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mercredi 2 décembre 2015

Après les attentats …

C'est le moment de la réflexion :
Tomasz Alen Kopera


Par leur violence, certains événements publics ou privés appellent à la consolation... Cette consolation s'oppose à la vengeance... 

« Elle déplaît souvent parce qu’elle est économe. C’est-à-dire que toute consolation véritable redonne de la valeur, de la dignité à ce qui pourrait nous apparaître, dans l’épreuve et l’abomination, des riens sans force, sans consistance. Tout ce qui fait le sel d’une vie. La consolation tient à ce peu dans lequel l’épreuve nous abandonne, parce qu’elle sait que ce peu fait patiemment la valeur d’une existence quand cette existence se trouve dévastée précisément par l’horrible prodigalité du mal, de la violence. » FRÉDÉRIC BOYER

Mabel Royds Alington, (1874 - 1941)

Le tragique de la vie : Nous prenons conscience de notre faiblesse :
«  jusqu’où porter le travail de la consolation ? Jusqu’à ce moment où nous acceptons de ne pas diaboliser notre ennemi, parce que notre ennemi est sans doute aussi l’objet de notre consolation.
« Aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous pourchassent » (Mt 5, 44) FRÉDÉRIC BOYER

« Nous ne pouvons effacer de nos cœurs la sauvage douleur d’être des hommes. Nous ne sommes pas nous-mêmes sans obscurs agissements. Mais cette fragile conscience-là est notre grandeur. » FRÉDÉRIC BOYER

«  qui leur aura mis dans le crâne ce destin de mort et qui aura fait d’eux ces perdants terrestres qui s’imaginent en vainqueurs célestes en échafaudant une revanche fantasmée contre ce qu’ils appellent « les valeurs occidentales » , frappant le peu que nous sommes, notre jeunesse, notre faiblesse, attaquant notre fragilité pour mieux dénoncer notre force? » FRÉDÉRIC BOYER


Que nous a t-il manqué ?
« Ce n’est pas l’autorité de la force, je ne le crois pas, mais celle qui garantit l’appartenance à un même monde
« Une religion, expliquait Simone Weil, utilisée pour « représenter la divinité comme commandant partout où elle en a le pouvoir est fausse. Même si elle est monothéiste, elle est idolâtre. » La pire idolâtrie justifie notre violence comme manifestation ou volonté divine. Je me souviens que mon ami le bibliste Paul Beauchamp écrivait que pour « en finir avec le mal » , il fallait donner du temps à la compréhension. Un temps pour comprendre le pire parce que le Diable revient toujours au moment précis où l’intelligence cesse devant la force. » F.B.

Frédéric Boyer est écrivain, traducteur et éditeur. Auteur d'une trentaine de livres depuis 1991. Remarqué pour sa nouvelle traduction des Confessions de saint Augustin (Les Aveux, P.O.L 2008). Il a dirigé le chantier de la Nouvelle Traduction de la Bible, avec de nombreux écrivains contemporains... parue en 2001 (éditions Bayard). Depuis des années son œuvre associe l'écriture personnelle et la relecture et traduction de grands textes anciens....

samedi 27 juin 2015

Edgar Morin a lu l'encyclique Laudato si'

Mark Henson
Une interview du sociologue non-croyant Edgar Morin, sur l'encyclique Laudato si', reprend le thème de l’humanisme que je viens d'interroger précedemment :

« ...à travers cette notion d’écologie intégrale, l’encyclique invite à prendre en compte toutes les leçons de cette crise écologique. Mais là aussi, à condition de préciser la notion d’humanisme, qui a un double sens. D’ailleurs, c’est ce que François dit dans son discours. Il critique une forme d’anthropocentrisme. Il existe en effet un humanisme anthropocentriste, qui met l’homme au centre de l’univers, qui fait de l’homme le seul sujet de l’univers. En somme, où l’homme se situe à la place de Dieu. Je ne suis pas croyant, mais je pense que ce rôle divin que s’attribue p a r f o i s l’homme est absolument insensé. Et une fois qu’on est dans ce principe anthropocentriste, la mission de l’homme, très clairement formulée par Descartes, c’est conquérir la nature et la dominer. Le monde de la nature est devenu un monde d’objets. Le véritable humanisme c’est au contraire celui qui va dire que je reconnais dans tout être vivant à la fois un être semblable et différent de moi. » E. Morin dans 'La Croix' du 22/06
Mark Henson

