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vendredi 10 février 2017

La mort et le cimetière au Moyen-âge.

A partir du XIIe siècle, l'Eglise amène à elle le cimetière... Elle tient à s'opposer à la tradition antique de séparer le monde des morts de celui des vivants. Ce que l'on appelle le '' suffrage pour les défunts '' est largement exploité alors... Au Moyen Âge, le purgatoire est symboliquement illustré comme étant un lieu de feu purificateur... Le culte des saints est lié à cette pratique des suffrages en faveur des morts. ... Les donations se font nombreuses, pour s’assurer un passage au purgatoire... Il faut donner pour le salut de son âme …
Le clergé et la noblesse, sont inhumés à l'intérieur de l'Eglise, et la population tient à l'être au plus près … On connaît la volonté d’être inhumé au plus près des murs de l’église, sous le larmier du toit, afin que l’eau de pluie sanctifiée par le contact avec le lieu sanctifie à son tour la tombe. 
Le christianisme ne semble préoccuper que par l'âme du défunt, les rites plus anciens ou coutumiers s'occupent des corps, pour les aider à passer et les empêcher de revenir tourmenter les vivants … Seuls le corps des saints fait l'objet de vénération et de célébration ; de plus ils peuvent intercéder pour les morts. Les moines deviennent de véritables spécialistes, et intermédiaires obligés, pour le salut. Cluny ( vers 1030) , invente une fête annuelle de tous les défunts, le 2 novembre.
« Les morts étaient au centre de la vie, comme le cimetière au centre du village. » Jean-Claude Schmitt
Les croyances païennes restent prégnantes, le roi des morts '' Hellequin '' règne sur une horde de chevaliers damnés et guette au détour des chemins, le passant... Les récits de revenants se développent ; ce sont en général des fantômes de personnes qui ont succombé violemment..


Au cimetière de La Jonchère ( voir l'histoire de la Loba)
Les morts sont enveloppés dans un linceul, la mise en terre dans un simple drap (linceul) blanc et cousu. La mise en terre se fait ainsi sans cercueil durant plusieurs siècles. Les défunts reposent dans des fosses en pleine terre, au niveau de la tête, sur la tombe marquée y est fichée une simple croix de bois. Les ossements, exhumés à l'occasion de nouvelles inhumations (le cimetière ne pouvant s’étendre plus à cause des habitations, et tous voulant être au plus prés de l’église sanctuaire), sont déposés dans la crypte de l'église (pour les « notables ») ou dans des ossuaires bâtis dans l’enceinte même du cimetière.

Certaines tombes plus riches peuvent comporter des pierres tombales qui servent, semble-t-il, de marque de surface dans le cimetière tout en se distinguant des autres tombes plus simples du peuple. On émet l’hypothèse que la nouvelle eschatologie de l’église, la création de l’enfer et ses revenants est pour beaucoup dans la mise en place de ces lourdes dalles de pierre, pour empêcher le mort de ressortir…
C'est donc, à partir du XIIème siècle qu'apparaît l'habitude de recouvrir les tombes de dalles, lesquelles réservées aux morts respectables, moines en particulier, sont souvent massives, parfois en forme de toit comme on le voit au Chalard. Sur certains de ces "toits" dits en bâtière sont même sculptées des ardoises ou des lauzes. Puis au XVème siècle, certaines de ces tombes pourront comporter une croix et seront pourvues pour les laïcs, d'une inscription voire d'un portrait.
Les classes aisées se font enfouir dans les églises. Très rapidement, à cause des émanations pestilentielles, un nouveau système d’enfouissement est mis en place. Deux solutions sont utilisées :
- Le corps du défunt est mis en terre dans le cimetière, puis ses restes sont recueillis et placés dans l’église sous une dalle funéraire.
- Le corps du défunt est placé dans un pourrissoir (sorte de sarcophage avec un trou d’évacuation), puis ses restes sont enfouis dans l’église sous une dalle funéraire. Il existait même des pourrissoirs collectifs.
Dans l’ancien cimetière de La Jonchère, (d’après les Abbés Lecler et Pailler et les écrits du Sieur De Valeize), il y avait une chapelle octogonale toute en pierres (vers l’actuelle entrée) détruite lors de la révolution.
Les ossements sont mis dans une crypte par un oculus dans le sol, en attente du jugement dernier et de la résurrection des corps. Un escalier permet de descendre pour ranger les ossements.



