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dimanche 4 septembre 2016

Dieu peut-il me donner raison ?

Une histoire court dans le milieu talmudique qui concerne l'intervention divine. 
Plusieurs rabbins se ''chamaillaient'' sur des questions rituelles importantes, et l'un d'eux proposa que l'on en appelle à l’Éternel pour départager les avis .. 
Mais, alors une deuxième discussion s'en suivit, à savoir s'il appartenait à l’Éternel de donner son avis... En effet, certains soutenaient que ces questions ne Le concernaient pas ; il ne s'agissait que de problématiques ''humaines''... !
Et, il se trouve que l'un des rabbins trouvait cette nouvelle question si importante, que celle-ci devait nécessiter une réponse divine … !
On dit alors, que l’Éternel lui-même ( qui ne répond plus, ou n'intervient plus …) , ne put se retenir de rire...
  • A propos du mot ''chamailler'' : le Talmud ( la Loi orale) est plein des discussions qui opposent les sages entre eux. Les divergences entre l'école de Chammaï et l'école de Hillel sont proverbiales.. Le nom de l'un deux a donné le verbe français ''chamailler''... Chammaï (mort en 30 ap. J.-C.) est contemporain d'Hillel, et comme lui, une figure majeure de la Mishna. Chammaï et Hillel sont tous deux pharisiens et à la tête du Sanhédrin.

Une autre version, sur ce même thème, indique qu'un rabbin célèbre, mis en minorité par ses pairs, en vint à solliciter l’Éternel – requérant par là, à bout d'arguments rationnels, une intervention divine – et dit:
« Si j'ai raison, que ce mur s'incline ». Or, relate de Talmud, par respect pour ce maître là, le mur ( lui-même) s'est incliné... Une autre fois, ce fut : « Si j'ai raison, que ce cors d'eau s'arrête ». De nouveau, par respect pour ce maître, le cours d'eau s'arrêta.

Mais ne l'entendant pas de cette oreille, les disciples se concertèrent et déclarèrent :

«  La Torah n'est pas dans les cieux. Elle est sur terre, elle est parmi nous, et ce n'est pas parce que ce mur s'est incliné et que ce ruisseau s'est arrêté de couler que tu as réussi à nous convaincre. »

Belle formulation pour honorer l'effort de la raison et la responsabilité humaine ! L’Éternel par son rire se félicite que ces hommes aient empêché – en dépit de sa notoriété – ce rabbin de l'emporter, en se fiant à l'entendement humain... L’Éternel s'en félicite comme tout père ou toute mère en pareille situation...


Sources partielles : '' Profession Rabbin '' de Daniel Farhi

samedi 26 septembre 2015

Questions sur la Foi, avec E Carrère -2/2-

Il est allé à travers les villages sur le chemin de Jérusalem - James Tissot
Intéressant de comprendre l'importance de la figure de Paul. Paul se livre dans ses lettres, beaucoup plus que Jésus qui n'a rien laissé d'écrit... Intéressant, comme le fait E. Carrère, de tenter de comprendre l'état d'esprit de Luc : évangéliste, non-juif ( gentil) et qui fixe dans son texte des histoires qui ne sont que dans son Évangile : le bon samaritain, le fils 'prodigue', 'Emmaüs' …

Aujourd'hui E. Carrère, sans doute à l'image de beaucoup d'anciens chrétiens, ne se retrouve pas dans le ''Credo '', « Pourtant assez mystérieusement, je garde avec le christianisme une proximité qui dépasse le cadre historique, culturel, les cathédrales, Bach..etc. Il y a quelque chose qui continue à former ma pensée, mon regard, et autant que je le peux ma conduite. »

Avec E. Carrère, je suis d'accord pour dire que : « Si être chrétien, c'est simplement dire qu'il faut penser à son prochain, s'aimer les uns les autres, etc, tout le monde est plutôt convaincu. Un christianisme absolument rationnel, je n'en vois pas l'intérêt, ce ne serait à mon sens plus vraiment le christianisme... »