Edgar Morin salue la vision du pape : « cette même préoccupation d’une vue complexe, globale, au sens où il faut traiter les rapports entre chaque partie, m’a toujours animé.. »
« François définit « l’écologie intégrale » , qui n’est surtout pas cette écologie profonde qui prétend convertir au culte de la Terre, et tout lui subordonner. Il montre que l’écologie touche en profondeur nos vies, notre civilisation, nos modes d’agir, nos pensées. Plus profondément, il critique un paradigme « techno-économique » , cette façon de penser qui ordonne tous nos discours, et qui les rend obligatoirement fidèles aux postulats techniques et économiques pour tout résoudre. Avec ce texte, il y a à la fois une demande de prise de conscience, une incitation à repenser notre société, et à agir. C’est bien le sens de providentiel : un texte inattendu, et qui montre la voie. »
Cai Guo-Qiang, 
« Si nous remontons à l’histoire de l’univers, nous portons ainsi en nous tout le cosmos, et d’une façon singulière. Il y a une solidarité profonde avec la nature, même si bien entendu nous sommes différents, par la conscience, la culture… Mais tout en étant différents, nous sommes tous des enfants du Soleil. Le vrai problème, c’est non pas de nous réduire à l’état de nature, mais de ne pas nous séparer de l’état de nature. »

mercredi 22 avril 2015

La primauté de la loi sur la religion, en question...

Un article de ''La Croix'' (18/04)  pose la question de la primauté de la loi sur la religion. 
Une vraie question, parce que la réponse ne m'est pas si évidente. De prime abord, j'ai tendance à dire que la loi prime sur la religion... Point ! Laïcité oblige …

A l'occasion de l'actualité proche, une nouvelle « proclamation humaniste » publiée par un collectif réunissant des historiens et des juristes appelle les responsables religieux à signer un texte « énonçant clairement des valeurs humanistes et républicaines » .  Ils leur demandent de reconnaître la « primauté de la loi civile démocratique ».

Même dans un contexte démocratique, la loi est-elle nécessairement ''bonne''.. ? Une discussion sur ce sujet amènera à nous situer sur le plan des ''valeurs''... Des ''valeurs'' peuvent-elles nous conduire - légitimement - à être 'hors la loi'... ?
La religion n'est-elle pas un ''contre-pouvoir'' ; et en tant que tel n'abolit-elle pas son influence en reconnaissant la primauté de la loi... ? L'histoire nous montre que la loi civile peut déraper ...



La loi peut-elle être un référentiel ultime ; au point de condamner toute objection de conscience … ? La loi est-elle incontestable ?
« En cas de dérive du système, par exemple lors de l’arrivée au pouvoir d’un parti extrémiste, et de promulgation d’un certain nombre de lois heurtant les valeurs républicaines, par exemple sur la bioéthique ou l’accueil des migrants, les religions ne pourraient donc plus jouer le rôle de garde-fou…
Avec ce type de raisonnement, la République se priverait donc d’alliés en cas de dérive du pouvoir. » Sébastien Fath

Ceux qui gèrent la cité ne peuvent tout régenter... « L’objet de la religion est différent de l’objet du politique. La politique n’est pas tout, et à ce titre, elle n’a pas à englober tout le reste. » S F.

Le vrai débat ( et le travail à faire ) reste celui des ''valeurs''... D'autant que ce terme semble inconsistant pour beaucoup... ! 
Le niveau des 'valeurs' est celui de l'Universel...

Ensuite, il peut être dangereux d'enfermer le bon sens dans un formalisme qui voudrait voir disparaître toute tentative d'interpellation, ou de subversion...

lundi 3 novembre 2014

Laïcité et Religion en complémentarité

Il est intéressant et salutaire de se rapporter à l'article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948) :
« Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seul ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites. ».

