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vendredi 18 novembre 2016

Un objet peut-il être une personne ?

Cette question, est le titre d'une ''CONVERSATION SCIENTIFIQUE''( France-Culture) – animée par Etienne Klein, avec la participation de Anne-Christine Taylor : anthropologue, Directrice de recherche au CNRS et conseillère scientifique d'une exposition, que j'ai découverte ensuite par Internet : ''Persona'' …
Bien sûr, témoignent alors des objets troublants des peuplades primitives qui dévoilent le caractère mouvant et multiple des objets rituels, magiques …
Mais, je pensais, moi, même s'il n'en a pas été question dans l'émission : aux reliques chrétiennes, mais surtout à l'hostie consacrée : objet et ''présence '' de Dieu …Avec cette question en tête, je reviens sur cette exposition '' Persona''

« Comment l’homme instaure-t-il une relation insolite ou intime avec des objets ? Un groupe d’anthropologues s’est penché sur ces questions, à l’heure où notre conception de l’humain vacille et que ses frontières ne cessent d’être repoussées. »La robotique aujourd'hui, nous permet de réfléchir sur le rôle de l’anthropomorphisme, dans notre relation avec des objets, et même avec des animaux …

"Comment un objet accède au statut de personne", c’est la question que pose Stéphane Martin, président du musée du Quai Branly, à travers une réunion d'objets issus de la robotique japonaise à l'astromorphologie indienne, en passant par la sculpture africaine.
Bien souvent, au cours de circonstances diverses, - la nuit, dans une forêt, par exemple...- … nous nous interrogeons : n'y aurait-il pas quelqu'un ? Même, derrière un objet … ? Derrière un cadavre … ?
En 1944, les psychologues Fritz Heider et Marianne Simmel montrent à un public, des figures géométriques avec mouvements aléatoires. Très vite, les spectateurs accordent des intentions aux formes. Mieux, ils donnent des sentiments aux structures mouvantes.



Il y a ceux qui vont encore plus loin et considèrent que l'invisible est peuplé de nombreuses présences. Fantômes, esprits, proches décédés...  Thomas Edison travailla les dix dernières années de sa vie, sur une machine pour faire parler les morts.
L'exposition nous invite dans "La vallée de l'étrange" de Masahiro Mori, pionnier de la robotique. Ce chercheur affirme que "plus une créature artificielle a forme humaine, plus elle crée de la curiosité, de l'empathie, de l'attachement; mais ceci est vrai jusqu'à un certain point". Passer un certain stade de ressemblance, c'est l'inverse. Elle déclenche un malaise, voir une vraie répulsion. Il situe sa "Vallée de l'étrange" entre l'animal en peluche et l'expression artistique de l'idéal humain. Dans cette "vallée", on peut découvrir une grande table en bois, avec un homme  en cours de fabrication. Il a été réalisé en 2011 par Stan Wannet , ingénieur et artiste.Il aime redonner vie à des yeux, des mains, des hommes de bois et travaille souvent avec des animaux morts. L'artiste explore aussi le rôle joué par les micros mouvements dans l'empathie. Il suffit de se retrouver face à face avec des boites d'yeux animés...
Au sujet des robots :ils sont de plus en plus évolués... Les plus forts dans ce domaine, sont certainement les japonais.
Minna Asada présente, sur un écran, ses robots à apparences humaines : plus vrai que vrai... Son robot Androïde CB2 est carrément gênant. Une jeune fille-robot déclare : "Je n'ai rien d'artificiel, je suis vrai". N'a t-on pas envie de la croire.. ? C'est peut-être ça le pire.. !

Certains passent le pas, avec la '' lovedoll '' … Cette poupée de compagnie, en silicone et entièrement articulée. Vu de loin, cette demoiselle pourrait passer pour une vraie jeune fille, d'ailleurs elle est présentée par ses constructeurs comme "compagne de substitution". Et toute poupée renvoyée à l'usine bénéficiera de funérailles dans un temple bouddhiste " précise la chercheuse Agnès Giard. Ou avec ces robots thérapeutiques faisant office d’animaux de compagnie...
Il est des présences potentielles, latentes, comme ce « mnong-gar » vietnamien, par exemple : une figure de paille qui se substitut au corps du malade en vue des rituels de guérison.
Nous ne nous interrogeons pas assez sur notre rapport à l'objet, à l'animal... Quel est le processus de transformation de la matière inerte en objet incarné (voir animé). Il faudrait explorer plus avant nos émotions provoquées (malaise, répulsion, fascination…), nos relations tissées (solidarité, empathie, attachement…).
Faudra t-il que nos artefacts nous ressemblent et jusqu’à quel point ? Sinon, de quelle manière doivent-ils différer ? Les robots sont-ils des personnes “non humaines” comme les autres ? La question vaut pour les robots, mais aussi pour toutes les créatures artificielles.
Le ''transhumanisme'' nous questionne : quelles sont nos limites physiques et intellectuelles... ?