Au XIIIème siècle se généralise le cercueil en bois et la tradition de placer au cou du mort, ou plutôt à ses mains croisées, un chapelet, et aussi de l'accompagner d'une pièce sensée payer le passage de l'Archéron, ainsi que d'un vase d'eau bénite pour le protéger des mauvais esprit et faciliter son accès auprès du très haut.

mercredi 6 juillet 2016

Qu'est ce 'qui' en moi, ne craint pas la mort ? -3/3-

De toutes les possibilités décrites, plus avant :


Pour R. Pouivet, l’ontologie qui à la fois permet de comprendre la possibilité de la résurrection et sa nécessité pour la survie d’une personne humaine est l’hylémorphisme...


R. Pouivet se pose cette cette question : « En quoi devrait consister mon identité si je dois ressusciter ? »

Si on parle de résurrection de la chair, la particularité de mon corps doit être retenue …
Et je deviens moi-même, un '' objets intermittents '', partagé entre deux vies, séparées par la mort...

L’hylémorphisme (de hulè : matière et morphè : forme) est une philosophie développée par Aristote qui considère que tout être (objet ou individu) est composé de manière indissociable d'une matière et d'une forme.

Un corps ( humain) ne suffit pas pour être une personne. On pourrait dire que le corps dépend ( ontologiquement) d'une âme pour être un corps humain...

Comment l’âme rend-elle possible la résurrection du corps ?

La doctrine de l’hylémorphisme consiste dans l’ensemble des thèses suivantes :
1. La distinction ontologique fondamentale passe entre les substances et les propriétés. Les substances possèdent des propriétés ou sont en relation avec d’autres substances ; elles ne sont dès lors pas des propriétés ou des relations.
2. Les substances matérielles sont des composés de forme et de matière.
3. Une forme est substantielle (et non accidentelle) si elle donne à une substance sa nature (ce qu’elle est) et son identité (ce qui fait qu’elle persiste à travers le temps en restant ce qu’elle est).

4. Une personne humaine est une substance composée d’une forme substantielle – on parlera de son âme – et de matière.
5. La forme substantielle d’une personne humaine est sa nature rationnelle.
6. L’exercice de la rationalité est essentiellement une opération immatérielle.
7. La nature humaine est essentiellement immatérielle ; pour exister, elle ne dépend pas de la matière.
8. Une personne humaine peut exister indépendamment de l’existence de son corps.
9. L’identité générique et l’identité numérique d’une personne humaine requièrent qu’elle soit unie à son corps.

Sources : (*) Roger Pouivet est Professeur de philosophie à l’Université Nancy 2 et Directeur du Laboratoire d’Histoire des Sciences et de Philosophie-Archives Poincaré (CNRS, UMR 7117). ''Métaphysique de la résurrection des corps.''






Jean-Pierre Ceytaire  Tendres instants avant la Pomme


Jean-Pierre Ceytaire  - Résurrection


Le symbole de Nicée comprend la formule : "J'attends la résurrection des morts, et la vie du monde à venir". Le symbole des Apôtres parle de "la résurrection de la chair".
Pour retrouver tout cela, c'est ICI :
Après avoir exposé les principales anthropologies rencontrées au sein du christianisme (matérialiste, dualiste, constitutionnaliste, fonctionnaliste, hylémorphisme, animaliste, quadridimensionaliste, irréaliste psychique et nihiliste) et leur rapport à la doctrine de la résurrection, Roger Pouivet tâche d’expliquer, dans le cadre des approches hylémorphiste (St Thomas d'Aquin) et animaliste, comment une personne, en tant que réalité singulière, peut ressusciter.
Métaphysique de la résurrection des corps. Avec Roger Pouivet à l'ENS Paris

dimanche 22 mai 2016

Le ''Koan'' de la ''Résurrection de la chair''

La ''résurrection de la chair'' est considérée par St-Paul d'abord, et dans le christianisme ensuite comme la ''doctrine'' essentielle : sans elle notre foi serait « vaine »... ! Un enseignement difficile à entendre … !

Déjà à l'époque de Paul, les grecs à l'entendre parler ainsi le renvoient gentiment, « nous t'entendrons sur cela, une autre fois ... » !
Je ne peux me résoudre à considérer cette conception, comme aberrante et sans signification... Mieux, je considère la ''résurrection de la chair'' comme un koan.

Le koan (du zen japonais millénaire) n'est pas une devinette, ni un mot d'esprit : c'est une courte histoire ou une proposition qui travaille avec un paradoxe de sagesse, pour en faire jaillir une évidence inaccessible à la seule intelligence.