Il ne s'agit pas seulement d'affirmer, que: « toute personne a droit à la liberté de religion »...
En effet, cette protection s’applique à une multitude de convictions. Il ne s'agit pas de se limiter à la religion, mais à toute « pensée », à la « conscience » et même à la « conviction » …
Ce qui caractérise une « religion », c'est qu'il ne s'agit pas seulement de conviction, mais de « pratique »... Et il ne s'agit pas seulement de pratiquer librement en privé!
Donc, la pratique étant collective : la liberté de religion se rapproche de cet autre droit civique fondamental qu’est la liberté d’association.

En second lieu : la liberté de religion implique le droit d’exprimer ses convictions en public.
Cependant, comme toute liberté : celle-ci n'est pas illimitée... Des restrictions peuvent être imposées par la loi, dans un objectif précis et légitime.
- Il s'agit de sauvegarder la protection de la sécurité, de l’ordre et de la santé publique, ou de la morale ou des libertés et droits fondamentaux d’autrui.
- Les restrictions ne doivent pas être discriminatoires : elles ne sauraient cibler, directement ou indirectement, une religion particulière.
Exemple : L’interdiction des minarets en Suisse (en 2009) apparaît comme un cas flagrant de discrimination, la loi ciblant une seule religion, ne s’appliquant pas, par exemple, aux clochers des églises.


* La laïcité, c’est aussi une protection contre les religions lorsqu’elles veulent imposer par la contrainte leur normativité à leurs membres ou à toute la société.

* Les religions doivent s’engager sur le terrain de la diversité culturelle et religieuse, et elles doivent chercher à faire de la religion un atout plus qu’un obstacle à l’intégration.
Sur tous les sujets de société, elles sont invitées à faire entendre leur voix et oser la controverse.
Paul Ricœur appelait « Laïcité » : une attitude positive de confrontations qui puisse rendre justice à la diversité de la société civile.
Et, puisque qu'aujourd'hui : la religion reconnaît les valeurs de la Laïcité, la religion n'impose plus ses convictions à la société civile... Et, ainsi ...c'est parce que la société est plus radicalement sécularisée que les religions sont amenées à s’affirmer plus dans leur spécificité.

Pour les personnes attachées à une tradition religieuse, celle-ci ne constitue pas une dimension partielle de leur existence, mais un cadre enveloppant tous les aspects de leur vie (familiale, professionnelle, associative…).

vendredi 11 avril 2014

Qu'est ce que le "post-humain" ? -3-

Patricia Piccinini est une artiste australienne 
née à Freetown, Sierra Leone, en 1965
La jeune famille 2002. Silicone


Donna Haraway, dans son Manifeste Cyborg qui s’inspire de ses années de recherche en laboratoire sur des primates, affirme l’émergence prochaine d’artefacts d’humains, d’animaux et de machines qui rendraient possible une sortie « de la vieillerie humaine sexuée et enracinée dans le genre ».
C'est extrême, et s'ajoute aux délires de tous ceux qui imaginent un futur livré à l'ingénierie génétique.

Tout près de nous, les tenants du «  post-humanisme » tentent d'en imaginer le meilleur...
Il ne suffit pas d'annoncer le pire, en regrettant je ne sais quel bon vieux temps : même si parmi les menaces, nous n'excluons pas : l'eugénisme, la création de chimères (animaux génétiquement modifiés et cellules hybrides d’humains et d’animaux pour les besoins de la médecine humaine), le clonage.... L'autre menace serait de ne pas se préparer et donc, ne pas connaître ce qui est censé faire la particularité de l'Humain …
En particulier, il est nécessaire de travailler à une redéfinition de ces frontières avec l'animal, avec le fœtus, avec le robot .. , et se prononcer sur l’existence d’humanités altérées …
Piero di Cosimo fut l'un des plus grands peintres de Florence autour de 1500
Définir l'humanité, pour reconnaître en un homme ou une femme quand il (elle ) fait preuve d’humanité ou qu’il (elle) manque d’humanité. L’inhumanité c’est précisément ce qui est rendu possible par son appartenance au genre humain ; comme le dit Dominique Folscheid : « l’homme n’est humain qu’au risque de sa propre inhumanité, laquelle suppose cependant l’humanité puisque seule cette dernière la rend possible ». Dominique Folscheid, professeur de philosophie à l’université de Marne-la-Vallée (77) 
Prométhée
Faust
Frankenstein