Election des douze Apôtres  1894 - J Tissot
Il n'y a plus de valeur uniquement morale, même disons 'civilisatrice' de la religion. Au contraire... Et c'est là tout le paradoxe actuel du christianisme... Jusqu'à parler d'une religion de ''la sortie de religion''...
« Ce qui caractérise le christianisme est une sorte de folie qu'évoque Saint-Paul, et qui est un renversement absolu du monde et des rapports humains. (…)
« Le message de Jésus est extraordinairement subversif et absolument rebelle à toute institution. Il est 'mystérieux' que sur ce message se soit construite l'une des institutions les plus puissantes et durables de l'histoire. » A l'image, en fin de compte, de la plupart des autres religions …
«  En dépit de tous les défauts de l’Église – riche, puissante, tyrannique – et de tous les méfaits historiques, elle demeure une gardienne d'un trésor qui contient en même temps sa propre destruction. » E.C. ( le MdR N°68)

Pour autant, je réfute cette position qui reviendrait à dire : « soyons chrétien, moins tous les dogmes... ». Ces dogmes font partie des 'trésors' de cette Église : ils sont des points de ''mystère'' et méritent de nous interroger, encore et encore... Et, je rajouterai, en laissant ma conscience libre de pouvoir discuter, partager, comprendre, ces formulations empreintes d'histoire...
Réconstitution_de_Jérusalem_et_du_temple_d'Hérode) - James_Tissot

mercredi 25 février 2015

Lecture : De la croyance à la foi critique – J. Moingt -17/99-

Jésus «  faisait appel à la ''conversion'', c'est à dire à la réflexion, à la liberté et à la décision des individus au risque de désagréger les liens familiaux et sociaux... » (p323)

Naissance d'une Tradition, d'une théologie, d'un dogme … en ce début du Christianisme :
«  Cette prolifération confuse, cette créativité intellectuelle est le signe du choc culturel prodigieux que fut l'irruption de la mission chrétienne. Mais elle ne doit pas faire oublier que cette époque est aussi celle où l'Eglise se rassemble en rassemblant ses Écritures à la jointure de celles de la Synagogue : elle s'unifie en s'identifiant... » ( p 322)
J. Moingt passe en revue toute cette période, en relevant pour chaque période de ce parcours : Justin, Irénée ( IIe s.) Tertullien et Origène ( IIIe s.), et les conciles de Nicée (325) et de Constantinople (381) …) ; les questions, les arguments, pour définir les enjeux autour de l'identité de Jésus ( la Christologie ..) :
Préexistence du Christ
représenté comme le créateur du monde

Unir, l'ancien et le Nouveau Testament

..  « ses adversaires de toujours, les « gnostiques » … qui rabaissent le Créateur au rang de démiurge... » «  C'est donc bien dans la ligne de la tradition apostolique, qui a uni l'Ancien et le Nouveau Testament en un seul ''canon'', qu'Irénée a voulu ... » (p 328)
Justin, lui s'adresse aux juifs...
Justin … « certain de la préexistence du Christ.... Jésus ''préexistait'' en tant que Dieu à sa naissance humaine... » ( p 330)
Irénée : «  l'homme entre en communion avec le Verbe de Dieu et, recevant l'adoption, il devient fils de Dieu » (p 335)

Le Père, le Fils … et le Saint-Esprit … !

La foi ne va pas tarder à découvrir qu'elle a besoin de la raison : ce sera la tâche des théologiens, puis des conciles, des IIIe et Ive s. » ( p338)
« Tertullien a compris que la défense de la foi requérait un discours cohérent..(...) '' Comment donc le Fils a -t-il été émis par le Père ?'' ..
«  Ne voilà t-il pas l'être divin divisé en deux ou trois portions séparées ? » ( p 243)
Tertullien, «  accole la substance à l'unité et à l'identité, la personne à la distinction et à la singularité ; il pose ainsi, le premier, les fondements de l'énonciation du dogme trinitaire. » ( p 344)
«  Il est donc légitime de créditer Tertullien d'avoir élaboré les formules majeures des deux dogmes chrétiens fondamentaux : unité de la substance dans la distinction des personnes, dans le cas de la Trinité ; distinction des substances dans l'unité de la personne, dans le cas de l'Incarnation. » ( p 345)
Il n'empêche qu'il faut « saluer l'apparition de la formule grecque des '' trois hypostases '', qui complète la formule de Tertullien » … ( p 349)
Un problème nouveau : … «  celui de l'origine de l'Esprit... C'est le mérite d'Origène d'en avoir fait un ''objet'' théologique à part entière ... » ( p349)
« Origène y inclut tout ce qui a fait débat au cours du siècle écoulé et que l'Eglise avait fait entrer dans son enseignement comme autant de ''principes'' de foi pour discriminer ce qu'elle tenait pour hérésie et pour vérité. » ( p 350)