Voici, un exemple de koan, qui renvoie d'ailleurs à une parole de Jésus : le koan de Bashô : À un moine qui lui demande ce qu’est le zen, il répond : « Si tu possèdes un bâton, je te donne un bâton, si tu ne possèdes pas de bâton, je t’enlève ce bâton ! » 
Et, donc...
« Car à celui qui a, il sera donné, et il aura encore plus; mais à celui qui n'a rien, cela même qu'il a lui sera ôté » ( Mat 25, 29)


Pour en revenir à la ''Résurrection de la chair'', ce 'koan'  nous questionne sur la ''chair '' de l'humain... Qu'en est-il avant la mort, et après la mort... ?
Le fil d'une existence

L’Ame qui a forme humaine
dédaigne le démon et
suit celui à qui elle ressemble :l‘Ange. 
L'âme immatérielle, n’a pas besoin d’ailes.
En quoi consiste mon identité si je dois ressusciter ? Si la résurrection retient mon identité personnelle mais pas la particularité de mon corps ( périssable) , peut-on parler de résurrection de la chair ? Notre existence serait-elle intermittente, partagée entre deux vies séparées par la mort ? Et, si je suis mon corps ; que devient-il... ?

« Dans l'anthropologie biblique, l'homme est une âme vivante. L'homme est créé âme vivante. L'homme est aussi appelé "chair", mais ces deux termes visant une seule et même chose : l'homme vivant, concret, l'homme dans sa structure biologique et psychique conjointement. »
Claude Tresmontant - "La métaphysique du christianisme et la naissance de la philosophie chrétienne" (p. 577)

Pour Saint-Irénée, la divinisation ( la theiôsis) de l'homme, réclame une création progressive : l'humain est créé inachevé...


Au XXIème siècle, l'ontologie humaine, questionne la philosophie. Il serait dommage que chrétien ou non, nous en restions aux vieux schémas : par exemple celui de l'humain constitué d'un corps et d'une âme...
Donc... A suivre:

lundi 16 mai 2016

Une lecture Zen des Evangiles.-7/.-

L'hypothèse chrétienne est que ''Dieu'' ( dont on ne peut rien dire …) est entré dans l'univers créé, s'est incarné avec Jésus ( le Verbe). 

J'ajouterai que ce Verbe – La Parole – est traduite ( humaine et maladroitement) en quatre versions ( les Evangiles), et non pas en un Livre dicté par Dieu.. le christianisme n'est pas une religion du Livre, il est une religion de La Parole (vivante) et non figée dans un ''livre'' ...
Jésus enseigne à la manière d'un maître ''éveillé'' , dans un langage mystique et paradoxal..








Le thème central du christianisme est sa résurrection. « Que Jésus ait vaincu la mort est peut-être le message chrétien le plus important. »

C'est en zen, ce que l'on nommerait le '' Koan de la mort ''. Jésus dit qu'il a triomphé du monde, précisément au moment où il sait que sa mort est imminente ( Jn 16, 16-33)
Self-Portrait, 1912 by Otto Dix


La mort est un tabou dans notre culture, et tous les efforts sont dirigés pour combattre cette loi de la nature. Mais, peut-être, y a t-il un ''bon côté'' de la mort.
La mort est à la fois à la racine de notre anxiété existentielle et son ultime remède.

Dans la parabole du ''Maître exigeant''( Mt 25, 14-30) Jésus pointe notre attachement à cette vie, sans risquer de la perdre … alors que nous allons la perdre, de fait !... Le serviteur prudent a correctement compris que la vie est pleine de risques, mais il en a tiré une mauvaise conclusion...

C'est un fait que la vie est à la fois ''tragique'' et magnifique... Accepter que nous ne pouvons pas contrôler l'existence, conduit à la liberté intérieure..
Assumer l'insécurité, consentir à la mort...

Le Divin s'incarne pour remonter, il ne peut y avoir d'ascension, sans descente

mercredi 20 avril 2016

Ta mort, ma mort... -5/5-

Suite session avec Bernard Durel ... Retraite Zen
La ''résurrection'', cela vient des hébreux, pour qui si il y a vie, il y a corps... La résurrection des corps, c'est la prise en compte de l'humain dans sa ''totalité''
 (Pour les grecs... il y a l'âme, ( bien séparée du corps) qui est immortelle. Le corps n'est qu'une enveloppe périssable... )

La vie éternelle, quelque chose après la mort ? " On exagère beaucoup ! » disait ce viens moine : « Ne voyez vous pas que ce ne sont que des mots, des idées... Pour moi je crois en Jésus Christ ressuscité ! Ascension, assomption … Attention à quoi on croit … On ne croit pas à des idées... On croit en une personne … Jésus mort et vivant …"



Ce mot : ''ressuscité'' en français n'est pas adéquat ( c'est mieux en allemand: Auferstehung, c'est-à-dire « surrexit » et non « ressurexit ».) . Le ''re'' semble dire qu'en l'on reprend la vie d'avant... Un peu comme Lazare qui est ressuscité, réanimé … Jésus est mort, bien mort... Et, Il est vivant …. Il ne s'agit plus de notre vie actuelle …
Après Pâques Jésus se manifeste, non pas pour dire « je suis de retour ! », comme si on pouvait dire : « Loupé.. ! Il n'est pas mort.. ! Il est en vie ... ».
Jésus est bien celui qui est mort : regardez ses plaies.. ! Il y a, à la fois, rupture et continuité... Il est important qu’il se manifeste avec ses plaies signifiant la continuité.

