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jeudi 29 juin 2017

Roger de Laron et les Templiers – Histoire et Légendes -3/.-

Le Château de Laron, est à proximité de la Commanderie de Charrières ( aujourd'hui en Creuse, au hameau de La Faurie – commune de Saint-Moreil). Roger de Laron a connu le vieux Géraud de Saint-Martial, qui a déposé à Poitiers lors du procès des Templiers. En 1308, il est également interrogé à Rome : il dit avoir reçu l'habit du Temple,  il y a environ cinquante ans, des mains de frère Etienne de « Loriut », précepteur du Limousin, en une maison du Temple appelée Chamberaud. Peu après son admission, il est allé dans les États latins d'Orient et y a passé vingt-quatre ans.

Le vieux chevalier Géraud, aimait s'approprier cette légende: 
Une forteresse, dans les environs de Tyr, appartenait à un puissant Emir. Ce chef était assez malin, pour accepter de rencontrer les chrétiens et commercer avec eux ; mais il refusait d'en être le vassal...
Il avait une fille très belle qui serait tombée amoureuse du fringant écuyer Géraud. La jeune femme lui aurait dévoilé le secret pour accéder au château sans se faire prendre par la garde, afin qu’il puisse venir la retrouver la nuit. Un soir, le jeune homme laissa volontairement la porte ouverte, pour que les chevaliers chrétiens assaillent la forteresse. Face à cette trahison, l'Emir et sa fille se sont jetés de la plus haute tour, préférant mourir plutôt que d’abandonner le château aux chrétiens.

Le templier Géraud de Saint-Martial, s'il n'était rentré en sa province, serait bien resté en Orient : « Ceux qui étaient pauvres en leur pays, ici Dieu les a fait riches. Pourquoi retournerait-il en Occident celui qui a trouvé l'Orient si favorable ? » ( témoignage de Foucher de Chartres)
Wilbrand d'Odenbourg (1180-1233) au début du XIIIe siècle, décrit des forteresses qui pouvaient être aussi des châteaux de plaisance :
« Cette salle, dit-il, ouvre d'un côté sur la mer, où l'on voit voguer les navires, et, de l'autre, sur des prairies et des vergers. Son pavage de mosaïques représente une eau ridée par la brise et on est tout étonné en marchant de ne pas voir ses pieds empreints dans le sable qui apparaît au fond. Les murs sont revêtus de placages de marbre qui simulent des tentures. La voûte est peinte à l'image du ciel et l'on y voit des nuages courir, le vent souffler et le soleil distribuer l'année, les mois, les jours, suivant leur mouvement dans le Zodiaque. En ces arts décoratifs, les Syriens, les Sarrasins, les Grecs excellent et rivalisent. Au milieu de cette salle se trouve tin bassin en marbres de couleurs diverses, où l'on voit une variété infinie de fleurs qui éblouissent le regard. Au centre de cette vasque se trouve un dragon, dont la gueule lance une gerbe d'eau cristalline qui, grâce à l'air circulant librement par de larges fenêtres, répand en cette salle une fraîcheur délicieuse.

Et dans ces belles résidences du bord de la mer vivaient ces princesses lointaines qui s'appelaient Sibylle, Béatrix, Étiennette, Mélisende, dans un luxe raffiné, où la grâce française se mêlait de façon singulière aux charmes mystérieux de l'Orient.
Il faut imaginer des fêtes princières qui se donnaient dans ces grandes cités de la colonie latine : Telle que le couronnement d'un nouveau roi de Jérusalem, et la fête qui lui fait suite se prolonge pendant quinze jours dans l'immense grand'salle du Palais des templiers de Saint- Jean-d'Acre ; on y donne des représentations théâtrales : chevaliers et noble» dames se partagent les rôles des héros de la Table ronde et l'on voit paraître en des joutes galantes Lancelot, Tristan, Palamède et Penthésilée, reine des Amazones."



Ce témoignage nous rappelle une autre histoire, que les croisés aiment se raconter.
Elle concerne le chevalier Renaud de Châtillon (1120-1187) : fils cadet d'un pauvre seigneur de Châtillon Coligny près de Gien, Renaud fait partie des hommes de la seconde croisade. Il est venu en Terre sainte davantage en quête d'aventures et de preux exploits que pour des motivations religieuses. Il épouse en 1153 Constance de Hauteville (1127-1163), la princesse d'Antioche, veuve depuis 1149 ; qui pourtant ne souhaitait plus se marier... . Constance, Petite fille, mariée en secret, à neuf ans, à un chevalier de vingt-cinq ans son aîné ( Raymond Ier de Poitiers, prince d'Antioche, fils de Guillaume IX, duc d' Aquitaine..), va découvrir peu à peu les armes de son sexe faisant de ce mariage de raison une étonnante histoire d’amour. Elle apprend aussi à surmonter la haine de sa mère en même temps qu’à louvoyer entre les revendications des empereurs byzantins, les ambitions du roi de Jérusalem et les attaques des turcs pour préserver sa liberté de femme et de princesse.
Renaud, devenu prince d'Antioche, est fait prisonnier par l'émir d'Alep... Malgré sa témérité reconnue de tous, il reste seize ans en captivité...

Constance étant morte, le roi de Jérusalem marie Renaud avec Étiennette de Milly ( + 1197), déjà deux fois veuve, suzeraine d'un des principaux fiefs du royaume, cette vaste Terre d'Outre-Jourdain, où plusieurs châteaux forts s'échelonnent sur une ligne de crête au delà de la mer Morte jusqu'à la mer Rouge. La principale forteresse de cette Terre d'Outre-Jourdain est Kérak de Moab.
A cette époque, le royaume est menacé par un ennemi redoutable, le sultan Saladin, qui est parvenu à réunir sous sa domination les États musulmans de Syrie et d'Egypte.
Bientôt Renaud de Châtillon devient son principal adversaire et lui inflige maintes défaites.
L'année suivante, Saladin va, avec une puissante armée, assiéger Renaud dans son grand château de Kérak, qui domine, à 1 000 mètres d'altitude, le rivage oriental de la mer Morte. Et, dans le récit de ce siège, se place un épisode plein de grâce et de galanterie.

* Le 22 novembre 1183, une fête splendide commence dans le grand château du désert ; la noblesse franque s'y est réunie, venant de très loin, pour les noces du fils d'Étiennette de Milly, Onfroy de Toron, avec Isabelle, fille du feu roi de Jérusalem, Amaury.
Tout à coup, on signale l'approche des troupes musulmanes. Cependant, la fête continue, et, tandis que les mangonneaux de Saladin martèlent les murailles, tandis que Renaud de Châtillon, avec ses hommes d'armes et ses perrières, soutiennent le combat, on danse au son des fanfares joyeuses dans la grand'salle pleine d'invités de haut lignage. Et le chroniqueur Ernoul nous raconte un trait de délicate courtoisie de la princesse Étiennette vis-à-vis de Saladin. Elle lui fait porter une part du festin nuptial dans son pavillon de soie tout brodé d'or et lui envoie son salut en lui rappelant qu'alors qu'elle était tout enfant, lui, Saladin, était otage dans le château et qu'il la portait dans ses bras. Et le Sultan, très ému par ce souvenir, lui répond par un geste véritablement chevaleresque : « II la merchia moût hautement », et il demande à ceux qui ont apporté ce présent «en quelle tour gîtaient les nouveaux mariés».- Et, quand on la lui montre, il fait crier par tout son ost que nul ne tente de lancer des traits contre cette tour ni de l'attaquer en aucune manière.

