lundi 29 septembre 2014

Supplier Dieu ... ?


Dans « La Croix » du sam 27 sept. Gilbert Delanoue, prêtre de la Mission de France, réagit à un propos du Pape qui « rappelle aux croyants leur responsabilité spécifique, celle de supplier Dieu pour que la paix advienne ».
Le prêtre s'interroge – je partage son questionnement - :« notre Dieu est-il quelqu’un qu’il faut supplier ? Est-ce vraiment cela notre responsabilité commune et spécifique de croyants ?»
Je relève ici quelques extraits de ce texte que je partage.

«Je ne crois pas en un Dieu distrait ou sourd, dont il faudrait attirer l’attention par des neuvaines de prières ou des sacrifices. Je ne crois pas en un Dieu qui distribuerait ses bienfaits à ceux qui montrent plus de persévérance ou qui auraient trouvé les bonnes prières ou les bons intercesseurs (saint Antoine ou d’autres). Je ne crois pas en un Dieu qui aimerait se faire prier ou qui attendrait que nous soyons humiliés pour montrer sa puissance. »

N'y a t-il pas un danger, encore aujourd'hui, de projeter sur Dieu, certaines attentes... ? (1)

«  … le Dieu des chrétiens est un Dieu qui nous supplie de travailler à son règne de justice et de paix. »
« la prière n’a pas pour but de changer Dieu qui ne cesse de vouloir notre bien et d’agir pour cela ; elle a pour but de changer nos cœurs. Pour que ce soit clair, il faudrait abandonner tous ces refrains qui demandent à Dieu de nous écouter. Ceux qui témoignent d’une prière chrétienne ne doutent pas de son écoute ,mais demandent son aide pour contribuer à son règne : « Donne-nous ton Esprit… Fais de nous des ouvriers de paix… »


« Je ne pense pas que tous les croyants parlent du même Dieu et je me sens plus proche de certains athées que de croyants en un Dieu qu’il faudrait supplier. »

*****
La minorité musulmane birmane est la cible de véritables pogroms instigués par des moines bouddhistes extrémistes ( mars 2013) 
« Dieu sait ce dont vous avez besoin » ( Mat 6, 8 )
(1) de plus, comment – avec cette manière de dire – ne pas attirer cette réflexion miroir : « S'il y a un Dieu, il devra supplier pour obtenir mon pardon »: devant Auschwitz, par exemple... ?

vendredi 26 septembre 2014

Dieu est-il un mythe ?

Notre culture – pour la plupart d'entre nous - est fondée sur le christianisme. A son propos nous constatons soit une régression de la foi religieuse classique, avec un rejet ou une crispation identitaire du dogme... Ma crainte serait qu'ainsi nous refoulions du même coup les vérités traditionnelles. Bien sûr, il ne s'agit pas – par nostalgie – de s'attacher à des valeurs dogmatisées , faute de valeurs authentiques …
Alors que reste t-il à faire... ?
Nous en sommes à se poser la question suivante, impensable il y a quelques siècles : «  Dieu est-il un mythe ? » Penser cette question, pourrait sembler admettre, que «  Dieu n'existe pas …. puisqu'il peut être un mythe ! » Or, je pense qu'au XXIème siècle, nous devons être capable – en quelque sorte – de répondre : «  Oui, Dieu existe; et c'est un mythe. »/

« Le mythe est un produit de la psyché humaine, il est élaboré par la fonction imaginative », mais il n'est pas une production arbitraire. «  Le mythe contient une réponse ancestrale, commune à tous les peuples, bien que très diverse par les images élaborées, est archétypique et surrationnelle »
«  la réponse est plus-que-rationnelle, plus sûre et véridique que les concepts de l'intelligence et que les idéologies ( théologiques et philosophiques) élaborées par le raisonnement, ce qui n'empêche pas que
Brian Kershisnik
les images peuvent être traduites en langage conceptuel, à condition de les comprendre comme telles et d'en chercher l'arrière-sens.. (…) la symbolisation mythique devrait être – si surprenant que cela puisse sembler – une véritable pré-science du fonctionnement psychique sous ses formes sensée et insensée. 
»
(…) «  Le mythe, tout en étant un produit de l'imagination symbolisante, fonction du psychisme, exerce à son tour – tant que la foi demeure vivifiante – une influence suggestive et positive sur le psychisme. (…) L'image mythique du sens de la vie, l'image divinité, se transforme dans la psyché croyante en une idée personnellement directive, produit et soutien d'une activité sensée. La portée vitalement sensée de l'activité religieuse réside dans sa capacité d'apaiser les conflits et le sentiment de culpabilité qui s'y attache. Cet effet de « l'image divinité » est ressenti comme une grâce accordée. C'est qu'en effet la divinité, tout en étant image, redevient – parce que foyer d'activité – une sorte de réalité... » Paul Diel , parle de « sorte de réalité »... Je dirais :  C'est qu'en effet la divinité, tout en étant image, redevient – parce que foyer d'activité – une réalité ! En effet, « divinité », « grâce », ...  si elles ne sont dans leur manifestation humaine qu'une expression psychique, elles sont l'expression de la Vérité... Vérité manifestée au travers de ces signes.


