dimanche 9 octobre 2016

La rencontre du mythe et de l'histoire des hommes... -1/4-

Une pause réflexive avant de reprendre la route...

Mosaïque Otranto Cathedral, Italy
Rex Arturus detail of 12th-century mosaic, .
Quand je parle de mon intérêt pour le Roi Arthur, on me répond généralement … « Mais, le Roi Arthur n'a jamais existé … ? »
Alors, je réponds … « Alors, tout ce que j'ai vu en Cornouailles... Non plus ?  - Ces rois d'Angleterre qui exigeaient la filiation d'Arthur, la chevalerie qui organisaient des tournois sous les couleurs de Chevaliers de la Table Ronde … Les efforts de l'Eglise pour 'continuer ' leurs aventures, par une ''Queste du Graal '' christianisée... ? Si tout cela est bien ''réel'', alors c'est que la légende est devenu 'Mythe', c'est à dire fondatrice d'un élan, de créations artistiques et d'un intérêt qui correspond (toujours) à une attente... »

Il est fascinant de voir, côtoyer, respirer, la rencontre d'un mythe – qui s'assume comme tel - avec l'histoire, avec nos désirs, et finalement avec le réel. Comment le mythe, nourrit notre réel.. ?
Cette table a été fabriquée autour de 1250-1290, 
sous le règne d'Edward I, 
passionné par le récit arthurien, à l'occasion d'un tournoi....
Cette question est pour moi fondamentale, parce que ma religion, est elle aussi construite sur du mythe... Parce qu'elle est, elle aussi une rencontre entre l'histoire humaine, et le mythe.
«  Le mythe est à mes yeux la seule voie d’accès possible au secret de l’homme et de l’histoire. La littérature permet d’approcher ce cœur poétique de la pensée humaine qu’est le mythe. » Philippe Walter, né le 12 août 1952 à Metz en Lorraine, est un médiéviste français. Spécialiste des mythologies chrétiennes, notamment de la littérature arthurienne, et de l'imaginaire médiéval.
« Le mythe n’est pas une mystification. Il est le chiffre secret de notre condition humaine. On peut l’analyser à la façon des sociologues : quelles sont par exemple les mythes dominants portés aujourd’hui par la publicité, le cinéma ou la télévision ? Il y a aussi les analyses philologiques et iconographiques, ce qui est mon cas pour le Moyen Âge. Dites-vous bien que toute civilisation construit sa vérité à travers des symboles et des mythes, même si elle refuse de l’avouer. »
Image tiré du prochain film sur la légende: '' Knights of the Roundtable: King Arthur'' 2017

«  Il est indéniable que pendant le haut Moyen Age, aux alentours du Ve et VIe siècle, a commencé un vaste mouvement d’assimilation du paganisme celto-germanique par le christianisme. Ce fut l’effet d’une longue évolution parfois conflictuelle. En Europe, le paganisme populaire n’a pas été aboli par le christianisme. Il a même été partiellement créé par lui (on songe à la « religion » des sorcières), coexistant avec lui beaucoup plus longtemps qu’on ne le croit. Dans une certaine mesure, c’est grâce au christianisme tel qu’il a évolué au Moyen Âge que le paganisme populaire s’est conservé jusqu’à nos jours. »



jeudi 6 octobre 2016

Sur les pas du Roi Arthur -9/.- St Michael's Mount

Ce Mont-Saint-Michel, bien plus petit que le français, est accessible à marée basse par la chaussée et à marée haute par bateau, il est situé sur une petite île formée d'une colline rocheuse. Là se dresse le monastère, construit au XIIe siècle par des bénédictins du Mont-Saint-Michel, qui servit ensuite de forteresse. C'est aujourd'hui un château, si le lieu nous fait remonter, à travers ses origines, à l'époque des premiers temps chrétiens, il offre aujourd'hui un intéressant mélange de styles allant du XIVe au XIXe siècle, et combinant des aspects à la fois militaires, religieux et domestiques. 


Le château appartient aux barons Saint-Levan, descendants du colonel John Saint-Aubyn, commandant puis acquéreur de l'île (1659), et une chapelle du XVe siècle dédiée à saint Michel. En contrebas se trouve un port, quelques maisons et une chapelle dédiée à sainte Marie... Le tout sur une île, donc, reliée au rivage par une petite digue submersible de 400 mètres de long.