Pour Kadowak dans le livre « Le zen et la Bible » le ressuscité c’est le crucifié qui garde les traces, les plaies, mais il n’est plus dans notre condition, il est dans une autre condition que sa vie ancienne : il mange mais il n’a pas faim.
La résurrection, ce n'est pas une victoire contre les prêtres juifs, ou les romains... Il ne leur est pas apparu... !
La résurrection, ce n’est pas on recommence comme avant.. !
C'est à la fois inouï et mystérieux : pas de preuves, seulement des témoins... Mais, des témoins qui étaient préparés à cet événement.

Jésus devant la mort : la sienne : que cette coupe passe loin de moi .. Jésus est homme... « Mais que ta volonté soit faite … » Ce n'est ''ou''', c'est ''et''...
Pourquoi m'as tu abandonné ? Seul Jésus pouvait bien comprendre et ressentir la séparation d'avec Dieu … !
De même pour Lazare... Il frémit, il pleure... ''et'' il le ressuscite .. ! Ce n'est pas ou bien … ou bien ...

Le dieu des vivants, et non pas des morts …
Précisément, Jésus répond que son dieu, est le Dieu des vivants...
Et, la seule image que Jésus ait pu donner de l'après-mort, c'est un « Etre vivant »

Le jugement ?

Le couple infernal :- le Dieu qui juge et - moi qui me sent coupable … !
Cela peut aller jusqu'au ''Dieu pervers''... !
Dans un roman norvégien, Peter qui n'a pas mené une vie exemplaire, arrive au tribunal céleste. Il s'attend à passer un mauvais quart d'heure. On lui offre une chaise et plein d'égards. On lui fait savoir qu’on est content de le voir avec toutes les bonnes choses qu'il a faites (en oubliant les mauvaises).
La seule question qui lui sera posé : « avez-vous aimé ma création ? »
La mort de sainte Thérèse d'Avila

vendredi 8 avril 2016

Ta mort, ma mort... -4/5-

La mort peut-elle être datée de l’arrêt du cœur, du cerveau ? En Occident on dit : X est mort le... à…. Il y eut débat quand il s’est agi de remplacer la mort du cœur par la mort du cerveau. Quand peut-on dire que X est mort et qu’on peut prélever tel ou tel organe ? La réponse du médecin (encéphalogramme), n’est pas celle du théologien (ce n’est pas son affaire de dire quand cette personne est morte). Par contre la réponse du juriste engage des intérêts financiers et des sommes considérables parfois.


La mort prend son temps.

Le troisième jour, signifie qu'il est vraiment mort … La mort prend son temps...

« Ressuscité le troisième jour » ? Non pas le lendemain, cf aussi Lazare (Jean 11), 4 jours. Jésus a pris son temps. Ce n’est qu’à partir du troisième jour que Lazare est vraiment mort ;

Jésus n’est pas ressuscité juste après avoir été tué... Il est ressuscité le troisième jour.

Chez les Musulmans la mort prend encore plus son temps : 40 jours.


La mort humaine c'est la séparation...

La mort humaine est surtout vécue comme séparation, mais ce n’est pas vécu de la même manière de part et d’autre. 

- Un couple ami: lui,  est emporté suite à un cancer dans un processus long, il anticipe ses adieux, règle les problèmes avec la banque ; à partir d’un certain moment sa femme était éprouvée par le fait qu’il ne s’intéressait plus à ce qu’elle tentait de partager. Car pour lui le moment était venu de s’en aller.

Dans l’ ''ars moriendi'' d’autrefois il y avait des étapes : le prêtre venait, le mourant se tournait vers le mur et faisait son voyage vers où personne ne pouvait le suivre. « Laissez- le partir ».
Se tourner vers le mur... là où ne peut le suivre ….


Les Koans : ce sont des énigmes que le maître donne aux disciples, plutôt que des conférences, parfois une seule phrase, une question qui va travailler en nous. Quand on a traversé le koan on a trouvé la réponse sans même avoir à la question. .

La mort est un koan...

