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dimanche 12 février 2017

Décès de Claude Geffré, théologien du pluralisme religieux

J'apprends le décès de Claude Geffré. Sa réflexion, et la lecture de plusieurs de ses ouvrages, ont porté ma réflexion et ma foi en Jésus-Christ.

Claude Geffré s’est éteint ce jeudi 9 février à l’âge de 91 ans. Il fut l’un des théologiens français de l’après concile les plus en vue. Dominicain né à Niort (Deux-Sèvres), est entré dans l’Ordre en 1948,

Après Vatican II, le théologien estime qu'il ne peut plus se concentrer sur la défense des dogmes, mais qu'il doit passer à « l’âge herméneutique », cette science de l’interprétation des textes. Autrement dit, recueillir la signification de l’Écriture et la traduire dans le contexte contemporain. Il conçoit alors sa tâche comme « celle d’une sorte de médiateur entre la foi de l’Église et l’expérience historique des hommes et des femmes », écrit-il.

Claude Geffré est un des pionniers du dialogue interreligieux

Sans transiger sur ce qui fait la spécificité du christianisme, et donc sans rechercher de syncrétisme religieux... Claude Geffré, en pionnier, cherche à concilier l’unique médiation du Christ avec le pluralisme des religions.

Il reconnaît dans les religions non chrétiennes, des voies qui méritent d'être prises au sérieux,
 * dans leur « leur différence irréductible » :- il ne s'agit pas de récupérer leur langage, leur symbolisme ...etc,
** dans leur « altérité »' c'est à dire que ce sont des voies originales et différentes de la nôtre ; et pourtant – en Christ - , ce sont d’authentiques « voies de salut ».


« Si beaucoup d’hommes et de femmes sont sauvés en Jésus-Christ, ce n’est pas en dépit de leur appartenance à telle tradition religieuse, mais en elle et à travers elle », avance Claude Geffré qui par ailleurs fut directeur de l’École biblique et archéologique de Jérusalem (1996-1999), membre de la Conférence mondiale des religions et du Groupe de recherche islamo-chrétien.

mercredi 21 décembre 2016

Arthur Szyk

Arthur Szyk (1894-1951) est un artiste qui fut internationalement reconnu de son vivant pour ses très riches illustrations.


Arthur Szyk est polonais, il est né en 1894 dans une famille juive à Łódź (ville faisant alors partie de la Pologne sous administration russe).


Il est extrêmement doué et son père décide de l’envoyer en 1909 étudier à Paris à l’Académie Julian. Il y découvre les différents courants artistiques modernes mais, traditionaliste dans l’âme, son œuvre ultérieure restera profondément marquée par l’art médiéval de l’enluminure.

Szyk retourne en Pologne en 1913 où il continue ses études. Son patriotisme et son engagement contre l’antisémitisme se renforcent. En 1916, après avoir déserté de l’armée russe, Szyk se marie. Sa femme et lui s’installent à Paris en 1921 avec leur fils né en 1917. Leur fille y naîtra en 1922.
La guerre venue, il milite pour l'indépendance de la Pologne, d'abord contre les occupants allemands lors de la Grande guerre puis contre les armées soviétiques en 1920.





Caricaturiste de talent, Szyk (prononcer «chic») se passionne pour des causes politiques. Depuis son enfance dans la ville polonaise de Lodz et jusqu’à sa mort à New Canaan, dans le Connecticut, il puise son inspiration dans l’histoire du peuple juif.
Il publie en 1926 une Tentation de Saint Antoine.En 1927 Albin Michel lui confie l'illustration de 'Le Puits de Jacob', roman de Pierre Benoit, qui décrit la vie dans les premières implantations juives en Palestine. Deux humoristes du temps, Curnonsky et Bienstock, le persuadent d'écrire et illustrer les histoires drôles qu'il aime à raconter. Les deux volumes paraissent sous le titre Le Juif qui rit. Très tôt, Szyk prend conscience du danger mortel que représente Hitler.

Arthur_Szyk_(1894-1951) Le Talisman,
The Lionheart Lies in his Pavilion (1927), Paris.


