jeudi 23 mai 2013

Comment être catholique dans la société aujourd’hui ?


Pierre Paul Rubens L'Apothéose de Henri IV et la proclamation de la régence de Marie de Médicis, le 14 mai 1610:
La religion établit la légitimité politique, ici de la reine. La composition est fondée sur deux pôles : à gauche, "le Roy ravi au ciel" c'est-à-dire la divinisation de Henri IV après son assassinat par Ravaillac et, à droite, "la Régence de la Reyne". Leur fils Louis XIII n'ayant que neuf ans, Marie de Médicis, en tenue de deuil, prend la tête du royaume et trône au-dessus des vivants.


Je reprends ci-dessous le propos de Bruno Bouvet dans la Croix du 18/05/2013 :
« Y aurait-il donc deux attitudes antagonistes ? D’un côté, s’ouvrir au monde et l’aimer tel qu’il est ; de l’autre, affirmer ses convictions en résistance à une société qui ne les comprend pas et n’en tient plus guère compte. »

Effectivement, la lecture de l'actualité de ces derniers mois, envoie le signe d'une Eglise, qui craint de disparaître comme force de pression... et qui risque de s'en tenir à une attitude de crispation identitaire et qui ne pourra que - petit à petit - susciter le rejet.
D'autant que les cibles du combat qu'ont choisi « ces cathos-là », sont - encore une fois – des thèmes qui touchent la vie privée... mais, aucun regard sur l’économie politique, la place des banques, le rôle des industries multinationales, l’économie de marché, les énergies … !
Véronèse transpose le banquet des Noces de Cana ( 1563) dans un contexte vénitien qui lui est contemporain et même ultra-moderne (certains éléments d'architecture sont empruntés à des bâtiments créés par Palladio l'année même) et cosmopolite (sont mêlés vêtements orientaux et occidentaux)
Malgré ses couleurs chatoyantes et sa foule joyeuse, le tableau contient sa part d'ombre. Plusieurs signes renvoient à la finitude de l'homme.


De ce numéro de La Croix, je retiens également ces deux contributions ( extraits ) :
Véronique Albanel, enseignante à la faculté de philosophie du Centre Sèvres, suggère une façon parmi d’autres d’essayer d’être présent au monde, nourrie notamment de son engagement au Service jésuite des réfugiés.
« Aimer le monde, confie-t-elle, ce n’est pas forcément aller vers ce qui rassure. Je ne peux pas vivre en relation avec les autres en choisissant la peur et le repli qui en découle. Nous pouvons aussi nous exercer à nous reconnaître et nous aimer dans nos singularités différentes, même si la différence fait parfois mal. Hannah Arendt m’a fait comprendre que l’élargissement du cœur, inséparable de l’élargissement de la raison, est lié à la capacité de s’ouvrir à des points de vue différents. Cela demande une forme d’audace humble. Celle de nous quitter pour mieux vivre de l’Évangile, avec la certitude de nous ouvrir alors à la joie promise (Mt 25), et déjà là. »
James Ensor. L'Entrée du Christ à Bruxelles, 1898.
Pâques 2009  une sculpture représentant le Christ mort sur une chaise électrique
« Comme le rappelle le paragraphe 34 de Gaudium et spes, le monde n’est pas un rival de Dieu, résume-t-il. Voulu et aimé par Dieu, il est le lieu où s’exerce la vocation chrétienne. Ce n’est pas ailleurs que je participe à son dessein de salut, et ce n’est pas en dehors du monde que je vais trouver Dieu. Dieu est là où les hommes souffrent, se battent pour plus d’humanité. Le service du monde se vit à l’endroit où il est blessé, là où Dieu est. »

 Le Christ chassant les vendeurs du temple par Greco 1576

Et, ce que nous dit :Denis Müller, professeur d’éthique à la Faculté de théologie de Genève (Suisse)
« En philosophie et en théologie, on distingue le compromis fort, et le compromis faible ( autrement appelé la compromission). Ces deux notions n’ont rien à voir. La première désigne une résolution intermédiaire entre les extrêmes. En ce sens, un compromis fort est une méthode selon laquelle on essaie de se mettre d’accord avec un adversaire ou un partenaire soutenant une thèse opposée. Le but est de parvenir à une troisième voie qui tient compte de l’intérêt des deux autres. En revanche, le compromis faible, construit trop rapidement, a pour seul objectif d’éviter le conflit : il essaie simplement d’éteindre un conflit en empruntant trop rapidement une voie de garage. (...)

La Fête-Dieu était souvent  l'occasion de renouveler l'alliance entre les pouvoirs politiques et religieux...
Pour bâtir un compromis fort, il faut bien examiner tous les arguments qui se situent de l’autre côté et reconnaître qu’ils ont aussi leur raison d’être. Cela suppose une vraie éthique de la discussion, c’est-à-dire une écoute sérieuse des arguments de l’autre. Mais si, en conscience, mes principes résistent, je ne suis pas obligé de faire un compromis. Il ne s’agit pas de la seule option possible. On peut tous être appelés, dans certains cas extrêmes, à refuser le compromis, mais il faut avoir de bonnes raisons pour cela. ( ...)
Il faut toutefois garder en tête que l’éthique n’est pas composée d’une seule valeur mais de plusieurs. Si l’on érige une seule valeur en cas de conscience, on risque de s’isoler et de se retrouver seul. Si l’on accepte qu’il existe plusieurs valeurs complémentaires, cela rend les choses plus complexes. »



Aucun commentaire :

Enregistrer un commentaire