Saint-Michel archange, est le petit-frère de Lucifer. Il n'hésite pas à le combattre lors de la rébellion des anges déchus et le précipite hors du Ciel... Il est celui qui retient le bras d'Abraham, alors qu'il s'apprête à immoler son fils. Il est aussi l'Ange de l'Apocalypse... Il est l'Ange de Dieu le plus actif auprès de l'humanité
Aussi je retiens, dans les cartes du Tarot, l'arcane 15, le Diable. Elle représente le manque d'harmonie, la destruction... Et, aussi la destruction des forces qui nous immobilisent... La question du Graal, reste : « Qu'est-ce qui nous retient ? »

Qu'en est-il, ici, sur ce lieu emplit d'Histoire, et d'histoires … ?

Une légende de Cornouailles raconte comment, en 495, des pêcheurs ont vu l'archange Michel sur un rocher de granite sortant de la mer. L'île devient un lieu de pèlerinage et on rapporte qu'un monastère 'celtique' se serait développé sur le rocher du VIIIe au XIe siècle. St Michael's Mount serait l'Ictis mentionnée par Diodore de Sicile (1er s. av J.C.)
Vers 1150, le monastère Saint-Michel de Normandie reçoit de Robert de Mortain, demi-frère du roi d'Angleterre 'Guillaume le Conquérant' et l'abbé Bernard fait construire un monastère bénédictin qui, en tant que propriété étrangère, est saisi par la couronne en 1425 ; une route pavée est alors construite afin de relier l'île au continent à marée basse, il est finalement fermé en 1539.
À la suite de son schisme avec la papauté, Henri VIII dissout les monastères et confisque leurs trésors ; le mont devient une forteresse qui assure la protection de la côte qu'il surplombe. Comme celle de son modèle normand, l'histoire du Saint-Michael's Mount est mouvementée, au gré des luttes d'influence ou des guerres civiles...
En 1587, l'approche de l'Armada espagnole y est signalée en allumant un fanal au clocher de l'église.

La tradition arthurienne veut que cette île, soit une partie de la terre perdue de Lyonesse, dont le royaume occupait une partie des ''Isles anciennes''...

Ici, Arthur a autrefois combattu un géant féroce ; cependant le mont associe ce trait à une autre figure mythique : Jack, appelé le tueur de géants. Cette histoire est traditionnelle ici, en Cornouailles.
Jack est venu à St Michaels Mount pour débarrasser l'île et la région du fléau d'un géant nommé Cormoran, une brute sauvage et indisciplinée.
Cette créature hideuse, à l'aspect sauvage est la terreur du lieu ; chaque soir, il quitte son antre sombre au sommet du rocher, et patauge à travers la baie, pour piller le bétail de ses voisins du continent.
Mais un soir Jack nage et s'introduit dans l'île. Il creusé une fosse profonde, qu'il couvre de fougères, de bâtons et de terre. A l'aube, il joue de sa corne pour réveiller le monstre, qui furieux se précipite sur lui... Mais, le sol céde la place, et Cormoran étonné dégringole tête baissée dans la fosse, où Jack l’achève à coups de pioche dans le crâne.


Arthur Rackham, est un artiste britannique, 
illustrateur. ( 1867-1939)





Lorsque les barons de Cornwall entendent parler de la défaite du géant, ils félicitent le brave garçon et déclarent qu'à partir de ce jour, il devra être appelé : "Jack the Giant Killer''. Ils lui offrent une ceinture sur laquelle est inscrit, en lettres d'or : « Celui-ci est le vaillant Cornishman, qui tua le géant Cormoran »
Il se met au service du Roi Arthur, grâce à qui il obtient des chaussures magiques, une épée, un manteau d'invisibilité, avec pour mission de débarrasser le royaume des géants.
Lors d'une dernière aventure, Jack, sauve une belle jeune fille, qu'un sorcier tient prisonnière dans un château situé au sommet d'une montagne … Son père, tout heureux, accorde à Jack la main de sa fille et le couple vit heureux sur un vaste domaine, fief reçu du Roi Arthur, dont Jack devient un de ses chevaliers …

Dans l'antiquité, le mythe des géants, une démesure des instincts brutaux, laisse à l'être humain, et non aux dieux, le soin d'exterminer les monstres... Il est un appel à l’héroïsme humain. Le géant représente tout ce que l'homme doit vaincre pour libérer et épanouir sa personnalité... Dans la tradition celtique, le géant n’appartient pas à ''l'autre monde '', mais aux puissance inférieures.

lundi 3 octobre 2016

Sur les pas du Roi Arthur -8/.- Tintagel

Nous dormons dans un B&B, près de Clovelly, un village sans voiture ( une rue principale forte raide) connu pour ses rues piétonnes pavées...

