lundi 11 avril 2016

Jan Steen, peintre

Jan Havickszoon Steen (1625 -1679) est un peintre néerlandais, né et mort à Leyde, dans la région d’Amsterdam.
Il a peint quelques centaines de tableaux, caractérisés, surtout, par la connaissance du cœur humain, l’humour, et une utilisation exubérante de la couleur. Il représente fréquemment des valeurs morales dans des scènes du quotidien, en recourant à des images la plupart du temps symboliques.


Un bon nombre de tableaux sont pleins d’animation, voire chaotiques et luxurieux, à tel point que ce genre de scènes a donné naissance à une expression couramment utilisée en néerlandais : « een huishouden van Jan Steen », c'est-à-dire « un ménage de (à la) Jan Steen ». 
'A Jan Steen Kitchen',  par Jonathan Leaman


Ses peintures renferment des indices subtils et de nombreux symboles qui laissent entendre que Jan Steen ne veut pas tant inviter le spectateur à imiter ce qui est représenté que, au contraire, donner à celui-ci une leçon morale. Souvent, elles se réfèrent à de vieux proverbes ou à d’anciens textes littéraires néerlandais. 
Jan Steen - Portrait de famille du peintre, 1654 (musée du Louvre, Paris)
La famille du peintre faisait souvent fonction de modèle.  













vendredi 8 avril 2016

Ta mort, ma mort... -4/5-

La mort peut-elle être datée de l’arrêt du cœur, du cerveau ? En Occident on dit : X est mort le... à…. Il y eut débat quand il s’est agi de remplacer la mort du cœur par la mort du cerveau. Quand peut-on dire que X est mort et qu’on peut prélever tel ou tel organe ? La réponse du médecin (encéphalogramme), n’est pas celle du théologien (ce n’est pas son affaire de dire quand cette personne est morte). Par contre la réponse du juriste engage des intérêts financiers et des sommes considérables parfois.


La mort prend son temps.

Le troisième jour, signifie qu'il est vraiment mort … La mort prend son temps...

« Ressuscité le troisième jour » ? Non pas le lendemain, cf aussi Lazare (Jean 11), 4 jours. Jésus a pris son temps. Ce n’est qu’à partir du troisième jour que Lazare est vraiment mort ;

Jésus n’est pas ressuscité juste après avoir été tué... Il est ressuscité le troisième jour.

Chez les Musulmans la mort prend encore plus son temps : 40 jours.


La mort humaine c'est la séparation...

La mort humaine est surtout vécue comme séparation, mais ce n’est pas vécu de la même manière de part et d’autre. 

- Un couple ami: lui,  est emporté suite à un cancer dans un processus long, il anticipe ses adieux, règle les problèmes avec la banque ; à partir d’un certain moment sa femme était éprouvée par le fait qu’il ne s’intéressait plus à ce qu’elle tentait de partager. Car pour lui le moment était venu de s’en aller.

Dans l’ ''ars moriendi'' d’autrefois il y avait des étapes : le prêtre venait, le mourant se tournait vers le mur et faisait son voyage vers où personne ne pouvait le suivre. « Laissez- le partir ».
Se tourner vers le mur... là où ne peut le suivre ….


Les Koans : ce sont des énigmes que le maître donne aux disciples, plutôt que des conférences, parfois une seule phrase, une question qui va travailler en nous. Quand on a traversé le koan on a trouvé la réponse sans même avoir à la question. .

La mort est un koan...

Histoire : Deux sœurs, leur mère décédée. L’une d’elle avait eu de très mauvais rapports avec sa mère. Elle n’est pas allée à cette sépulture. Elle n’est pas allée au cimetière. Elle entend le fameux koan « Quel est ton visage avant la naissance de tes parents » ? Peu à peu elle reconnaît ses parents d’avant, avec leurs limites : mon visage originel est plus ancien que mes parents. Ce que sa mère avait été ou pas été (avant la naissance de ses parents)... lui a ouvert un espace de liberté.

Le zen invite, dans l'assise, à faire mourir le ''moi'' ( ego) pour que « le jour où la mort viendra, elle n'ait plus rien à prendre » (Bobin)

Il y a ''le moi'' qui a peur de la mort ; nécessité de joindre en nous ce qui ne mourra jamais... L'incréé, l'esprit...