Saint Valère
Ces questions nous renvoient à l'univers de l'invisible, avant qu'éventuellement il ne s'incarne … Ces objets peuvent-ils avoir un lien avec l’autre monde, l’au-delà … qui nourrissent les fantasmes les plus profonds de l’humanité depuis ses origines. La question « que devient-on après la mort ? » est posée … avec des amulettes, des reliques ….
L'exposition propose une expérience : chacun peut composer sa propre statue ou idole en plaçant une tête sur un buste et des pieds à sa guise au gré d’une installation rotative semblant suggérer dans un message d’amitié universelle – Choose your god – Choisissez votre dieu – …
C’est peut-être là, le cœur même de ce qui fait notre humanité, notre capacité à rendre tangible des présences invisibles et à questionner leur fondement, leur réalité. C’est elle qui nous conduit à la pensée spirituelle, religieuse, ésotérique, voire même superstitieuse, mais toujours dans cette quête avide de présence, quand « personne » devient une « personne ».
A faire l'inventaire de toutes ces manières de projeter de la ''personne'' sur des objets ; n'est-il pas légitime de se demander si l'homme n'est pas ce « mammifère agité et obstiné qui pense que le monde a été créé pour lui, et projette partout son image. » ?





Un dieu à visage d'homme ...

Même un espace vide ne se remplit-il pas irrésistiblement de présences, un phénomène paradoxal illustré autant par les tourments de l’ermite que par les expérimentations scientifiques comme cet extrait d’un documentaire de la BBC où sont observées plusieurs personnes isolées quarante-huit heures dans un noir complet, et qui montre que tous les cobayes, vers la fin de l’expérience, sont pris d’hallucinations. ?

jeudi 14 avril 2016

Centre Ste-Croix – Jacqueline Kelen – Soif de Beauté... -2/4-

Au sujet de Narcisse, de la mythologie grecque...

Le mythe n'est pas un objet de savoir, c'est éprouver comment il résonne en moi : c'est une expérience... 

À sa naissance, le devin Tirésias, à qui l'on demande si Narcisse enfant atteindrait un âge avancé, répond : « Il l'atteindra s'il ne se connaît pas. » Il se révèle être, en grandissant, d'une beauté exceptionnelle, il suscite la convoitise … Lui, est indifférent … Narcisse va à la chasse ( quête de sagesse ..). Il repousse de nombreux prétendants et prétendantes, amoureux de lui, dont la nymphe Écho. Echo, n'a pas de parole propre... Elle répète la fin des phrases qu'elle entend 


Le jeune homme s’écrie : « Y a-t-il quelqu’un près de moi ? — Moi », répond Écho
Immobile de surprise, il tourne ses regards de tous côtés. « Viens », dit-il à haute voix, et la nymphe appelle celui qui l’appelait. Il se tourne, et comme personne ne venait : « Pourquoi me fuis-tu ? » dit-il, et son oreille recueille autant de paroles que sa bouche en a proféré. Trompé par cette voix qui reproduit la sienne, il s'exclame : « Réunissons-nous ». À ces mots, les plus doux que sa bouche puisse redire, Écho répond : « Unissons-nous ». Elle sort du bois, et s’élance vers Narcisse, dans le doux espoir de le presser dans ses bras, mais celui-ci s'enfuit pour échapper aux embrassements de la nymphe. « Je préfère mourir, dit-il, que de m’abandonner à tes désirs ».

Narcisse rencontre une image, dont il tombe amoureux.. ( il ne sait pas que c'est lui)... Il en oublie tout … Il contemple sans se rassasier...
Echo, repoussée, triste, pleine de honte, elle se cache au fond d'un bois et se laisse dépérir : son corps devient pierre, ne laissant d'elle que sa voix intacte. Pleine d'amour et de ressentiment, Echo continue inlassablement à renvoyer la fin des phrases de Narcisse jusqu'à la mort de ce dernier.


Narcisse est lié à la beauté, au miroir (la source en faisant office), à l’amour inaccessible, stérile et inassouvi, à la mort. Narcisse croit voir dans le reflet dont il est tombé amoureux une autre personne que lui-même, chez Ovide chez qui il finit par se reconnaître, cette compréhension le pousse à se laisser mourir de désespoir (Métamorphoses, III, 463-468).

Ma propre interprétation oserait alors, dire que Narcisse - en recherche -, en quête de la Beauté ( de Dieu) la reconnaît dans sa propre image, comme si le ''soi'' , à l'image du ''Soi'' pouvait se confondre... Ce mythe pointerait le danger de confondre le 'soi' (ego) avec La Source elle-même.
Le Soi, quand il est ''altérité'' permet de le différencier de sa propre création ( panthéisme ).
Processus de désidentification, pour éprouver l'expérience divine du Tout Autre...

Narcisse est indéfiniment seul devant ''La beauté ", serait-elle en soi ...!
Le mythe de Narcisse pointe le danger d'une recherche spirituelle, hors de l'Altérité ...

mardi 1 mars 2016

Athée, croyant : Coexister.

Victor Grèzes, est athée et membre de Coexister,  il est également l'un des porteurs du collectif #NousSommesUnis. Il sort un livre '' Je suis athée, croyez-moi ''
Le récit qu’il nous livre ici, est son voyage autour du monde de 2012-2013 avec Samuel le catholique, Ilan le juif, Ismaël le musulman et Josselin l’agnostique .. Son livre se referme sur ce constat en forme de profession de foi : « Je suis plus athée et plus bienveillant à l’égard de la foi que jamais.»

