mercredi 9 avril 2014

Qu'est-ce qu'un être " qui ressent" ? -2-


 « Nous sommes ici à la croisée des concepts de handicap, de normalisation et de performance et nous risquons de fabriquer, y compris via la sélection des embryons ou des manipulations germinales, un homme “supérieur” alors que notre société a besoin de justice, de convivialité et de sobriété », dénonce le biologiste Jacques Testart.
* Oui, aujourd'hui il est temps « de s'interroger sur les critères d’appartenance à l’humanité. Sont-ils quantitatifs – reste-t-on homme (femme) tant que l’on n’est pas modifié par plusieurs ajouts substantiels – ou qualitatifs, autrement dit la nature humaine se définit-elle avant tout par ce qui touche au cerveau et donc à la personnalité, à l’émotion, aux sentiments, à l’« âme » ? » (Journal La Croix)

** Désigner qui est « humain » a toujours été essentiel, pour déterminer la place de tous ceux que nous désignons comme ne l'étant pas … ! Ainsi la place de l'animal, n'est pas réellement pensé. Certains avancent même qu'il serait souhaitable d'inventer un nouveau mot, pour déterminer une partie des vivants : le mot « sentient ». En effet, en français il nous manque un mot pour désigner la chose la plus importante du monde, peut-être la seule qui importe : le fait que certains êtres ont des perceptions, des émotions, et que par conséquent la plupart d'entre eux (tous ?) ont des désirs, des buts, une volonté qui leur sont propres.

*** Comment qualifier cette faculté de sentir, de penser, d'avoir une vie mentale subjective ? Les Anglo-saxons ont le nom sentience (et l'adjectif sentient)...
Jusque récemment, si l'humain était ( seul ) fait à l'image de Dieu, il bénéficiait d'un statut de droit divin dénié aux autres êtres sentients. L'humanisme, laïcisation du monothéisme, a depuis établi que par Nature l'humanité est l'espèce supérieure: du fait de la liberté dont elle témoigne en s'«extrayant de la nature», elle est redevable d'une dignité particulière, qui justifie de lui octroyer des droits fondamentaux.
Ces droits humains semblent prendre toute leur valeur d'être refusés aux autres. « Croissez et multipliez, et dominez tout ce qui sur la terre court, saute et rampe, vole et nage » reste le discours fondamental. C'est ainsi, que la notion d'humanité s'est créée d'emblée par opposition à l'animalité et à la nature.
Placer la valeur suprême dans l'humanité n'a pas d'autre fonction que d'empêcher la prise en compte de la sensibilité/sentience (= possibilité de ressentir les sensations) comme critère fondamental.

Le 7 juillet 2012, un groupe d'éminents chercheurs (1) s'est réuni à l'université de Cambridge pour la  Première conférence annuelle dans le but de réévaluer le concept de « conscience » chez l'être humain et l'animal; cette conférence a donné lieu à une « déclaration » sur la conscience animale signée par certains des plus grands esprits au monde. Philip Low, de l'université de Stanford, a noté lors de son intervention avant lecture de la déclaration que le groupe de chercheurs était parvenu à « un consensus sur le fait qu'il était peut-être temps de faire une déclaration publique... Il peut sembler évident à tous ceux qui sont rassemblés ici que les animaux sont doués de conscience ; cela est loin d'être évident pour le reste du monde »

(1) (  Des experts en neurosciences cognitives et computationelles, des neuropharmacologues, des neurophysiologues et des neuroanatomistes, dont Kristoff Kock et Stephen Hawking ont présenté leurs recherches et sont intervenus au cours de la conférence.   Pour une liste complète des chercheurs et intervenants à la conférence, on peut se référer à : http://fcmconference.org/ )

lundi 7 avril 2014

Qu'est ce qu'être "un humain" ? -1-

 Etre un humain, est-il une particularité toute « singulière » dans le cosmos ? Je pense à cet humain, créé à l'image de Dieu...
Etre un humain, en comparaison d'être un animal, ou tout autre vivant de cet Univers... Cette question me semble aujourd'hui essentielle, parce qu'aujourd'hui l'homme ou la femme ont le pouvoir de marquer à tout jamais le cours des choses de cet Univers qui nous accueille...