Le fond ( grund) de Dieu et et le fond de l'homme sont les mêmes ; ce qqch qui ne peut être menacé par quoi que ce soit...

mardi 5 avril 2016

Centre Ste-Croix – Jacqueline Kelen – Soif de Beauté... -1/4-

Ce week-end d'avril, j'ai eu la chance d'assister à un échange et un enseignement sur la Beauté, avec Jacqueline Kelen, dont j'ai lu de nombreux ouvrages.... 

Les supports littéraires qui nourrissaient ce thème était l'apport de Platon et Plotin, l'histoire de Narcisse selon Ovide, le texte de Daniel dans la Bible sur Suzanne et les deux anciens, et le conte de Mme de Villeneuve, La Belle et la Bête...

- Sans vouloir faire un compte-rendu de cette rencontre, voici quelques réflexions que j'ai envie de partager.
Il est important d'ajouter que ce séjour, commencé le vendredi en fin d'apm, jusqu'au dimanche apm, avait lieu au Centre orthodoxe Sainte-Croix, près de Ste Foy la Grande en Dordogne. Nous avons donc assisté aux offices, à la Liturgie. Nous avons partagé la méditation du matin, et profité des commentaires pendant la cession du Père Dautais.

Les références de textes auxquels J. Kelen nous renvoyait était très nombreuses ; certaines m’ont donné envie d'aller les approcher d'un peu plus près, d'où les digressions...
Nous avons beaucoup écouté, et beaucoup échangé.... Donc, nous avons parlé d' « expérience »... Il est important, cependant, d'ajouter que La Beauté ( La Source, La Présence divine …) n'est pas réductible à l'expérience personnelle …


Platon (428 av. J.-C. -348) , Plotin (204-270 ap JC) : La Beauté, est-elle d'ici ou d'ailleurs ?
Socrate rend grâce à '' l'étrangère'' ( Diotine) qui lui parle de l'Eros ( cette énergie d'amour entre le divin et le terrestre ..)
Après avoir évoqué la beauté morale ( les vertus) , la beauté d'un raisonnement … Questions sur la '' beauté en soi ''…
Le chemin vers la Beauté est dépouillement, un dévoilement ( purification..).

Avec Plotin à Alexandrie, la philosophie est une ascèse spirituelle, elle évoque la vie en ''Dieu'' ( par ''Dieu'', entendre : le Père, l'Un, le principe, la Source..)
La quête se fait du multiple à l'Un.
Il n'y a pas de philosophie sans beauté morale, c'est la philosophie du dévoilement...


 « Jamais l'oeil n'eût aperçu le soleil, s'il n'en avait d'abord pris la forme : de même, l'âme ne saurait voir la Beauté si d'abord elle ne devenait belle elle-même. Tout homme doit commencer par se rendre beau et divin pour obtenir la vue du Beau et de la Divinité. Ainsi, il s'élèvera d'abord à l'Intelligence... » Traité du Beau  


Platon et de Plotin, exerceront un impact considérable sur l'art de la Renaissance. Se basant sur le mysticisme de Platon, le néoplatonisme considère que la vie de l’univers en général, et de l’homme en particulier, est lié à Dieu, de sorte que toutes les révélations de l’esprit humain, et non seulement la Bible et les écrits chrétiens, ont une valeur d’enseignement. Ainsi le néoplatonisme abolit les limites entre le sacré et le profane. Cette conception de l'Univers où le sensible (= qui peut être senti) symbolise l'intelligible (= qui peut être compris), et où la beauté des choses provient de la Splendeur Divine est particulièrement propice à inspirer les peintres, comme l'idée platonicienne selon laquelle le Beau est identique à l'Idée suprême, l’Idée qui est aussi le Bien dans d'autres dialogues…  

A suivre ...

samedi 2 avril 2016

Ta mort, ma mort... -3/5-

Pourquoi le Zen ?
La mort est 'naturellement ' en lien avec la méditation zen de ces jours ( de ce stage)... C’est, comme un des outils de ce qu’on appelle « ars moriendi », l’art de mourir.
Dans la méditation, l'expir est une répétition du dernier expir... L'expir, on acquiesce , on lâche prise, on s'abandonne...
On rend l'esprit … Il n'est pas perdu, il est rendu ...Il nous a été prêté ( à la création, à notre naissance.. ) … L'esprit : le divin en nous …
Chacun a sa mort, sa propre mort … ''On'' ne meurt pas .. !