A t-on le droit de dire et limiter l'humanité, en disant que l'Humain, aurait une tâche à accomplir et cet accomplissement  rendu possible par la liberté - ce qui exige, pour ce faire - une volonté et des choix « éclairés » par référence à des valeurs « morales ».... ?

Il pourrait sembler qu'aujourd'hui, son Dieu a laissé - à l'humain assez de liberté pour se rendre maître et possesseur de la nature ; et par la suite, - sa science et ses techniques prendre le relais et faire de leur concepteur le roi de la création. La définition, de ce qui est Dieu, ne mériterait-elle pas - elle même – d'être revue … ?

samedi 5 avril 2014

La Vérité: la triple illusion d'après R. Enthoven

Ce qui m'intéresse, c'est ici la manière efficace ( le paradoxe) de nous faire réfléchir, par exemple justement sur la Vérité ...
"La Vérité sortant du puits armée
de son martinet pour châtier l’humanité"
par Jean-Léon Gérôme, 1896
La minute de Raphaël Enthoven ( 4 mars 2014, sur Arte)
Imaginer quelqu'un qui se dit votre ami, et qui pour cette raison, ne cesse pas de dénigrer tout ce que vous faites ! Ce que vous aimez, c'est nul. Ce que vous pensez, c'est faux ; ce que vous écrivez, c’est raté ! Ce que vous faites, c'est une défaite !
Comment ça marche des amis comme ça ? Pour être aussi odieux … aussi insupportable, avec les meilleurs intentions du monde ?
En fait, ce genre de faux ami, vit sous le régime d'une triple illusion :
  • Le reproche est un signe de franchise.
  • La franchise est une preuve de vérité
  • La vérité est une marque d'amour …
Trois erreurs.
Celui qui affiche son amitié en dénigrant ce que vous faites, est pire que le flatteur qui croit vous épargner en taisant ce qu'il pense …
Bien sûr, l'un et l'autre ne mérite pas les amis qu'ils perdent... Mais, le faux ami vous persuade qu'il vous aime, et se persuade,surtout, qu'il est aimable en étant détestable …
Alors que le flatteur a - au moins - la lucidité : 1, déjà qu'il ne vous aime pas ; et 2, la délicatesse de vous mentir …
*****


Imaginez la vérité. " Il ne faut jamais faire confiance... à quelqu'un qui refuse de mentir." R Enthoven

jeudi 27 mars 2014

L'anarchie des valeurs ? -2/2-

Aucune valeur ne s'impose, mais il faut en discuter... Et, il faut consciemment choisir entre options
opposées et non unifiables. Il faut parvenir à des consensus ou à des compromis.
Cette peinture (1872) de John Gast appelée American Progress ,
elle est une représentation allégorique de la marche vers l'Ouest
C'est dans ce contexte, que nous pouvons parler de « liberté morale ». La volonté n'est pas mise devant ce qui s'impose absolument, mais elle se trouve devant une pluralité d'options et de possibilités.
Dans ce contexte où rien ne s'impose, nous sommes contraint ( justement ! …) de penser en termes de « valeurs », et même de « création de valeurs ».

- Par exemple : « justice » et « paix » : l'illusion serait de croire que nous savons de quoi il s'agit... Elles sont des valeurs indéterminées, formelles, et même vides, tant que nous ne les investissons pas personnellement, tant que nous ne leur donnons pas quelque "valeur" dans un contexte donné.
Dans la situation spécifique que je vis : que signifie « faire œuvre de justice ... » ? On peut parler de création de valeur, parce qu'elle sort de son aspect formel, de son inconsistance …
Cette liberté créatrice de valeurs est en nous l'image du Dieu créateur.