Question : « Comment concevoir la génération en Dieu d'un Fils ''par qui tout a été fait '' sans diviser sa divinité ni son pouvoir créateur ? » ( p 356)
Attention… ne pas confondre ''substance''(ousia) et ''subsistance''(hypotasis) … Concile d'Alexandrie de 362-363) .. !
Je passe ( non pas sur ma lecture) mais sur ma transcription ; le livre de J. Moingt reprend les connaissances 'classiques' de cette période … Intéressant néanmoins …
«  Penser l'unité numérique de la nature divine, c'est concevoir qu'elle subsiste en soi et par soi, de telle sorte que les Personnes divines ne se distinguent que par la manière propre à chacune de subsister de cette unique et commune existence... peut-on donner ce sens à la formule '' la Trinité consubstantielle'' définie en 553... » ( p 366)


Le parcours que nous avons accompli d'un concile à l'autre montre la futilité d'insinuer que le Christ aurait été ''divinisé'', par la volonté de Constantin d'unifier l'empire en unifiant la foi de l'Eglise. » ( p 368)

mercredi 19 novembre 2014

La Foi doit-elle est crédible ? ( Livre J Moingt) -1/3-

L'annonce du livre " Croire au Dieu qui vient. De la croyance à la foi critique " de Joseph Moingt, dans l’hebdomadaire « La Vie », suscite de nombreux commentaires... Ces échanges me permettent de préciser mes convictions :

- S'agirait-il aujourd'hui d'enlever au christianisme tous ses mythes ?
Ce serait sans doute catastrophique... Ce serait jeter le bébé avec l'eau du bain...
Le mythe, et la preuve ( de la résurrection, par exemple...) n’appartiennent pas au même domaine de réflexion.
A mon avis, l'erreur de l'Eglise ne pourrait pas être - de s'attacher « hors toute raison » à des mythes, mais plutôt - de ne pas s'expliquer sur la vérité des mythes …
Bien sûr, « on ne peut raisonnablement espérer attirer des personnes qui ont reçu un minimum d'instruction avec un tissu de fables plus fantaisistes les unes que les autres. »... Bien sûr, les deux récits de la création selon Genèse, ne sont pas des récits scientifiques … !

- Pour parler de la résurrection, les disciples témoignent dans les Evangiles, de leur foi, en ce que Jésus est toujours vivant et présent... « dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore clairement ».(1 Jn 3,2)
La dimension "merveilleuse" du miracle est à prendre en compte dans la foi ; même si l’événement en question n'est pas « historique » ( avec le sens que nous avons aujourd'hui de l'histoire...).

Ce qui me gène, souvent dans « le miracle » c'est sa présentation matérialiste... Il devient une « preuve » et transforme l'expérience spirituelle en « matérialisme spirituel », avec à l'appui toutes les argumentations qu'un bon historien actuel se doit d'étudier, récuser ou approuver scientifiquement …

Pour moi, effectivement « la résurrection nous dit essentiellement que la vie ne s'arrête pas avec la mort. ».. Je pense que « l'absence » du corps du Christ, ne signifie pas seulement, que nous ne sommes pas capable aujourd'hui, par la science, d'expliquer le phénomène … Cela signifie pour moi, que cette « absence » témoigne d'une 'Présence' qui échappe par nature à la science …

Pour ce que les Évangiles appellent des « apparitions », je préfère adopter ce langage et comprendre ce que cela signifie ; plutôt que d'affirmer qu'elles sont matériellement réelles, ou qu'elles ne sont qu'illusions …

vendredi 24 octobre 2014

Le mythe, objet de dialogue


S'ouvrir à la réception du mythe, comme objet de connaissance, est le meilleur moyen de dialoguer entre croyants, et non-croyants...

Paul Diel, à mon avis, propose les outils de réflexion que peuvent intéresser autant les « croyants », que les « incroyants », et leur permettre une analyse commune …
Mieux, pour ma part, Paul Diel réconcilie ma part incroyante ( face aux miracles, par exemple..) et ma part religieuse.