Histoires : Une femme racontait : sa mère, très âgée à l’hôpital : sa fille va la voir : « est ce que tu veux que je t’aide à expirer » ?  Réponse : Oui. Elle se met à l’écoute du souffle, met les mains…  Cette personne part paisiblement. 
Dans la méditation, l’expir  est le plus important.. .  Ne jamais rien faire dans l’inspir. Chaque expir est une répétition du dernier expir : un lâcher-prise, un abandon.  Goethe : « Spier und wimd : « meurs et deviens ».
Tant que tu n’es pas encore dans ce rythme, tu n’es pas encore au réel de ta vie.  Préparer sa mort,  c’est bien vivre aujourd’hui. 


A l’hôpital auprès d’un mourant qui avait fui les dictatures d’Amérique Latine  et se trouvait très excité ? Un proche lui demande : « est ce que tu veux que je t’aide ?  Oui !  Le mourant se calme et lui dit : « je crois que tu m’apprends à mourir »

La méditation est une écoute, une écoute du silence... L'écoute , la présence...
Dans l’accompagnement d’un mourant : l’accompagner dans l’expir  par des respirations sur l’expir. La respiration n’est jamais seulement biologique. Il y a toujours le vécu émotionnel : essayer de se détendre,  de s’abandonner,  d’être mieux disposé. 

L'accompagnement : et quand ça n’a pas de sens de rajouter des mots auprès  d’une  personne  qui s’en va.. ? Être là en silence. : « Tu t’es assis,  tu n’as rien dit,  c’était juste! »,  au lieu de l’encourager dans sa détresse, de lui dire faussement « mais non, tu vas guérir ».

L’assise en zen permet l’expérience du silence prolongé qui devient de moins en moins pesant.


La méditation zen  est une école de silence,  d’écoute.  La pratique de la méditation peut être vécue comme préparation à accompagner la mort de l’autre : la méditation fait de nous de meilleurs écoutants,  elle aide à ne pas censurer,  à laisser un autre   parler librement de ce que personne ne pouvait  entendre. L’expérience du lâcher-prise : quand il n’y a plus de parole,  il y a le geste, ainsi celui de tenir la main…

mercredi 30 mars 2016

Jésus dans un salon bourgeois

« Le tableau de Jean Béraud (1848-1935) fit scandale lorsqu’il fut exposé à la Société nationale des beaux-arts en 1891.
Ce tableau peut déranger, encore aujourd’hui, par l’anachronisme radical consistant à montrer ­Jésus, vêtu à l’antique, dans un dîner mondain au milieu d’une assemblée d’hommes en habits noirs.
Mais ce qui scandalisa, ce fut moins cette transposition, courante dans l’histoire de l’art que le fait d’avoir donné à ces contemporains des traits parfaitement identifiables.

La scène se déroule en 1891, dans un intérieur bourgeois : Renan (au centre de la table, une serviette autour du cou) préside un dîner mondain où figurent nombre de personnalités parisiennes, dont le chimiste Eugène Chevreul (mort l’année précédente à 103 ans) avec lunettes et favoris grisonnants, et Alexandre Dumas fils, appuyé au dossier d’une chaise. A ce dîner assiste le Christ, dont les traits ont été immédiatement identifiés à ceux du journaliste et militant socialiste Albert Duc-Quercy (1856-1934), aux pieds duquel se prosterne, à l’heure du café, une Madeleine repentante qui n’est autre que la demi-mondaine Liane de Pougy, laquelle, réellement repentante, finira ses jours au couvent.

Le titre du tableau donne Madeleine comme personnage principal, et oriente sa lecture vers le débat autour de la prostitution, qui s’était si fortement développée au fil du siècle. Et on ne peut s’empêcher de penser que la plupart de ces messieurs à la mise impeccable devaient fréquenter les maisons closes. »


Sources la Croix du 20 mars

dimanche 27 mars 2016

Ta mort, ma mort... -2/5-

Ce qui correspondait à l'art de bien mourir dans notre culture occidentale, de cet art de l'accompagnement de la mort, et de l'après-mort, a disparu. 