Tintagel est un petit village situé sur la côte découpée et romantique du nord de la Cornouailles. Endroit, d'une beauté sauvage … Au bourg, tout est fait pour évoquer le souvenir du roi Arthur et le mettre en valeur. On se croirait dans une véritable capitale arthurienne, avec en particulier le King Arthur's Great Halls.
 Nous passons par le Tintagel Visitor Centre , et ne trouvons aucune brochure en français...

Une carte attire mon regard. Une ''reine des oiseaux'' ! Sans doute une carte de Tarot...
On trouve les premières mentions de Tintagel comme site de la légende d'Arthur chez Geoffroi de Monmouth (12e siècle). Les chroniqueurs qui ont suivi et la tradition ont perpétué ce lien.
Des fouilles effectuées entre 1933 et 1936 ont mis a jour toutes les assises du château de Tintagel. On a ainsi découvert que le château et le donjon datent du 12ème siècle et qu'auparavant le site était occupé par un monastère celte construit avant le 9ème siècle et qui était déjà en ruines au moment de la construction du château.

Le château est invisible de la route. Pour l'atteindre, il faut laisser la voiture dans un parking du village et emprunter un long sentier qui débouche sur une crique, la mer et les falaises. On y accède seulement à pied, après 15 minutes de marche. Ensuite, après le ''péage'', on emprunte un pont de bois, et c'est l'escalade par un sentier escarpé et étroit...
Uther and Ygraine. 
from 'King Arthur and his Knights',
 illus. by Frank Godwin (1889 ~ 1959)
En haut des falaises, restent les ruines du château où, selon la légende, le roi Arthur aurait été conçu et serait né: de sa mère Ygerne, duchesse de Cornouailles, et son père Uther Pendragon, Roi de Grande Bretagne. Tintagel est le domaine du duc Gorlois de Cornouailles, époux de la belle Ygerne qui, par les sortilèges de Merlin, deviendra la maîtresse d'Uther et la mère d'Arthur...
Il n'y aurait vécu que quelques temps avant d'être emmené dans l'actuel Pays de Galles, pour y être élevé.
Une autre tradition locale, fortement implantée, en fait l'une des résidences du roi Mark de Cornouailles, oncle de Tristan et époux de la belle Yseult la Blonde. C'est à Tintagel que se déroulent en grande partie les amours de Tristan et d'Yseult, et qu'ont lieu la fameuse scène du roi caché dans un pin pour espionner les amants, et celle du piège tendu dans la chambre royale, avec la farine répandue sur le sol. Il existe, non loin de Tintagel, en direction de Lancien, un pilier de pierre sur lequel une inscription, datant probablement du VIIème siècle, déplore la disparition d'un certain Tristan, fils d'un certain Marcus-Conomorus.





Tintagel est un site fort complexe. C'est d'abord ce qu'on appelle un « éperon barré », autrement dit une forteresse établie sur un promontoire protégé de tous côtés par la mer, sauf un solidement muni d'un rempart et d'un fossé.
C'est un établissement celtique des premiers temps de l'Age du Fer, toujours réutilisé au cours des siècles en raison de son importance stratégique: qui tient Tintagel peut surveiller l'ensemble de la côte septentrionale du Cornwall, et donc contrôler toute la navigation.
Tout en bas du château, après avoir descendu jusqu’à la plage, se trouve la grotte de Merlin.
Ce château en ruine a été construit par Richard de Cornouailles : seigneur des Cornouailles du XIIè siècle. Il voulait ainsi se rattacher de façon tangible à Arthur, le faisant son illustre ancêtre.
Le château de Tintagel comporte deux parties distinctes; l'une située sur la côte et l'autre située sur une île. Sur la côte on trouve l'entrée, les ailes supérieure et inférieure ainsi que les vestige de la Prison du 14ème siècle...