Histoire : Deux sœurs, leur mère décédée. L’une d’elle avait eu de très mauvais rapports avec sa mère. Elle n’est pas allée à cette sépulture. Elle n’est pas allée au cimetière. Elle entend le fameux koan « Quel est ton visage avant la naissance de tes parents » ? Peu à peu elle reconnaît ses parents d’avant, avec leurs limites : mon visage originel est plus ancien que mes parents. Ce que sa mère avait été ou pas été (avant la naissance de ses parents)... lui a ouvert un espace de liberté.

Le zen invite, dans l'assise, à faire mourir le ''moi'' ( ego) pour que « le jour où la mort viendra, elle n'ait plus rien à prendre » (Bobin)

Il y a ''le moi'' qui a peur de la mort ; nécessité de joindre en nous ce qui ne mourra jamais... L'incréé, l'esprit...

Le fond ( grund) de Dieu et et le fond de l'homme sont les mêmes ; ce qqch qui ne peut être menacé par quoi que ce soit...

samedi 2 avril 2016

Ta mort, ma mort... -3/5-

Pourquoi le Zen ?
La mort est 'naturellement ' en lien avec la méditation zen de ces jours ( de ce stage)... C’est, comme un des outils de ce qu’on appelle « ars moriendi », l’art de mourir.
Dans la méditation, l'expir est une répétition du dernier expir... L'expir, on acquiesce , on lâche prise, on s'abandonne...
On rend l'esprit … Il n'est pas perdu, il est rendu ...Il nous a été prêté ( à la création, à notre naissance.. ) … L'esprit : le divin en nous …
Chacun a sa mort, sa propre mort … ''On'' ne meurt pas .. !

Histoires : Une femme racontait : sa mère, très âgée à l’hôpital : sa fille va la voir : « est ce que tu veux que je t’aide à expirer » ?  Réponse : Oui. Elle se met à l’écoute du souffle, met les mains…  Cette personne part paisiblement. 
Dans la méditation, l’expir  est le plus important.. .  Ne jamais rien faire dans l’inspir. Chaque expir est une répétition du dernier expir : un lâcher-prise, un abandon.  Goethe : « Spier und wimd : « meurs et deviens ».
Tant que tu n’es pas encore dans ce rythme, tu n’es pas encore au réel de ta vie.  Préparer sa mort,  c’est bien vivre aujourd’hui. 


A l’hôpital auprès d’un mourant qui avait fui les dictatures d’Amérique Latine  et se trouvait très excité ? Un proche lui demande : « est ce que tu veux que je t’aide ?  Oui !  Le mourant se calme et lui dit : « je crois que tu m’apprends à mourir »

La méditation est une écoute, une écoute du silence... L'écoute , la présence...
Dans l’accompagnement d’un mourant : l’accompagner dans l’expir  par des respirations sur l’expir. La respiration n’est jamais seulement biologique. Il y a toujours le vécu émotionnel : essayer de se détendre,  de s’abandonner,  d’être mieux disposé. 

L'accompagnement : et quand ça n’a pas de sens de rajouter des mots auprès  d’une  personne  qui s’en va.. ? Être là en silence. : « Tu t’es assis,  tu n’as rien dit,  c’était juste! »,  au lieu de l’encourager dans sa détresse, de lui dire faussement « mais non, tu vas guérir ».

L’assise en zen permet l’expérience du silence prolongé qui devient de moins en moins pesant.


La méditation zen  est une école de silence,  d’écoute.  La pratique de la méditation peut être vécue comme préparation à accompagner la mort de l’autre : la méditation fait de nous de meilleurs écoutants,  elle aide à ne pas censurer,  à laisser un autre   parler librement de ce que personne ne pouvait  entendre. L’expérience du lâcher-prise : quand il n’y a plus de parole,  il y a le geste, ainsi celui de tenir la main…

dimanche 27 mars 2016

Ta mort, ma mort... -2/5-

Ce qui correspondait à l'art de bien mourir dans notre culture occidentale, de cet art de l'accompagnement de la mort, et de l'après-mort, a disparu. 

Anecdotes : ( 80% du temps d'intervention de B. Durel est occupé par la racontée de témoignages, d'anecdotes … : insistance de l'expérience, sur le concept …) :

* Calcutta. Bernard vit  un mois et demi à Calcutta, chez Mère Teresa,  près des frères de Mère Teresa, branche masculine. Lors de la deuxième visite, un jeune est  mort : « je l’avais vu la fois d’avant : les jeunes m’emmènent à une tombe  avec croix et couronne de fleurs ; retour au groupe, tous ces jeunes dansent et jouent comme d’habitude ».