Cette fois. Saladin ne prit pas le château : l'armée du roi de Jérusalem, avertie par des feux allumés en haut du donjon (par temps clair, on voit le Jardin des Oliviers de l'autre côté de la mer Morte, à 80 kilomètres à vol d'oiseau), vint au secours de Kérak et Saladin dut lever le siège. Mais, quatre ans plus tard, il remportait une éclatante victoire à Hattin sur le roi de et il tuait de sa main Renaud de Châtillon.

Voilà de vielles histoires que raconte ( 130 ans plus tard..!)  le vieux templier, Géraud de Saint-Martial... Mais revenons à Charrières...
La commanderie se compose d’une ferme et de dépendances, d’un château et d’une chapelle dédiée à Sainte-Claire. Une fontaine nommée « Sainte-Claire » est creusée à côté et en contrebas de la chapelle. Ce lieu de dévotion sert à soigner les maladies des yeux.

Beaucoup de pierres de ce lieu saint ont été utilisées pour construire des maisons dans le village de La Faurie. En 1837 , le château de la commanderie, adossé à l’église sera détruit. Beaucoup de pierres de la chapelle ont été utilisées pour construire des maisons dans le village de La Faurie.
Images extraites du film '' Kingdom of Heaven''

lundi 26 juin 2017

Roger de Laron et les Templiers – Secrets et Légendes -2/.

La Fin des Templiers :

En 1307, peu de monde défend les templiers... Le désenchantement de la Noblesse et du Peuple envers ceux qui étaient censés défendre la Croix contre les infidèles ; la transformation des moines guerriers en propriétaires terriens, en banquiers ; des cérémonies d’admission et d’initiation des moines considérées comme secrètes et incompréhensibles, voire hérétiques … Tout ceci a pour effet de rendre tout à fait plausible les incroyables allégations qui sont faites par les sbires du Philippe IV, contre les templiers ....
Philippe le Bel, monarque toujours en manque de ressources, se met à penser à l’utilité du Trésor des Templiers. S’il ne sert plus à financer les expéditions chrétiennes en territoire musulman à qui pourrait il profiter ?
De plus cette constellation de châteaux, forteresses et couvents dans les mains des guerriers du Christ, forment un empire hors de contrôle du souverain : l’Ordre des Templiers se positionne comme un état au sein d’un état.

Philippe IV commence par lancer une campagne de calomnie contre les Templiers, accusant ces derniers d'être des sodomites, ainsi que de participer à des rituels sataniques...
Avant d'abattre le Temple, Philippe IV doit renverser celui qui en possède l'autorité : le Pape. Par l’entremise de son fidèle Guillaume de Nogaret (1260-1313), il profite de la confusion qui s’abat sur Rome, accuse Boniface VIII d’hérétique, et lui arrache le pouvoir, le bannissant de la cité.
Auparavant, en 1296, Philippe le Bel soumet le clergé français à impôt sans l'aval du pape Boniface VIII ; celui-ci le menace d'excommunication … Le roi lance une campagne de pamphlets, dénonce l'hérésie, le parjure, le mépris des sacrements et même les pratiques sexuelles douteuses de Boniface VIII. C'est Nogaret, qui se rend à Anagni, et au beau milieu d'une insurrection menée par les frères Colonna, deux cardinaux que le pape a spoliés de leurs biens, il signifie au pape qu'une assemblée réunie au Louvre a décidé de déposer et de faire juger le pape Boniface VIII... Pendant deux jours, sous la pression des Français, Boniface est prisonnier en son palais d’Anagni (septembre 1303). Libéré par ses partisans, Boniface VIII, humilié, meurt quelques semaines plus tard.
Ensuite en juin 1305, Philippe le Bel fomente l’investiture d’un de ses sujets Bertrand de Goth, l’archevêque de Bordeaux pour être nommé pape : Clément V (1264-1314) annule tous les actes de Boniface VIII contre Philippe le Bel.
Le 14 septembre 1307, le Roi signe en l'abbaye de Maubuisson, l’ordre d'arrestation de tous les Templiers établis sur son royaume. Des ordres cachetés sont envoyés à tous les baillis et sénéchaux du royaume. Ils ont instruction formelle de ne les ouvrir que le 12 octobre au soir.... On connaît la suite ...
Arrestation des Templiers eu octobre 1307
Clément V s'émeut du procédé royal ... En accord avec les souverains étrangers, il tente de réagir. Deux conciles réunis à Trèves et à Mayence déclarent les templiers innocents. Mais il est trop tard.

Les templiers pressentant l’imminence de l’intervention de Philippe le Bel, ont débarrassé les commanderies de tous les documents, comptes, archives diverses en leur possession.
Que sont devenus ces documents ?
A ce trésor de documents s’ajoute le trésor constitué par les importantes sommes d’argent déposées dans leurs coffres.

Lors du procès, un frère templier, Jean de Châlons ( qui est sergent) ; prétend avoir cherché à s'opposer à la fuite de frère Gérard de Villers à la tête de 50 chevaux ; 40 chevaliers et 10 chevaux portant les coffres du Trésor Général. Ils auraient pris la mer avec dix-huit galères. A moins que ceci, ne soit qu'un stratagème pour détourner l'attention des officiers du roi de France...
Le ''trésor'' aurait été dispersé...
Plusieurs lieux ont été cités, bien connus et d'autres moins... Par exemple, les souterrains du château de Juillé ( secret confié par Hubert de Faudoas, qui fut le page de Guillaume de Beaujeu, un grand Maître de l'Ordre du Temple tué à Saint Jean d'Acre en 1291 ) ; vers la forêt d'Orient ( dans les étangs entre Troyes, Payns, Clairvaux ) ; cette région même qui sert de source d'imagination à Chrétien de Troyes, pour décrire les territoires du Roman de Perceval,; la ''piste'' d'Aquitaine, et La Rochelle ( pour un départ maritime …), à Barbezières, au Mont Dore ( Auvergne), en Ecosse, au Portugal, voire en Amérique … !

