samedi 11 mai 2013

Maxime ignatienne


Ce qui choque et scandalise un grand nombre d'agnostiques, c'est affirmer que Dieu puisse intervenir sur notre environnement ou dans le déroulement de nos activités... Et, qu'il interviendrait, en fonction de notre demande ...! ( par la prière...par exemple ). Ainsi, si je prie pour échapper à une souffrance... Je pourrais ensuite - tout autant - rendre grâce pour y avoir échappé, ou exprimer ma déception de n'avoir pas été exaucé... 
Tout le scandale du mal, est là: Si Dieu peut agir, pourquoi ne le fait-il pas...? 
Cette question est absurde, parce que je mets, moi,  Dieu dans une situation fausse ...!

Dieu n'est en rien responsable du Mal, et ( en ce domaine ) sa "puissance" ne tient qu'à la mienne...! Quand je souffre, Dieu souffre... Jésus, lui-même, a vécu jusqu'à la mort cet "abandon" ... En effet, nous dirons " abandon" par Dieu, si nous avions ce genre d'espoirs...( = illusions, et source de souffrance ..! ), et nous dirons " abandon à Dieu " si nous avons l'espérance ... 
Je reviens, à la formule d'Hevenesi... 
Telle est la première règle de ceux qui agissent:
crois en Dieu
comme si tout le cours des choses dépendait de toi,
en rien de Dieu
.
Cependant mets tout en oeuvre en elles,
comme si rien ne devait être fait par toi,
et tout de Dieu seul.

Gábor Hevenesi ( Vásárosmiske/Hongrie 1656 - Vienne 1715), jésuite hongrois, est à l'origine de cette très belle maxime dans ses "Scintillae Ignatianae" (1705), recueil de propos qu'on attribua à Ignace de Loyola lui-même. En effet, cette maxime synthétise admirablement la spiritualité et la théologie ignatiennes.

jeudi 9 mai 2013

Le conte du Graal, mythe et christianisation -2-


Le conte du Graal, comme roman mythique ?
Roman initiatique : Le conte est l'itinéraire de Perceval : il accumule les bourdes par son ignorance, oublie Dieu pendant cinq ans et fait montre d’un manque de courtoisie à toute épreuve, avant de renoncer à la gloire mondaine pour embrasser la cause du Graal. Il gagne l’autonomie de la pensée et du langage, et, en se libérant des schémas figés et étroits que lui avait inculqués sa mère, franchit le passage de l’adolescence à l’âge adulte.
On peut aller plus loin : en reconnaissant toujours la même scène qui se répète : de la rencontre initiale avec les chevaliers jusqu’à la scène du graal, en passant par la rencontre de Blanchefleur et les gouttes de sang sur la neige... C'est à dire la rencontre avec l'autre, que ce soit par un visage humain, ou une forme abstraite... Cette rencontre avec l’Autre, qu’il soit humain, merveilleux ou divin, révèle à Perceval l’être, le mystère …

Dès lors, si le roman de Chrétien de Troyes est une réflexion sur l’impossible rencontre avec l’Autre, si Perceval n’est plus un chevalier particulier mais un individu qui vaut pour tout le genre humain, s’il touche à une activité humaine fondamentale et significative investie d’une valeur d’exemplarité, alors il a bien un caractère mythique
Le souvenir trop lointain du mythe primitif donne naissance à un mythe nouveau, car cette idéologie est peut-être chrétienne, mais elle est, plus sûrement, le support de quelque mystère dont on a perdu la trace et la signification aujourd’hui. Mais peu importe, finalement, que cette signification ait été oubliée, puisque c’est justement dans cet oubli du sens que se construit aujourd’hui la dimension mythique du Conte du graal.


La christianisation contre le mythe ?
La question est de savoir si les romans du graal gardent un aspect mythique lorsqu’ils deviennent chrétiens ?
Si ce qui donne au roman de Chrétien de Troyes son caractère mythique, c’est sa capacité à laisser la signifiance du graal ouverte, vide ou en devenir, en gardant possible l’interprétation par le non-sens ou par une forme de présence absolue du rien – néant ou chose absolue, altérité irréductible. Alors, c'est précisément dans cette béance que vont s’engouffrer les successeurs de Chrétien de Troyes, et la christianisation, en réduisant le sens du graal en un sens unique... récit qui devient une sorte d'hagiographie d'une relique qui remonte à Joseph d’Arimatie ...