- Y a t-il un danger de subjectivisme ?
Il faut pouvoir en rendre compte … Ma décision doit pouvoir se faire rationnelle, et raisonnable …

L’Église a son rôle : Si, elle ne fournit pas un cadre de la vie sociale, elle n'en est pas contrainte non plus à se borner au culte, ou à l'intériorité seule....
L’Église nourrit ma foi, ma foi qui me donne l'impulsion ( l'Esprit …) d'exercer ma liberté. Elle me donne la force morale et intellectuelle de faire face à mes tâches humaines. Elle me rappelle à ma responsabilité . Elle ne se substitue pas à ma volonté.


( à suivre...) Sources : Textes de Paul Valadier  

mardi 25 mars 2014

L'anarchie des valeurs -1/2 -

Je reviens sur cette notion de « Valeur », parce qu'elle sous-tend la place même de la religion dans la société du futur...

Cette peinture de 1872  par John Gast est appelée American Progress ,
 est une représentation allégorique de la modernisation ...
 Face à la sécularisation de la société, une critique à propos des « valeurs » pointe... Elle dénonce « l'anarchie des valeurs ». Cela signifie t-il qu'aujourd'hui notre vie morale n'est que confusion et chaos ? Vivrions-nous dans un temps de décadence spirituelle, et donc morale.. ?

Il est banal, et réaliste de dire qu'aujourd'hui nous vivons dans une société démocratique et pluraliste. Notre morale est interrogée par la modernité ( technique, culturelle, …)
Nous sommes sortis d'une situation où la religion ( XIXe s.) , où l'idéologie ( XXe s.) fournissaient un cadre, dans lequel et à partir duquel étaient abordés les problèmes de la vie commune et ceux de la vie privée. C'était au point, où une unité de pensée tentait d'unifier la diversité des divers domaines (sciences, arts, économie, politique, éducation) sous des principes communs.

Traversée du Yangtzu, propagande
Est acquis : une diversité d'approches des manières de croire, d'agir et de penser qui ont introduit un pluralisme fondamental dans la vie commune.
La science elle-même découpe le réel en approches non communes les unes aux autres. Le réel s'avère complexe ( infiniment...), divers …

Est-il encore possible, d'affirmer un «  principe unificateur » ?

Ceci ne signifie en rien, que la théologie, et même l'Eglise, aient perdu toute pertinence.
Elles sont elles-même à considérer comme des points de vue, des approches du réel... Utiles et nécessaires, parce que pédagogiques, humbles et traditionnelles...
Hendrik Gerritsz Pot, 1640

Cette perte d'unité peut provoquer du désarroi, des interrogations : - que faut-il transmettre ? ( savoirs, morale …?)
Nous pourrions craindre le relativisme : si tout se vaut, rien ne vaut … !
La tolérance, ne semble devenir qu’indifférence. Et finalement, tout pourrait se justifier... !
Nihilisme ...Mort !

Pourtant, nous ne parlions pas ' d'absence de valeurs ' ?
Pourtant, cette vision passée d'un univers unifié, n'a jamais été réalisée.

Ce monde pluriel ( mondialisation oblige ) lui, est bien réel … Alors, c'est à chacun, sciences et religions d'admettre l'idée de limite, de frontière entre les domaines . Chacun(e) avec ses méthodes en respectant la substance et la méthode de l'autre.
Le problème, ce n'est donc pas la variété, la multiplicité … mais la difficulté de respecter chaque spécificité, voire de les harmoniser....
Il est nécessaire, vital aujourd'hui, de concilier, et de choisir ( et d'apprendre à choisir …)


( à suivre...) Sources : Textes de Paul Valadier  

samedi 22 mars 2014

Une recherche, en «  vérité »

Entre quelques réflexions sur les « valeurs », j'insère celle-ci sur « la Vérité». Sujet qui la plupart du temps divise ( avec beaucoup de malentendus) « croyants » et agnostiques …
Elle s'appuie sur une citation ( en italique ) de Dominique Greiner, religieux assomptionniste, économiste et théologien, rédacteur en chef à « La Croix » :