Et si pour pour certains le véritable trésor du Temple est autre, et s'est maintenu jusqu'à aujourd'hui ... Roger de Laron, dirait que le véritable trésor est de l'ordre d'une ''science''.
Si encore le trésor est de l'argent, des reliques, des objets liturgiques, des textes antiques... Tous se rejoignent dans un vocabulaire compris d'eux-mêmes : l'Or, l'or alchimique, les pommes d'or, la Toison d'or, l'Arche, les Tables, l'Oeil d'Horus, la Coupe Sainte... Etc... Bref : Le Graal... Il n'y a pas de définition possible du Graal... Le Graal apportait à ceux qui pouvaient le contempler, toute nourriture et toute joie. Pour cela il est nécessaire d'ouvrir son esprit à lire directement dans la nature même des choses …


vendredi 23 juin 2017

Roger de Laron et les Templiers – Secrets et Légendes -1/.-


L'importance de l'Ordre du Temple.

Ce 23 décembre 1095, le pape Urbain II entre à Limoges. - Il y a un mois que '' l'appel '' de Clermont à la 1ère croisade a eut lieu. Le jour de Noël, il célèbre trois messe : à l'abbaye de la Règle, à l'abbaye Saint-Martial puis à la Cathédrale. Le 29 et le 30, il consacre les deux basiliques.
De nombreux seigneurs locaux rejoignent l'armée du comte de Toulouse. Cette croisade aboutit le 15 juillet 1099 à la prise de Jérusalem.

En 1116, Hugues, le puissant Comte de Champagne, un des princes les plus riches du royaume de France, marié en 1093 à Constance de France, fille du roi Philippe 1er, répudie femme et enfants. Il abandonne ses richesses et les siens pour rejoindre le nouvel Ordre du temple et surveiller les routes sous les ordres de Hugues de Payns, son ancien vassal... ( Unique.. ! dans les annales du Moyen-âge..) Pourquoi ? Que cherche t-il ?

* L'Ordre du Temple est fondé en 1120 et reconnu par le Concile de Troyes en janvier 1129.
Bernard de Clairvaux et les Cisterciens guident les premiers pas de l’Ordre.
L’Ordre est composé de chevaliers, de chapelains, de sergents formant la masse des simples soldats, et enfin d’une multitude d’artisans de tous métiers. Tous sont liés par la Règle, mais seuls les premiers, réunis en Chapitre, exercent le gouvernement.
Règle de l’ordre du Temple
Premiers mots (Incipit) de
la règle de l’ordre du Temple
adoptée au concile de Troyes de 1129.

Le concile de Troyes (1129) rend les Templiers intouchables. Seul le Pape a dorénavant prise sur l'Ordre... Ils échappent également à tous impôts et toutes dîmes, laïques ou épiscopales...
Presque immédiatement, l'Ordre se trouve richissime : en Orient par le gain des armes ( le pillage...). En Occident par les dons : par pénitence, par peur de l'au-delà... Des terres , de l'argent, des héritages... Le Roi d'Aragon voulut même donner la totalité de son royaume … !
Les Templiers sont chambellans et aumôniers de la papauté. Ils sont aussi chargés de récolter les taxes sur les croisades. Ils disposent d’une formidable puissance économique qui fait d’eux d’incontestables financiers et d’évidents détenteurs de la plus grande partie du réseau des châteaux forts sans lesquels l’établissement des croisés en Terre Sainte n’aurait eu aucune chance de survie.
Les Templiers créent en plein Moyen-Âge un système monétaire perfectionné dans lequel figurent la plupart des opérations modernes : ouverture de comptes courants, avances, cautions, gestion de dépôts, transferts internationaux de fonds...
Tout seigneur qui partait en croisade pouvait sécuriser ses biens en les confiant au Temple. Une lettre de change lui était alors remise. Grâce à cette dernière, celui-ci pouvait retirer les sommes d’argent dont il avait besoin tout au long de son voyage, dans l’une des commanderies rencontrées sur son chemin.

Des spécialistes ont calculé qu’au XIIIe siècle, l’Ordre du Temple tirait de toutes ses activités bancaires, un revenu annuel moyen de 112 millions de livres, c’est-à-dire à peu près cent milliards de francs en 1999.

Après la chute de Saint-Jean d'Acre en 1291, l'Ordre du Temple se replie dans ses ''maisons''...
Ces commanderies sont principalement des exploitations agricoles dont une partie des revenus alimente leurs finances ; le templiers ne négligent pas non plus de s'installer en ville.


Aux XIIe etXIIIe siècles, notre région du Limousin correspondait au comté de la Marche au nord et à la vicomté de Limoges au sud, tous deux vassaux du Duché d'Aquitaine . Les templiers avait une organisation territoriale qui leur était propre et une grande partie de cette région faisait en fait partie de la province templière d'Auvergne qui se forme entre 1180 et 1190, le reste étant vraisemblablement dépendant de la province d'Aquitaine... On dénombre près de trente six établissements dans le Limousin.
Entre 1175 et 1200, pour le diocèse de Limoges, huit maisons sont situées au nord du diocèse ( la Creuse actuelle ).
La commanderie de Lavaufranche en Creuse
Pour le siècle suivant, ce sont une vingtaine d'églises, et de chapelles qui apparaissent...
Au XIIIe siècle, nous sont révélées 15 maisons templières et 11 hospitalières.
L'ordre du Temple s'est installé un peu partout sauf au Nord-ouest du département creusois et à l'est.
Les Templiers ne se préoccupent pas des limites des diocèses. Ils ne dépendent que du Pape...


Les maisons du temple seront au nombre de 9.000, elles feront de l’Ordre la plus puissante banque d’Europe, son trésor constituera la caisse centrale des croisades.
Principales commanderies templières en Europe : France 360, Italie 118, Espagne 59, Royaume Uni 45, Allemagne 20, Portugal 15, Pologne 12, République d’Irlande 11, Ecosse 9, Belgique 9, République Tchèque 5, Autriche 4.
L'ordre devient le premier propriétaire foncier en Europe Via son réseau de commanderies...

Parmi les maisons ayant tenu un certain rôle, il faut nommer Paulhac ( près de Fursac) . Gérard de Sauzet, maître de la province d'Auvergne se rend régulièrement dans la commanderie de Paulhac. Trois des derniers maîtres du Temple en Auvergne et Limousin entre 1290 et 1299, y ont tenu des chapitres ; et elle est citée à plus de vingt reprises dans les actes du procès.

Autour de Laron ( Saint-Julien le Petit) les Templiers possèdent des biens à la Jonchère, des églises d’obédience templière : ainsi à Saint Jean de Lépinas près de St-Léger et à Sauvagnac, une « grange dîmière » au Coudier d’Ambazac. Dans l’église et dans le cimetière, il se trouve de nombreuses tombes bâtières à la symbolique templière. Selon des manuscrits du XIIe siècle, Saint-Maurice de La Jonchère serait la plus ancienne église d’importance après Saint Martial de Limoges. À cette époque sera construite une « maison des romeux » (pèlerins) aux Marmiers (disparue depuis) …
Connue également, la commanderie templière de Puy Bonnieux ( aujourd'hui sur la commune de Pageas en Haute-Vienne) à proximité d'un des itinéraires de Saint-Jacques-de-Compostelle qui traversait la région limousine. Est mentionné, le Moulin du Temple sur la Gorre ; les paysans des hameaux voisins étaient tenus d'y moudre leurs grains. Le moulin du Temple rapportait jusqu'à « soixante setiers de seigle. » sources: Augustin Vayssière.
Le monastère de Sauvagnac – fondé par des moines grandmontains - devient à la fin du XIIe siècle, une dépendance de la Commanderie des Templiers de Paulhac.  

vendredi 2 juin 2017

Roger de Laron : les Templiers et le Saint-Suaire.