Il me semble acquis, que dans la spiritualité chrétienne, on reconnaisse à l'humain sa qualité de co-créateur... Et si sa participation semblait minime dans l'échelle de l'Evolution des espèces, il me semble qu'aujourd'hui ce soit différent.
Le développement de la génomique, des biotechnologies ( et nanotechnologies) ou de la robotisation – va bouleverser l’homme dans son « humanité »... Greffes, prothèses, cellules souches pluripotentes induites qui permettent la fabrication de cellules nerveuses, musculaires ou cardiaques pour les injecter aux malades … permettent de réparer des déficiences ou d'améliorer les capacités physiques et cognitives.
Josh Shaffner 

La démarche de proposer très prochainement : « l'homme augmenté » ( avec le soutien de Google, la Nasa ...etc) doit nous interroger sur notre idée de l'humain. L'humain n'est-il qu'une espèce « mal finie », un être à parfaire … ? Jusqu'où peut-on coupler l'homme et la machine, reprogrammer notre ADN ...etc.
'Qui' – parmi nous - pourra devenir cet humain supérieur.. ? Sera t-il ' égal ' aux autres … ?
William Holbrook Beard

La question se pose donc : Quels sont les critères d’appartenance à l'humanité ? Peut-être même: Y a t-il une « humanité », comme il y aurait une « race » au milieu d'autres vivants … ? Ainsi on a dit que l’humain était un « animal politique », un « animal doué de raison »… ?
Est-ce avec raison que l’on parle de « nature humaine » ?

A suivre ...  

samedi 5 avril 2014

La Vérité: la triple illusion d'après R. Enthoven

Ce qui m'intéresse, c'est ici la manière efficace ( le paradoxe) de nous faire réfléchir, par exemple justement sur la Vérité ...
"La Vérité sortant du puits armée
de son martinet pour châtier l’humanité"
par Jean-Léon Gérôme, 1896
La minute de Raphaël Enthoven ( 4 mars 2014, sur Arte)
Imaginer quelqu'un qui se dit votre ami, et qui pour cette raison, ne cesse pas de dénigrer tout ce que vous faites ! Ce que vous aimez, c'est nul. Ce que vous pensez, c'est faux ; ce que vous écrivez, c’est raté ! Ce que vous faites, c'est une défaite !
Comment ça marche des amis comme ça ? Pour être aussi odieux … aussi insupportable, avec les meilleurs intentions du monde ?
En fait, ce genre de faux ami, vit sous le régime d'une triple illusion :
  • Le reproche est un signe de franchise.
  • La franchise est une preuve de vérité
  • La vérité est une marque d'amour …
Trois erreurs.
Celui qui affiche son amitié en dénigrant ce que vous faites, est pire que le flatteur qui croit vous épargner en taisant ce qu'il pense …
Bien sûr, l'un et l'autre ne mérite pas les amis qu'ils perdent... Mais, le faux ami vous persuade qu'il vous aime, et se persuade,surtout, qu'il est aimable en étant détestable …
Alors que le flatteur a - au moins - la lucidité : 1, déjà qu'il ne vous aime pas ; et 2, la délicatesse de vous mentir …
*****


Imaginez la vérité. " Il ne faut jamais faire confiance... à quelqu'un qui refuse de mentir." R Enthoven

vendredi 4 avril 2014

Mythe et Religion -3-

Extraction d'un démon


Dans le christianisme, la méthode historico-critique nous a permis de voir que les éléments mythiques de la tradition biblique pouvaient nous conduire vers de la superstition dans la mesure où l'homme projette dans la nature des éléments de son intériorité... Ainsi la forme magique des miracles, n'est pas la vision du monde qui nous lie le plus profondément à Dieu...