« Mon propos n’est pas ici de raconter ce livre plein de sensibilité, de mesure, de générosité… Mais de souligner que l’auteur se rattache à cette frange de l’athéisme qui ne revendique aucune supériorité de principe sur la croyance religieuse. Comme si l’un procédait de la raison pure là où l’autre faillirait par déraison. Évoquant les jours qui précèdent son départ pour ce tour du monde, il confie : « Je comprends que les croyants sont soumis aux mêmes incertitudes et que, contrairement à ce que je pensais, ils ne se contentent nullement de trouver des réponses toutes faites à des questionnements existentiels qu’ils n’arriveraient pas à dépasser par la raison… Qui suis-je, moi Victor, jeune homme de vingt-et-un ans rempli de certitudes, élevé avec bienveillance dans un cocon engagé en province, pour juger des réponses des autres à tout ce qui nous dépasse ? »

Pour Victor Grèzes, l’athéisme est donc une croyance, au même titre que la foi de ses amis. Ce qui n’empêche ni l’un ni les autres de se considérer dans une forme de vérité, sinon, pourquoi croire et affirmer ceci plutôt que cela ? Mais une forme de vérité qui laisse toute leur place à d’autres formes de vérité. Ce qui fait penser à cette phrase, souvent commentée (je cite de mémoire) : « Une vérité superficielle est une vérité dont le contraire exact est une erreur, une vérité profonde est une vérité dont le contraire exact est également une vérité profonde (Niels Bohr (1885-1962)) . »

- Passer de deux certitudes qui s’excluent à deux croyances qui s’interpellent
Lorsque l’un dit « Je crois en Dieu » il ne dit pas : je sais l’existence de Dieu incontestable. De même que l’autre ne prétend pas situer son athéisme comme connaissance objective et irréfutable de l’inexistence de Dieu. Mais il faut être bien conscient que cette approche est loin de faire l’unanimité dans l’un et l’autre camps. Pour certains, tout athéisme digne de ce nom doit être un athéisme de combat contre l’obscurantisme tout comme, pour certains catholiques, juifs ou musulmans, toute foi sincère ne peut s’imaginer qu’opposable à l’incroyance et l’impiété. Passer de deux certitudes absolues qui s’excluent mutuellement et doivent se combattre à deux croyances qui s’interpellent et entrent en dialogue ne va pas de soi. Est-il exagéré de dire que le clivage entre ces deux formes de pensée sous-tend aujourd’hui pour une large part nos débats exacerbés sur la laïcité ?


- « Tu es athée ? Ne change surtout pas ! », lui dit le pape François 
Au cours de leur tour du monde interreligieux, les cinq amis de Coexister ont fait étape à Rome. À l’initiative du cardinal Etchegaray, ils ont pu rencontrer le pape François, quelques minutes, à l’issue de son audience hebdomadaire. Victor Grèzes raconte : « Il est très intéressé par notre démarche et nous demande de nous présenter un à un. Lorsque j’évoque mon athéisme, il me regarde droit dans les yeux, m’attrape fermement le bras droit et me dit en souriant : « Tu es athée ? C’est parfait, tu es mon nouvel ami, ne change surtout pas. » Démagogie ? Non ! Éternelle actualisation de Matthieu 25 qui affirme qu’au jour du Jugement dernier, il ne sous sera pas demandé quelle a été notre appartenance ou notre pratique religieuse mais si nous avons nourri l’affamé, accueilli l’étranger, visité le prisonnier… Cette vision élargie de l’universalité du Salut reste l’un des acquis majeurs du Concile Vatican II.

Je me réjouis de cette attitude de mon Église comme je me réjouis de l’ouverture au dialogue d’un certain nombre de philosophes athées tels Luc Ferry ou André Comte-Sponville et de certains responsables politiques. Mais je me réjouis bien plus encore qu’une génération de jeunes se reconnaisse fraternellement dans la démarche de Coexister au service du « vivre ensemble », non pour y contraindre qui que ce soit, mais pour nous dire simplement, sereinement, qu’il est possible. Et que se joue là quelque chose d’essentiel pour notre paix civile.
- Sources: René Poujol (de la C. C. B. F.) le 11 février 2016

Note :

* Deux jours après les attentats du 13 novembre, Libération publiait une tribune titrée « Nous sommes unis », signée par quatre-vingt personnalités de premier plan : responsables politiques et syndicaux, chefs religieux, présidents d’associations, intellectuels et universitaires… et Jean-Louis Bianco, président de l’Observatoire de la laïcité

* La laïcité est au cœur de la charte de l’association  Coexister qui accueille indifféremment dans ses rangs chrétiens, juifs et musulmans, agnostiques et athées.   

dimanche 24 janvier 2016

La femme, à l'origine de la divinité ?

Des témoignages artistiques que nous ont laissés les chasseurs du Paléolithique, nous pourrions en déduire que la femme était vénérée comme une déesse.. En effet, c’est l’image de la femme qui prédomine...





Upper Paleolithic Female Figurine, Eastern Europe, ca. 12,000 B.C.E. carved from black steatite
Figurine of Goddess from Anatolian - from early Bronze Age, circa 2500–2300 BCE n




Jomon goddess figure, left side. (Japan's Jomon era  14,000 BC to about 300 BC)
Northern Iran, Amlash terracotta ido of fertiltyl ca ,1000 BC.