Arthur_Szyk_(1894-1951).
Arabian_Nights_Entertainments,
The_Husband_and_the_Parrot_(1948)



Durant la Seconde Guerre mondiale, Szyk consacre son énergie à la lutte contre l’Allemagne nazie et ses collaborateurs, ainsi qu’à mobiliser l’attention du monde sur le meurtre de masse des Juifs d’Europe. Pendant la guerre, ses caricatures et ses dessins humoristiques incisifs couvrent les pages des journaux et magazines américains, lui valant une réputation «d’armée à lui tout seul» pour la cause des Alliés. Ses émouvants portraits de la souffrance et de l’héroïsme juifs témoignent d’un militantisme politique exigeant « l’action, non la pitié ». En 1943, Arthur Szyk est probablement devenu le principal artiste d’Amérique réclamant le sauvetage des Juifs de l’Europe nazie. Ses oeuvres sont publiés dans des magazines et journaux de premier plan comme Collier’s, Esquire, Time, Look, Liberty, le New York Post, et le Chicago Sun.













dimanche 30 octobre 2016

La rencontre du mythe et de l'histoire des hommes... -4/4-

Au cours des Xe et XIe siècles se fait sentir une évolution qui préfigure la grande renaissance du merveilleux au XIIe siècle. La légende d'Alexandre le Grand se répand comme une traînée de poudre. La légende du Prêtre Jean connaît une large diffusion ...

Yvain combat le dragon

Le merveilleux de la Matière de Bretagne, déjà présent chez les écrivains de langue latine (Geoffroy de Monmouth, Giraud de Barri), envahit la littérature vernaculaire, alimentant les œuvres de Marie de France et de Chrétien de Troyes. L'Antiquité et sa mythologie revivent … !

Les VIIIe et IX e siècles marquent la fin d'une période de répression ; les Xe et XI e siècles forment une période transitoire : là se mettent en place des structures, des thèmes et des motifs, là se forme un patrimoine de merveilleux, qui, dès le XIIe siècle imprime fortement sa marque à la littérature de divertissement.
Le cerf blanc était the symbol of England's King Richard II
as shown in this picture of his heraldry painted in 1396

A partir du XIIe s l'Eglise cesse de régir le domaine des lettres, parce que les traditions populaires et orales prennent une place de plus en plus importante, et que l'imaginaire s'affranchit des entraves qui bridaient ses mouvements, s'alliant avec bonheur aux éléments venus de l'Antiquité par le canal de la littérature savante. De nouveaux éléments de merveilleux apparaissent par le travail des école de traduction...

Chaman - cerf


Merlin, changé en cerf au pied blanc, rencontre l'empereur ...  Manuscrit anonyme du cycle Lancelot-Graal, 1286


Saint-Hubert enluminure - La légende du cerf


cerf-ailé-royal - Symbole royal des Valois


Voilà ce que dit Jacques Le Goff, sur cette perception de la ''religion populaire''

« Les grands ennemis ou concurrents du catholicisme n’ont été ni le paganisme officiel antique qui s’est effondré rapidement, ni le christianisme grec cantonné dans l’ancienne partie orientale de l’empire romain, ni l’Islam contenu puis refoulé, ni même les hérésies ou les religions comme le catharisme qui, avant d’être vaincues par le catholicisme, n’avaient en définitive pu se définir que négativement, par rapport à lui. Le véritable ennemi du catholicisme, ce fut bien l’antique serpent qu’il conjura sans l’anéantir, le vieux fond de croyances traditionnelles, ressurgies sur les ruines du paganisme romain qui tantôt s’enfoncèrent sans disparaître dans le sous-sol du psychisme collectif, tantôt survécurent en s’incorporant au christianisme et en le déformant, en le folklorisant » (1972 : Histoire des religions, II, Paris, Gallimard, coll. « Encyclopédie de la Pléiade », pp. 749-868 ).

jeudi 27 octobre 2016

La rencontre du mythe et de l'histoire des hommes... -3/4-

Merlin, serait un ''sorcier'', un mage... Ces personnages, en tant que prêtres des anciennes religions (druides, godi), ou en tant que devins ou sorciers, sont tenus pour des hérétiques, pour des êtres dangereux en raison de leurs pouvoirs diaboliques...

Hugues de Saint- Victor (mort en 1141) par exemple, indique qu'ils tuent ou nuisent, confectionnent des amulettes, utilisent l'eau baptismale, les huiles saintes et le saint-chrême, font des statuettes qu'ils baptisent, font dire une messe des morts pour un vivant, utilisent charmes et incantations. Les pénitentiels nous apprennent qu'ils font des philtres pour susciter l'amour, provoquer l'avortement ou empêcher la fécondation...
Une des principales occupations des sorciers est la confection d'amulettes : Césaire d'Arles proscrit le port de characteres, morceaux de bois, de métal, de pierre, de tissus ou de parchemin couverts de signes; le troisième concile de Tours (813) interdit le port d'os d'animaux morts et d'herbes incantées, s'attaque au port de langues de serpent...
Cernunnos dieu celtique, symbolisé par le cerf ...
Saint Edern sur son cerf volant