Mais à contrario, cette méthode est-elle capable de de nous faire entrer véritablement dans le texte et nous proposer un sens intelligible... ?

Il est intéressant de comprendre le sens que le mythe pouvait prendre à une époque, au temps où il était possible de le raconter « naïvement »... Peut-on aujourd'hui réfléchir - tout autant - sur son interprétation « existentielle » ...?
Miracle de l'aveugle-né


Ce langage , que nous dit-il de nos peurs et de nos attentes ?
On ne peut jamais discuter de la foi chrétienne de manière abstraite, et indépendante du langage imagé propre aux couches profondes de l'âme. Les images intemporelles des mythes et de rêves de l'humanité nous proposent une interprétation de l'existence humaine susceptible de nous redonner confiance, ceci dans un langage accessible à toutes les époques.

Miracle du figuier


On peut s'interroger pourquoi sont nombreux ceux qui se forment à l'interprétation des contes de Grimm, ou de fées en général; mais – ces mêmes personnes - peu enclines à travailler de la même façon sur les textes de la Bible... ? Alors que ceux-ci sont certainement beaucoup plus riches de sens. Cela tient sans doute à une certaine lecture « vide » ( ancienne...?) , toujours prégnante ... en particulier celle qui s'appuie sur la théologie ( comme science objective …!) ...

L'exemple le plus probant, est la lecture que l'on fait des « miracles ».

Voir aussi: 


Mythe et Religion -2-

Notre quotidien est encore porté par les mythes; en font partie beaucoup d'éléments de notre culture. Quels sont les fondements de piliers de notre société comme le mariage, la politique.. et sans parler de ce que nous considérons comme « vrai », ou « faux » ... ?


Le Graal : mythe et christianisation. -1-. Je reviens, avec Perceval, à la question du "sens"... Du mythe à la religion, y a t-il place chez l'humain à un "vide" que le mystère seul peut remplir … ? Nous connaissons de source sûre ...
Le souvenir trop lointain du mythe primitif donne naissance à un mythe nouveau, car cette idéologie est peut-être chrétienne, mais elle est, plus sûrement, le support de quelque mystère dont on a perdu la trace et la signification aujourd'hui. Mais peu importe, finalement, que cette signification ait été oubliée, puisque c'est justement ... La « liberté de religion » n'est pas dans la Bible... Pierre Rabhi · Chrétien et Franc-Maçon... Prêtre ou Franc-maçon: il faut choisir .
Alors que pour Jung, c'est la psychanalyse qui doit apprendre de la mythologie et de la religion. De même, Freud marqué profondément par ce XIXème finissant, était unilatéralement branché sur la sexualité, et un inconscient ...

mercredi 2 avril 2014

Mon Dieu, garde-nous des anges !

Je reprends ci-dessous le texte, de la minute philosophique de Raphaël Enthoven, dans son émission, qui est un petit régal... "Imaginez" , sur Arte...
de Masaccio: ici un détail d'une fresque sur la crucifixion:
notre peintre fait parler le squelette sous la forme d’un memento mori
 ' J’ai été ce que vous êtes et ce que je suis, vous le serez aussi '
Imaginez que ce matin-là vous donne l'impression d'être un matin de trop...vous vous réveillez et ce matin-là tout est blême, tout est blafard, ou, plus exactement, tout est habituel, tout est ordinaire... Vous êtes saisi d'une immense lassitude devant cette vie qui ne cesse de recommencer ...
Et, vous avez envie de mourir … !
Arrivent à ce moment-là, un ange et un démon :
de Fini-Leonor:
---La-gardienne---1989
L'ange vous dit : «  vous voulez vous suicider ! ? » Mais, vous êtes fou ! Alors qu'il y a tant de lendemains qui chantent... ? Alors que la vie peut-être si belle... ? Alors que vous attendent tant de bonheurs que vous ne connaissez pas encore … ? Non ! Jeff, tu n'es pas tout seul … Arrêtes de sangloter ! Dieu t'aime...