L'histoire du ''Suaire de Turin '' comprend un blanc historique entre 1204 ( Sac de Constantinople par la 4ème croisade) et 1357 quand Jeanne de Vergy organise les première ostensions du Linceul du Christ dans la collégiale de Lirey.
Comment cette relique est arrivée dans les mains de Jeanne de Vergy ( veuve de Geoffroy de Charny et sans enfant) ? Une partie de la réponse nous est donnée par Roger de Laron.

Je voudrais vous raconter cette histoire :

- Pourquoi la Collégiale de Lirey ?
Geoffroy de Charny est cité par Froissard, comme l'un des vaillants chevaliers qui libèrent la ville de Cambrai, pendant la guerre de Cent ans. En Octobre 1341, lors d’une bataille, près de Morlaix, Geoffroy, est fait prisonnier. Il est emmené en Angleterre. Rançon payée, il participe à la croisade, puis encore d'autres batailles … 1347 : en secondes noces, il épouse Jeanne de Vergy. Il commence alors une carrière diplomatique, devient conseiller royal, reprend les armes, il est refait prisonnier et conduit à la Tour de Londres... Reprend les armes, et écrit un livre important sur la Chevalerie. Il meurt en défendant son Roi ...
Dès juin 1343, Philippe VI ( Valois, et Roi de France) , en tant que "participanz es messes, oreisons et bienfaiz qui seront faiz en ladicte chapellenie", accorde des privilèges financiers à Geoffroy de Charny pour la chapelle qu’il entend fonder à Lirey (20 km au sud de Troyes), "pour le salut de son âme". Geoffroy y consacre des ressources impressionnantes pour un seigneur aux revenus modestes. En 1353, cette chapelle, dite de l’Annonciation, est érigée en collégiale par le pape Clément VI (suite à une demande de 1349). Le pape Innocent VI accorde des indulgences, en 1354, à ceux qui visiteront la chapelle à certains jours de fête. Et, le 28 mai 1356, l’évêque de Troyes (Henri de Poitiers) approuve la fondation en termes chaleureux.
Et , brusquement – sans autorisation de l'évêque - Jeanne de Vergy (après la mort de son mari.) présente au public la Relique !
Enseigne-du pèlerinage de-Lirey-du-XIVe-ou-XVe

- Qui est Jeanne de Vergy ?
Jeanne de Vergy ( décédée en 1410) , descend de Otton de la Roche, premier duc d'Athènes. Othon est originaire du château de La Roche à Rigney, dans le Comté de Bourgogne. Othon participe à la quatrième croisade, lancée en 1202 et détournée en 1204 contre l'empire byzantin.
Jean III et Jeanne de Vergy

Isabelle de Ray (+1278) est née Isabelle de la Roche, elle est la fille d'Othon V de la Roche. Elle porte le même prénom que sa grand-mère épouse d'Othon de la Roche quatrième du nom et duc d'Athènes.
Isabelle épouse Henri de Vergy, de qui elle eut Jean Ier de Vergy (+1310) Seigneur de Mirebeau ; sénéchal de Bourgogne, marié à  Marguerite de NOYERS, née en 1245, lequel eut pour fils Guillaume de Vergy ( +1360) marié à Isabeau de Choiseul qui eut pour fils Jean de Vergy ( +1370 et marié à Isabeau de Joinville , qui eut pour fils Guillaume de VERGY, seigneur de Mirebeau †1374 marié à Agnès de Jonvelle de CHAUVIREY †1407 et qui eut pour fille Jeanne de Vergy (+1410) , laquelle épouse Geoffroy 1er de Charny, Seigneur de Lirey.


- Quel est le rôle des Templiers ?
Le 15 avril 1204, c’est la fameuse prise de Constantinople. La ville est littéralement saccagée, pillée et dépouillée de ses trésors et reliques comme en témoignent les chroniqueurs tels Geoffroy de Villehardouin ou Robert de Clary. Le saint Suaire se trouvait alors dans l’église de Sainte-Marie-des-Blachernes. Parmi les chevaliers, on note la présence de Guillaume de Champlitte et celle d’Othon de la Roche. Après la prise de Constantinople, Othon devient le premier duc du duché d’Athènes en soumettant ses possessions au roi de Thessalonique.
Donc, Othon 1er de La Roche,obtient le Linceul en 1204. ensuite il l’a très vraisemblablement emmené à Athènes ; une lettre de Théodore Ange Commène au pape Innocent III, datée de 1205, situe le Linceul à Athènes.
Othon fait de l’acropole une forteresse et construit devant les Propylées une tour « la tour d’Othon » qui resta debout durant 650 ans. Puis, après avoir confié son fief à son frère : Guy de la Roche, Othon retourne en Franche-Comté pour finir ses jours au château de son épouse Isabelle de Ray.


À la suite de la quatrième croisade, les templiers s'installent en Grèce. Au XIIIe siècle, le maître de la province est désigné par le titre de commandeur d'Achaïe.
Guy II de La Roche (1279-1308) est duc d'Athènes de 1287 à sa mort. Bien qu'il soit mort jeune, il est respecté et renommé pour son comportement chevaleresque. Il succède à son père Guillaume Ier de La Roche à un moment où le duché d'Athènes devient plus puissant, plus important et plus riche que la principauté d'Achaïe, dont il est le vassal.

C'est là que su situerait l'action de Roger de Laron, et des Templiers afin de récupérer la relique du Saint-Suaire et la ramener dans le Royaume de Jérusalem, à Saint-Jean d'Acre...