Et, finalement …
Une des formes que prend la lutte contre le paganisme est le développement d'un merveilleux chrétien: des déesses sont christianisées , comme sainte Brigitte en Irlande, les sources sont placées sous le patronage d'un saint thaumaturge, etc. Dès le VIe siècle l'hagiographie se développe, comme en témoignent la Vie de saint Martin, de Grégoire de Tours (538-594), puis celle de saint Cudhbert, de Bède le Vénérable (avant 705) ; des saints saurochtones apparaissent, la littérature des visions prend son essor à partir du VIIe siècle. Le commerce des reliques ou d'objets ayant appartenu à des saints vient peu à peu remplacer celui des phylacteria, ligaturœ, ligamina et charactered.
La lutte contre les devins, augures, oracles et autres esprits ne cesse pas de tout le Moyen Age mais change à partir de 771 environ.
Clovis et Clotilde
La légende du baptême de Clovis est déjà, à bien des titres, remarquable : Dieu accorde la victoire au roi qui a promis d'embrasser la vraie foi, conception bien germanique de la réciprocité!
la Saint Charlemagne en France 1892
Jusqu'à l'avènement de Charlemagne, l'Église ne tolère rien qui ne fasse partie du dogme chrétien : ne va-t-elle pas créer une légende pour discréditer le souvenir populaire qu'a laissé Théodoric, cet arien? Le poids de la censure ecclésiastique est perceptible jusqu'au moment où l'Église trouve en Charlemagne le bras séculier qui lui faisait défaut.

Plus qu'aucun de ses prédécesseurs, le nouvel empereur romain a le sentiment profond que la religion requiert la sollicitude du prince et qu'elle engage sa responsabilité. Il va donc faire régner, ou du moins le tenter, la. pax christi, une des raisons pour lesquelles il sera canonisé en 1165. Il combat l'adoptianisme aux côtés du pape, assure l'existence du clergé en donnant à la dîme le caractère d'un impôt, soutient l'Église par le biais de ses lois: en 789, il s'attaque à la sorcellerie , en 775- 790 aux repas cultuels.


Sources : Paganisme, christianisme et merveilleux - Claude Lecouteux
le Roi Arthur et Charlemagne - Castello della Manta

samedi 15 octobre 2016

La rencontre du mythe et de l'histoire des hommes... -2/4-



« Pour ses nobles seigneurs dont chacun s'estimait le meilleur et dont nul ne savait qui était le moins bon, Arthur fit faire la Table ronde sur laquelle les Bretons racontent bien des récits. Les seigneurs y prenaient place, tous chevaliers, tous égaux. »
Wace, Le Roman de Brut, ca. 1155

La table ronde de Winchester ( photo) (5 m de diamètre) en chêne, est mentionnée dans des archives du 14e s. Elle est décorée de peintures représentant le roi Arthur et la liste de ses chevaliers.
Cette table aurait été fabriquée autour de 1250-1290, sous le règne d'Edward I, passionné par le récit arthurien, à l'occasion d'un tournoi.... Le décor peint actuel sur la table fut commandé par Henry VIII lors de la visite de l'empereur Charles V en 1522...

* Deux mythologies vont se rencontrer, s'affronter, parfois fusionner ... Le christianisme et le paganisme...

La Vérité du Christianisme, ne pouvait coexister avec des traditions qui s'étaient développées bien loin d'elle. Je veux parler, bien sûr ici, du paganisme ( sous ce mot, je regroupe toutes les croyances populaires qui ont eu cours depuis plus de dix siècles, avant l'avènement de Jésus-Christ.. ! Ce n'est quand même pas rien...)
1477 - procession païenne
Les ''Pères de l'Église'' dénoncent - comme des auteurs de fables mensongères - les poètes païens, fabricants de faux dieux, ils sont responsables des superstitions et de l'idolâtrie...
Les apologistes chrétiens s'appuient sur la parole du Psaume (95,5) pour dire que les dieux des nations sont des démons... C'est intéressant: ils existent donc;  mais, sont démoniaques ...

Au Moyen-âge, seule l'Église est en mesure de reproduire et de diffuser des écrits, de constituer des bibliothèques ; elle peut donc opérer une censure de facto et ne divulguer que ce qui sert ses desseins. Nous assistons alors à un double mouvement : censure des auteurs et du merveilleux païens, et – ça c'est assez ''fantastique'' : récupération et création d'un merveilleux chrétien.