Le poème épique allemand : Parsifal, est composé de 1205 à 1215 par Wolfram d'Esehenbach
 Plutôt que de ramener à un temps mythique où hommes, fées, géants et autres créatures féériques cohabitaient, peut-on sans perdre le mythe, renvoyer à l'an zéro : naissance du Christ et début d'une histoire... ? Ou, s'agit-il de la naissance d'un nouveau mythe : celui de la chevalerie : le mythe se serait déplacé du graal à la chevalerie, de l'initiation d'un jeune homme à quelque mystère, à la justification chrétienne de la chevalerie … ?

Pour certains : Mythe et christianisation semblent présenter une incompatibilité fondamentale ; ils sont « adversaires » [Brunel 1988, p.10] : le premier est implicite, appuyé sur un en-deçà du récit et de la raison, la seconde est portée par un discours construit, rationnel et conscient.

Sources : Catherine Nicolas maître de conf. Montpellier

mardi 7 mai 2013

Le Graal : mythe et christianisation. -1-


Je reviens, avec Perceval, à la question du "sens"... Du mythe à la religion, y a t-il place chez l'humain à un "vide" que le mystère seul peut remplir … ?

Nous connaissons de source sûre, le Conte du Graal rédigé par 
Chrétien de Troyes (1135-1183) *,
  présenté donc comme un texte littéraire... Nous ne connaissons pas ( scientifiquement) de traces du mythe oral qui l'a précédé. Cependant ce texte a lui-même évolué : le graal du XIIe siècle, objet mystérieux et énigmatique dont Chrétien de Troyes ne dévoile ni les origines ni le contenu n’est pas le Saint Graal de Robert de Boron, explicitement lié à l’histoire du Christ par l’intermédiaire de Joseph d’Arimathie.
Cette distinction, est assez marquante, pour reconnaître avoir à faire dans un mythe en évolution, et même de parler de christianisation d'un mythe.




Joseph d'Arimathie et ses compagnons emportant le Graal de Palestine, détail du manuscrit (1220-1230) conservé à la bibliothèque de Rennes

Le graal est-il mythique chez Chrétien de Troyes ? Si oui, reste-t-il mythique lorsqu’il devient chrétien ?

Chrétien de Troyes se contente, selon le prologue, d’arrimer, de mettre en vers, le livre du Graal que lui a donné Philippe de Flandres et, plus sûrement, il donne une forme poétique à un récit oral qu’on pourrait qualifier de mythe originel et dont on ne connaît ni le contenu précis ni les origines géographiques.
D’après Pierre Gallais( éminent  médiéviste français) « Chrétien de Troyes n’a pas eu directement accès aux mythes celtiques, irlandais, germaniques,… Par contre il doit certainement beaucoup à des récits arthuriens plus populaires, proches du conte de fées (comme les lais de Marie de France), élaborés par des jongleurs continentaux (notamment armoricains) au contact de leurs confrères de Grande-Bretagne (surtout gallois) depuis la conquête de 1066.
C’est dire que les mythes celtiques ont subi, pour arriver jusqu’à lui, une double transformation :
 1) d’abord de mythes en légendes et en contes (en Grande-Bretagne après quelques huit siècles de christianisation, 
2) ensuite de légendes et de contes en récit déjà littéraires (surtout anglo-normands). Chrétien n’a eu aucun accès direct aux contes, aux légendes et aux mythes purement celtiques (il ignorait le Gallois et a fortiori l’irlandais ; - il est douteux qu’il ait mis les pieds en Grande-Bretagne) » [Gallais 1977, p.82].

Qu'est ce que le Graal ?
L'écriture du Conte du Graal, est bien une création sur le plan imaginaire, et imaginer un mythe moderne, c'est transformer un « mythe vivant » en récit littéraire.
Le graal n'est pas chrétien pour autant … Il y a christianisation, par exemple d'une corne d'abondance ( mythologie celtique ) en coupe destinée à recevoir une hostie pour le roi pêcheur. Chrétien de Troyes ne nous renseigne pas, et Perceval ne pose pas la question attendue …
Ainsi le Graal porte divers possibles : le chaudron rempli de sang du dieu Lugg, la coupe d'or des jeunes filles des puits, le calice qui a reçu le sang du Christ …

Sources : Catherine Nicolas maître de conf. Montpellier

* Chrétien de Troyes (1135-1183) , est un copiste, adaptateur de textes, et écrit sur commande, ainsi pour Marie de Champagne ( 1128-1190) au service de laquelle il reste de 1160 à 1185. Le Conte du Graal est dédié à Philippe d’Alsace ( 1143-1191) ( prétendant éconduit de Marie de Champagne.. ). Chrétien écrit ce roman entre 1182 et 1190, et meurt avant de l’avoir terminé.

dimanche 5 mai 2013

Sainte Laïcité, aidez-nous... !