Alors que Guillaume de Beaujeau est grand-Maître (1273-1291), le Saint-Suaire est déjà exposé au cours d'un Chapitre Templier. Après la défaite d'Acre (1291), les biens, archives, et reliques sont transférées dans l'île de Chypre ; puis en partie à Montpellier où Hugues de Paireaud dit l'avoir vu et touché au cours du Chapitre Général qui s'est tenu dans cette ville à l'automne 1293. Enfin, il semble qu'il se soit trouvé au Temple de Paris en 1295 et 1296, durant les chapitres généraux de l'Ordre.( Sources A. Lombatti, Milan).
Au chapitre du 24 juillet 1307, devant le danger pressant et tangible, on décide de transférer le Saint-Suaire en Champagne, où l'on pouvait compter sur une réseau serré de parenté et sur des rapports favorables avec la noblesse et les administrateurs de la Région.
Roger de Laron intervient à nouveau, pour remettre entre les mains des descendants d'Othon 1er, le coffre qui contient la Sainte relique …

C'est ainsi que la famille ''de Vergy'' aurait transmis le Saint Suaire alors gardé dans le château de Ray-sur-Saône à son arrière-petite-fille Jeanne de Vergy.

jeudi 18 mai 2017

Roger de Laron et les affaires du monde – 1300s.. -3/.-

Le XIIIe siècle est considéré comme le siècle de l'Alchimie. Plus tard, dès le XVe siècle, la richesse attirant plus que la connaissance, on pourra dénoncer quantité de charlatans … On pourrait évoquer aussi ( ce sera pour plus tard...) l'astrologie : pratique en cours chez les puissants ( clercs ou non...).
Auparavant, le pape XXII, - celui-là même, qui écrira deux traités alchimiques : ''L’Élixir des philosophes'' et '' l'Art Transmutatoire'' - , édictera la Bulle ''Spondent quas non exhibent'' ( le 20juin 1328), pour non pas s'en prendre aux alchimistes, mais aux imitateurs et aux faussaires.

Il est fascinant de se rendre compte de la pluralité d'origine des sources de la culture d'un lettré, en ce début du XIIIe siècle... Roger de Laron, qui a voyagé d'Aquitaine, à l’Angleterre, en passant (..!) par la Palestine, Chypre, la Sicile et l'Italie, en est un très bon guide... D'autant qu'il fréquente les Templiers, d'autant plus puissants qu'ils sont à la fin de leur influence officielle ; et qu'à compter de ce funeste vendredi 13 octobre 1307 ; ils devront cacher le contenu de leur connaissance …

Pour comprendre l'une des origines de leurs sources ; il faut revenir en arrière et s'embarquer pour le Moyen-Orient...

Roger de Laron a visité ces ''maisons de la Sapience'' ( Dar al-Hima) où étaient enseignées, l'astronomie, la médecine, .. et l'alchimie : des lieux de rencontre entre 'savants'. Les Chevaliers du Christ avaient accès à cette agora, tout comme les ''Harodim'' ( hébreux consacrés à la Kabbale), et des ismaéliens...

Saladin (d'origine kurde) réussit une coalition arabe ( Egypte, Syrie, Mésopotanie ..) sous l'étendard du calife de Bagdad.
On dit que la croix et le croissant étaient bien prêts de fraterniser … Geoffroy de Saint-Omer conduit de discrètes négociations, entre les Templiers et la secte des Ismaéliens.
Le franciscain Raymond Lulle, scolastique excentrique et vénéré fréquente assidûment les musulmans, au point sans doute d'être accessible à l'influence des sûfis (ismaéliens)...

Les disciples du ''Vieux de la Montagne'' (Hassan Sabbâh ) professent que Dieu, inaccessible à la pensée, ne peut se manifester que par la raison universelle. Les Templiers se sont rendus plusieurs fois dans la forteresse isolée d'Alamout, où se tenait le successeur du ''Seigneur de la Montagne''...
Les ismaéliens, pour se protéger, se considéraient comme un ordre ''occulte'', avec des grades et les templiers se reconnaissaient dans ce type d'organisation...
Parmi les principes communs des ismaéliens: la transcendance absolue du Dieu inconnaissable, qui instaure l’Intellect, le «Allāh» du Texte révélé.

« L’Ismaélisme est un groupe chiite qui naît au IXe siècle. L’Ismaélisme reconnaît l’autorité de l’Imam qui, après le prophète Muhammad, est le représentant de Dieu sur terre. L’imam est à la fois le leader spirituel et politique de la communauté.
Selon une “idéologie” médiévale très répandue à l’époque, au Moyen Orient comme en Europe, il y avait une compénétration harmonieuse entre les différents éléments de l’univers. L’ordre, et par-là la hiérarchie, devait être trouvé pareillement dans la structure des cieux, dans les organes du corps humain ainsi que dans la société. Une hiérarchie reflétait l’autre et l’on a souvent construit des parallèles entre les structures métaphysiques, théologiques et sociales...
L’Ismaélisme est un néoplatonisme, il consiste en un système hiérarchique servant à expliquer la relation entre l’Un et l’existence de la multiplicité. Au sommet de la hiérarchie se tient l’Un, transcendant et au-delà de la qualification. Il est suivi par l’Intellect et ensuite par l’Âme qui, en raison de son imperfection, est considérée comme la cause du monde matériel.
Seulement, l' Islam est une religion prophétique du salut... » et les érudits ismaéliens modifièrent le système néoplatonicien … mais cela devient très compliqué …. ! (cf : Dr. Simonetta Calderini - Senior Lecturer in Islamic Studies - Londres)

Après qu'en France, les templiers furent arrêtés. Le 13 mars 1313, le Grand Maître du Temple est brûlé vif.
Comme nous l'avons vu ; nombreux templiers se réfugient sur l’île britannique. Parmi eux, Guidon de Montanor, qui instruit dans l'art alchimique Gaston de la Pierre Phoebus...

Jacques Duèze, né à Cahors en 1244, évêque d'Avignon, cardinal de Porto ; grand théologien et savant, est élu pape ( Jean XXII) le 7 août 1316 à Lyon. Il s'établit dans son ancien évêché à Avignon. Il doit faire face à Philippe le Bel, qui lui dispute l'indépendance de l'Eglise...

Le 17 novembre 1316, un groupe de ces ex-Templiers rencontre Jean XXII... L'accueil et froid, et ils craignent pour leur sécurité... Puis, ils évoquent Arnaud de Villeneuve (1235-1311 ) alchimiste, médecin appelé par Clément V pour le soigner de la gravelle, et son ouvrage '' Traité de la pratique de la Médecine'' que Clément V (et son successeur) souhaitait tant posséder … Alors, Jean XXII leur propose de les héberger, en échange de leur science... Le Pape se propose même d'écrire une règle pour un nouvel ordre.
A la mort de Pierre Phoebus, Jean XXII propose son neveu Jacques de Via pour lui succéder.
Le 6 mai 1317, Jacques de Via meurt empoisonné et son oncle y échappe de justesse. Les deux empoisonneurs sont deux prélats dont l'évêque de Cahors, et un médecin...