Le paganisme:
Les païens honorent leurs dieux dans des temples, vouent un culte aux divinités des arbres, des sources et des pierres. Notons également le culte des sources et des fontaines, bien attesté dans tout l'Occident médiéval : les lois chrétiennes du Gulathing, en Norvège, reprochent aux païens de croire aux génies tutélaires (landvaettir), que ce soit dans les bosquets d'arbres ou dans les tertres ou dans les cascades. Régis Boyer constate que les sources recevaient des offrandes de vivres en Scanie, donnaient lieu à des rites et des mariages en Vàstergôtland et à des cérémonies propitiatoires en Nárke. Toutes ces pratiques sont bien connues de l'Église qui ne cesse de les combattre; - par exemple - dans les actes du concile de Tours, en 567...

Pourtant : Grégoire de Tours ( († 594)) relate l’initiative pastorale d’un évêque auvergnat qui, impuissant à déraciner une fête païenne se déroulant sur le mont Helarius, construit sur les lieux une église en l’honneur du saint chrétien Hilarius.

Grégoire le Grand (mort en 604) ordonne d'utiliser les édifices païens après en avoir éloigné les idoles et après lustration, mais le synode de Nantes (vers 658) rend obligatoire la destruction des édifices du culte païen ; en outre, les arbres doivent être coupés, les racines arrachées et brûlées, les pierres enlevées et jetées en un autre heu, là où elles ne pourront plus servir au culte.
Grégoire le Grand donne aux missionnaires qu’il a envoyés en Angleterre des instructions sur la façon de transformer les temples païens en églises chrétiennes. Ces deux textes révèlent une stratégie pastorale complexe qui, face au paganisme, mêle adroitement les catégories de la destruction et de l’oblitération avec celle de la récupération.

Sources : Paganisme, christianisme et merveilleux - Claude Lecouteux
A suivre ....

vendredi 24 juin 2016

Une lecture Zen des Evangiles.-9/.- La Foi -1

La religion ne s'utilise pas, à l'image de ''l'opium du peuple'' par exemple. Ce n'est pas une assurance. On ne ''croit'' pas pour répondre à un vague sentiment de bénédiction ou de protection... En Mat 10, 34, Jésus prévient ; il n'est pas venu nous apporter la paix …

Chercher la vérité, n'est pas un chemin suave ; il faut affronter la réalité telle qu'elle est... De plus, il est souvent nécessaire d'enlever le vieux pour bâtir du neuf ( cf : Mt 9, 16).
Il faut se débarrasser de la religion de la peur et de l'espoir.
« La religion, prise pour source de consolation est un obstacle à la vraie foi : en ce sens l'athéisme est une purification. Je dois être athée avec la partie de moi-même qui n’est pas faite pour Dieu. Parmi les hommes chez qui la partie surnaturelle d’eux-mêmes n’est pas éveillée, les athées ont raison et les croyants ont tort. » Simone Weil



La Foi n'a rien à voir avec les croyances, les dogmes, les 'credo' ou la théologie.
La foi est existentielle, et non intellectuelle... La foi, c'est une volonté, un ''courage d'être'' ( selon Tillich).

Le ''Notre Père'' est une belle présentation de la foi... «  Que ta volonté soit faite... » : lâcher prise de son ego, et accepter ''ce qui est ''.

La foi n'est pas de l'ordre de l'obéissance... Plutôt de l'amour érotique : se laisser faire … !
Il n'y a pas de conflit d'intérêt entre moi et Dieu : '' servir Dieu'' c'est me rendre heureux … Donner-Recevoir.
Pour exprimer ce ''lâcher-prise'', Jésus dit « Moi et le Père sommes un »




Avoir la ''Foi'', c'est l'équivalent d'avoir un esprit non encombré, un 'cœur pur' : « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. » ( Mt5, 8).
La foi n'est pas une armure, c'est le contraire ! Elle ne réclame pas de prosélytisme, elle n'endoctrine pas...


Aucun d'entre nous ne possède la Vérité... Il y a des vérités relatives, liées au savoir...

Pour ce qui est de la Vérité ( absolue)... Retrouvons l'esprit d'enfance : nous ne savons pas..!
Bien entendu ! Sinon, cette Vérité ne serait qu'un savoir...