Si pour un chrétien, La Vérité n'est pas un livre, si saint soit-il … C'est qu'elle est une Personne , c'est dire qu'elle ne se possède pas … ! «Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie », déclare Jésus dans sa réponse à Thomas inquiet de ne pas savoir quel chemin prendre pour orienter sa propre existence (Jn 14, 5-6). » Cette Vérité accompagne, « l’homme dans sa recherche : à condition que ce dernier accepte de se mettre en route pour la chercher et la faire, la recevoir et l’inventer. « Qui cherche, trouve » (Mt 7, 7).
L'inventer .. ?
Oui, et c'est ici que cette notion, rejoint ma réflexion sur les valeurs...
«  La vérité n’est ni fuyante ni à découvrir dans l’introspection. Elle est « à faire ». La formule semble curieuse. Pourtant, on n’hésite pas à dire que l’artiste doit faire de la beauté, que l’homme doit faire le bien. Elle nous vient pourtant du Christ lui-même : « Celui qui fait la vérité vient à la lumière » (Jn 3, 21). Or, trop souvent, « on a trop peur d’être créateur en matière de vérité », relevait le théologien Adolphe Gesché. La démarche est en effet exigeante : pour faire la vérité, encore faut-il la tenir comme quelque chose qui n’est pas illusoire. Faire la vérité suppose d’être « dans » la vérité. Une vérité qui nous précède. »
Être dans la Vérité... C'est être sur ce chemin là, librement choisi.
« C’est dans cette quête que l’homme se réalise et accède à sa propre vérité. En dehors de cette recherche inlassable et exigeante, la liberté se paralyse. « La vérité vous rendra libres », déclare Jésus aux Juifs qui croyaient en lui (Jn 8, 32). »
Ensuite, chercher... ce n'est pas ' s'abstenir... ', c'est s'engager, décider, avoir des convictions ( et non pas des principes ...)
«  Une liberté dans la vérité qui donne d’inventer des décisions inédites et courageuses qui devront parfois se prendre dans l’instant, et dans d’autres circonstances après une longue phase de maturation. À l’exemple de Jésus qui savait trancher sur le vif dans les débats avec ses adversaires et n’hésitait pas à se retirer longuement au désert avant de prendre de grandes décisions concernant la mission reçue de son Père. »


jeudi 20 mars 2014

Si aujourd'hui, nous n'avons plus de « religion », nous avons des « valeurs »... -2-

Toutes les valeurs se valent-elles ? Peut-on ainsi choisir dans le choix des valeurs celles qui nous conviennent ? Ce qui reviendrait à étayer une pensée sceptique, voire cynique … A moins de penser pouvoir affirmer des « valeurs » scientifiquement établies, et privilégier une pensée positiviste... ?
Pourtant, aujourd'hui, il est impossible de ne pas prendre en compte le pluralisme des cultures, et les avancées scientifiques …

Affirmer que les valeurs sont nécessaires, c'est vouloir se donner les moyens d'affronter une situation qui se dégraderait sans l'intervention humaine. L'humain est la raison de ses valeurs. Il est le créateur de ses valeurs … Comment gérer ensuite, l'opposition de valeurs contradictoires... ?

Revenons au difficile problème du fondement des valeurs.
A cette affirmation : « Si les valeurs, écrit-il, n'ont pas de réalité extérieure, elles ne sont plus des valeurs; or, l'extinction de la transcendance est indissociablement celle de l'extériorité des valeurs; l'extinction de la transcendance implique donc celle des valeurs » Raymond Boudon. Le Juste et le Vrai.
Le Christ ( au centre et au fond ) au milieu des Docteurs de la Loi a été peint par le jeune Tintoret vers 1542. A gauche, en bleu, la mère de Jésus.