Et, en 1323, donc, Jean XXII - ayant lui-même échappé de justesse à des envoûtements et des empoissonnement ( mais non pas son neveu Jacques de Via ) condamne à propos de l'exercice de la science alchimique, de nombreuses thèses jugées hérétiques. La même année il canonise Thomas d'Aquin, adepte de l'alchimie...

lundi 15 mai 2017

Roger de Laron et les affaires du monde – 1300s.. -2/.-

Le premier fiancé de Catherine de Courtenay est Jacques de Majorque (1274 – 1300), son père est le roi de Majorque. Il renoncera à la couronne pour devenir franciscain en 1299. 
En effet, il rencontre – et sera un proche - de Pierre de Jean Olivi (1248-1298) un théologien franciscain qui a eu une influence considérable sur les Franciscains du Languedoc et prône une spiritualité exigeante ... Il est également impressionné par l'alchimiste Raymond Lulle (1232-1316) ( né à Majorque, et qui rejoint les franciscains en 1295 ) et tous – ainsi que Roger de Laron et Arnaud de Villeneuve - se retrouveront à Montpellier... Mais avant, cela Catherine et Jacques vivent l'amour parfait... avant d'être séparés. Et, Jacques préférera renoncer à la succession de son père, pour devenir franciscain...
En 1294, Catherine de Courtenay se rend à la cour de Philippe IV le Bel où elle lui prête hommage pour les terres qu'elle possède en France.
Elle revoit Arnaud de Villeneuve (1240-1311, médecin, théologien et alchimiste) , qui lui prédit un mariage avec celui qui restaurera le Royaume de Jérusalem... !

Arnaud de Villeneuve (1240-1311): illustre alchimiste, médecin et théologien Catalan... 
En plus d'une œuvre médicale innovante, il est l'auteur de nombreux opuscules religieux qui plaçaient dans une perspective apocalyptique l'objectif d'une réforme radicale de l'Église. Formé chez les dominicains, il finit par rompre avec eux pour se rallier aux thèses des Béguins et des frères Spirituels des franciscains, prophétisant l'imminence des fins dernières et l'annonce d'un schisme violent divisant vraie et fausse Église.
Formé par les dominicains et par Ramón Martí (Raimond Martin) qui l'initie aux études hébraïques, il est après les années 1290, très influencé par les idées de Pierre de Jean Olivi, un franciscain « spirituel » réclamant un respect rigoureux de la règle de pauvreté de l'ordre franciscain. Il écrit un opusculen annonçant l'arrivée prochaine d'une part d'un Pape angélique qui effectuerait la réforme de l'Église et d'autre part de l'Antéchrist. Ses prises de position le conduisirent à rompre avec les frères Prêcheurs (dominicains) et à sa rapprocher des Mineurs (franciscains).
Il soignera à l'occasion le pape Boniface VIII qu'il soulage (en 1301) de la gravelle grâce à un sceau d'or astrologique.
Arnaud a l'intuition que c'est Frédéric de Sicile qui est prédestiné à coopérer avec le pape angélique comme le coopérateur de la réforme de l’Église et de la croisade pour reconquérir Jérusalem et l'ensemble de la Terre sainte...

En juin 1295, Catherine est fiancée à Frédéric d'Aragon (1272-1337) qui deviendra Roi de Sicile... ! Malheureusement, Catherine est dans le ''mauvais camp''... Frédéric deviendra Roi de Sicile, contre les ''angevins'' ( les protecteurs de Catherine...) à qui il fait la guerre pour l'accession à ce trône... Catherine n'étant – pour les angevins - qu'un ''cadeau'' d'échange... Mais ce sont les siciliens eux-mêmes qui refusent l'arrangement proposé par le pape Boniface VIII ; et proclament Fréderic II, roi de Sicile ( le 11 décembre 1295). Catherine est ''rendue'' à l'envoyeur... !
Aussi, Catherine est à nouveau fiancée ; et mariée – cette fois-ci -à Charles de Valois , fils du roi Philippe III de France, le 23 avril 1301.
Veuf depuis la mort de Marguerite d'Anjou l'année précédente, Charles se cherche une nouvelle épouse … et trouve un excellent parti en la personne de Catherine de Courtenay, princesse pauvrement dotée mais héritière en titre de l'Empire latin de Constantinople en tant que petite-fille du dernier empereur latin Baudouin II de Courtenay.

Certes l'empire a disparu depuis la prise de Constantinople par Michel VIII Paléologue en 1261, mais ces prétentions peuvent servir à justifier des expéditions en Méditerranée orientale. L'affaire se conclut rapidement entre Charles et les Courtenay, à l'avantage des deux partis.
Toutefois, le comte a besoin pour se remarier de dispenses pontificales que le pape Boniface VIII va marchander...
Le souverain pontife cherche en effet à pacifier ses États ainsi qu'à chasser les Aragonais de la Sicile. Boniface VIII propose à Valois de reconquérir l'île au profit du roi de Naples Charles II d'Anjou, son ancien beau-père. Contre une décime et d'autres garanties financières, Charles accepte de se rendre en Italie.
Toutefois, il a soin de retarder son départ, le temps d'obtenir l'argent pontifical et de célébrer son mariage avec Catherine le 28 janvier 1301.
Moyennement intelligent, démesurément ambitieux et passablement avide, Charles de Valois collectionne les principautés. Il intrigue toute sa vie pour accéder à la Couronne de France sans y parvenir. Charles fut ridiculisé lorsqu'il entreprit de conquérir l'Aragon (1285). Son frère ( Philippe IV) devient roi, qui le fait comte d'Anjou, et lui offre l'hôtel de Nesle...

La guerre menée par Charles de Valois contre Frédéric d'Aragon et ses partisans siciliens donna ensuite, en vérité, une idée fort médiocre des capacités du Prince français...

vendredi 12 mai 2017

Roger de Laron et les affaires du monde en 1300s -1/.-

Je voudrais revenir à des faits historiques, qui vont me permettre de situer l'action de Roger de Laron, entre la prise de saint-Jean d'Acre en 1291, date qui marque la fin de la présence des Templiers en Terre Sainte ; et le 13 octobre 1307: arrestation des templiers de France par Philippe le Bel...

En effet ce 12 octobre -la veille -, Jacques de Molay ( Grand Maître de l'O. des Templiers) marche - à une place d’honneur - dans une procession à l'occasion des funérailles de Catherine de Courtenay (1274-1307), épouse de Charles de Valois, le propre frère du roi, tenant l'un des draps mortuaires. D'autres responsables des Templiers, habituellement basés à Chypre, sont également à Paris ce jour-là.

Catherine de Cortenay me donne le fil qui va me permettre de parler du rêve de rétablir le Royaume latin de Jérusalem, du roi de France Philippe le Bel, de sa femme Jeanne de Navarre, des papes Boniface VIII, et Clément V, et de plusieurs alchimistes... En effet, Roger de Laron va fréquenter de près – mais en toute discrétion - ces souverains de ce début du XIVème siècle...
Comment cela peut-il se faire ?
Même si ce n'est, qu'après la mort de son épouse ''Dame Margot'' , que sa réputation d'alchimiste est effective.... peut-être, possédait-il comme tous les alchimistes – dit-on dans les légendes - le pouvoir d'être en plusieurs lieux successivement et rapidement....
Cela nous renvoie, avec humour, au conte de l'article précédent, à propos de l'alchimiste Roger Bacon (1214-1294)...

