Cette question, est le titre d'une
''CONVERSATION SCIENTIFIQUE''( France-Culture) – animée par
Etienne Klein, avec la participation de Anne-Christine Taylor :
anthropologue, Directrice de recherche au CNRS et conseillère
scientifique d'une exposition, que j'ai découverte ensuite par
Internet : ''Persona'' …
Bien sûr, témoignent alors des objets
troublants des peuplades primitives qui dévoilent le caractère
mouvant et multiple des objets rituels, magiques …
Mais, je pensais, moi, même s'il n'en
a pas été question dans l'émission : aux reliques
chrétiennes, mais surtout à l'hostie consacrée : objet et
''présence '' de Dieu …

Avec cette question en tête, je
reviens sur cette
exposition '' Persona''
« Comment l’homme instaure-t-il une relation insolite ou intime avec des objets ? Un groupe d’anthropologues s’est penché sur ces questions, à l’heure où notre conception de l’humain vacille et que ses frontières ne cessent d’être repoussées. »La robotique aujourd'hui, nous permet
de réfléchir sur le rôle de l’anthropomorphisme, dans notre
relation avec des objets, et même avec des animaux …
"Comment
un objet accède au statut de personne", c’est la question que
pose Stéphane Martin, président du musée du Quai Branly, à
travers une réunion d'objets issus de la robotique japonaise à
l'astromorphologie indienne, en passant par la sculpture africaine.
Bien souvent, au cours de circonstances diverses, - la nuit, dans
une forêt, par exemple...- … nous nous interrogeons : n'y
aurait-il pas quelqu'un ? Même, derrière un objet … ?
Derrière un cadavre … ?
En 1944, les psychologues Fritz Heider et Marianne
Simmel montrent à un public, des figures géométriques avec
mouvements aléatoires. Très vite, les spectateurs accordent des
intentions aux formes. Mieux, ils donnent des sentiments aux
structures mouvantes.
Il y a ceux qui vont encore plus loin et considèrent que
l'invisible est peuplé de nombreuses présences. Fantômes, esprits,
proches décédés... Thomas Edison travailla les dix
dernières années de sa vie, sur une machine pour faire parler les
morts.

L'exposition nous invite dans "La vallée de l'étrange"
de Masahiro Mori, pionnier de la robotique. Ce chercheur affirme
que "plus une créature artificielle a forme humaine, plus elle
crée de la curiosité, de l'empathie, de l'attachement; mais ceci
est vrai jusqu'à un certain point". Passer un certain stade de
ressemblance, c'est l'inverse. Elle déclenche un malaise, voir une
vraie répulsion. Il situe sa "Vallée de l'étrange" entre
l'animal en peluche et l'expression artistique de l'idéal humain.
Dans cette "vallée", on peut découvrir une grande table
en bois, avec un homme en cours de fabrication. Il a été
réalisé en 2011 par Stan Wannet , ingénieur et
artiste.Il aime redonner vie à des yeux, des mains, des hommes de
bois et travaille souvent avec des animaux morts. L'artiste
explore aussi le rôle joué par les micros mouvements dans
l'empathie. Il suffit de se retrouver face à face avec des boites
d'yeux animés...
Au sujet des robots :ils sont de plus en plus évolués...
Les plus forts dans ce domaine, sont certainement les japonais.
Minna
Asada présente, sur un écran, ses robots à apparences humaines :
plus vrai que vrai... Son robot Androïde CB2 est carrément gênant.
Une jeune fille-robot déclare : "Je n'ai rien d'artificiel, je
suis vrai". N'a t-on pas envie de la croire.. ? C'est
peut-être ça le pire.. !
Certains passent le pas, avec la '' lovedoll '' … Cette poupée
de compagnie, en silicone et entièrement articulée. Vu de loin,
cette demoiselle pourrait passer pour une vraie jeune fille,
d'ailleurs elle est présentée par ses constructeurs comme "compagne
de substitution". Et toute poupée renvoyée à l'usine
bénéficiera de funérailles dans un temple bouddhiste "
précise la chercheuse Agnès Giard. Ou avec ces robots
thérapeutiques faisant office d’animaux de compagnie...
Il est des présences potentielles, latentes, comme ce
« mnong-gar » vietnamien, par exemple : une figure
de paille qui se substitut au corps du malade en vue des rituels de
guérison.
Nous ne nous interrogeons pas assez sur notre rapport à l'objet,
à l'animal... Quel est le processus de transformation de la matière
inerte en objet incarné (voir animé). Il faudrait explorer plus
avant nos émotions provoquées (malaise, répulsion, fascination…),
nos relations tissées (solidarité, empathie, attachement…).
Faudra t-il que nos artefacts nous ressemblent et jusqu’à quel
point ? Sinon, de quelle manière doivent-ils différer ? Les robots
sont-ils des personnes “non humaines” comme les autres ? La
question vaut pour les robots, mais aussi pour toutes les créatures
artificielles.
Le ''transhumanisme'' nous questionne : quelles sont nos
limites physiques et intellectuelles... ?
 |
| Saint Valère |
Ces questions nous renvoient à l'univers de l'invisible, avant
qu'éventuellement il ne s'incarne … Ces objets peuvent-ils avoir
un lien avec l’autre monde, l’au-delà … qui nourrissent les
fantasmes les plus profonds de l’humanité depuis ses origines. La
question « que devient-on après la mort ? » est
posée … avec des amulettes, des reliques ….
L'exposition propose une expérience : chacun peut composer
sa propre statue ou idole en plaçant une tête sur un buste et des
pieds à sa guise au gré d’une installation rotative semblant
suggérer dans un message d’amitié universelle – Choose
your god – Choisissez votre dieu – …
C’est peut-être là, le cœur même de ce qui fait notre
humanité, notre capacité à rendre tangible des présences
invisibles et à questionner leur fondement, leur réalité. C’est
elle qui nous conduit à la pensée spirituelle, religieuse,
ésotérique, voire même superstitieuse, mais toujours dans cette
quête avide de présence, quand « personne » devient une «
personne ».
A faire l'inventaire de toutes ces manières de projeter de la
''personne'' sur des objets ; n'est-il pas légitime de se
demander si l'homme n'est pas ce « mammifère agité et obstiné
qui pense que le monde a été créé pour lui, et projette partout
son image. » ?
Un dieu à visage d'homme ...
Même un espace vide ne se remplit-il pas irrésistiblement de
présences, un phénomène paradoxal illustré autant par les
tourments de l’ermite que par les expérimentations scientifiques
comme cet extrait d’un documentaire de la BBC où sont observées
plusieurs personnes isolées quarante-huit heures dans un noir
complet, et qui montre que tous les cobayes, vers la fin de
l’expérience, sont pris d’hallucinations. ?