Sources : Paul Diel – Ce que nous disent les mythes.

mercredi 24 septembre 2014

La Mythologie, comme outil de connaissance de soi.

Le « Mythe », n'est pas le support d'une voie spirituelle... C'est « faute d'y croire », un outil de connaissance, et par là – à mon avis – un moyen de réhabiliter la religion. La religion est ,elle, une voie spirituelle.
Paul Diel, même agnostique, est un merveilleux passeur en mythologie ...
Orpheus_And_Eurydice


Paul Diel (1893-1972) a travaillé sur une psychologie introspective ( Connais-toi toi-même) et la mythologie est pour lui son outil. Une image mythique peut symboliser un trait du fonctionnement psychique. Et, y compris pour la figure centrale des mythes : la divinité.
Son travail fut l'immense travail de traduction des images symboliques, et des récits mythologiques en termes de fonctionnement psychique.
L'homme psychique, avance dans la « connaissance » par son imagination et par sa raison, et vers une lucidité intellectuelle et spirituelle. Il devient conscient de lui-même, de ses limites, et il peut s'expliquer ( décider …?) la finalité de sa propre existence : trouver un sens à sa vie.
Une interprétation littérale d'une image mythologique ignore le sens de l'image, et aboutit à la dévoyer et ne lui permet pas de remplir son rôle de guide. La lettre est morte... si elle n'est pas vivifiée par l'Esprit....
Dieu n'est pas une illusion. Il est (manifestement) le symbole du sentiment le plus profond qui anime l'être humain, le mystère du sens de la vie...
Eve et Adam, de Marc Chagall


Par exemple, que pourrait-on dire d' Eve..?  Eve n'est pas une femme tentée par le serpent, séductrice..etc Eve n'est pas une femme... Encore moins La Femme ! - Elle pourrait être l'imagination susceptible de s'exalter et d'abuser aussi bien l'homme que la femme... - Adam, pourrait symboliser l'espèce humaine...
L'interprétation littérale renvoie la vision culpabilisante d'une humanité déchue, parce que le premier homme aurait mangé une pomme... !
La spiritualité ne nous demande pas de croire à l'incroyable ( credo quia absurdum...!), motifs de guerres et d'intolérance … Le récit mythique n'a pas pour but de violenter la raison !
Le rejet, l'oubli de notre mythologie nous prive d'un pan entier et fondamental de notre héritage culturel.
L'étude des mythes nous permet de nous réconcilier avec ses récits imagés et d'en discerner et ressentir la portée métaphysique, tout comme la portée éthique. « Dans la compréhension du symbolisme se trouvent réconciliés la foi religieuse et la raison » dit Diel

Sources : Paul Diel – Ce que nous disent les mythes.

lundi 22 septembre 2014

Le Mythe ne serait pas « réel »... ?

Et, la science... ?
Le réel atteignable par la science est un réel d'interaction et le réel en soi reste voilé ( Bernard d'Espagnat, Traite de physique et de philosophie, 2002) .
La physique quantique est le terrain privilégié de la mise en évidence de l'incomplétude, de ce « quelque chose qui échappe ». la micro-physique rappelle que l'homme n'est pas un spectateur indépendant du réel qu'il explore mais qu'il en est partie intégrante. Mesurer et connaître pour le physicien quantique, 'est agir, interagir sur le réel. Il ne voit donc qu'une trace de réel... Une telle interaction perturbe nécessairement l'objet qu'on ne peut connaître comme un « en soi ». Il y a un vrai butoir à la connaissance de l'objet quantique. Le fond des choses échappe, le réel en soi est voilé. Quelque chose échappe, quelque chose qui est de l'ordre de l'origine justement.
La chance de l'humain, c'est que sa « raison » n'a pas lieu d'abdiquer, mais au contraire, c'est l'occasion de la confronter au « mystère »...
De quel mystère s'agit-il. C'est le mystère du connaître.

