le Sinaï. R. Berekia dit: Pourquoi le Sinaï est-il appelé maison de ma mère? Parce que là les israélites furent recréés comme des enfants nouveaux”: Ce texte évoque 1P 1,23, où la régénération se fait par la Parole.
CantR 8,5 reproduit une tradition semblable à la précédente: “Dieu dit à Israël: Si vous acceptez ma loi c’est bien, sinon je vous écrase contre cette montagne et je vous détruis. C’est là que ta mère a connu les douleurs de l’enfantement et t’a engendré… car tu as été recréé comme créature nouvelle”.
Autour de la fête des Tentes en LevR 30,3
La citation du Ps 102,19: “On écrira ceci pour l’âge futur. Un peuple nouveau louera le Seigneur” est commentée: “Le saint, béni soit-il, fera dans le futur de son peuple une créature nouvelle ...
La recréation du peuple a une portée eschatologique, puisque c’est après les souffrances que Dieu va recréer son peuple. Plusieurs commentaires de LevR 30,3 le soulignent. La fête des Tentes est une fête de la résurrection des corps. Le loulav est symbole du corps de l’homme. L’eau versée sur l’autel est symbole de l’Esprit qui recrée. Sukkot a recours au symbolisme de l’eau-Esprit.

Les fêtes d’Israël font mémoire des événements du salut. L’homme se souvient. Dieu aussi se souvient. Son intervention consiste à faire des créatures nouvelles. Nous sommes là , au niveau anthropologique.

La prière Yoser qui accompagne le Shema Israel exploite aussi le même thème. La renaissance est associée au concept du pardon des péchés, au don de la loi, au sacrifice du Tamid et aussi à la résurrection des justes dans ces textes relativement tardifs.


Sources : Les enfants de Rebecca: judaïsme et christianisme aux premiers siècles … de Frédéric Manns, ofm : / Studium Biblicum Franciscanum, Jerusalem

vendredi 16 octobre 2015

Jésus et Nicodème -4/7- : La nouvelle naissance

Je reprends ma question: Le sage, le lettré, le 'docteur de la loi ' Nicodème, était-il assez stupide pour ne pas saisir l'allusion de Jésus, sur la nouvelle naissance...?

Le concept de ''nouvelle naissance ''
Dans le judaïsme ; partant de textes apocalyptiques qui évoquent tantôt la disparition du vieux monde, tantôt la création des cieux nouveaux et d’une terre nouvelle, le judaïsme a transformé un concept cosmologique en concept anthropologique: c’est l’homme qui est appelé à devenir une créature nouvelle.
Le christianisme relira ces textes à la lumière de la Résurrection du Christ ( en relation déjà dans le texte de la rencontre avec Nicodème (2,23), avec aussi le thème de la création, œuvre de l’Esprit (3,7-8) . Le baptême sera présenté comme une nouvelle naissance.

- La traduction grecque de la Bible ( Septante) connaît le concept de nouvelle création. Dans le second Isaïe au retour de l’exil, s’enracine la théologie d’un monde nouveau... A noter que c’est Dieu qui est l’initiateur des temps eschatologiques et que l’homme n’y est pour rien. C’est à la communauté de Jérusalem que l’auteur promet une reconstruction, un rassemblement eschatologique des Israélites dispersés.
Jonas
« Ne vous souvenez plus d’autrefois, ne songez plus aux choses passées. Voici que je vais faire du nouveau qui déjà paraît ». Isaïe 43,18-19
« Car je vais créer des cieux nouveaux et une terre nouvelle et on ne se souviendra plus du passé qui ne remontera plus au coeur » Isaïe 65,17

Jérémie 31, 31 ; Ezéchiel 36, 26-28 ; Psaume 143, 10-11

- Qumran
Plusieurs textes provenant des Hymnes de la communauté, de la Règle de la communauté et du Rouleau du Temple orchestrent l’idée de recréation :
1QH 3,19-21: “Je te rends grâce car tu as racheté mon âme de la fosse et du Shéol de l’Abaddon et tu m’as fait remonter vers une hauteur éternelle…

J’ai su qu’il y avait de l’espérance pour celui que tu as formé de la poussière en vue de l’assemblée éternelle. Et l’esprit pervers tu l’as purifié d’un grand péché pour qu’il se tînt en faction avec l’armée des Saints et qu’il entrât en communion avec la congrégation des Fils du ciel…”.
La division des hymnes en deux groupes: hymnes du Maître de Le temps du salut eschatologique commence par l’entrée dans la communauté qui est une nouvelle création.

Le Liber Antiquitatum Biblicarum du Pseudo-Philon ( 1er siècle)
3,10: “Le monde cessera, la mort s’éteindra et l’enfer fermera sa bouche.
Et la terre ne sera pas sans produit ni stérile pour ceux qui l’habitent.
Nul ne sera souillé de ceux qui auront été justifiés par moi. Et il y aura une autre terre (terra alia) et un autre ciel (celum aliud), demeure éternelle”.



Sources : Les enfants de Rebecca: judaïsme et christianisme aux premiers siècles … de Frédéric Manns, ofm : / Studium Biblicum Franciscanum, Jerusalem... 
A suivre ...

jeudi 8 octobre 2015

Jésus et Nicodème -2/7- : Le Talmud, Hillel

On imagine bien, que Nicodème pouvait se reconnaître dans un rabbi comme Hillel...

A la mort d’Hillel, Shammaï qui était vice-président du sanhédrin lui succéda jusqu’en l’an 30. La mort de Shammaï coïncide plus ou moins avec celle de Yéshoua. Cela signifie que depuis son adolescence et tout au long de son ministère, c’est Shammaï qui est le président du sanhédrin. Lorsque Shammaï meurt, il cède la place à Gamaliel (petit-fils de Hillel) dont les fils et petit-fils lui succéderont jusqu’à la fin du 2e siècle.


Hillel et Shammaï étaient tous les deux contemporains de Jésus.Ce contexte historique nous montre pourquoi Jésus sera confronté quotidiennement aux disputes qui opposent ces deux écoles pharisiennes. Il devra en effet prendre position sur des halakhot (lois) existantes. Lorsque Yéshoua se dispute avec les scribes et les pharisiens, il s’agit de shammaïens et non pas tous pharisiens confondus.

Une histoire fort célèbre raconte qu’un non juif est allé trouver Shammaï pour lui demander « Apprends-moi toute la Torah le temps que je me tienne sur un pied, et alors je me convertirai au judaïsme ». Shammaï le chassa avec la baguette qu’il avait toujours dans la main à cette époque. Ce même non juif alla alors trouver Hillel, et lui fit la même requête. Hillel lui répondit positivement. Il lui dit :
- Ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu’on te fasse

Voilà toute la Torah, maintenant va et étudie le reste.