La mort de Frida Khalo




** Autre exemple. Une jeune femme  se précipite le  matin, avant de se rendre à un enterrement. Elle était bardée de diplômes, mais  c’était la première fois de sa vie qu’elle allait être en proximité avec la mort.  Contraste entre ces jeunes « familiers de la mort » en Inde et cette femme jeune occidentale.   Un étudiant  raconte : «  en 10 ans d’études de médecine, pas seulement une heure de conférence sur la mort »


*** Nouvel exemple. Une femme dont le mari s’était suicidée, est invitée à un mariage ; elle prend prétexte d’un mal de dents pour ne pas venir.  Alors que dans la génération précédente, cette femme aurait été protégée dans son deuil. Elle aurait été habillée de noir, avec de nombreux signes du deuil, et personne ne l’aurait invitée. Actuellement  après un deuil, on retourne au travail, sans que rien n’en paraisse.


La mort est occultée... Autrefois pour parler de la naissance fruit d'une expérience sexuelle, on parlait de ''cigognes'' à l’oeuvre..etc. Aujourd'hui, c'est la même chose pour la mort ; on préfère les images … équivalentes aux cigognes ..: « Grand-Mère est partie en voyage ... »

On considère même comme une forme de maltraitance que d’inviter les enfants à une sépulture !

"Quelqu'un meurt et c'est comme un silence qui hurle..." Mais , si la mort nous aidait à entendre la fragile musique de la vie ?

La première rencontre avec La Mort, c'est la mort de l'autre, avant notre propre mort : Deux 'mort' : le même mot mais une expérience différente... !



Traditionnellement, on priait pour avoir une mort ''annoncée'' pour se préparer, se réunir autour du lit du mourant... Aujourd'hui on préfère mourir subrepticement … !

A suivre ...

vendredi 25 mars 2016

Ta mort, ma mort... -1/5-

De retour d'une session à St-Jacut de la mer, avec Bernard Durel ( o.p.) : Pratique du Zen, et réflexion sur la mort...
( Cette transcription est personnelle ...)
Les disciples interrogent le 'maître' sur ce qu'il y a après la mort.
A chaque fois, il répond : « je ne sais pas »
Des disciples s’interrogent sur les possibilités du maître... L'un d'eux finit par lui dire:
« Vous êtres maître , et vous ne savez pas … !? »
Le maître répond : « Je suis un maître, mais pas un maître mort... »
Il n'y a pas d'expert de la mort

A la question « Y a t-il une vie après la mort ». La réponse est : « Y a t-il une vie avant la mort ? »

Si on ne peut décrire ce que serait ''l'après-mort'', la mort, elle, peut s'observer tous les jours.



Le message essentiel de cette session, sur la mort, me semble être un message de vie. L'expérience de ce passage par la mort, ne nous est pas accessible. Nul d'entre nous, les humains, n'a pu nous en entretenir.. ! Mais, si je ne peux pas avoir fait l'expérience de ma propre mort ; je peux vivre la mort de mes proches... Et, cette mort est une leçon de vie … Sur la mort, mes maîtres sont ceux qui m'ont précédé, et ceux qui témoignent de ce chemin ...

Quel est l'intérêt de réfléchir à la mort... A sa mort … ?
On pourrait éviter d'en parler, puisqu'on n'en sait rien … ! Je me demande combien de temps, nous pourrions ainsi l'éviter... ? La mort est là, dans l'impermanence de toute chose .. Elle est là, autour de moi, plus ou moins proche ...
«  Il arrive qu’au milieu de la vie  la mort vienne  prendre ses mesures et la vie continue, mais le costume se coud irrémédiablement.»  (Thomas Trauströmer).
Le grand intérêt de la mort, est de nous faire réfléchir à notre vie … !



Le mourant peut être comme un 'maître spirituel' … 
Et la méditation, pour nous préparer à la ''vigilance'' : être surpris, mais prêt... !

A suivre ...

mercredi 2 décembre 2015

Après les attentats …

C'est le moment de la réflexion :
Tomasz Alen Kopera


Par leur violence, certains événements publics ou privés appellent à la consolation... Cette consolation s'oppose à la vengeance... 

« Elle déplaît souvent parce qu’elle est économe. C’est-à-dire que toute consolation véritable redonne de la valeur, de la dignité à ce qui pourrait nous apparaître, dans l’épreuve et l’abomination, des riens sans force, sans consistance. Tout ce qui fait le sel d’une vie. La consolation tient à ce peu dans lequel l’épreuve nous abandonne, parce qu’elle sait que ce peu fait patiemment la valeur d’une existence quand cette existence se trouve dévastée précisément par l’horrible prodigalité du mal, de la violence. » FRÉDÉRIC BOYER

Mabel Royds Alington, (1874 - 1941)

Le tragique de la vie : Nous prenons conscience de notre faiblesse :
«  jusqu’où porter le travail de la consolation ? Jusqu’à ce moment où nous acceptons de ne pas diaboliser notre ennemi, parce que notre ennemi est sans doute aussi l’objet de notre consolation.
« Aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous pourchassent » (Mt 5, 44) FRÉDÉRIC BOYER

