samedi 18 juillet 2015

Honneur à l'incroyance : P. Bayle (XVIIe s) et J. Bouveresse (XX es .) – 4

Il serait temps de rendre justice, à ces hommes et femmes, qui se sont rebellés contre tout un lot d'idées reçus, sensées défendre la foi chrétienne...

Par exemple, Pierre Bayle (1647-1706), calviniste, qui combat pour la liberté religieuse et la liberté de penser … A l'occasion de la comète de décembre 1680, il montre qu'il s'agit d'un événement purement naturel et qui n'est en aucun cas un signe envoyé par Dieu, ce que la majorité des gens croient... Autre idée reçue : les athées sont immoraux, puisqu'ils ne croient pas en Dieu ! Spinoza, qualifié d'athée mène une vie vertueuse, Lucilio Vanini (1585-1619) peut endurer le martyr pour ses idées ..
«  On a reconnu de tout temps que la religion était un des liens de la société, et que les sujets n'étaient jamais mieux retenus dans l'obéissance que lorsqu'on savait faire intervenir à propos le ministère des dieux … etc »
Mirage
Bayle s'appuie sur la raison, et le bon sens … Il note - à juste titre que - s'il y a dans la Bible une affirmation catégorique qui contredit une démonstration rationnelle: il faut suivre la Bible !, ce qui est incompatible avec le fait que la ''raison naturelle'' doit être le guide suprême...
On accuse Bayle de favoriser les athées, de mettre religion et athéisme sur le même plan , comment... ? En prêtant à la nature une organisation interne... !
Bayle, sans doute pour se défendre, entretient jusqu'à sa mort l'incertitude concernant ses convictions intimes...


Intéressant de comparer la situation ancienne de la prépondérance de la religion, avec la situation d'aujourd'hui... Ce qui a fondamentalement changé : c'est le statut de la ''vérité'' …
Jacques Bouveresse ( né en 1940) est un philosophe français. Il s'interroge sur le statut de la vérité... Aujourd'hui, le virtuel, les prouesses technologiques qui poussent à croire que tout est possible, la surabondance des faits et l'absence de synthèse favorisent la crédulité... Niant toute objectivité, on peut légitimer toutes les croyances '' à chacun sa vérité'' … Affirmer tient lieu de penser...
L'homme moderne ne 'croit' en rien, et peut 'croire' en tout et n'importe quoi ...

Nicholas-Roerich 
Bouveresse reproche au christianisme de noyer la recherche de la vérité dans le vague, le brumeux, le fumeux, dans une rhétorique spirituelle creuse, qui se gargarise de mots sans jamais préciser leur contenu... «  Le vague compréhensif et œcuménique » permet de récupérer tout le monde, tous ces gens de bonne volonté qui sont des ''chrétiens'' qui s'ignorent.

Il reprend les propos du philosophe Clifford : «  Il ne peut pas y avoir des devoir obligeant à respecter des croyances qui ne s'appuient sur aucune raison et des croyants qui ne sont pas disposés à faire un effort quelconque pour trouver des raisons de ce qu'ils croient et accepter de les indiquer »
Pour J Bouveresse, les religions profitent aujourd'hui de la déchéance de l'idée de vérité. Ce qui compte ce n'est plus de savoir si une religion est vraie, mais si elle est bonne, utile, consolante.... On croit à la croyance, à ses vertus apaisantes et consolantes... Le contenu importe relativement peu !


Je pense que les ''croyants'' ont à justifier de leur foi. Aujourd'hui la religion s'embourbe peut-être trop facilement dans cette recherche du ''développement personnel'' qui privilégie le 'ressenti' plus que la raison. Il ne faut pas craindre non plus de renvoyer aux adeptes de la ''raison'', que les chemins de la connaissance ne sont peut-être pas tous 'rationnels', même s'ils doivent par honnêteté se prêter à la critique, et aux questions de la raison ...

mercredi 15 juillet 2015

En quête de l'Absolu ...

En quête du Graal ou de l’Absolu, l’aventurier se bat contre l’Absurde...


Rencontrer le sublime, au travers de la Beauté, l’Art ou même ( à une certaine époque …) la Révolution , peut remplir une vie. 
Et pourtant, étrangement, la Joie ( profonde, intérieure…)  semble absente… Le Bonheur illusoire … !






A mon avis, Jésus, le Christ, est l’un parmi nos maîtres de vie, à proposer conjointement le sublime et la paix, la beauté et la joie, la quête et le repos, le masculin et le féminin … La rencontre de l’autre et du Tout-autre.

dimanche 12 juillet 2015

Honneur à l'incroyance : M. Bakounine – 3

Naturellement, tout homme qui prend conscience de la dignité de l'humain, se révolte contre les diverses formes sociales ou religieuses qui pourraient maintenir l'humain dans l'aliénation...