Le démon vous dit : « Tu veux mourir... ? Mais … Je te comprends … A quoi bon vivre ? Et, à quoi bon, mourir … ? Puisqu'on est déjà mort ! Puisque la vie ne nous promet que la mort... ?
Pourquoi se suicider … par peur de mourir ?
Une fois que l'on est en vie, c'est trop tard... On se suicide toujours trop tard ! Abstiens-toi !


Qui vous réconforte le plus ? L'ange ou le démon ?

lundi 31 mars 2014

Mythe et Religion -2-


Notre quotidien est encore porté par les mythes; en font partie beaucoup d'éléments de notre culture. Quels sont les fondements de piliers de notre société comme le mariage, la politique.. et sans parler de ce que nous considérons comme « vrai », ou « faux » ... ?


Photos de 
Ryan Schude
Au premier stade de toutes les grandes cultures il y a la transmission de récits, via des héros ou des dieux, qui parlent de l'origine du monde, de l'homme, des peuples ...etc

Le mythe serait donc une approche imagée de ce qui échappe au savoir ( scientifique ) de l'homme. C'est alors clair, il y a un étroit rapport entre le mythe et la religion.

De plus, il semble que le langage de notre psyché, en particulier quand elle fait face à l'angoisse, fait appel aux mythes. Le Mythe, relie conscient et inconscient, il rattache l'homme à son histoire, à sa tradition, sa culture... Enfin, il permet l'insertion de l'homme dans le cosmos ( nature, environnement …)

Le mythe permet de voir l'homme et le monde comme un ensemble.

Cependant, nous pourrions penser, qu'au XXIe s. il serait plus raisonnable de démythologiser toutes ces histoires, pour en tirer un récit intelligent et rationnel de notre histoire … ?

samedi 29 mars 2014

Mythe et religion -1-

Une véritable « Tradition » se reconnaît en ce qu'on y trouve un fond mythique...
L'arbre de la Mort et de la Vie ,
Furtmeyer Berthold, 1481
Dans notre histoire, le Christianisme comme religion officielle, s'est voulue « doctrinaire » avec la volonté de détruire le mythe, en affirmant une certaine rationalité de son message par son ancrage historique. Comme si le passage du symbole (universel ) au particularisme historique était nécessaire pour emporter l’adhésion ( irréfutable ! ) du fidèle … !

Heureusement, aujourd’hui il est presque reconnu de tous, que l’histoire d’Adam et Ève n’a aucun intérêt sur le plan historique !

Conséquence : Le religieux entretient une certaine confusion au point, comme dit Joseph Campbell que :
«  Nous avons des gens qui se considèrent comme des ‘croyants’ parce qu’ils prennent les métaphores pour des faits, et que nous en avons d’autres qui se classifient comme athées parce qu’ils pensent que les métaphores religieuses sont des mensonges ( face à la vérité scientifique ! ) » ( J. Campbell )

Bûcher de Jan Hus à Constance, 1415
L’expérience religieuse ne peut plus aujourd’hui se penser en termes de « vrai » ou de « faux ». Même si c’est en insistant sur l’aspect historique que la religion chrétienne s’est imposée, il est urgent, à mon avis, de rappeler que le seul langage véritablement religieux ( et universel ) est celui des symboles…

Et ceci, n’a rien de négatif ou de dévalorisant ( bien sûr, et au contraire … ! ). Par exemple : un motif comme la « vierge qui enfante » ( très répandu …) ne peut pas être relié à un événement historique particulier… C’est un événement « spirituel » ! qui peut et doit enrichir magnifiquement ma Foi ! (S’il n’était considéré que seulement historique, je retirerai ma intérêt, et donc ma confiance, en une telle proposition ! )