vendredi 13 mai 2016

Alexey Kondakov - Histoire de l'art


L'artiste ukrainien Alexey Kondakov projette dans le monde contemporain des personnages peints et 'classiques' et les fait vivre à nouveau dans les rues de Kiev, sa ville natale...

Cette série est intitulée ''Art history on contemporary life'' (L’Histoire de l’art dans la vie contemporaine). Ce mélange de peintures et paysages urbains est opéré avec Photoshop.
Se confrontent alors la perfection formelle de l'art classique et les banlieues urbaines bâclées et dégradées...
Les œuvres sélectionnées sont celles des grands peintres: Caravaggio, Hayez, Hans Holbein, avec une préférence pour William-Adolphe Bouguereau






" Le Chant des Anges " (1881) par exemple , est transposée dans une voiture de métro, où la Vierge Marie et l'enfant sont entourés par des anges qui deviennent des musiciens de rue;





" La jeunesse de Bacchus " (1884) transforme les personnages mythologiques dans un groupe d'amis visiblement ivres qui traversent un passage souterrain pour continuer la soirée alcoolique;





Le '' Satyre avec Nymphes " (1873) devient une scène animée de séduction à bord d'un tram.





Une sorte de vie quotidienne des dieux … Et ces ''êtres '' qui visitent notre réalité, nous révèle une humanité commune qui nous lie tous, et qui transcende les âges.















mardi 10 mai 2016

Une lecture Zen des Evangiles.-6/.-

La religion, un art de voir.
Oui, mais il ne s'agit pas d'image de certitude... Ce serait comme la nature du Tao, « vague et imprécise » Lao Tseu. Certains n'aiment pas … !
En effet :
- Ce que nous sentons, voyons, entendons... Tout cela n'est pas la propriété intrinsèque de la chose en elle-même... On peut se demander ce qu'est '' la réalité '' des choses … ?
- « Un homme n'est pas tant blessé par ce qui lui arrive que par l'idée qu'il s'en fait. » Montaigne
La réalité n'est ni bonne, ni mauvaise : c'est une affaire de perception...

Jésus, utilise une terminologie différente... Il appelle à « naître à nouveau »... Et, ce n'est pas une question de croyance, mais d'éveil...
Jésus compare l'expérience de l'éveil au vent qui « souffle où il veut, tu entends sa voix mais tu ne sais pas d'où il vient ni où il va.»...
Nicodème voyait un Royaume annoncé par des signes : « Personne ne peut accomplir les signes que tu accomplis. », un événement historique extérieur... Or, Jésus dit que le Royaume est déjà parmi nous ( Lc 17, 20).
Il s'agit donc de Le voir !

Le Royaume est la réalité présente.

Jésus emploie les mots de '' Fils de l'homme'' … « Élever le Fils de l'homme » ne signifie pas : ''adorer Jésus crucifié...''.. Le ''Fils de l'homme'' est sa manière de rejoindre toute l'humanité. Ce titre pourrait s'appliquer à tout homme...

Accepter que nous ne sommes pas ''tout-puissant''. La condition humaine peut paraître ''tragique'', elle peut basculer si nous en prenons conscience..
'' Etre conscient, transforme ! ''


Il me semble être ballotté par ''le destin''.. ? Mais, ce que je nomme ''le destin'' s'apparente à ce rocher que roule Sisyphe et dont parle Camus... 
Nous pouvons comprendre que ce destin ''c'est nous''. Il n'y a aucun ''moi'' qui puisse être distingué de cette mystérieuse force appelé destin.. 
Camus nous dit que Sisyphe réalise que « son destin lui appartient. Son rocher est à lui. »... 
Accepter le manque... 
Camus a fait l’expérience de la clarté de la sagesse de 'absurde' : voir le monde tel qu'il est.





mercredi 4 mai 2016

Le « principe organisateur », Dennis Gira

Ce principe est fondamental, pour qui se sent attiré par d'autres traditions... 
    - Attiré par d'autres traditions ...? Attention, Danger ! Paraîtrait-il...?
    - Agiter la promesse de l'égarement du « syncrétisme », pour dissuader le « chercheur de Vérité », n'est pas approprié, pour le moins !
    Le principe organisateur, lui, permet d'aider à progresser sur son itinéraire spirituel ; et bien sûr, il s'applique au dialogue interreligieux, mais aussi au dialogue philosophique , ou politique …

    Pour comprendre sa définition ; Dennis Gira se propose de commencer à répondre à ce type de question : « peut-on être bouddhiste et chrétien, à la fois ? »

    Question complexe !... Car enfin, « qui est ce « on » ? » ne faut-il pas connaître la personne concernée par cette question, sa trajectoire spirituelle, culturelle et intellectuelle ? S'agit-il derrière la question, d’adhérer à un groupe donné, ou d'un engagement total au sein d'une tradition religieuse qui donne sens à sa vie ? …. 
    Quelques exemples :
    * Un ami vietnamien, converti au christianisme, peut se considérer bouddhiste et chrétien.. Il se dit chrétien, quand il approfondit sa connaissance de la foi chrétienne et participe à la vie de l’Église ; et il se dit bouddhiste quand il affirme ses racines culturelles et ses liens familiaux … Cet ami n'est pas impliqué également sur des trajectoires parallèles …