Les plus anciennes figurations féminines connues remontent aux environs de - 35 000...
Roc-aux-sorciers
Angle-sur-Langlin
Le premier « nu » féminin, a été réalisé il y a environ 33 000 ans : à la grotte Chauvet : niché derrière une stalactite, à 1,10 m du sol, on y voit le dessin d’une vulve et de jambes de femme qui épouse le contour d’un pendant rocheux de forme phallique.
Vénus de Lespugue
Plus tard, vers - 25 000, les représentations féminines deviennent apparemment plus fréquentes, et se retrouvent dans toute l’Europe, jusqu’à la Russie et la Sibérie. Si la femme orne aussi bien bas-reliefs que gravures, les statuettes sont sans doute les œuvres les plus spectaculaires dans ce domaine...

Il semble que certaines d'entre elles recevaient des offrandes, tandis que d'autres étaient ensevelies dans des petites fosses qui leur étaient destinées... Certaines étaient volontairement brisées à l'époque même de leur création, et dispersées dans l'habitat... La Vénus de Lespugue était plantée dans le sol à quelques mètres du foyer .
Art néolithique des Cyclades

vendredi 15 janvier 2016

La diversité des religions : une volonté divine -1/2-


A la Renaissance, déjà, Marsile Ficin (1433-1499) affirmait dans ses deux grands ouvrages, sa ''Theologia platonica''' et son ''De Christiana religione'' que la diversité des religions procèdent de la volonté divine. Ce fut la cas aussi de Nicolas de Cues, Pic de la Mirandole, Paracelse … Pourtant, une thèse bien vite abandonnée par la théologie catholique … au profit d'une beaucoup plus nette : ' Extra Ecclesiam nulla salus '(« Hors de l'Église il n'y a pas de salut »), expression latine de Cyprien de Carthage (200-258). Cette expression va avoir un grand succès au cours des âges, et sera reprise tout au long des siècles par les papes et les conciles pour indiquer que c'est seulement au sein de l'Église catholique que l'on peut trouver l'ensemble des « moyens du salut ».
« En dehors de l'Église catholique, personne ne peut être sauvé » Pape Pie IX (1846-1878), encyclique Quanto conficiamur moerore, paragraphes 7 et 8...
Abraham, Sarah, Isaac et Ismaël

Aujourd'hui, sur ce sujet, ce sont deux ''bonnes nouvelles'', qui viennent reprendre le chantier de la question de la ''vérité '' :
- La première vient de la communauté juive : plus précisément de 25 rabbins israéliens, américains et européens, conduits par le rabbin David Rosen de l’American Jewish Committee. Ils ont signé un document dont le titre était : Faire la volonté de notre Père aux cieux : vers un partenariat entre juifs et chrétien.
L’affirmation la plus saisissante est que « le christianisme n’est ni un accident, ni une erreur, mais le fruit d’une volonté divine et un cadeau fait aux nations ».
Ce texte a été publié le 11 décembre 2015, conjointement avec un autre présenté par le cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens (y compris avec les « frères aînés »), confirmant vigoureusement les orientations définies par Nostra Ætate (*).

(*) Note :
« L’Eglise  ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions ( Hindouisme, Bouddhisme, ..) . Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent en beaucoup de points de ce qu’elle-même tient et propose, cependant apportent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes. »
L'Eglise catholique reconnaît que le ''Verbe de Dieu'' a « semé ses semences » dans les traditions religieuses, mais ne dit pas qu'elles sont pour leurs adhérents des ''moyens du salut'', ou ''voies de salut''... Aussi, l'Eglise catholique refuse d'admettre que la diversité des religions est une volonté divine … !


- La deuxième ''Bonne Nouvelle'', c'est - en cette période troublée - la répétition de nombreux imams de cette même idée.
Pour l'Islam : la diversité des religions, ethnies et pensées correspond à la volonté divine, qui ne peut être dépourvue de Sagesse.
Dieu dit : « Ô hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des peuples et des tribus »[Coran s 49 v 13 ],
« Et si ton Seigneur l’avait voulu, Il n’aurait fait des hommes qu’une seule communauté (de même confession). Or, ils ne cessent d’êtres différents, à l’exception de ceux auxquels ton Seigneur a accordé sa miséricorde. Et c’est bien pour être si différents qu’Il les a créés »[Coran s 11 v 118-119 ],

« Et si ton Seigneur l’avait voulu, tous les hommes peuplant la terre auraient, sans exception, embrassé Sa foi. Est-ce à toi de contraindre les hommes à devenir croyants ? »[Coran s 10 v 99 ]. 
Finalement, cette diversité n’est autre que le résultat du « libre choix » que Dieu a accordé aux hommes : « Croira qui voudra et niera qui voudra »[Coran s 18 v 29 ]. 
Ainsi, réprouver la diversité revient, à remettre en cause la Volonté et la Sagesse de Dieu.



A suivre avec La théologie du Pluralisme religieux – Jacques Dupuis sj

mardi 12 janvier 2016

Lecture de Monsieur Ouine de Bernanos -5/5-

Qui est vraiment ce Monsieur Ouine ?