Sources : Kenneth S. Leong, ''Une lecture Zen des Evangiles '' 
Images de Sarolta Ban

mercredi 4 mai 2016

Le « principe organisateur », Dennis Gira

Ce principe est fondamental, pour qui se sent attiré par d'autres traditions... 
    - Attiré par d'autres traditions ...? Attention, Danger ! Paraîtrait-il...?
    - Agiter la promesse de l'égarement du « syncrétisme », pour dissuader le « chercheur de Vérité », n'est pas approprié, pour le moins !
    Le principe organisateur, lui, permet d'aider à progresser sur son itinéraire spirituel ; et bien sûr, il s'applique au dialogue interreligieux, mais aussi au dialogue philosophique , ou politique …

    Pour comprendre sa définition ; Dennis Gira se propose de commencer à répondre à ce type de question : « peut-on être bouddhiste et chrétien, à la fois ? »

    Question complexe !... Car enfin, « qui est ce « on » ? » ne faut-il pas connaître la personne concernée par cette question, sa trajectoire spirituelle, culturelle et intellectuelle ? S'agit-il derrière la question, d’adhérer à un groupe donné, ou d'un engagement total au sein d'une tradition religieuse qui donne sens à sa vie ? …. 
    Quelques exemples :
    * Un ami vietnamien, converti au christianisme, peut se considérer bouddhiste et chrétien.. Il se dit chrétien, quand il approfondit sa connaissance de la foi chrétienne et participe à la vie de l’Église ; et il se dit bouddhiste quand il affirme ses racines culturelles et ses liens familiaux … Cet ami n'est pas impliqué également sur des trajectoires parallèles …

    ** Cet ami français, a été baptisé bébé, et n'a jamais été « catéchisé » … Il a cherché ailleurs la source qui étancherait sa soif de vérité ; cette recherche l'a conduit au bouddhisme... Son principe organisateur est fortement bouddhiste... Quand il s'affirme également catholique; il parle du baptême, du mariage et de son milieu familial …
Le principe organisateur de chacun part dans sa trajectoire spirituelle de son expérience la plus intime...

Pour un chrétien, la Foi en la personne de Jésus-Christ constitue le pivot de son expérience...

En s'adressant à un bouddhiste, il sera difficile d'interpréter les différents aspects du bouddhisme à la lumière de ce principe... Et, inversement …

Par contre, c'est différent, s'il s'agit d'un chrétien à qui l'on s'adresse et que l'on tente d'interpréter ces mêmes aspects du bouddhisme à la lumière de ce même principe …

Ce qu'il faut retenir : c'est qu'il est difficile d'imaginer un dialogue interreligieux entre deux personnes dont l'une a un seul principe organisateur et l'autre pense en avoir deux, dont celui de son interlocuteur – ce qui semble le cas de quelqu’un qui pourrait penser être à la fois bouddhiste et chrétien .
Il peut encore se présenter les cas d'une personne, qui suite à la rencontre d'une autre voie spirituelle, souhaite en intégrer une pratique à leur cheminement intérieur. 
Par exemple, pour un chrétien, pratiquer le zazen... Finalement, le zazen est authentiquement bouddhique uniquement pour un bouddhiste, c'est à dire pour quelqu’un dont le principe organisateur est indissociable de la cohérence interne du bouddhisme zen. Le chrétien le situe dans une nouvelle cohérence, et il est inapproprié de penser qu'il est bouddhiste et chrétien à la fois .

Et, il ne s'agit pas là de « syncrétisme » … !

Le principe organisateur, est un antidote naturel à toute forme de syncrétisme, et à toute peur de l'autre... Son propre, est d'organiser ou plutôt de réorganiser la pensée quand elle s'interroge ou s'enrichit des idées des autres … Ce principe aide également chaque fois qu'une personne veut dire aux autres sa foi la plus profonde car elle sait, ou devrait savoir, que ce qu'elle va dire alors doit être compréhensible pour ses interlocuteurs... Il lui faut donc prendre en considération leur sensibilité, leur vocabulaire, la cohérence de leur tradition ..etc Finalement elle pensera sa foi autrement et laissera de côté, ou mettra entre parenthèses, certaines formules chères aux chrétiens si elle les juge inaudibles...



Bien sûr, c'est une gageure de résumer ce que Dennis Gira tente de nous faire comprendre avec beaucoup de pédagogie et d'exemples concrets, ce point fondamental du « principe organisateur » ... Il serait plus raisonnable de lire le texte complet …

Je comprends également, que l'évangélisation, ne peut se faire in-extenso ; elle répond aux mêmes règles que le dialogue interreligieux, et doit répondre à la cohérence de chacun …Ce principe touche au parcours de chacun, à l'identité, à l'appartenance...

vendredi 8 avril 2016

Ta mort, ma mort... -4/5-

La mort peut-elle être datée de l’arrêt du cœur, du cerveau ? En Occident on dit : X est mort le... à…. Il y eut débat quand il s’est agi de remplacer la mort du cœur par la mort du cerveau. Quand peut-on dire que X est mort et qu’on peut prélever tel ou tel organe ? La réponse du médecin (encéphalogramme), n’est pas celle du théologien (ce n’est pas son affaire de dire quand cette personne est morte). Par contre la réponse du juriste engage des intérêts financiers et des sommes considérables parfois.