    ** Cet ami français, a été baptisé bébé, et n'a jamais été « catéchisé » … Il a cherché ailleurs la source qui étancherait sa soif de vérité ; cette recherche l'a conduit au bouddhisme... Son principe organisateur est fortement bouddhiste... Quand il s'affirme également catholique; il parle du baptême, du mariage et de son milieu familial …
Le principe organisateur de chacun part dans sa trajectoire spirituelle de son expérience la plus intime...

Pour un chrétien, la Foi en la personne de Jésus-Christ constitue le pivot de son expérience...

En s'adressant à un bouddhiste, il sera difficile d'interpréter les différents aspects du bouddhisme à la lumière de ce principe... Et, inversement …

Par contre, c'est différent, s'il s'agit d'un chrétien à qui l'on s'adresse et que l'on tente d'interpréter ces mêmes aspects du bouddhisme à la lumière de ce même principe …

Ce qu'il faut retenir : c'est qu'il est difficile d'imaginer un dialogue interreligieux entre deux personnes dont l'une a un seul principe organisateur et l'autre pense en avoir deux, dont celui de son interlocuteur – ce qui semble le cas de quelqu’un qui pourrait penser être à la fois bouddhiste et chrétien .
Il peut encore se présenter les cas d'une personne, qui suite à la rencontre d'une autre voie spirituelle, souhaite en intégrer une pratique à leur cheminement intérieur. 
Par exemple, pour un chrétien, pratiquer le zazen... Finalement, le zazen est authentiquement bouddhique uniquement pour un bouddhiste, c'est à dire pour quelqu’un dont le principe organisateur est indissociable de la cohérence interne du bouddhisme zen. Le chrétien le situe dans une nouvelle cohérence, et il est inapproprié de penser qu'il est bouddhiste et chrétien à la fois .

Et, il ne s'agit pas là de « syncrétisme » … !

Le principe organisateur, est un antidote naturel à toute forme de syncrétisme, et à toute peur de l'autre... Son propre, est d'organiser ou plutôt de réorganiser la pensée quand elle s'interroge ou s'enrichit des idées des autres … Ce principe aide également chaque fois qu'une personne veut dire aux autres sa foi la plus profonde car elle sait, ou devrait savoir, que ce qu'elle va dire alors doit être compréhensible pour ses interlocuteurs... Il lui faut donc prendre en considération leur sensibilité, leur vocabulaire, la cohérence de leur tradition ..etc Finalement elle pensera sa foi autrement et laissera de côté, ou mettra entre parenthèses, certaines formules chères aux chrétiens si elle les juge inaudibles...



Bien sûr, c'est une gageure de résumer ce que Dennis Gira tente de nous faire comprendre avec beaucoup de pédagogie et d'exemples concrets, ce point fondamental du « principe organisateur » ... Il serait plus raisonnable de lire le texte complet …

Je comprends également, que l'évangélisation, ne peut se faire in-extenso ; elle répond aux mêmes règles que le dialogue interreligieux, et doit répondre à la cohérence de chacun …Ce principe touche au parcours de chacun, à l'identité, à l'appartenance...

dimanche 1 mai 2016

Centre Ste-Croix – Jacqueline Kelen – Soif de Beauté... -4/4-

- La Belle et la Bête -
Avant d'être, le film de 1946 par Jean Cocteau avec Jean Marais, ou un film d'animation des studios Disney sorti en 1991, ou pour les adeptes de fantastique,un film de 2009 avec Estella Warren, ou encore le film de 2014 avec Léa Seydoux et Vincent Cassel... 

La Belle et la Bête, est un conte français... Non pas de Perrault, non pas de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, comme la plupart des adaptations pour enfants ; mais de Gabrielle-Suzanne de Villeneuve, née vers 1695, publié en 1740.
Parmi les différences avec les adaptations ; il y a le songe que fait La Belle, chez la Bête: chaque soir en s'endormant, la Belle rêve d'un beau jeune homme et en tombe amoureuse (et inversement). De ce fait, elle repousse sans cesse la Bête (qui est véritablement affreuse avec des écailles partout) sans se douter que cette vision est en réalité un moyen de lui faire découvrir la véritable identité de la Bête...
Enfin le dénouement : on ne s'arrête pas au mariage de la Belle et du Prince comme c'est le cas avec Mme Leprince de Beaumont ; Mme de Villeneuve nous offre les festivités du mariage et bien plus encore. On découvre les origines du prince, ce qui fait qu'il est devenu la Bête mais on découvre aussi que la Belle n'est pas celle qu'elle prétend être … ( à lire.)