Il « est venu d'on ne sait où, un soir. »... Monsieur Ouine a toutes les apparences du bon vieux monsieur, érudit, sympathique, maladif, de commerce agréable et parfaitement inoffensif. Sa place dans le récit s'annonce modeste ...
Le bruit court qu'il «  est un causeur exquis »
La tragédie qui compose M. Ouine est une fable... Une parabole... Fenouille n'est pas seulement un village d'Artos, c'est le monde ; ses habitants sont l'humanité ; nous sommes l'un d'eux … Le seul en qui nous ne pouvons pas nous reconnaître est Ouine... Nous ne nous reconnaissons pas en Satan … !
Ce vieux professeur retiré du monde, exerce une fascination sur ses élèves... Il n'est pas indifférent aux vies qui l'entourent …
Le jeune garçon que lui « apporte » Jambe de Laine excite sa curiosité, le trouble : « Je viens de me revoir moi-même, dit-il, comme un mort regarde dans le passé… Le petit garçon que j’étais, je l’ai vu, j’aurais pu le toucher, l’entendre… »
Mais, l'instant émotif passé, le nouveau venu est déjà une proie... Il ne brusque pas Steeny. C'est avec précaution qu'il assure son emprise, conduit son dessein, l'entreprise de destruction des âmes. . M. Ouine souille tout ce qu’il approche. Qu'il parle de l'enfance avec attendrissement, qu'il s'applique à défendre l'innocence, qu'il conseille ''amicalement'' un prêtre désemparé, ce n'est que procédé et calcul d'une démarche sciemment conduite pour jeter un trouble dans les esprits... Il dévore les âmes … « Je les ai convoitées » dit-il...
Dante - l'Enfer
Ouine n'est pas brutal. Accueillant, soucieux de tout arranger, disponible – le jeune curé voit arriver au presbytère un Ouine très amical, conciliant, coopératif – il est effacé, ne répond pas aux calomnies. Même, il veille à la santé morale des innocents et n'oublie pas de féliciter l'instituteur quand celui-ci veut épargner à ses élèves le spectacle scandaleux de l'enterrement. Peut-on concevoir plus exact portrait de l'ange déchu ?
Ouine ne fait pas peur. Pas plus que Satan n'est le cornu à fourche, il n'est pas un être répugnant. Il sait se faire oublier, être présent sans être là, habiter les esprits sans qu'ils aient l'impression de n'être pas libres... Et, il sait des choses que le village ignore...
Le personnage de M. Ouine est une synthèse de tous les héros bernanosiens en qui se manifeste le Mal : maquignon, mendiant, Fiodor, Saint-Marin ….
Devant la mort : aucun remord :
« L’idée qu’il dût regretter en mourant quoi que ce fût, renier une seule de ces heures dont chacune avait marqué un progrès vers la délivrance, la liberté totale, ne lui était pas encore venue. Et il était de moins en moins supposable qu’elle vînt jamais »
«  Au point où je me trouve, il ne me faudrait pas moins que toute une vie pour réussir à former un remords. Le mot lui-même a perdu son sens, »

Knud Andreassen Baade -Landscape in moonshine Evening, 1897, oil on canvas by Jakub Schikaneder


Ce roman empli du désespoir existentiel, est porté par plusieurs énigmes romanesques. On pourrait penser que ces intrigues obscurcissent le propos, conduisant le lecteur à des impasses

Peut-être Bernanos pense t-il qu'il n'est pas nécessaire de poursuivre des personnages au-delà de ce qu'il nous en dit … N'oublions pas que tout ce ceci n'est qu'une parabole... !

Vincent Van Gogh
Vincent Van Gogh

- Qui a tué le petit valet ?
Le hasard de l'accident ? Un maraudeur ? Il s'agirait vraiment d'un crime, et il y a des suspects... Monsieur Ouine, ce que témoigneraient les propos de Jambe de Laine, mais elle-même n'est pas très 'claire' .. ! Il y a aussi Eugène qui fait le coupable idéal...
Ce crime est une des grandes images de ce roman que le curé définit à la fin de son sermon : « Il a été l’instrument innocent de votre perte et c’est votre péché à tous... »

- Philippe ( le père de Steeny) est-il mort ?
Le père de Steeny est vivant... Anthelme et Miss l'affirment. Pourtant, il y a un doute. Ou, il ne serait qu'un ''drôle'', un ''toqué'' …

- Ouine est-il le père de Steeny ?
Le père de Steeny n'est pas pour Anthème un inconnu, même un ''vrai copain ''… La ressemblance entre Ouine jeune et Steeny …
William Blake Lucifer and the Pope in Hell
(The King of Babylon) about 1805

- Arsène s'est-il suicidé ?
« Sur les épais panneaux marron, recouverts d’une couche épaisse de poussière, la main du maire de Fenouille avait écrit en lettres capitales, mais d’un dessin puéril : ADIEU. » Sinon ; Arsène, le maire, est-il nécessairement devenu fou ? Est-il vraiment l’auteur des lettres anonymes ? Bernanos ne répond pas ...