Je considère la plupart du temps, la critique « athée » comme vieillissante – alors que les religions -elles- n'ont pas d'âge... !

- Très souvent, l'athée avance une critique crispée sur des notions qui ne touchent pas le fond, mais les faiblesses de l'humain et de toute société. Alors, la pire crispation ne débouche que sur un certain dogmatisme, qui s'imagine pouvoir ainsi évincer toute réflexion, et soumettre la raison... !

- Pour le 'religieux' le 'dogme' a sa raison : celle de proposer une rédaction abstraite à partir d'un mythe. C'est une déclaration de « mystère », et le dogme permet cependant de tourner autour, sans en arrêter une signification définitive …. Bien sûr, les hommes et leurs institutions ont su dévoyer le système … !

A partir du mythe, avec les athées, et les religieux de toute sorte - et dans l'aversion du dogmatisme -  nous devrions pouvoir utiliser les mêmes outils de réflexion ; et surtout « admettre que l'erreur puisse être de mon côté et dans ce cas, rien de plus heureux ne pourrait m'arriver que de rencontrer l'argument décisif capable de m'en affranchir. »

lundi 14 juillet 2014

Le dualisme, dans l'Immaculée Conception et chez les Cathares. -2/2-

Revenons au XII et XIIIe siècles …
Triomphe de Saint Thomas d’Aquin
sur Averroès et les hérétiques, XIV siècle, Pisa

Bernard de Clairvaux est engagé dans une opposition non seulement au dogme de l'Immaculée Conception, mais à la fête même de la conception de Marie, face aux chanoines de Lyon qui se sont mis à la célébrer. Bernard, développe une grande piété envers Marie, mais Bernard est un ferme défenseur de l'orthodoxie... Que dit Bernard concernant cette nouveauté, comme il la nomme, et qui flaire tant l'hérésie ?
« je m'étonne, écrit-il aux chanoines de Lyon, que certains parmi vous aient voulu changer cette excellence qui est la vôtre en introduisant une cérémonie nouvelle qu'ignorent les rites de l'Église, que la raison n'approuve pas, et qui n'est pas recommandée par la tradition la plus ancienne [...] La Vierge royale n'a que faire de faux honneurs [...] Elle a reçu dans le sein de sa mère la grâce de naître sainte [...] Mais qu'y a-t-il de logique à retenir que, du fait qu'elle précéda la naissance, cette conception fut aussi sainte ? [...] La sanctification accomplie en elle, alors qu'elle était déjà conçue, put se communiquer à la naissance qui suivrait. Mais elle ne put certes pas remonter en arrière à la conception qui l'avait précédée [...] Je dis qu'elle a enfanté vierge, mais qu'elle n'a pas été enfantée par une Vierge [...] La Vierge glorieuse se passera volontiers de cet honneur qui semble, ou honorer le péché, ou le revêtir d'une sainteté mensongère. » Bernard de Clairvaux, Epistola 174 (172) ad Canonicos Lugdunenses,

Antonello de Messine, Vierge Marie 1476
Thomas d'Aquin, au siècle suivant, en accord avec ses frères dominicains ne s'oppose pas moins rigoureusement, à l'appui de sa logique rationnelle.
« On ne saurait comprendre, écrit-il, que la sanctification de la Bienheureuse Vierge ait pu se produire avant son animation [qui intervient pour une fille 80 jours après sa conception], et cela pour deux raisons : d'abord, parce que la sanctification dont nous parlons n'est autre que la purification du péché originel... Or la grâce qui, seule, purifie, ne peut exister que dans une créature raisonnable. C'est pourquoi la Bienheureuse Vierge n'a pas été sanctifiée avant que l'âme raisonnable lui ait été accordée. En second lieu, seule la créature raisonnable est susceptible de contracter une faute. Le fruit de la conception n'est donc sujet à la faute que lorsqu'il a reçu une âme raisonnable. Si la Bienheureuse Vierge avait été sanctifiée de quelque manière que ce fût avant son animation,elle n'aurait jamais encouru la tache du péché originel. Il s'ensuit qu'elle n'aurait pas eu besoin de la Rédemption et du salut apportés par Jésus-Christ. »