L'un des essais les plus intéressants pour repenser l'idée du mystère a été, au XXe siècle, celui de Gabriel Marcel ( Positions et Approches concrètes du mystère ontologique, 1949). Ce dernier fait la distinction entre le problème et le mystère. Le problème est une question que nous nous posons sur des éléments considérés comme étalés devant nous, hors de nous généralement. Le propre de la pensée qui se pose des problèmes est de postuler implicitement que le fait de les connaître ne modifie pas les éléments du problème. Le cas le plus clair est celui des problèmes mathématiques classiques.
Il y a mystère, au contraire, quand celui qui s'interroge appartient à ce sur quoi il s'interroge.

« Un mystère, écrit Gabriel Marcel, c'est un problème qui empiète sur ses propres données, qui les envahit et se déplace par là même comme simple problème .. » Et encore : «  le mystère est quelque chose dans lequel je me trouve engagé, et ajouterai-je, non pas engagé partiellement par quelque aspect déterminé et spécialisé de moi-même, mais au contraire engagé tout entier en tant que je réalise une unité qui d'ailleurs, par définition, ne peut jamais se saisir elle-même et ne saurait être qu'objet de création et de foi. »

Parmi les outils - que notre tradition, du fond des âges nous fournit pour appréhender le mystère – les mythes sont essentiels.

Sources: articles de Thierry Magnin

samedi 20 septembre 2014

Entrer dans la dimension surnaturelle, par le Mythe -2/2-

Bien sûr, il ne s'agit pas de faire l'impasse sur l'extraordinaire évolution, qui permet à l'humain de revendiquer sa « raison » comme outil de connaissance...
Mais, faut-il – comme Platon déjà – craindre que l'esprit humain sorte du « rationnel ».. ? Adhérer à l’irrationnel, ce serait courir le risque de régression, au sens d’une aliénation à des croyances, à des illusions, des constructions chimériques ou poétiques, finalement des mensonges. Platon, en substance, nous explique que les mythes sont trompeurs, que par là- même ils sont dangereux, et que la république doit les rejeter.
Procession de la déesse Raison 1793 - Étienne Béricourt -

La « Raison » est en elle-même un mythe magnifié au XIXè s. Elle représente même, peut-être, le mythe fondateur de notre modernité, et connaît aujourd'hui une crise sans précédent. L'affirmation des progrès libérateurs de la science ou la proclamation de lendemains chantants – finalement – ont laissé place à un désarroi, ou à un certain « désenchantement ».
A mon avis le XXIème siècle verra décliner une certaine forme de « rationalisme »... Aujourd'hui , on peut même se demander si, en sa forme dogmatique, il n’est pas en train de devenir, lui-même, l’expression d’un obscurantisme désuet. 


Il faut donc compléter ce qu’apporte le progrès des sciences et des techniques, remettre l’humain et sa dimension spirituelle autant que matérielle au centre de nos préoccupations et de nos efforts, en un mot, ré-enchanter le monde.

Les mythes permettent d’établir un pont, un lien, entre l’intelligible et le sensible. Au-delà du contenu narratif plus ou moins structuré du mythe, il est surtout porteur d’un contenu symbolique et vecteur d’une composante religieuse ( religare). Le mythe suggère un lien entre le visible réel et l’invisible réel, un lien qui permet ainsi de structurer le réel, de lui donner du sens, de l’organiser.


En nous donnant à explorer en nous diverses facettes de notre personnalité, le mythe nous donne l’opportunité de nous remettre en question, de dominer nos passions plutôt que nous nous laisser conduire par elle, d’agir en êtres conscients, à même de dominer leur nature.

jeudi 18 septembre 2014

Entrer dans la dimension surnaturelle, par le Mythe -1/2-

Le mythe, par définition, concerne un récit ( littérature) qui inclut des éléments surnaturels. Aujourd'hui, « le religieux » tient à s'écarter du « mythe » … Trop vaste, trop souple, malléable... ! Trop "universel" ..?
Le mythe japonais du petit Ushiwaka,
sur fond de galaxie ...