- Jambe-de-Laine est-elle la maîtresse de M. Ouine ?
L'opinion de Mme Marchal ne fait aucun doute :  « il ne sortait plus d’ici, c’est qu’il y trouvait son plaisir. (…) – Ben ! Jambe-de-Laine, parbleu ! »
Jambe de Laine, semble la face femelle du Mal incarné par M. Ouine …

- Que devient Steeny ?
Ces quelques semaines racontées ici, sont pour Steeny un passage. Le drame de cet adolescent est sa solitude... Mais on ne saura rien de la suite, Bernanos nous abandonne devant la sensation du néant... ! Le but romanesque de Bernanos n’est pas le lecteur, mais la vie surnaturelle laissée au démon...
Odilon Redon 

Pour Bernanos, le désespoir ( peut-être même le nihilisme) n’est pas seulement une maladie, c’est un mal irrémédiable qui parachève la victoire du malin sur terre. Ce qui était victoire dans Sous le soleil de Satan devient triomphe dans Monsieur Ouine.
Le curé de Fenouille est impuissant, mais le médecin positiviste aussi.

« L’enfer, c’est le froid. (…)  Le diable, voyez-vous, c’est l’ami qui ne reste jamais jusqu’au bout… »nous dit le curé de Fenouille
La présence de Dieu ne se manifeste plus ici par la fulgurante irruption de la grâce dans la citadelle de l'âme... Mais, peut-être, sur la route, peut-on sentir le souffle divin ( d'un Dieu faible...) et comprendre le sens salvateur de cette aventure.. La voie est mystique, apophatique, paradoxale... Au delà du bien et du mal ...

vendredi 10 juillet 2015

Parler de Dieu, comment fait-on aujourd’hui ?


C’est devenu presque insupportable pour la plupart des gens car ils ont souvent une définition très simpliste de Dieu.

Le grand penseur et poète, Jean Grosjean, qui fut aussi prêtre, écrivait : « Dieu, c’est l’abîme intérieur ». Dieu, c’est notre abîme intérieur.
Ce n’est pas une autorité qui viendrait nous écraser ou nous culpabiliser. Ce n’est pas non plus quelqu’un qui vient nous dire comment il faut vivre.
C’est l’insondable en nous mais qui fait que nous vivons, c’est-à-dire que nous inventons, que nous créons, que nous jouons, que nous rions. Voyez, c’est à peu près l’inverse de tous les intégrismes.
C’est une puissance vitale qui traverse la mort mais qui n’en est pas défaite, c’est comme un printemps portatif.

Christian Bobin

dimanche 3 mai 2015

Bernanos, l'inquiétude

Georges Bernanos
En classe de Terminale, j'ai découvert Bernanos (1888-1948)... Depuis, je reviens sans cesse à cette découverte 'existentielle'... Son inquiétude spirituelle nourrit ma foi, autant que le silence de la méditation...
Sa méditation sur le 'Mal', n'est pas hors-propos en ce XXIème siècle.



« La présence de Dieu n'apporte pas la paix : elle descelle le silence. » Gaétan Picon, au sujet de l’œuvre de Bernanos

Aujourd'hui cela paraît paradoxal.


D'un côté le sommet spirituel, sensé être expérimenté par chacun, où l'extase devient contemplation immobile et sereine … De l'autre, un but inatteignable, ici-bas, qu'est cet inaccessible sommet, après une ascension mouvementée.




Pour moi, dire ''Croire en Dieu'', signifie l'expression d'une intuition d'un Sens de ma vie. Un sens, que je trouve, que je me donne, certes … mais qui trouve naissance dans une intention surnaturelle ( et par là je reconnais une ''transcendance'')...


Revenons à Bernanos :
« la reconnaissance du sens surnaturel de la vie ( ...) nous persuade de la gravité et de l'urgence de la partie que nous jouons. » G. Picon...  « Ceux qui demandent à la foi une assurance contre tous les risques n'ont rien à espérer de Bernanos. Contre un christianisme de la quiétude, Bernanos représente, après Pascal et Kierkegaard, la tradition d'un christianisme tragique. »

Michel Ciry 
Bernanos, n'est pas, à mon avis, celui qui craint pour son ''salut'' dans l'au-delà... Plus tragiquement, il craint l'enfer, dès ici bas : « L'enfer (…), c'est ne plus aimer » écrit Bernanos. Ne plus pouvoir aimer...


Sait-on, ce que signifie ''aimer'' ? Non pas l'amour-instinct, l'amour possessif, l'amour de 'soi' ou de presque-soi... ( dans le langage d'aujourd'hui ; ici 'soi' représente l'ego, à l'opposé du Soi..)

Seule la présence du divin ( l'Autre) nous permet d'aimer, et c'est à travers l'amour de Dieu, que nous entrevoyons l'amour de l'humain... A commencer par soi-même ( si on prend conscience de ce qui est vraiment 'soi' ( peut-être, cette partie du divin en soi, ou cette partie de l'humain que je reconnais en chacun...))... Effectivement, nous pouvons être enfermé par la haine de soi .. ! ( Expression de l'Enfer..)