Mikhaïl Bakounine (1814-1876) anarchiste russe, est un athée radical. L'idée même de Dieu lui est odieuse : une idole obstacle à la raison, à la justice et surtout à la liberté : « L'idée de Dieu implique l'abdication de la raison et de la justice humaines ; elle est la négation la plus décisive de la liberté humaine et aboutit nécessairement à l'esclavage des hommes, tant en théorie qu'en pratique... Si Dieu est, l'homme est esclave ; or l'homme peut, doit être libre ; donc Dieu n’existe pas. Je défie qui que ce soit de sortir de ce cercle, et maintenant, qu'on choisisse... Est-il besoin de rappeler combien et comment les religions abêtissent et corrompent les peuples ? Elles tuent en eux la raison, le principal instrument de l'émancipation humaine, et les réduisent à imbécillité, condition essentielle de l'esclavage. » ( Dieu et l'Etat, 1871)

Oui, il est besoin de rappeler que dans l'histoire les religions ont servi les enjeux de pouvoir. Mais si la religion l'a fait, elle aurait pu ne pas le faire ; et bien souvent aussi, elle a fait le contraire... Au cœur de la doctrine religieuse, se trouve la reconnaissance de la personnalité de chacun. Cette doctrine s'adresse à chacun(e) dans sa singularité, et refuse de considérer la personne comme un simple élément d'une collectivité...

Et ce qui rend à toute personne sa dignité, c'est sa singularité inaliénable et reconnue, donc sa liberté... Cette dignité s'apparente même dans son essence, à ce que nous définissons comme étant de Dieu : puisque nous disons que Dieu est Personne, que Dieu est Relation ( c'est le sens de la Trinité chrétienne...)... 
Si l'homme n'est pas libre, alors Dieu n'existe pas … !

vendredi 10 juillet 2015

Parler de Dieu, comment fait-on aujourd’hui ?


C’est devenu presque insupportable pour la plupart des gens car ils ont souvent une définition très simpliste de Dieu.

Le grand penseur et poète, Jean Grosjean, qui fut aussi prêtre, écrivait : « Dieu, c’est l’abîme intérieur ». Dieu, c’est notre abîme intérieur.
Ce n’est pas une autorité qui viendrait nous écraser ou nous culpabiliser. Ce n’est pas non plus quelqu’un qui vient nous dire comment il faut vivre.
C’est l’insondable en nous mais qui fait que nous vivons, c’est-à-dire que nous inventons, que nous créons, que nous jouons, que nous rions. Voyez, c’est à peu près l’inverse de tous les intégrismes.
C’est une puissance vitale qui traverse la mort mais qui n’en est pas défaite, c’est comme un printemps portatif.

Christian Bobin

mardi 7 juillet 2015

Tale of Tales – Le conte des contes. -2/2-


Ces contes ilustrés dans ce film convoquent des archétypes profondément ancrés dans notre culture: de la jeune fille rêvant d’un beau prince à la sorcière qui donne une beauté provisoire à une lépreuse, de l’ogre rageur au fils bâtard qu’on exile.



Les héros de « Tale of Tales » ont tous un point commun : l’obsession. Le roi de Roccaforte (Cassel) est obsédé par le sexe et l’envie de posséder la jeune fille à la voix d’or.


Deux vieilles filles, deux soeurs sont obsédées par leur  jeunesse perdue et feront tout pour changer de peau.


La princesse d’Altomonte ne pense qu’à se marier, alors que son père qui ne veut surtout pas voir sa fille grandir, ne s’intéresse qu’à une curieuse créature…


La Reine de Selvascura ( Salma Hayek) veut un enfant à tout prix. Son mari est prêt à tout pour son bonheur. Et ainsi de suite....


J'ai trouvé le film, visuellement magnifique, tout en contraste, alternant paysages vastes et lumineux à des grottes sombres, des charniers et des boucheries enfumées, ou créant le contraste au sein d’une même scène (reine dévorant un cœur de bête dans une salle immaculée). Donc, un très beau livre d’images que l’on pourrait interpréter à loisir. Une belle musique qui s'adapte parfaitement au récit. Et la beauté de la photo, des décors, et des costumes...



Mes réserves se portent, sur le rythme peut-être un peu lent, une juxtaposition des contes qui s'imbriquent sans but, et la faiblesse de la fin qui n'est pas à la hauteur de chacune des histoires qui , je l'espérais, auraient pu culminer ensemble …





dimanche 5 juillet 2015

Tale of Tales – Le conte des contes. -1/2-

L'amateur de contes que je suis, ne pouvait pas rater ce film '' Tales of Tales '', qui pourtant à Limoges ne passe que dans la salle Art et Essais... ( ? !).