La mort prend son temps.

Le troisième jour, signifie qu'il est vraiment mort … La mort prend son temps...

« Ressuscité le troisième jour » ? Non pas le lendemain, cf aussi Lazare (Jean 11), 4 jours. Jésus a pris son temps. Ce n’est qu’à partir du troisième jour que Lazare est vraiment mort ;

Jésus n’est pas ressuscité juste après avoir été tué... Il est ressuscité le troisième jour.

Chez les Musulmans la mort prend encore plus son temps : 40 jours.


La mort humaine c'est la séparation...

La mort humaine est surtout vécue comme séparation, mais ce n’est pas vécu de la même manière de part et d’autre. 

- Un couple ami: lui,  est emporté suite à un cancer dans un processus long, il anticipe ses adieux, règle les problèmes avec la banque ; à partir d’un certain moment sa femme était éprouvée par le fait qu’il ne s’intéressait plus à ce qu’elle tentait de partager. Car pour lui le moment était venu de s’en aller.

Dans l’ ''ars moriendi'' d’autrefois il y avait des étapes : le prêtre venait, le mourant se tournait vers le mur et faisait son voyage vers où personne ne pouvait le suivre. « Laissez- le partir ».
Se tourner vers le mur... là où ne peut le suivre ….


Les Koans : ce sont des énigmes que le maître donne aux disciples, plutôt que des conférences, parfois une seule phrase, une question qui va travailler en nous. Quand on a traversé le koan on a trouvé la réponse sans même avoir à la question. .

La mort est un koan...

Histoire : Deux sœurs, leur mère décédée. L’une d’elle avait eu de très mauvais rapports avec sa mère. Elle n’est pas allée à cette sépulture. Elle n’est pas allée au cimetière. Elle entend le fameux koan « Quel est ton visage avant la naissance de tes parents » ? Peu à peu elle reconnaît ses parents d’avant, avec leurs limites : mon visage originel est plus ancien que mes parents. Ce que sa mère avait été ou pas été (avant la naissance de ses parents)... lui a ouvert un espace de liberté.

Le zen invite, dans l'assise, à faire mourir le ''moi'' ( ego) pour que « le jour où la mort viendra, elle n'ait plus rien à prendre » (Bobin)

Il y a ''le moi'' qui a peur de la mort ; nécessité de joindre en nous ce qui ne mourra jamais... L'incréé, l'esprit...

Le fond ( grund) de Dieu et et le fond de l'homme sont les mêmes ; ce qqch qui ne peut être menacé par quoi que ce soit...

mercredi 30 mars 2016

Jésus dans un salon bourgeois

« Le tableau de Jean Béraud (1848-1935) fit scandale lorsqu’il fut exposé à la Société nationale des beaux-arts en 1891.
Ce tableau peut déranger, encore aujourd’hui, par l’anachronisme radical consistant à montrer ­Jésus, vêtu à l’antique, dans un dîner mondain au milieu d’une assemblée d’hommes en habits noirs.
Mais ce qui scandalisa, ce fut moins cette transposition, courante dans l’histoire de l’art que le fait d’avoir donné à ces contemporains des traits parfaitement identifiables.

La scène se déroule en 1891, dans un intérieur bourgeois : Renan (au centre de la table, une serviette autour du cou) préside un dîner mondain où figurent nombre de personnalités parisiennes, dont le chimiste Eugène Chevreul (mort l’année précédente à 103 ans) avec lunettes et favoris grisonnants, et Alexandre Dumas fils, appuyé au dossier d’une chaise. A ce dîner assiste le Christ, dont les traits ont été immédiatement identifiés à ceux du journaliste et militant socialiste Albert Duc-Quercy (1856-1934), aux pieds duquel se prosterne, à l’heure du café, une Madeleine repentante qui n’est autre que la demi-mondaine Liane de Pougy, laquelle, réellement repentante, finira ses jours au couvent.

Le titre du tableau donne Madeleine comme personnage principal, et oriente sa lecture vers le débat autour de la prostitution, qui s’était si fortement développée au fil du siècle. Et on ne peut s’empêcher de penser que la plupart de ces messieurs à la mise impeccable devaient fréquenter les maisons closes. »


Sources la Croix du 20 mars

vendredi 25 mars 2016

Ta mort, ma mort... -1/5-

De retour d'une session à St-Jacut de la mer, avec Bernard Durel ( o.p.) : Pratique du Zen, et réflexion sur la mort...
( Cette transcription est personnelle ...)
Les disciples interrogent le 'maître' sur ce qu'il y a après la mort.
A chaque fois, il répond : « je ne sais pas »
Des disciples s’interrogent sur les possibilités du maître... L'un d'eux finit par lui dire:
« Vous êtres maître , et vous ne savez pas … !? »
Le maître répond : « Je suis un maître, mais pas un maître mort... »
Il n'y a pas d'expert de la mort

A la question « Y a t-il une vie après la mort ». La réponse est : « Y a t-il une vie avant la mort ? »

Si on ne peut décrire ce que serait ''l'après-mort'', la mort, elle, peut s'observer tous les jours.