A mon avis, en morale, la force de sa raison est dans la volonté humaine d'affirmer une valeur, donc un sens … Une valeur se désire. Le message évangélique, lui-même résiste à cette tendance « religieuse », qui consiste à « comprendre la transcendance comme pure extériorité par rapport à l'acte d'une liberté qui la reconnaîtrait; en outre elle fait de la transcendance un moyen de l'affirmation de soi ou des valeurs, ce qui conduit à un subtile utilitarisme qui en réalité ruine ce qu'il prétend fonder » Paul Valadier ( jésuite )
Diogène recherche un Homme ( un vrai )
Peinture attribuée à JHW Tischbein (c. 1780)

« La logique évangélique conduit effectivement l’homme à se tenir responsable devant Dieu, à se reconnaître et à reconnaître autrui comme la valeur des valeurs » 

« Si fondement il y a, il se trouve là : dans une liberté qui se reçoit elle-même comme tâche à remplir ou qui se veut raison à l’œuvre dans l’histoire avec les moyens de l’histoire et dans les incertitudes d’une existence finie, donc aussi en admettant ses échecs, ses incertitudes, de même que les doutes qui peuvent la ronger quant au sens de ce qu’elle entreprend – ou de ce qu’il advient dans l’histoire de ses entreprises. Il n’y a pas d’autre fondement à chercher que celui-là, et d'une certaine façon il se suffit, parce qu’il ne fait pas nombre avec la liberté, mais la structure et la constitue en son désir d’être libre.
de Jean-Léon_Gérôme: Diogène
C’est une telle liberté qui se trouve alors motivée, non pour « inventer » des valeurs, mais pour les discerner dans l’épaisseur des tâches à elle proposées et pour les faire advenir dans les situations les plus diverses où son intervention est requise pour construire un monde humain. Tout autre fondement prétendument « objectif » délesterait la liberté d’avoir à se constituer, proposerait un comblement et une obturation du désir, et donc loin de « fonder » (c’est-à-dire de donner à soi en vue de…) détruirait ou ruinerait ce qu’il est censé fonder.
» (p. 166)
(P.Valadier. L'anarchie des valeurs. Le relativisme est-il fatal ? Albin Michel, 1997)  

mardi 18 mars 2014

Si aujourd'hui, nous n'avons plus de « religion », nous avons des « valeurs »... -1-

 Nous pouvons penser, qu'est enfin venu le temps de la fin de la suprématie des croyances religieuses et que nous commençons, à vivre dans un univers fondé sur des valeurs séculières assurant - de plus - la liberté de pensée et l’égalité universelle des individus.

Une « valeur » n'est donc pas une « vérité », elle est le résultat d'une pensée d'Homme. Il est cependant, légitime de s'interroger sur les critères qui la soutient... Quelle est la valeur de nos valeurs ?
Il semble, que ce soit Nietzsche qui ait posé ainsi la question de la Morale : la morale est-elle posée de façon éternelle et intangible, ou n'est-elle qu'une approche historique ?

On ne naît pas avec des valeurs, comme on pourrait naître avec une religion ( dans l'idée traditionnelle). Elles sont essentiellement acquises, intégrées, assimilées, parfois choisies en conscience dans les valeurs du groupe dans lequel on est advenu.
Cependant, ne peut-on pas dire également que les « valeurs » sont transmises, tel un héritage … ?
Gabriel Cornelius von Max (1840-1915),
Singes en juges de l'art, 1889
Les valeurs sont essentiellement humaines ; les animaux n’ont pas de valeur. Qu'en était-il des « premiers hommes » ? Quand la survie du groupe, de l'individu est principale, comment sont-elles apparues... ?




Il est intéressant de rapprocher le sens de ce mot, à son expression boursière : les valeurs fluctuent sans cesse, et n'ont donc de prix que celui qu'on veut bien leur accorder... La transposition en morale est-elle judicieuse ?
Je crois que le commandant Cousteau disait: « Dans les sociétés néolibérales tout a un prix, rien n’a de valeur.»
« Qu’est-ce qu’un cynique ? C’est un homme qui connaît le prix de tout et la valeur de rien. » (Oscar Wilde)
(à suivre ...)