La laïcité est précieuse - à tous -, car elle nous concerne tous.

Elle prend en compte la condition pluraliste des sociétés modernes. Ce « signe des temps » est incontournable, et cela va bien plus loin que la simple constatation consensuelle : «  Nous avons le même dieu » ; que les laïques traduiraient par «  nous sommes enfin débarrasser des dieux »... Il y a d'ailleurs beaucoup de ponts entre ces deux formules … !
  • La laïcité, affirme la liberté de conscience et la coexistence pacifique des cultes, elle demande la neutralité de l’État et exige de chacune des religions qu’elle renonce à imposer au législateur sa morale ou ses mœurs.


C'est la séparation de la morale et du droit. Il serait tentant ( à je ne sais quelle « toute-puissance ») d'absolutiser nos comportements en souhaitant les réunir… que Dieu nous en garde !
Certains pourraient se plaindre que La laïcité, n'est qu'une tradition, au milieu d'autres ; et que lui donner cette importance, c'est la positionner elle-même en absolu... La modernité ne ferait que changer de religion … ! Et, avec quelle oppression à la clé ? - par exemple : celle de réduire la liberté de conscience à une liberté purement privée, celle du for intérieur ; et d'en bâillonner l'expression … !


D'autre part « la mondialisation », se marque paradoxalement par quelques recloisonnements ( besoin d'identité, communautarisme...) ; et pour beaucoup les religions n'étalent que des « interdits » et des « besoins religieux » prosélytes et intégristes, comme si cette nouvelle situation favorisait ce que nos religions comportent de plus crispé … !
Reconnaissons que la religion chrétienne, a elle même une part de responsabilité dans l’avènement de la laïcité ( et c'est tant mieux...! ). Les protestations de Calvin contre les débordements politiques de la papauté et contre les débordements ecclésiastiques des magistrats, ont préparé ( à juste titre ) cela … Peut-être s'agirait-il aujourd'hui de réinventer de l'intérieur, un pluralisme aux nombreuses possibilités ...( unité, mais pas uniformité ..!)


Sources et inspirations dans une article du philosophe Olivier Abel ( La Croix )


vendredi 3 mai 2013

Critiquer l'Eglise, est-ce possible? -2-


« Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Église », ne fait pas de Pierre, le portier du ciel, ou le président d'une association multinationale et multiséculaire …
Pierre vient de confesser sa foi «  Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant », et cela c'est l'Esprit qui parlait par sa bouche... Pierre est chargé de « redonner courage » aux autres disciples qui seront dispersés et découragés par son arrestation et son exécution. (Luc 22, 32b).
Quant au terme «  Eglise » utilisé, ici dans les Evangiles ( c’est du reste la seule mention du terme dans les Évangiles) ; il est sensé avoir été prononcé en l'an 30 ( et fixé par écrit vers les années 40-60)... Il désigne - selon l'éclairage du « premier testament » - l’assemblée du peuple élu (notamment pendant l’exode dans le désert (cf.Deutéronome 4, 10 repris en Actes 7, 38).
Étymologiquement, l’Église (ekklèsia en grec, qahal, en hébreu) est donc le peuple des croyants convoqué par la Parole de Dieu, pour l’écouter et s’efforcer de la mettre en pratique.
Nous voyons que nous sommes assez loin de l'institution que nous connaissons ... …
De plus Pierre - fuyant la persécution - a gagné Antioche dès le printemps 43 (au plus tard). Il serait resté sept ans à Antioche, et il est le premier évêque de cette ville, une fête de « la chaire de saint Pierre à Antioche » est célébrée le 22 février depuis le IVe siècle. Puis, il revient à Rome ( en clandestin ) où il est tué.... Pierre n'est pas évêque de Rome, mais d'Antioche et il n'a pas de responsabilité « universelle »... !
Herbert Haag (théologien ayant participé au Concile Vatican II), écrivait en 1997 «  … nulle part dans tout le Nouveau Testament nous ne puissions lire que les apôtres n’aient jamais fait usage du pouvoir sacerdotal qui leur aurait été conféré, personne ne semble s’en soucier. Et nous savons même avec certitude à propos de Paul qu’il a participé seulement à la cérémonie de la “ fraction du pain ” (Actes, XX, 7) »
« L’Eglise des premiers siècles ne connaissait… pas de ‘clergé’ ni comme expérience concrète ni comme notion abstraite ».( ...) « dans les Évangiles et dans les lettres authentiques des apôtres Jésus n’est jamais appelé prêtre ou même ‘grand-prêtre’ ».
Bernard Häring (théologien spécialisé dans les qualités de la prêtrise)...