Qu'y a t-il au fond de mon incroyance ? La 'grande' solitude, celle de ne plus reconnaître d'humains ; plus concrètement : la disparition de tout lien social ...

mardi 7 avril 2015

Lecture : De la croyance à la foi critique – J. Moingt -26/99-

Incarnation : histoire et historicité : ( p 490)
Jésus est-il devenu 'fils de Dieu' ou, selon la tradition de l'Eglise, l'est-il par génération éternelle... ? Jésus – selon nos textes, ne l'aurait pas affirmé …
Incarnation de Grace Carol Bomer
  • « L'Eglise définit l'incarnation comme le mystère de la naissance humaine du Fils éternel de Dieu qui ''assume'' en Jésus notre nature ...etc » ( p 491-2)
  • L'incarnation est passée par Marie, mais cela aurait pu se faire autrement … ?
Pour J. Moingt le concept trinitaire et le concept d'incarnation renvoient l'un à l'autre … ( P 492)
«  Le mystère de l'incarnation est de rendre visible ce qui est invisible par nature » ( p493)
J Moingt développe cette idée « stupéfiante que Dieu n'est pas resté dans se résidence céleste... » Il s'est fait l'un de nous... C'est bien la première fois que l'on parle ainsi de Dieu .. ! Le langage de la théologie construit donc des 'concepts' nouveaux : la Trinité, la préexistence du Christ ...etc

Question : aujourd'hui le monde s’intéresse t-il au mystère de Dieu fait homme … ? Ou, est-ce : le langage de l'Eglise qui n'arrive plus à être porteur de ce genre de ''nouvelle ''… ?

« - Le donné évangélique . Jésus avait-il conscience et a-t-il fait état devant ses disciples d'une relation à Dieu antérieure à sa naissance humaine, qui autoriserait à concevoir celle-ci comme l'incarnation du Fils préexistant de Dieu ? » ( p 497)
  • « Il est légitime de penser qu'il a pris conscience de sa mission en même temps que de l'intimité en laquelle Dieu le tenait, puisqu'il lui est arrivé d'être salué du nom de ''Fils de Dieu''
  • «  pour oser s'en réclamer et parler de Dieu comme il le faisait sans la garantie de l'institution religieuse et souvent en s'attirant des reproches... »( p 499)
Jésus et Marie-Madeleine, par Rébecca Dautremer. Une Bible, Philippe Lechermeier


Il y a bien sûr, le Prologue de Jean... :
  • Engendré éternellement ' fils du Père' .. etc
  • Il n'est pas dit du Verbe qu'il était en Dieu, mais à côté de lui … ni qu'il était engendré de lui …
  • etc … ( cf Pages 501..)

J. Moingt cite trois paroles de Jésus qui s'exprime en terme de préexistence :
  • « avant qu'Abraham fût,, Je suis. » ( Jn 8, 56)
  • «  cette gloire que j'avais auprès de Toi avant que le monde fût.. » ; et «  Tu m'a aimé dès avant la fondation du monde » ( Jn 14, 4-5. 24)
Comment interpréter cela … ? Il faudrait tout recopier … ! A lire donc ces pages : 503-504...

«  Ce n'était certes pas le langage d'un simple sage ou prophète, plutôt celui du représentant unique et ultime de Dieu, qui se sentait autorisé à parler en son nom parce qu'il en avait une connaissance singulière... » ( p 507)

«  - Le donné de la Tradition : » J. Moingt effectue le parcours des premiers conciles...
«  Sa résurrection a fait connaître qu'il était devenu dieu, mais pas encore qu'il l'était par origine... Elle montre le caractère divin du salut... » ( p 509)
Paul : la théologie de ''la Croix'' « Paul comprit et enseigna que la mort de Jésus dans l'humilité, l'obéissance et l'amour envers le Père était la source de la réconciliation de Dieu avec le monde, du pardon des péchés accordé aux baptisés et de l’habitation en eux de l'Esprit qui les unissait à Dieu en les tenant unis au Christ ressuscité... » ( p 510)

Plusieurs pages sur cette construction théologique qu’élaborent les Conciles, et qu'il est nécessaire de repenser ...

dimanche 29 mars 2015

Lecture : De la croyance à la foi critique – J. Moingt -25/99-

Il semble que cette acceptation du mythe, ici serve à J. Moingt pour s'étendre sur la notion de ''préexistence'' du Christ. Christ ''Fils de Dieu'' que l'on peut retrouver dans l'ancien Testament, mais aussi affirmation de l'existence éternelle d'un Fils engendré de Dieu, et semble t-il ignoré de l'ancien Testament … ? 
Jésus prie à Gethsemani
J. Moingt relit ensuite les textes pauliniens sur la préexistence ..;( p 437)
Je passe ici sur tout le passage ..
Dans la continuité de cette idée J. Moingt parle de « l'éternité de l'acte créateur de Dieu », qui implique « la prédestination des hommes à être sauvés par et dans le Christ. ». C'est l'économie de la Trinité … et une réflexion sur l'idée de préexistence qui conduit à l'idée de Trinité … ( p 457)
Je note :
« Quiconque accepte que la notion la plus commune de Dieu ...''Père tout-puissant'', sera profondément choqué d'entendre dire qu'il s'est révélé en Jésus crucifié ... » (p 464)

La Trinité de Dieu comme relation d'amour :
L' Icone de Roublev  -  Dialogue
Dieu nous a aimé le premier... Dieu comme relation …
« Je ne pose donc pas la trinité de Dieu dans le nombre trois ( distinction numérique …) .. mais comme l'immanence de chacun dans l'altérité de l'autre ( l'autre de soi..) » ( p 471)
« L'amour ne signifie pas directement Dieu en tant qu'être, mais en tant que subjectivité, active et passive, jaillissement et communication de la vie, existence partagée. » ( p 471)