- Un point historique : Mme de Villeneuve prolonge la vogue du conte de salon : dès le début du XVIIIe. siècle, la tyrannie des contes de fées avait disparu, et le temps est loin, en 1740, où Mme de Sévigné écrivait à Mme de Grignan (6 août 1677) pour lui annoncer que les « dames de Versailles » prenaient plaisir à entendre des contes...
Quant à la version de Mme Leprince de Beaumont, elle nous semble bien ridicule et bien naïve. En son temps déjà, certains la jugeaient insipide : « Mme Le Prince de Beaumont est une bonne maîtresse d'école. Son Magasin des Enfants contient une bonne morale, bien plate, sans élévation et sans âme, excellente à élever des perroquets, très-peu propre à former des enfants et à en faire des hommes »

Plusieurs lectures de ce conte peuvent être envisagées : On pense souvent comme Bruno Bettelheim, que « Alors que « Barbe-Bleue » correspond aux pires craintes de l’enfant en ce qui concerne la sexualité, « La Belle et la Bête » lui donne la force de comprendre que ses peurs sont l’œuvre de ses fantasmes d’angoisse sexuelle ; et que, bien que le sexe puisse d’abord apparaître sous un aspect animal, l’amour entre l’homme et la femme est en réalité le plus satisfaisant de tous les sentiments et qui puisse assurer un bonheur permanent. (…) « La Belle et la Bête », mieux que tout autre conte de fées bien connu, exprime avec évidence que l’attachement œdipien de l’enfant est naturel, désirable, et qu’il a les conséquences les plus positives si, durant le processus de maturation, il est transféré et transformé en se détachant du père (ou de la mère) pour se fixer sur le partenaire sexuel. (…) Pour traduire l’expression poétique du conte de fées dans le langage terre à terre de la psychanalyse, le mariage de la Belle et de la Bête est l’humanisation du Ça par le Surmoi.» Bruno Bettelheim, extraits de "Psychanalyse des contes de fées" - 


Pour Jacqueline Kelen, les contes « ne sauraient se contenter d'être porteurs de morale, encore moins d'être thérapeutiques ( sauf à soigner et corriger le moi infantile). Ils ont avant tout une portée initiatique : ils appellent à une autre conscience, à une seconde naissance, à une vie supérieure. Ils ne cessent de rappeler la véritable mesure de l'être humain qui est sa dimension spirituelle. C'est de l'âme qu'ils parlent et c'est à l'âme qu'ils parlent... (…) ils nous donnent à voir l'âme dans ses tribulations et ses empêchements ici-bas, sa beauté menacée, convoitée, sa qu^te et son combat pour rejoindre sa demeure céleste »

Les contes apparaissent comme des guides pour une reconstruction de la conscience. Leurs symboles ouvrent par leur évocation, à un autre état de perception. Ils ouvrent à une autre dimension, oublié par les hommes au plus profond d’eux-mêmes.
Quelques piste pour interprétation dans ce sens …
Le travail consiste à repérer pour : chaque personnage : un aspect différent de conscience, et pour chaque lieu : une phase spécifique de discernement...
Ainsi chaque personnage désigné, indique l’état intérieur du moment ou de la phase active,
Les rencontres de personnages indiquent : - les conflits entre deux aspects de conscience ; - la compréhension établie entre deux aspects de conscience ; - les aides issues de l’expérience personnelle ou provenant de l’enseignement spirituel universel
Enfin, la narration de l’histoire, évoque le mouvement nécessaire à ce processus.

Ainsi, dans La Belle et la Bête : un voyage nous fait franchir un espace magique (le jardin), la perception d’un symbole : la rose, déclenche un processus : un aspect naturel en l’homme doit être renouvelé. Ce qu’il y a de plus noble en soi ( la sage jeune fille) se présente et deux aspect de conscience en l’être humain ('belle': sagesse – dévouement, et 'bête': puissance emprisonné ) se reconnaissent et évoluent ensemble. Mais est-ce que ces deux aspects sont prêts à se fondre et à se renouveler ?
Les épreuves suivantes vont permettre de fortifier ces deux aspects de la conscience…
-Retrouvailles de la Belle avec sa famille : les aspects naturels égotistes de l’être, la force d’inertie de la matière et celle de l’avidité ou du maintient de l’ego. L’oubli est structurellement lié au monde naturel, cette force maintient « la Belle » et provoque la mort de « la bête ». l’élan de l’amour ou de la vision juste de la réalité intérieure, ranime la conscience de « l’être véritable ». l’âme épurée de ses aspects égotistes peut s’unir en une seule conscience avec la puissance de l’être véritable. L’unité en conscience…
Ceci est le processus très imagé et très simple d’une initiation dite spirituelle.

( Sources pour ce dernier paragraphe : un texte de l’association L'AEDE : http://aedes.over-blog.com/ )

Les trois dernières 'peintures', sont de Joanna Sierko Filipowska