L’organisation des Communautés Chrétiennes des premiers siècles (mise à part la « collégialité » des premiers temps), est plutôt étrangère à la Mission confiée par Jésus à ses Apôtres. L’Église s'est établie Institution... jusqu'à … cette déclaration d’infaillibilité ; comme s’il était possible qu’un homme, aussitôt élu Pape, devenait tout d’un coup omniscient en matière de Foi .. !

Les illustrations sont des œuvres d'un peintre chinois: He Qi
Sources : Collège des Bernardins ( conférence de Mme Boiteau), et NSAE ( article Cl. Bouret)

mercredi 1 mai 2013

Critiquer l'Eglise, est-ce possible ? -1-


Il est très difficile, pour un chrétien de réfléchir sur l'Eglise... En effet, cela nécessite de croiser des points de vue différents... L'idéal serait que ces points de vue, se complètent... or, ce n'est peut-être pas le cas...
- En effet, si je me situe à l'extérieur ; l'Eglise est une « institution », inscrite dans l'histoire des hommes. Je peux y participer, mais je peux aussi m'en écarter... Son adhésion est « facultative », et je peux la critiquer, souhaiter sa réforme ...etc
- Comme chrétien, je ne suis pas seulement une personne qui « croit » en Dieu, en Jésus le Christ, mort et ressuscité … Je suis appelé - non pas « croire « en » l'Eglise » - mais à croire que l'Eglise fait partie du plan de Dieu, parce que l'Eglise serait l'espace dans lequel j'expérimenterais Dieu ( par les sacrements, en particulier ...)

L'église protestante Saint-Pierre-le-Jeune à Strasbourg
A quelqu'un qui critique « l'Eglise » de l'extérieur... Le catho se désole d'entendre, encore, une vision tronquée ... Il tente, alors, de faire comprendre qu'au delà de l'institution ( toujours critiquable...) ; il y a quelque chose auquel il n'a pas accès, puisque l’Église est aussi une notion « mystique », le corps du Christ ….etc
A quelqu'un qui critique l’Église - de l'intérieur - , on tente de lui faire comprendre que l'Eglise fait partie du « paquet de foi », l'Eglise c'est le Christ, ce sont les sacrements. Il est illusoire de penser être chrétien , sans faire partie du corps du Christ...
J'ai la sensation d'être inscrit dans un cercle vicieux, et de ne pouvoir légitimement penser être chrétien sans Eglise, ou du moins sans repenser l'Eglise... !

Et bien, tant pis.... Faisons le quand même … !

lundi 29 avril 2013

L'inquiétude spirituelle


« Les chrétiens n’ont pas à se soucier d’abord de l’Église, mais du Christ. »
Jean-Luc Marion

« Je crains pas tant les choix de certains de quitter l’Eglise ou le fait d’abandonner une fonction ecclésiastique. Ce qui me chagrine, ce sont les gens qui ne réfléchissent pas, qui se laissent pousser par les circonstances. Je veux des gens qui pensent. C’est là le plus important. La question de savoir s’ils sont croyants ou incroyants vient après » (cardinal Carlo Maria Martini, « Le rêve de Jérusalem »).



« Croire, ne pas croire … Ce n’est pas là le décisif, le véritable enjeu de demain. Mais la manière de croire, oui. Mais la manière de ne pas croire, certainement. L’inquiétude spirituelle, voilà l’enjeu, la vraie parenté, et donc la frontière » (Gabriel Ringlet, «L’Evangile d’un libre penseur »).



« Devrais-je renoncer une fois pour toutes à me poser ces questions de sens. La vrai foi est-elle à ce prix ? J’ai du mal à m’y résoudre. Je me sens trop fils des Lumières, de la raison, de la modernité pour simplement répéter les formulations dont le sens m’échappe » (Jean-Claude Guillebaud, « Comment je suis redevenu chrétien »).



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Les illustrations représentent des oeuvres de Ricardo Fernández Ortega ( né en 1971), il est l'un des artistes visuels les plus représentatifs du Mexique ( Durango ). L'artiste, inspiré par les maîtres anciens, a exposé son travail collectivement et individuellement, au Mexique, aux États-Unis et en Europe.