« Nous ne pouvons effacer de nos cœurs la sauvage douleur d’être des hommes. Nous ne sommes pas nous-mêmes sans obscurs agissements. Mais cette fragile conscience-là est notre grandeur. » FRÉDÉRIC BOYER

«  qui leur aura mis dans le crâne ce destin de mort et qui aura fait d’eux ces perdants terrestres qui s’imaginent en vainqueurs célestes en échafaudant une revanche fantasmée contre ce qu’ils appellent « les valeurs occidentales » , frappant le peu que nous sommes, notre jeunesse, notre faiblesse, attaquant notre fragilité pour mieux dénoncer notre force? » FRÉDÉRIC BOYER


Que nous a t-il manqué ?
« Ce n’est pas l’autorité de la force, je ne le crois pas, mais celle qui garantit l’appartenance à un même monde
« Une religion, expliquait Simone Weil, utilisée pour « représenter la divinité comme commandant partout où elle en a le pouvoir est fausse. Même si elle est monothéiste, elle est idolâtre. » La pire idolâtrie justifie notre violence comme manifestation ou volonté divine. Je me souviens que mon ami le bibliste Paul Beauchamp écrivait que pour « en finir avec le mal » , il fallait donner du temps à la compréhension. Un temps pour comprendre le pire parce que le Diable revient toujours au moment précis où l’intelligence cesse devant la force. » F.B.

Frédéric Boyer est écrivain, traducteur et éditeur. Auteur d'une trentaine de livres depuis 1991. Remarqué pour sa nouvelle traduction des Confessions de saint Augustin (Les Aveux, P.O.L 2008). Il a dirigé le chantier de la Nouvelle Traduction de la Bible, avec de nombreux écrivains contemporains... parue en 2001 (éditions Bayard). Depuis des années son œuvre associe l'écriture personnelle et la relecture et traduction de grands textes anciens....

jeudi 2 juillet 2015

Honneur à l'incroyance -2-: E Anderson et A J Ayer

Chaque incroyant, parle à l'incroyance latente de chaque croyant... Comprendre ce que l'agnostique ou l'athée tente de nous expliquer nous permet de retrouver en nous ces blocages qui nous empêchent d'adhérer pleinement à un témoignage de foi... Comment ne pas être gêné – au cours de notre histoire - par ces justifications à la guerre, à la guerre sainte...
Comment ne pas être scandalisé par la figure divine du tyran ordonnant massacres et génocides et envoyant d'épouvantables fléaux qui frappent les innocents .. ?

* Par exemple, Elizabeth Anderson – professeur de philosophie – pense que tous les événements bibliques attribués à une initiative divine s'expliquent par l'ignorance scientifique des peuples anciens : « si l’événement était bon pour le peuple, ils l'attribuaient à l'amour de Dieu à leur égard ; s'il était mauvais, ils l'attribuaient à la colère divine contre eux. Ce type d'explication est observé universellement chez les peuples qui manquent de connaissances scientifiques des événements naturels. Ils correspond à une tendance profondément enracinée en l'homme de refuser l'idée de souffrance sans raison : si nous souffrons, quelqu'un doit en ''répondre''... »

Effectivement, un chrétien – à mon avis – se doit d'évangéliser ces tendances superstitieuses, qui lisent dans les événements des 'signes' divins …
La science est l'outil majeur qui permet de bien séparer ce que l'on ''sait'', de ce que l'on ''croit''...


* Autre exemple : Alfred Jules Ayer ( 1910-1989), philosophe, logicien anglais. Ce positiviste a fait l'expérience d'une NDE (Expérience de mort imminente)... Ayer raconte la ''vision'' qui avait suivi sa ''mort'', en prenant soin de dire que même s'il y a une vie après la mort, cela ne prouve en rien l’existence de Dieu : « Si comme je le soutiens, il n'y a aucune raison de croire qu'un Dieu a créé le monde et le dirige, il n'y a aucune raison de croire qu'un Dieu a créé et préside le monde de l'au-delà, à supposer qu'une telle chose existe... » En fait, Ayer rajoutera plus tard, qu'il est persuadé que c'est la persistance de son activité cérébrale qui a expliqué cette 'expérience' …