Le message essentiel de cette session, sur la mort, me semble être un message de vie. L'expérience de ce passage par la mort, ne nous est pas accessible. Nul d'entre nous, les humains, n'a pu nous en entretenir.. ! Mais, si je ne peux pas avoir fait l'expérience de ma propre mort ; je peux vivre la mort de mes proches... Et, cette mort est une leçon de vie … Sur la mort, mes maîtres sont ceux qui m'ont précédé, et ceux qui témoignent de ce chemin ...

Quel est l'intérêt de réfléchir à la mort... A sa mort … ?
On pourrait éviter d'en parler, puisqu'on n'en sait rien … ! Je me demande combien de temps, nous pourrions ainsi l'éviter... ? La mort est là, dans l'impermanence de toute chose .. Elle est là, autour de moi, plus ou moins proche ...
«  Il arrive qu’au milieu de la vie  la mort vienne  prendre ses mesures et la vie continue, mais le costume se coud irrémédiablement.»  (Thomas Trauströmer).
Le grand intérêt de la mort, est de nous faire réfléchir à notre vie … !



Le mourant peut être comme un 'maître spirituel' … 
Et la méditation, pour nous préparer à la ''vigilance'' : être surpris, mais prêt... !

A suivre ...

samedi 19 mars 2016

Une lecture Zen des Evangiles.-5/.-

La religion, un art de vivre...



Une discussion sur ''Dieu'' avec des 'incroyants', ou des 'indifférents', se heurte inévitablement au mur du temps : l’Éternité ?, la vie après la mort ? La résurrection... ? Des énigmes, qui ont vite fait de nous rendre incompréhensibles, inaudibles les uns aux autres …
- Sur le plan scientifique, l'idée même du temps, ne peut être prise comme un absolu, ce serait une illusion nous en avertit Einstein. Le philosophe Kant constate : « Le temps n'est pas une réalité objective. Il n'est ni une substance, ni un accident, ni une relation, mais une condition subjective résultant nécessairement de la nature de l'esprit humain. »
Ceci dit ; je peux me permettre de continuer, et demander à mes interlocuteurs d'admettre, disons un peu de 'flou', un peu de 'poésie' ( pour le moins …)
Un homme cherchant l'immortalité,  Une femme cherchant l'éternité - de Bill Viola
« En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu'Abraham fût, je suis. » Jean 8,58. Jésus appréciait pleinement le mystère du temps présent...

Un chrétien qui parle du ' Royaume ' parle aussi d'Eternité... Attention ! l’Éternité n'est pas une très-très longue période de temps ( ennuyeuse vers la fin …!:-) )
Jésus est ainsi interrogé par les sadducéens ( à lire le chap 22 de Mat. v.23-33)... Jésus dit ce que ce n'est pas... et très peu de ce que c'est « on est comme des anges dans le ciel », ce qui ne nous avance pas vraiment … S'agit-il d'un koan... ?
Jésus suggère que Dieu, « n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants. » . La question de la vie dans l'au-delà, n'a pas de solution … ( et c'est ce que dit le Bouddha).
L’Éternité se serait vivre l'instant. Cet instant qui semble déjà n'être plus là, dès que je l'évoque …
« Le Royaume est dans la zone de la non-pensée 


» K. S. Leong

S'il y a une expérience ( parmi beaucoup d'autres, personnelles selon chacun de nous) qui pourrait nous évoquer cette non-pensée, ce non-temps... Ce pourrait être le sexe... Il est curieux que c'est précisément cette expérience qui a été la plus honnie des religions … ! 
Cette expérience à deux, dans l'idéal de son accomplissement s’apparente à la mort de l'égo...

L’avènement de ce ''Royaume'', n'est pas évoqué comme devant se produire à la fin des derniers jours : « L'avènement du Royaume de Dieu ne se laisse pas observer, et on ne saurait dire : ''Le voici'' ! Le voilà !'' car sachez-le, Le Royaume de Dieu est au milieu de vous. » ( Lc 17, 20-21)
Aujourd'hui nous dirions, le Royaume est dans l'ici et maintenant... Que de rapprochements à faire avec le dialogue de deux éminents maîtres zen, Chao Chou et Nan Chuan, sur le Tao... ( Voir article suivant) !