Catherine de Courtenay, est Impératrice ''titulaire'' de Constantinople, par ''héritage'' de son père...
Pourquoi ''Titulaire''... ? Que c'était-il passé ?
Le 25 juillet 1261,  l’empereur de Nicée, reprend Constantinople aux Latins, met fin à l’empire latin de Constantinople et restaure l’empire byzantin. Baudouin II et ses descendants ne portent plus qu’un titre : Empereur ''Titulaire'' vide de sens. Mais , un titre auquel les templiers étaient attachés... Depuis, ils n'ont de cesse de chercher à le restaurer...

Catherine grandit et vit en Sicile : pupille de la reine de Sicile. Chassée comme tous les français, elle suit la veuve de Charles d'Anjou ( roi de Sicile) : Marguerite de Bourgogne-Tonnerre à Tonnerre en 1287, en compagnie de Marguerite de Brienne Beaumont (1260 - 1328), veuve de Bohémond VII, Comte de Tripoli.( mort en 1287)..
Ces dames résident au château de Tonnerre et s'occupent - dit-on - à des exercices de prière et de charité ; tout en recherchant pour la belle et intelligente Catherine, un époux digne de son titre...
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Illustrations tirées de l'ouvrage de l'italien Boccace (1313-1375): le traité 'De claris mulieribus', qui devient par la plume d'un traducteur français qui acheva son travail de traduction à Paris le 2 septembre 1401, le livre 'Des cleres et nobles femmes' ou 'Des femmes nobles et renommées'. Les illustrations sont de Robinet Testard, artiste enlumineur actif entre 1471 et 1531 à Poitiers et Cognac.


De mulieribus claris (en français Sur les femmes célèbres ou Des dames de renom) est une collection de biographies de femmes historiques et mythologiques écrites par l'auteur florentin Boccace, publiée en 1374. Cette collection se distingue par le fait qu'elle est la première dans la littérature occidentale comprenant exclusivement des biographies de femmes. Boccace la rédige dans sa vieillesse entre 1361 et 1362.















mardi 28 février 2017

La vie d'une sorcière au Moyen-âge -3/4-

Niveau II de sorcellerie ( celui condamné par les inquisiteurs...)

Notre sorcière, peut faire un pas supplémentaire … pour '' d'autres '' pouvoirs... Pouvoirs qu’elles obtiennent d'un pacte, explicite ou tacite, qu'elles passent avec le Diable.

Quand le Malin choisit une sorcière, il lui apparaît généralement, pour ne point l'effrayer, sous la forme d'un beau jeune homme au doux nom: Joli, Joli Cœur, Verdelet etc. Mais il arrive parfois que certaines sorcières se proposent elles-mêmes au Malin. Pour cela, l'aspirante se doit de soumettre une requête au démon, qui l'examine soigneusement afin de s'assurer qu'elle est bien pourvue de toutes les capacités nécessaires à faire le mal. Lorsque la sorcière craint de rencontrer Satan en personne, elle peut demander à rejoindre la confrérie par l'intermédiaire d'une autre sorcière, elle-même vicaire du démon.
La sorcière abjure alors son baptême et sa foi chrétienne et se retire de l’obéissance de Dieu, répudie le patronage de la bien heureuse Vierge Marie, laquelle, par dérision impie, est appelée la rousse. Elle promet ensuite de renier la Croix ainsi que les images de la bien heureuse Vierge Marie et d’autres saints dès qu'elle en trouverait l'occasion. Elle s'oblige, par serment solennel, à être perpétuellement fidèle et soumise, obéissantes à toutes les demandes du diable.
Puis, touchant les Écritures, à savoir un grand livre ayant des pages noires et obscures, elle prête serment de vasselage éternel, jurant qu’elle ne retournera jamais en la foi du Christ ni et ne suivra plus jamais les divins commandements, mais se montrera obéissante à ceux qu’il plairait au Prince de décréter. Elle affirme que toujours et sans retard elle viendra aux jeux des assemblées nocturnes quand elle sera requise, et qu'elle agira comme les autres sorcières, assistant à leurs sacrifices et communiant à leurs prières et adorations; qu’elle observera ses vœux du mieux qu’elle le pourra et s’efforcera d’amener autrui en la même croyance. En échange le Prince des Démons promet à la sorcière novice une perpétuelle félicité et des joies immenses, toutes les voluptés qu'elle désirera en ce monde et en l’autre des jouissances plus grandes qu’il se pouvait imaginer.
Satan oblige ensuite la sorcière à se rebaptiser au nom du Diable. Elle doit prendre un autre nom et renoncer au premier et il confirme ce nouveau nom en lui gravant le front de ses ongles en un signe baptismal. La novice doit ensuite renoncer à ses parrains et marraines du baptême et de la confirmation et de nouveaux lui sont assignés.

La sorcière prête serment au démon en un cercle gravé en terre. Elle demande à être rayée du livre de vie et Satan l'inscrit dans le livre de mort....

La sorcière doit ensuite promettre des sacrifices, jurant d’occire magiquement chaque mois, voire chaque quinzaine, un petit enfant en lui suçant le sang. Elle reconnaît également devoir payer quelque impôt une fois l'an, et son tribut se devait d'être de couleur noire.
Satan lui appose alors sa marque à l'aide de l'ongle de son petit doigt ou de ses cornes. Les hommes sont poinçonnés entre les lèvres, sur la paupière, sur l'épaule droite, sur les lèvres ou dans le fondement, et les femmes sont signées sur la cuisse, sur les seins, à l'aisselle, à l’œil gauche ou sur les parties secrètes. La marque a souvent l'apparence d'un lièvre, d'une patte de crapaud ou d'un chat noir. Quelques fois, elle ressemble à un petit chien noir. Cependant, pour des raisons inconnues, toutes les sorcières ne sont pas marquées. On appelait cette marque la Marque du Diable.

Enfin, pour clore cette cérémonie, la nouvelle recrue jure ensuite de ne jamais adorer l'Eucharistie, d'injurier la Vierge et les Saints, de briser et conspuer les saintes reliques tant qu'elle le pourra, de ne jamais se servir d'eau bénite, ni de cierges consacrés, de ne jamais faire de confession entière de tous ses péchés et, surtout, de garder silence sempiternel sur son commerce avec le Diable.
En guise de soumission, les sorcières se trouvent dans l'obligation d'avoir des relations charnelles avec le démon. C'est une étape obligatoire, quelle que soit la catégorie sociale à laquelle elles appartiennent; Il est commun à toutes de se livrer à des turpitudes charnelles avec le démon ;. Quant à la jouissance éventuelle que procure cette copulation, elle ne semble pas être très prisée des sorcières: de leur point de vue c'est une formalité nécessaire, mais plutôt désagréable.

Selon le '' Malleus Maleficarum ''; les sorcières sont sexuellement dans une servitude repoussante et misérable. Si elles se donnent au démon, c'est plus pour assouvir leur haine, leur vanité et leur soif de puissance que pour obtenir un plaisir des sens.. Pour le plaisir, elles préfèrent les hommes, qu'elles séduisent et tiennent à leur merci ...