The Pentamerone’ by Giambattista Basile, 
illustrated by Warwick Goble. Published 1911
 
Ce film s'inspire très librement de l’œuvre de Giambattista Basile : Le Conte des contes ou Pentamerone, recueil du XVIIe siècle de contes populaires italiens. (Le film adapte trois histoires.)
Le recueil a inspiré les autres conteurs, dont Charles Perrault et les frères Grimm, et on y trouve déjà, les histoires de la Cenenterola (Cendrillon), de la Belle au bois dormant et du Chat botté.



Illustration du Pentamerone 
par Franz von Bayros en 1909
Von_Bayros 
Il Pentamerone
 

Déjà les contes de Basile se caractérisent par leur méchanceté et leur cruauté ; de plus le film offre quelques scènes dénudées, des instants violents qui ne destinent pas ces images aux enfants … A mon avis, les enfants peuvent entendre ce type d'histoires...
Mais, les voir, explicitement, peut être réservé aux adultes ; d'ailleurs certains diraient que l'image tue le récit ; d'autres qu'il leur faut beaucoup plus que des monstres marins, des sangsues, des puces géantes, des ravins, des crevasses, un ogre édenté à la Frankenstein et de l'érotisme gentillet et des jongleurs pour les émerveiller… ou les émouvoir. Pour moi, la recette me convient.


A noter les somptueux décors du patrimoine architectural italien (Palazzo Reale de Naples, Paazzo Vecchio de Florence, le prodigieux Castel del Monte ou le vertigineux Castello de Roccascalegna).





Le synopsis de Tale of Tales : film de Matteo Garrone avec Salma Hayek, Vincent Cassel et Toby Jones, résume cette histoire ainsi :

« Il était une fois trois royaumes voisins où dans de merveilleux châteaux régnaient rois et reines, princes et princesses : un roi fornicateur et libertin, un autre captivé par un étrange animal, une reine obsédée par son désir d’enfant… Sorciers et fées, monstres redoutables, ogre et vieilles lavandières, saltimbanques et courtisans sont les héros de cette libre interprétation des célèbres contes de Giambattista Basile. »

A suivre...

jeudi 2 juillet 2015

Honneur à l'incroyance -2-: E Anderson et A J Ayer

Chaque incroyant, parle à l'incroyance latente de chaque croyant... Comprendre ce que l'agnostique ou l'athée tente de nous expliquer nous permet de retrouver en nous ces blocages qui nous empêchent d'adhérer pleinement à un témoignage de foi... Comment ne pas être gêné – au cours de notre histoire - par ces justifications à la guerre, à la guerre sainte...
Comment ne pas être scandalisé par la figure divine du tyran ordonnant massacres et génocides et envoyant d'épouvantables fléaux qui frappent les innocents .. ?

* Par exemple, Elizabeth Anderson – professeur de philosophie – pense que tous les événements bibliques attribués à une initiative divine s'expliquent par l'ignorance scientifique des peuples anciens : « si l’événement était bon pour le peuple, ils l'attribuaient à l'amour de Dieu à leur égard ; s'il était mauvais, ils l'attribuaient à la colère divine contre eux. Ce type d'explication est observé universellement chez les peuples qui manquent de connaissances scientifiques des événements naturels. Ils correspond à une tendance profondément enracinée en l'homme de refuser l'idée de souffrance sans raison : si nous souffrons, quelqu'un doit en ''répondre''... »

Effectivement, un chrétien – à mon avis – se doit d'évangéliser ces tendances superstitieuses, qui lisent dans les événements des 'signes' divins …
La science est l'outil majeur qui permet de bien séparer ce que l'on ''sait'', de ce que l'on ''croit''...


* Autre exemple : Alfred Jules Ayer ( 1910-1989), philosophe, logicien anglais. Ce positiviste a fait l'expérience d'une NDE (Expérience de mort imminente)... Ayer raconte la ''vision'' qui avait suivi sa ''mort'', en prenant soin de dire que même s'il y a une vie après la mort, cela ne prouve en rien l’existence de Dieu : « Si comme je le soutiens, il n'y a aucune raison de croire qu'un Dieu a créé le monde et le dirige, il n'y a aucune raison de croire qu'un Dieu a créé et préside le monde de l'au-delà, à supposer qu'une telle chose existe... » En fait, Ayer rajoutera plus tard, qu'il est persuadé que c'est la persistance de son activité cérébrale qui a expliqué cette 'expérience' …

En tout cas pour un chrétien, ce genre d'expérience ne peut être aucunement une preuve de l'existence de Dieu, même s'il s’avérait … que c'en était une de '' l'au-delà''...
Le '' Royaume '' cité dans les Evangiles ( spirituel ) ne peut avoir de lien avec tout ce qui semble être du ''matérialisme spirituel'',