Anecdotes : ( 80% du temps d'intervention de B. Durel est occupé par la racontée de témoignages, d'anecdotes … : insistance de l'expérience, sur le concept …) :

* Calcutta. Bernard vit  un mois et demi à Calcutta, chez Mère Teresa,  près des frères de Mère Teresa, branche masculine. Lors de la deuxième visite, un jeune est  mort : « je l’avais vu la fois d’avant : les jeunes m’emmènent à une tombe  avec croix et couronne de fleurs ; retour au groupe, tous ces jeunes dansent et jouent comme d’habitude ».



La mort de Frida Khalo




** Autre exemple. Une jeune femme  se précipite le  matin, avant de se rendre à un enterrement. Elle était bardée de diplômes, mais  c’était la première fois de sa vie qu’elle allait être en proximité avec la mort.  Contraste entre ces jeunes « familiers de la mort » en Inde et cette femme jeune occidentale.   Un étudiant  raconte : «  en 10 ans d’études de médecine, pas seulement une heure de conférence sur la mort »


*** Nouvel exemple. Une femme dont le mari s’était suicidée, est invitée à un mariage ; elle prend prétexte d’un mal de dents pour ne pas venir.  Alors que dans la génération précédente, cette femme aurait été protégée dans son deuil. Elle aurait été habillée de noir, avec de nombreux signes du deuil, et personne ne l’aurait invitée. Actuellement  après un deuil, on retourne au travail, sans que rien n’en paraisse.


La mort est occultée... Autrefois pour parler de la naissance fruit d'une expérience sexuelle, on parlait de ''cigognes'' à l’oeuvre..etc. Aujourd'hui, c'est la même chose pour la mort ; on préfère les images … équivalentes aux cigognes ..: « Grand-Mère est partie en voyage ... »

On considère même comme une forme de maltraitance que d’inviter les enfants à une sépulture !

"Quelqu'un meurt et c'est comme un silence qui hurle..." Mais , si la mort nous aidait à entendre la fragile musique de la vie ?

La première rencontre avec La Mort, c'est la mort de l'autre, avant notre propre mort : Deux 'mort' : le même mot mais une expérience différente... !



Traditionnellement, on priait pour avoir une mort ''annoncée'' pour se préparer, se réunir autour du lit du mourant... Aujourd'hui on préfère mourir subrepticement … !

A suivre ...

vendredi 25 mars 2016

Ta mort, ma mort... -1/5-

De retour d'une session à St-Jacut de la mer, avec Bernard Durel ( o.p.) : Pratique du Zen, et réflexion sur la mort...
( Cette transcription est personnelle ...)
Les disciples interrogent le 'maître' sur ce qu'il y a après la mort.
A chaque fois, il répond : « je ne sais pas »
Des disciples s’interrogent sur les possibilités du maître... L'un d'eux finit par lui dire:
« Vous êtres maître , et vous ne savez pas … !? »
Le maître répond : « Je suis un maître, mais pas un maître mort... »
Il n'y a pas d'expert de la mort

A la question « Y a t-il une vie après la mort ». La réponse est : « Y a t-il une vie avant la mort ? »

Si on ne peut décrire ce que serait ''l'après-mort'', la mort, elle, peut s'observer tous les jours.



Le message essentiel de cette session, sur la mort, me semble être un message de vie. L'expérience de ce passage par la mort, ne nous est pas accessible. Nul d'entre nous, les humains, n'a pu nous en entretenir.. ! Mais, si je ne peux pas avoir fait l'expérience de ma propre mort ; je peux vivre la mort de mes proches... Et, cette mort est une leçon de vie … Sur la mort, mes maîtres sont ceux qui m'ont précédé, et ceux qui témoignent de ce chemin ...

Quel est l'intérêt de réfléchir à la mort... A sa mort … ?
On pourrait éviter d'en parler, puisqu'on n'en sait rien … ! Je me demande combien de temps, nous pourrions ainsi l'éviter... ? La mort est là, dans l'impermanence de toute chose .. Elle est là, autour de moi, plus ou moins proche ...
«  Il arrive qu’au milieu de la vie  la mort vienne  prendre ses mesures et la vie continue, mais le costume se coud irrémédiablement.»  (Thomas Trauströmer).
Le grand intérêt de la mort, est de nous faire réfléchir à notre vie … !



Le mourant peut être comme un 'maître spirituel' … 
Et la méditation, pour nous préparer à la ''vigilance'' : être surpris, mais prêt... !

A suivre ...