Selon le gallois Geoffroy de Monmouth, vers 1135-1138 et selon la légende, le père d'Arthur, le roi de toute la Grande-Bretagne, Uther Pendragon, part en guerre contre Gorlois, duc de Cornouailles, pour capturer la femme de Gorlois, Ygerne ( ou Ygraine) , dont Uther est tombé amoureux.
Merlin emporte Arthur ...
Alors que Gorlois se défend contre les armées d'Uther au fort de Dimilioc dont il est le propriétaire, il envoie Ygerne au château de Tintagel pour y être en sécurité, lieu qui, selon la légende, et l'Historia regum Britanniae, est censé être son refuge le plus sûr. Alors qu'il assiège Dimilioc, Uther confie à son ami Ulfin son amour pour Ygerne, mais Ulfin lui répond qu'il lui serait impossible de prendre Tintagel, car « il est juste à côté de la mer, et est entouré par la mer de tous les côtés ; et il n'y a pas d'autres voies pour y accéder, à l'exception d'un étroit passage rocheux, et à cet endroit, trois guerriers armés pourraient interdire toute entrée, même si vous résistez avec toute la Grande-Bretagne derrière vous ».
L'histoire de Geoffroy de Monmouth se poursuit en expliquant comment le magicien Merlin fut appelé, et comment, pour les aider à pénétrer dans le château de Tintagel, il utilise la magie pour changer l'apparence de Uther en celle de Gorlois, tout en changeant sa propre apparence et celle d'Ulfin afin de ressembler à deux compagnons de Gorlois. Déguisés ainsi, ils sont en mesure d'entrer dans le château, où Uther rejoint Ygerne, et « cette nuit là, le plus célèbre des hommes fut conçu ».
Ygerne ou Ygraine, est à rattacher à l'ancien irlandais gigren ( oie sauvage). Un oiseau migrateur lié aux enfantements... Ygraine serait la fée-oiseau, présente dans de nombreux contes...
La reine est une contre-partie féminine du Roi. Elle est l'origine des émotions, et utilise l'épée pour sa discipline mentale, et équilibrer les émotions …

L'un des mystères du Graal, est représenté par cette épée qui ne doit jamais quitter le fourreau, ou considérés comme inégaux.  Le fourreau d'Excalibur est ainsi exceptionnel : il confère le pouvoir de protection à l’épée, protégeant son porteur de toute blessure fatale. Dans les récits, Morgane parvint à le voler, ce qui causera la mort d’Arthur contre Mordred.


C'est tout près d'ici, de Tintagel, que nous sommes renvoyés de la naissance à la mort du Roi Arthur... En lien, avec l 'épée Excalibur...

Au lac de Dozmary ( Dozmary pool) l'une des étendues d'eau de la lande de Bodmin. Lorsque Arthur blessé part pou Avalon, il demande à Bedivere (ou Girflet) de rendre cette épée à ce lac ; il en résulte aussitôt un prodige : une main sort de l'eau pour saisir l'épée.

vendredi 30 septembre 2016

Sur les pas du Roi Arthur -7/.- Glastonbury Tor

Nous n'en avons pas fini, avec la Légende … L'abbaye de Glastonbury serait le portail vers Avalon.
Faire ainsi le lien avec '' l’Autre Monde '' ne serait-il pas osé... ?

Tor, est la colline qui surplombe Glastonbury. Dans les écrits constituant la Matière de Bretagne, Avalon est une île sur laquelle on se rend en barque (et avec un peu de magie), île qui aurait même disparu tandis que la fée Morgane ramenait un roi Arthur mourant, barrant pour toujours aux simples mortels l’accès à l’Autre Monde. Or, le Tor se dresse au-dessus d’une plaine marécageuse qui était jadis immergée sous l’eau, faisant ainsi de la colline une sorte d’île difficile d’accès entre la rivière, le brouillard et l’altitude.
Tor, selon les légendes et les croyances païennes, était un centre de résistance du paganisme face à la montée du christianisme. Montée fort bien caractérisée par l’abbaye, justement, née à peu près à l’époque d’Arthur.
Aujourd'hui, des anciens bâtiments (certainement un monastère) ne reste qu’une tour : la tour de St Michel, l’unique vestige de l’église du 14e siècle . Elle offre un refuge appréciable après une montée éprouvante par le vent... C’est une tour carrée et massive, sans pratiquement aucune ornementation, à part deux motifs qui encadrent la porte à l’avant. Juste deux petites fenêtres étroites apportent un peu de lumière dans le corps de la tour, et l’absence de plafond n’apporte rien au niveau du sol.