L'Amour comme altérité : la relation Père-Fils.
« Avant la relation trinitaire, l'homme pouvait connaître Dieu comme un être solitaire et tout-puissant ou comme une pluralité d'existants potentiellement rivaux ; la révélation nous apprend que Dieu n'est pas solitude ni dispersion, mais don et communication. » ( p 474)

Quelques pages sur l'Esprit-Saint ( p 475-480)
En conclusion de cette démarche : Préexistence → Trinité → Amour → Création … «  la création ne peut-être qu'acte d'aimer, acte de faire venir à l'existence du possible dont la possibilité ne peut surgir que de la gratuité toujours en excès de cet Amour illimité. » ( p 486)

1 - Création; puis 2 - Dieu se révèle aux hommes en s'insérant dans l'histoire, et 3 – Incarnation : adoption filiale des hommes sauvés par le Christ...

« Et nous avons compris enfin que l'Amour qui est Dieu entrait réellement en relation avec les hommes en faisant sortir de lui son projet d'adoption filiale, qui est identiquement la préexistence intentionnelle du Christ dans sa pensée... » ( p 490)

mardi 20 janvier 2015

Lecture : De la croyance à la foi critique – J. Moingt -7/99-

Aujourd'hui, le mot « croire » est l'objet de bien de malentendus, et de controverses... Il y aurait beaucoup de choses à dire, en partant du « savoir » qui se rapporte au réel... Mais si on s'arrête là, que fait-on du reste... ? Bien sûr, il y a l'imagination... Et aussi : l'imaginal... ! ?

Imagination créatrice avec Norman Rockwell
L'imaginal permet d'ouvrir à la connaissance symbolique, la réalité des archétypes...
L'imagination créatrice, possède « sa fonction noétique et cognitive propre, c'est-à-dire qu'elle nous donne accès à une région et réalité de l'être qui sans elle nous reste fermée et interdite » (H. Corbin, Corps spirituel et Terre céleste). Ce monde n'est ni celui connu des sens, ni celui connu par l’intellect
L’imaginal se nourrit, puis répond aux “valeurs qui orientent et élèvent la vie”, c’est-à-dire le beau, le vrai, le bien... Ainsi, « Croire », consiste aussi à : « veiller sur les grandes images qui nous habitent, les archétypes qui nous guident vers le pire ou le meilleur de nous-mêmes » et à ce que « notre imaginaire et imaginal soient nourris d’images les plus structurantes possibles ».... La Bible , par exemple ...
Bon… ! Ceci, n'est qu'une parenthèse que j'ouvre … ( et qui n'est pas dans le livre)

J. Moingt en est lui au Dieu Qui EST ( p 122) : Avec cette questions : les païens ont-ils une connaissance de Dieu ? Saint-Paul lui-même le laisse entendre ( Rm 1,19-23).
« Dieu s'est fait connaître aux païens en toute clarté, et ceux-ci, ensuite se sont détournés de lui pour adorer des idoles... » (p 123 ).

On dit que les hommes auraient commencé par adorer des dieux nombreux et divers, et tardivement « ils en sont venus à concevoir l'unicité et la pure spiritualité de Dieu »... Les historiens en reviennent … !
« Nous admettrons donc ce qui nous paraît être le fondement de la pensée de Paul et de la Bible entière, à savoir que Dieu a cherché de tout temps à se faire connaître des hommes, tous païens en ces temps si lointains, avec une assiduité telle qu'il faisait jaillir des lueurs de vérité à travers leurs ténèbres pour les acheminer à la peine connaissance de lui-même. » (p 124 )
(...)
« Dieu veut sauver tous les hommes et les appelle donc tous à la connaître, et d'abord à le chercher. Paul considère l'idée de Dieu comme un fait primitif et universel, qui ne naît pas d'une démonstration rationnelle, mais de la vue du Beau, du sentiment du sublime, de l'élévation de l'âme au-delà du visible vers l'invisible ; elle est de tout temps déposée par Dieu dans la raison, elle est même constitutive de la « droite » raison, ce qui fait passer l'homme de l'animalité à l'humanité raisonnable ; elle est don de Dieu à notre nature et la grâce de la première foi pour qui se laisse guider par elle. » ( p 127)

Ainsi, à la lumière des croyances des anciens, J. Moingt fait remonter le sentiment religieux à un sentiment d'absolu purement immanent à la conscience de l'homme. «  le mystère de l'homme est sans doute d'avoir appris à se définir en s'adossant au mystère de l'absolu. » ( p 129)

- J. Moingt envisage la Prière, ou le blasphème... Même origine …
« Toute prière porte la marque du défi, elle est provocation avant d'être invocation, elle proteste contre l'ordre apparent du monde qu'elle rejette comme un désordre. » ( p133)/

  • Le culte : « est un appel qui répond à un appel, écho d'un imprévu, événement de liberté dans lequel l'individu se découvre personne, éveillée à la conscience de soi par la rencontre de l'autre... » Bien sûr, il sert aussi à renforcer le lien social, il soude l'individu au groupe protecteur …
  • C'est ainsi, que J. Moingt termine ce chapitre sur « l'Attente d'un salut. » (p 135)