Cependant, nous pouvons admettre, je crois, que nous fonctionnons avec des archétypes, des modèles mythiques, inscrits dans une conscience collective... Hors la religion … cette conscience collective, s’est effritée, dissoute … sapée par un individualisme forcené et un scepticisme mêlé de cynisme autant que de pessimisme. Et sans cette dimension, il arrive fréquemment que l’homme d’aujourd’hui, bien plus que celui d’hier, doute du sens de l’existence.

C'est vrai … Le mythe est l’expression d’une pensée archaïque, pré-rationnelle.
Les mythes sont le moyen pour l’esprit humain d’exprimer ses interrogations et ses conflits... ( L'Ancien Testament l'illustre très bien …)
Un rituel peut évoquer un mythe. Il recrée ainsi, pour les participants, le cadre de ce mythe, un espace et un temps « sacrés » ( en franc-maçonnerie par exemple, même laïque..!).
Etudier l’enseignement des mythes, me semble essentiel à la réalisation en tant qu’homme. Les mythes relient l’homme à ses origines, à sa « source » et éclairent le sens de cette vie.
Cette quête, permet par le mythe de penser « Eternité », voire de restaurer le temps mythique, à abolir le temps profane, celui qui conduit inexorablement à la mort, à l’anéantissement. En cherchant à vivre, même simplement de manière fugace, dans le temps sacré, l'humain cherche à s’inscrire dans l’éternité.
Amaterasu, la déesse du soleil. Elle apporte la lumière et la fertilité sur terre...

Ce serait une erreur de déconsidérer le mythe au prétexte qu'il s'agit d'une pensée archaïque, pré-rationnelle... Le mythe a sa cohérence intrinsèque, et si l'on évoque sa part de vérité, il ne s'agit certes pas de vérité historique … !
Le mythe est source d'inspiration, pour justifier l'action humaine. Le mythe fait référence à des personnages, à des lieux, à un temps, à des actions qui constituent des exemples, des prototypes, auxquels nous sommes invités à nous identifier ou qu’on nous engagera à combattre.


Le mythe de la Création, renvoie au principe de l'origine, de la naissance... De la co-création par le Divin et par l'homme... De la dualité, puis de l'Unité qui se cache derrière …

mardi 16 septembre 2014

« Le Royaume » : qu'est-ce qu'être chrétien.. ? Croire.. ? -2/2-

Il faut reconnaître avec E Carrère, que le christianisme renvoie souvent - pour ceux qui l'observe -, à l'image que dénoncent Nietzsche ou Freud, à savoir - le besoin d'être consolé, rassuré... jusqu'à devenir une sorte de refuge névrotique, et - le recours au dogme et à la morale, avant de parler spiritualité ou expérience de foi...
Je laisse ces « déviances », elles n'entament pas ma vison du christianisme... Comme E Carrère, je tiens en très très grande estime, des figures de croyants comme Bernanos ( catholique), Simone Weil ( non chrétienne), qui comptent beaucoup pour moi, et qui sont à l'opposé de l'image précédente …

Personnellement et actuellement, je propose de rentrer dans cette dimension surnaturelle, par le Mythe. ( j'y reviendrai...)
Saint Paul prêchant à Athènes
 Paul Baudry (1826-1886) d’après Raphaël


Etre Chrétien, est-ce «en priorité » croire en la résurrection, comme l'affirme St-Paul … ? 
Je dirai oui, dans la mesure où s'affirme ainsi, la dimension surnaturelle, qui pourrait être évacuée pour ne préférer garder qu'une sagesse.. .

Pourtant, a t-on idée de ce qu'est la résurrection ?
Et, c'est ainsi, que nous nous rendons compte à quel point nous vivons dans une culture différente de celle de Jésus... Si la dimension surnaturelle, paraissait dans les premiers siècles de notre ère, évidente ; aujourd'hui notre vie dans l'au-delà ne nous semble pas nécessiter un besoin de définition … Il me paraît bien vain, de vouloir préciser ce que signifie des notions comme «  la résurrection de la chair ... » !

Aujourd'hui, nous préférons parler du Royaume inscrit dans un présent, ou dans l'Eternité... Le Royaume n'est pas un « au-delà »... ! Il s'agirait plutôt d'une dimension sous-jacente de la réalité … De « La réalité de la réalité » …