Un peu plus bas, on peut aujourd'hui visiter ''Chalice Well and Source'' sorte de jardin zen.
La légende locale raconte que Joseph d'Arimathie – portant avec lui le Graal et la Lance qui a percé le flanc du Christ - , arrivant à Glastonbury est épuisé... Il plante alors la lance dans le sol, et jaillit alors une source, intensément rouge comme si du sang y était dilué. Cette source est celle qui se trouve dans les jardins du Chalice Well and Source. Point de sang dans cette eau, mais une très importante quantité de fer, qui en s’oxydant devient rouge, et tinte ainsi la pierre sur laquelle co
ule la source.
Chalice Well est un puits sacré qui aurait été bâti par les Druides. Les puits figurent souvent dans la mythologie galloise et irlandaise des portes sur le monde des esprits. La croisée des deux mondes est représentée par le couvercle du puits, couvercle dessiné par l’architecte et archéologue Frederick Bligh Bond en 1919. Les deux cercles entrecroisés constituent le symbole connu sous le nom de Vesica Piscis. Dans le dessin du couvercle, une lance ou une épée croise ces deux cercles, référence possible à Excalibur, l’épée du Roi Arthur. Le feuillage représente l’Aubépine Sacrée de Glastonbury.
Tor - Earth's Chakras,
Crown and Heart
(Art by Cheryl Yambrach Rose-Hall)



La carte de la Tour foudroyée, rappelle cet épisode relié à Merlin : Vortigern fait édifier une tour, mais ses fondations sont sapées par deux dragons qui s'affrontent... Merlin les identifient et les fait combattre entre eux … Cette destruction peut s'avérer nécessaire, si elle permet – après purification – un nouvel équilibre...

Et, si je me promène dans des ruines, transperce avec la nature environnante un équilibre, qui me prévient que l'Histoire qui se rattache à ses lieux ne sont qu'un décor d'une aventure plus riche encore … A découvrir...

Envie de revenir aux aux légendes, qui habillent ces lieux. Une petite histoire se rattache précisément à la fondation de l'abbaye de Glastonbury :
Le roi Arthur a adoubé ce dernier jour de Noël, le chevalier Yder ; avant qu'il n'aille – avec lui - combattre trois géants malfaisants. On identifie la montagne des trois géants avec Brent Knoll, une colline au-dessous de Bristol...Yder accomplit l'exploit mais Arthur le croyant mort l'abandonne sur place. Yder meurt. Apprenant son erreur, Arthur établit vingt-quatre moines à Glastonbury et leur demande de prier en permanence pour l'âme du chevalier défunt.
La quête d'Yder, est de rechercher son père qu'il ne connaît pas. Il finit par le retrouver, accède à la royauté et épouse le reine Guenloïe. Lors de son exploit, il sauve la reine Guenièvre d'un ours ( Arthur signifie ours). Ici Arthur est un mauvais roi, et le couple Yder/Guenloie supplante le couple Arthur/Guenièvre ...
En Bretagne armoricaine Yder aurait servi de prototype à saint Edern. Edern sauve un cerf poursuivi par des chasseurs.  Dans la légende galloise, Edern, qui chevauchait aussi un cerf, est le fils du dieu Nuz et l'un des premiers amants de la reine Guenièvre, l'infidèle épouse du roi Arthur.

mardi 27 septembre 2016

Sur les pas du Roi Arthur -6/.- Glastonbury

Le lendemain, nous prenons la route de Glastonbury, en passant par Wells ; ce serait dommage de manquer la cathédrale et les 'à-côtés'... On peut se promener dans la plus vieille rue d'Angleterre : ''Vicars’ Close''. Dans cette rue, l’architecture est uniquement médiévale. Elle fut créé en 1348 par l’évêque Ralph de Shrewsbury afin d’héberger les 42 membres du chœur de la cathédrale. Cette communauté s’organisait le long d’une simple rue avec les maisons individuelles de part et d’autre, ainsi qu’à chaque extrémité, une salle commune pour la prise des repas et une chapelle.
Chaque maisons se voulait habitable pour un seul prêtre et était identique : une salle de séjour au rez-de-chaussée avec une grande fenêtre de part et d’autre, à l’Est et à l’Ouest, donnant sur un escalier en colimaçon menant au 1e étage où se trouvait la chambre. Des latrines et des douches étaient installées dans les cours arrières et des puits se trouvaient à chaque extrémité de la rue.