Le combat des deux principes ,
 thème central du catharisme
Les cisterciens et dominicains ne sont pas à l'arrière-garde dans un combat contre une autre hérésie, très ouvertement stigmatisée celle-là, et jusqu'à nos jours : l'hérésie cathare. Tout cela n'est pas le fait du hasard. En effet, cela est en rapport avec la question de la chute, qui est aussi, on le sait, celle du dualisme...
Le combat de Bernard, est un refus d'une conception ontologique de la chute. ( Une conception plus morale de la chute pourra s'ouvrir à des tendances pélagiennes … Et, au « salut par les œuvres » bref...)…
Si l'on dit que :
Jésus, ( Verbe de Dieu) n'a pu s'unir à une nature humaine empreinte du péché.. S'il a revêtu une nature humaine d'avant « le péché », c'est que sa mère a été miraculeusement dotée d'une nature humaine, exempte de la corruption ontologique du péché...
Ce raisonnement, s'articule assez bien, avec une croyance dualiste : l'âme préexiste au corps dans lequel elle déchoit, ou auquel elle concède ( pour Marie et Jésus...).
Pour les cathares, le Christ n'a revêtu qu'un corps d'apparence, qui lui a été donné par un ange, et la Vierge Marie ( ange elle-même), n'a pris que les traits d'une femme juive.

La théologie de l'immaculée conception de Marie, ne serait-elle pas une manière de dénier ou d’atténuer la radicalité de l'incarnation de Dieu en l'homme, c'est-à-dire au sein même du péché et de la chair de l'humanité commune?

samedi 12 juillet 2014

Le dualisme, dans l'Immaculée Conception et chez les Cathares. -1/2-

Le dogme de l'Immaculée Conception de Marie (1854, par Pie IX) permet une intéressante réflexion sur le Péché Originel.

La conversion d'Augustin
A noter que c'est au Ve s. qu'Augustin d'Hippone critique la doctrine de Pélage sur le libre arbitre. Le pélagianisme sera condamné au concile de Carthage (418). Ensuite, c'est  au XVIe siècle, que le dogme du péché originel est réaffirmé lors de la Ve session du Concile de Trente, le 17 juin 1546, en opposition à la Réforme protestante. Cette doctrine ne reprend pas toutes les idées d'Augustin, et l'Église catholique condamne l'interprétation de certaines de ces idées par les promoteurs de la Réforme ou par les Jansénistes.
Le catéchisme ( ) décrit ainsi la faute d'Adam : « L’homme, tenté par le diable, a laissé mourir dans son cœur la confiance envers son créateur (cf. Gn 3, 1-11) et, en abusant de sa liberté, a désobéi au commandement de Dieu. » (CEC397). Il en explicite les conséquences :
« Par son péché, Adam, en tant que premier homme, a perdu la sainteté et la justice originelles qu’il avait reçues de Dieu non seulement pour lui, mais pour tous les humains. À leur descendance, Adam et Ève ont transmis la nature humaine blessée par leur premier péché, donc privée de la sainteté et de la justice originelles. Cette privation est appelée « péché originel ». »

Le dogme promulgué en 1854 par Pie IX affirme:
« Nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine, qui tient que la bienheureuse Vierge Marie a été, au premier instant de sa conception, par une grâce et une faveur singulière du Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel, est une doctrine révélée de Dieu et qu'ainsi elle doit être crue fermement et constamment par tous les fidèles. »
Alors que le péché originel est vu comme une espèce de culpabilité héritée, comme « un péché » dont on n'est pas responsable mais dont tout être humain hérite dès sa conception. Il fallait - pour être vraiment immaculée - que Marie soit indemne, même de ce péché là !
Mais... qu'en est-il de cette culpabilité héréditaire qui nous viendrait d'Adam... ? De quelle justice relève cette malédiction de supporter le poids d'une faute qui n'est pas la nôtre, et à en subir les conséquences ( la mort … etc) ?