En tout cas pour un chrétien, ce genre d'expérience ne peut être aucunement une preuve de l'existence de Dieu, même s'il s’avérait … que c'en était une de '' l'au-delà''...
Le '' Royaume '' cité dans les Evangiles ( spirituel ) ne peut avoir de lien avec tout ce qui semble être du ''matérialisme spirituel'',


dimanche 24 mai 2015

Mort à Venise, la Beauté et la Mort -2/2-


Une aube bleutée, un homme assis, luttant contre le sommeil sur le pont d'un bateau : c'est ainsi que l'on découvre Aschenbach dans la première séquence. Le destin du personnage est annoncé d'emblée : son engourdissement et ses efforts pour rester éveillé préfigurent symboliquement la séquence finale (Aschenbach assis dans un transat, sur la plage, et luttant pour rassembler ses dernières forces)



"Mort à venise" est une oeuvre d'Art, parce qu'elle donne à Voir, par exemple:
  •  Le « vieux beau » qui importune Aschenbach sur le pont préfigure ironiquement son apparence finale : Aschenbach maquillé ressemblera à cet homme qu'il regardait alors avec mépris.
  •  Du bateau qui le mène à Venise s'échappe une funeste fumée noire, et ce bateau a d'ailleurs le même nom, Esmeralda, que la prostituée à laquelle Aschenbach identifiera mentalement Tadzio.
  •  Le batelier qui le mène vers la rive a des allures de Charon.



Dans cet hôtel de luxe où il loge (le Grand Hôtel des Bains), il retrouve cette impression de bonheur familial, matérialisée par la douceur de vivre de la famille polonaise sur la plage du Lido. Beauté des costumes...  La beauté est au centre du film. Elle est personnifiée par le personnage de Tadzio, qui réveille un sentiment inconnu de désir chez le vieil artiste en quête d'idéal, de perfection

  •  Ce désir devient une obsession qui consume le cœur d'Aschenbach et que symbolisent les feux brûlant - par mesure d'hygiène - dans les rues de Venise.

A travers l'importance des regards, le silence, la lenteur étouffante des scènes et la musique mélancolique de Mahler, le cinéaste suggère à merveille la montée de cette obsession et de l'angoisse qui se réveille chez ce vieil homme.

L'angoisse d'Aschenbach, c'est l'impureté de ses sentiments, c'est son impuissance, son incapacité de créer face à la beauté même, c'est le temps qui passe, c'est la mort.



- Deux personnages fantasques maquillés, placés sous le signe de l'apparence, dénoncent le confort et l'aveuglement des hôtes de l'hôtel , devant la catastrophe qui se prépare ( le choléra, ou la première guerre mondiale ...) et sous-jacent peut-être le caractère impur et malsain des pensées d'Aschenbach.
  • D'abord lors de l'arrivée en bateau à Venise, où un vieux fou guindé, sorte de dandy décadent et aliéné, se met à lui rire au nez et annonce sa déchéance.
  • Ensuite sur la terrasse de l'hôtel, où un musicien vient chanter avec son groupe des chansons grivoises et grotesques en riant à pleines dents (qu'il n'a pas toutes...) et assurer avec hypocrisie qu'aucune épidémie ne menace Venise.
Une Venise grise, brumeuse, moite et étouffante nous est révélée. Une Venise en proie au choléra. Et c'est paradoxalement la laideur même de Venise telle qu'on nous la montre qui contribue à donner toute sa beauté au film.
La mort, à travers cette menace de choléra qui plane sur la ville, est donc omniprésente.


Le désir de Tadzio s'accompagne logiquement d'un désir de jeunesse : Aschenbach est trop vieux et impur pour prétendre aimer dans son état un jeune et beau garçon. 

  • Aussi au cœur de ses angoisses se trouve celle du temps qui passe, symbolisé par l'appareil photographique présent sur la plage jusqu'à son dernier souffle et par le sablier dont il parle lors des flash-back où il converse sur l'Art avec son ami.

C'est le désir de jeunesse qui plonge le vieil homme dans la décadence, le monde de l'apparence préfiguré par les personnages maquillés.


  • Aschenbach se fait maquiller : sa face est blanchie, ses lèvres sont rougies, ses cheveux, ses sourcils et sa moustache, teints en noir. Le compositeur, qui voulait être beau, devient un vieux clown livide et pathétique.
Et c'est devant la beauté que le temps n'a pas encore altérée que cette figure désolante se décompose en sueur et trouve la mort, tandis que la teinture immonde de ses cheveux coule le long de son visage, signe que la beauté est éphémère et que l'apparence n'est rien.

Quiconque a contemplé la Beauté - à la mort est déjà voué. Aschenbach contemple Tadzio,"rutilant d'un soleil qui le rendait impossible à fixer".
  • Aschenbach, arrivé sur la chaise-longue du bateau mourra sur la chaise-longue de la plage.
C'est sur l'image tragique du cadavre transporté que s'achève cette belle méditation sur la beauté et le temps, ce lent voyage initiatique vers le désir et la mort.