Lors de leurs relations avec le diable, les sorcières peuvent concevoir des enfants plus puissants que les autres hommes car les démons savent quelles caractéristiques adapter à leurs œuvres. Ces conceptions ne sont cependant pas le fruit de la semence diabolique: le Diable n'a pas reçu de Dieu le pouvoir d'engendrer mais il emprunte la forme d'un démon succube qui prend la semence d'un homme scélérat, et la transmet à un autre qui se fait l'incube de la sorcière. C'était ainsi qu'elles assuraient leur multiplication.


samedi 25 février 2017

La vie d'une sorcière au Moyen-âge -2/4-

Continuons à comprendre ce que fait la sorcière :
Bien sûr, elle assure son irresponsabilité dans tout envoûtement ou autre manifestation relevant du mauvais sort, de la magie... C'est toujours ''une autre, loin '', qui est responsable d'un accident ou d'un drame.
Elle, la sorcière, n'est là que pour « déshanter » une maison, un animal, un champ, un concitoyen ou encore un outil. On finit par comprendre que la sorcière est indispensable à la vie d'un ''païs'' comme un mal nécessaire mais inquiétant.
La sorcière ( ou le sorcier) sait battre l'eau d'une source ou d'une fontaine avec une baguette de coudrier pelée '' à l'ongle '', c'est-à-dire pure de tout fer, « pour faire tomber la grêle dans la direction indiquée par la baguette ». Il peut obtenir le même résultat en égorgeant une poule noire au milieu d'un carrefour et en la jetant en l'air. Le bec ensanglanté de la pauvre bête a la même fonction que la baguette.
La sorcière sait pratiquer l'envoûtement à distance. C'est pourquoi on brûle avec grand soin rognures d'ongles et cheveux tombés des ciseaux après les grands nettoyages saisonniers. Celui du printemps, le plus important, celui du coeur de l'été et le dernier fin septembre pour la foire de Saint-Michel, qui draine des dizaines de cantons et de seigneuries vers les grandes cités pourvues d'un mail et d'un tribunal qui se déplace parfois pour l'occasion : Limoges...
Personne ne perd de vue qu'une rognure d'ongle et une pincée de cheveux sournoisement glissées dans une poupée de glaise ou de cire, dûment chargée de formules secrètes, permettent de torturer à distance la victime, qui souffre mille morts lorsque l'opérateur enfonce une aiguille aux endroits voulus dans la poupée.

Le sorcier sait également utiliser le pouvoir du '' chevillage '' les cas sont innombrables en Saintonge -, c'est à dire enfoncer une cheville ou un éclat de bois dans une fente de porte, de poteau ou dans un nœud de bois ayant quelque ressemblance avec le sujet visé. Il peut lui faire endurer mille tourments avant de trouver la '' cheville '' responsable. Évidemment ce n'est pas lui qui cheville tel ou tel, il ne fait que trouver l'objet du délit, parfois minuscule, placé par '' l'autre , là-bas '', et ce n'est déjà pas facile.
Mais enfin, moyennant une juste récompense... Parfois le chevillage est bénéfique. Un homme qui a l'âme '' chevillée '' au corps guérit de tout, survit à toutes les blessures.
En usant de cette expression, plus personne ne se doute aujourd'hui qu'elle fait référence à la sorcellerie la plus élaborée.
Il sait également évoquer, créer même, un loup-garou... ce peut être un enfant enlevé ou perdu par ses parents dans les bois et élevé par une quelconque nourrice, femme, louve, chèvre ou vache, pourvu qu'elle ait du lait '' bénit '' par le sorcier. Dès qu'il sait courir, il chasse avec les loups, les fouines ou les chiens. Il s'en prend aux hommes égarés ou attardés la nuit.
Par chez nous, on le nomme '' lo leberou ''. Les marchands du Poitou le nomme '' Ganipote ''… et chez eux, se montre souvent farceur, obligeant un homme à le ramener jusqu'à son antre ou sa cachette en le portant sur ses épaules, ce qui ne l'empêche pas d'égorger une victime lorsqu'il a faim. Il dort volontiers dans un buisson de sainbois ; c'est une variété de daphné aux tiges raides et particulièrement urticantes. ( Dans la pharmacopée du XIXe siècle, on l'utilise comme vésicatoire). Le leberou ou loup-garou, peut être, dit-on, un(e) apprenti sorcier qui prétendait l'être, mais a raté le test élaboré par le diable... Le leberou terrorise les longues nuits paysannes. Une des particularités de cette '' bête '' sauvage, c'est d'infliger des blessures qui sèchent aussitôt sur les bords mais mettent trois saisons à guérir.

La sorcière que l'on est appelé à rencontrer dans les lieux écartés, non loin des villages, n'est pas forcément contrefaite. Elle peut être très belle, et en dehors de cette lueur inquiétante et sauvage au fond de leur regard cette marque indélébile de l'exclusion, elles peuvent être aussi séduisantes que les autres jeunes filles...
Il arrive que grâce à sa beauté naturelle ou gagnée par les soins de sa maîtresse, une jeune sorcière séduise et épouse un haut personnage. Si la sorcière est vieille, elle possède de grandes facilités pour se transformer de vieille harpie en une flamboyante beauté, mais seulement pour un temps assez court, qui doit correspondre à celui d'efficacité des lotions qu'elle sait composer avec les herbes et plantes dont elle possède une vaste connaissance.
La sorcière ne connaît pas que cela. C'est la reine du « nouage ». Elle sait « nouer l'aiguillette » (rendre impuissant) au juste moment où l'effet est le plus surprenant, le plus efficace, le mariage. En particulier lorsqu'un riche barbon '' marie '' une jeunesse - les mauvaises langues disent : « l'achète ».
Faut-il préciser que le dénouage d'aiguillette ne s'exécute que par personne interposée, en l'occurrence la sorcière elle-même, pour ôter ce sort venu de plus loin, plus fort -c'est une opération longue et, chère...
Notre sorcière sait aussi composer des philtres d'amour, c'est-à-dire des juleps où l'on trouve mêlés de la fleur de belladone, du venin de vipère, de la cervelle de pigeon et des crottes de lapin pilées avec de la menthe sauvage et sans doute d'autres choses aussi...

La sorcière est aussi experte à nouer et dénouer la « boyasse ». Entendez déclencher une diarrhée carabinée chez sa victime, généralement préteurs, exempts, petits hommes de loi. 
Elle connaît la formule de la « louhade », cette pâte souveraine contre la morsure des loups dont la composition est connue de toutes les campagnes mais que seules savent mitonner « celles-là qui savent ».
Chiendent, chiendent et menthe sauvage
Tilleul, sauge et genêt blanc
Gras d'mouton au feu en rage
Et saulnie quand tout est blanc.


La saulnie, c'est le bleu du fromage de vache charançonné, du bleu d'Auvergne, de la fourme ou du roquefort... Bien refroidi, bleui, on en fait une pâte souple, sorte de galette dont on enveloppe la morsure. C'est parfait.