- Ne pourrait-on pas simplement penser que l'imperfection fondamentale est le lot de toute chose dans ce monde, et de tout être dès sa naissance. ? Mais alors, que devient la signification du baptême, puisqu'on ne peut échapper à l'imperfection … ? ( Et cela n'a d'ailleurs aucun rapport avec la faute d'Adam et Eve...!)
- Non … Le péché originel serait une faute particulièrement grave que tout le monde répète, à l'image d'Adam et Eve. Il s'agit de la désobéissance à Dieu, c'est-à-dire du fait de s'opposer à Dieu, ce qui est le péché mortel par excellence puisqu'il coupe de Dieu source de vie, c'est ce que le Christ appelle le péché contre le saint Esprit (Marc 3:28) qui ne peut avoir, contrairement à tous les autres, de rémission. C'est le péché fondamental.

mardi 22 avril 2014

Marie est-elle réellement catholique...?

Sainte Anne, Saint Joachim ( non mentionnés dans les Evangiles..)
et la Vierge Marie Enfant, 1854 de N Masset
Les Evangiles nous apprennent très peu de choses sur Marie, comme si elle n'était pas un personnage essentiel de cette aventure. Nous ne connaissons même pas sa généalogie ( pourtant essentielle chez les juifs, même pour une femme, il suffit de suivre la vie des figures bibliques …). De plus les récits de l'enfance appartiennent à un genre différent ( voire plus tardifs) en comparaison avec les récits qui suivent sur la vie publique de Jésus.
Ce qui est important de nous faire comprendre ( à travers Bethléem, Marie …) , c'est que Jésus va réaliser les promesses des Prophètes.

Parler de Marie, c'est parler du « péché originel ». 
En effet, lors de la visite de Gabriel, Marie pouvait-elle répondre « non » ? J'espère bien … ! En tout cas, nous la glorifions souvent d'avoir accepté... 
Marie enfant.
Seulement, voilà : l'Eglise a érigé le dogme de l'Immaculée conception, qui signifierait que Marie n'a pas été souillée par le péché originel ( Sans doute, des esprits bien pensant, n'imaginaient pas qu'un dieu puisse s'incarner dans un ventre « ordinaire ».. !.) Marie serait ainsi née hors de l'humaine condition. Mise à part dès l'origine, aurait-elle été encore une femme libre.. ? Pour moi, ce signe signifierait que « non » … Son avenir aurait été tout inscrit, elle aurait été prédestinée … Ce qui – heureusement – semble être contredit par le texte des évangiles, qui oublient assez vite Marie, et nous la présentent dans des situations bien humaines et plus délicates ( Quand Jésus a douze ans, quand il refuse de la voir, ...)

Parler de Marie, c'est parler du corps, et de l'âme; car parler de la mort de Marie, c'est se confronter au dogme de l'Assomption (1950) qui a tant choqué les milieux protestants... !
Marie préservée du « péché originel », devrait être également préservée de sa 'malédiction' : la mort … ?
La dormition de la Vierge,
fresque (monastère de Lavaudieu, Auvergne
L'homme a t-il une nature spirituelle ? Le 8ème concile de Constantinople ( IXe s.) l'a réduit à sa double nature, d'âme et de corps..(1). L’Assomption de la “Mère de Dieu” affirme son élévation « corps et âme à la gloire du ciel »... 

Quelle est donc la relation entre âme et corps, et l'âme ( pour rester dans ce dualisme 'primaire' …) peut-elle agir sur le corps … ?
Ainsi, si l’homme n’est constitué, selon la conception catholique, que d’un corps et d’une âme, ce dogme fait de Marie, non pas une femme, mais – encore une fois - un être à part du genre humain … !
La « dormition » orthodoxe, me semble plus subtile... En ce qu'elle semble admettre que Marie est réellement morte, et a atteint la « spiritualisation » de sa chair « corps-âme-esprit » … et qui pourrait correspondre à cette « résurrection de la chair »...



(1) « Au cours du 8e concile de Constantinople en 869 (Constantinople IV), Il a été décrété la suppression de l'esprit dans le 11e canon, l'âme comportant désormais une partie spirituelle. C'est de cette époque que date la confusion entre « âme » et « esprit ». Auparavant, on associait l'esprit à la pensée et l'âme au sentiment. La trichotomie (corps, âme et esprit) a été bannie au profit de la dichotomie (corps et âme). On est donc passé d'une vision équilibrée de l'homme (l'âme équilibre et harmonise le conflit entre le corps et l'esprit) à une vision dualiste (le corps s'oppose à l'âme ou l'esprit)