Dans Luc, au chap 10, 38-41. Jésus nous indique l'objet de la meilleure part que vit Marie... Il ne s'agit pas de savoir s'il vaut mieux ''servir'', ou ne ''rien faire'' ( contempler...) ... C'est hors sujet... La meilleure part ici, c'est celle de l'Attention : être là dans le moment présent... Marthe qui « s'agite à beaucoup de choses », a perdu le fil, elle se trouble, devient anxieuse...

Est-ce que je cherche la renommée, la fortune, le plaisir, le loisir illimité ? Si je l'obtenais, serais-je heureux ?. L'art d'être, serait – selon Jésus – de vouloir ce que j'ai... Le bonheur n'est pas un bien, ce serait plutôt une disposition à … Le verbe aimer au présent est indispensable au bonheur...
« Changer votre cœur, car le Royaume des cieux est tout proche » ( Mt 4, 14)

« L'avènement du Royaume de Dieu ne se laisse pas observer » (Luc 17, 20)

Sources : Kenneth S. Leong, ''Une lecture Zen des Evangiles '' 

samedi 27 février 2016

Une lecture Zen des Evangiles.-3/.-

On peut tenter d' isoler une dizaine de caractères propres à la Religion : Le christianisme étant un exemple de religion ; c'est la mienne... On peut faire le même exercice avec le Zen, l'Islam ou le Judaïsme ...

 Le Sermon sur la montagne,
un tableau de Karoly Ferenczy (détail, 1896)
Le premier caractère de la Religion, est la Présence à soi, aux autres, à notre environnement … «  la lampe du corps, c'est l'oeil » Jésus demande de prêter ''attention'' ( aux enfants, aux oiseaux, aux lis …).

Le deuxième caractère, est l'ordinaire. Jésus répugne aux signes extraordinaires. Le premier des signes, est la résolution d'un simple problème d'intendance aux noces de Cana … Jésus guérit par compassion, sans désir d’impressionner … Jésus n'est pas un faiseur de miracles ! De même que l'Art est la magie de l'ordinaire...

Le troisième caractère est la saveur. L'enfant est peu conditionné, il a peu d'attachement … Il s'émerveille … L'enfant est magicien...

Le quatrième caractère de la Religion est le discernement. Discerner, c'est chercher à voir au-delà : « L'artiste ne reproduit pas ce qui est visible ; il rend visible les choses » Paul Klee.
«  la vérité vous rendra libre » nous dit Jésus ( Jean 8,31). 
Trois points essentiels de cette Vérité : il ne s'agit pas de croyance ici, mais bien de discernement... 
- 1er : Les oiseaux, les fleurs... métaphores du ''sans pourquoi'' de la Rose... du jeune enfant …. 
- 2ème point : Beaucoup de choses importantes de la vie sont hors de notre contrôle... « Qui d'entre vous peut, en s'en inquiétant, ajouter une seule coudée à la longueur de sa vie. » ( Mt 6, 27). L'accepter nous conduit à la paix intérieure... 
- 3ème point : «  à chaque jour suffit sa peine... » ( Mt 6, 34)
Discerner, voir : il n'est pas utile ici d'argumenter, de croire. La priorité est de voir ce qu'il y a ''à voir''...
Oui … facile à dire... ? Mais, comment faire... ? C'est précisément, à cette question, que j'attends la réponse de ma Religion :
Parmi plusieurs outils, je cite : - la contemplation d'un texte biblique ( ignatienne), - la méditation, l'oraison, la prière ...


Attention : le sermon de la Nature, de Jésus n'est pas un enseignement sur ''la providence''. Selon, cette interprétation, une sérénité personnelle reposerait sur la ''croyance '' que « Dieu pourvoira à tout ».

« Il s'agit alors d'une croyance, et non d'un discernement c'est à dire d'une compréhension du présent – car il n'y a aucune preuve que Dieu pourvoira vraiment … ! L'inconvénient est que ceux qui comptent sans cesse sur l'aide de dieu sont toujours en attente d'un Dieu qui sert leur propre intérêt. Ils se mettent eux-mêmes avant Dieu... » K. S. Leong
«  Chercher d'abord le Royaume de Dieu et sa justice », c'est mettre Dieu à la première place !
C'est une totale et inconditionnelle acceptation de la réalité... du présent.
Pour l'avenir, il s'agit là de notre responsabilité, et notre souci du bien commun …et donc, d'action.
( à suivre..)

Cette dizaine caractères d'une Religion ( du zen, ou d'une autre …) sont extraits de :

Sources : Kenneth S. Leong, ''Une lecture Zen des Evangiles ''