Passé Penniless Porch la « porte sans le sous » en référence aux mendiants qui y faisaient l’aumône, remplacés aujourd'hui par un jeune joueur de guitare ; on découvre l’impressionnante façade de la cathédrale de Wells  devant laquelle s’étend une grande pelouse encadrée de maisons médiévales. La cathédrale est vraiment imposante par sa largeur : la porte voûtée est surmontée de trois longs vitraux et, de part et d’autre de la structure centrale, deux grandes tours gothiques se dressent vers le ciel. Il s’agit de la première cathédrale anglaise construite dans ce style gothique. La façade, qui date de 1230, comprend de nombreuses statues médiévales représentants des scènes bibliques, des rois et des évêques, des anges, les douze apôtres et, à son sommet, la statue du Christ.

Nous voilà prêts pour ce que je pensais être l’essentiel de notre voyage : Glastonbury...
Ce serait Joseph d'Arimathie qui aurait établi la première église chrétienne en Somerset. Il serait à l'origine de l’abbaye, qui daterait du premier siècle. Nous en avons des traces dès le VIIe siècle... Elle s'agrandira au cours des siècles jusqu’en 1541 où elle fut détruite par le roi Henry VIII.
Joseph d'Arimathie emportant le Graal
Une légende médiévale prétend que Joseph construisit une table pareille à celle de la cène, la place de Judas restant vide, personne ne devait s'y asseoir sauf un véritable chevalier. Cinquante ans après avoir mis Jésus au tombeau, Joseph fut enseveli le 27 juillet 82 auprès de la petite chapelle en torchis et osier, bâtie par lui et ses douze compagnons...

A la mort de Joseph d'Arimathie, des sources mentionnent que le Graal fut transporté à Rome, pour faire partie du trésor des papes. Mais ici, on a retenu que Joseph aurait dissimulé le vase en l’ensevelissant juste au dessous du Tor de Glastonbury à l’entrée du monde souterrain. On cite un lieu précis, '' Chalice-Hill '' sous la colline qui porte ce nom, et où se trouve le puits sacré, dont l'eau aurait servi à baptiser les convertis et bien des personnalités...
Joseph of Arimathea,
Keeper of the Holy Grail

En 166, le pape Eleuthère envoie des missionnaires en Somerset pour restaurer la chapelle primitive. On ne reparle plus de Glastonbury, avant le Ve siècle quand Saint-Patrick vient ici. En 546, Malgwin de Landoff érige une grande église. Saint David, patron du Pays de Galles, crée au VIe s. des monastères dont Glastonbury, pour combattre les erreurs de Pélage...
Le nom celtique du lieu était '' Dun-Nazeth-Clas '', qui signifierait le fruit sacré, chez les druides, de la pomme, un lieu renommé pour sa fertilité...

L’abbaye a connu d’après les retracés archéologiques diverses phases de constructions et de destructions. En particulier un incendie ravage la plupart des bâtiments constitutifs de l’abbaye en 1184….








Selon l’ecclésiastique Giraud de Barri, des pèlerins découvrent quelques années plus tard lors de sa reconstruction une sépulture contenant des os appartenant à deux individus distincts.  Sépulture constituée par un cercueil disposé sous une dalle de pierre portant une croix de fer avec cette inscription :
Arms du King Arthur
“Hic jacet sepultus inclutvs Rex Arturius in insulis Avalonia cum Wenneveria uxore cum sua secunda in insula Avallonia” ; C’est à dire : Ci-git le fameux Roi Arthur ensevelie avec sa seconde épouse Wenneveria dans l’île d’Avalon ( avalon signifie '' pommeraie '').

Le roi Richard Coeur de Lion règne alors, roi français plus que britannique : il a grandi en Aquitaine, a fait sa croisade, est revenu se faire couronner en Angleterre après sa libération qui a laissé exsangue le royaume, puis est retourné en France. Ce n’est pas un roi très populaire en Grande Bretagne. Mais c’est le fils d’Henri II Plantagenêt, commanditaire de l’Histoire des Rois de Bretagne, qui place Arthur, ce héros breton, à l’origine de la lignée des Plantagenêt. Le mythe arthurien s'inscrit alors dans l'histoire... La découverte de ces corps renforce la fiabilité de la légende, et permet à Richard de se revendiquer breton. Elle permet aussi à la petite abbaye de Glastonbury, déjà bien puissante dans les cercles chrétiens de l’époque, d’asseoir son autorité et d’assurer sa richesse. Richesse qui va se révéler indispensable quelques années plus tard, quand l’abbaye brûle entièrement dans un incendie (1184) .
Arms des Plantagenêts
Grâce à son prestige, les moines parviennent à la faire reconstruire en un temps record : en deux ans... La construction est allée tellement vite qu’ils ont du faire appel à différents maîtres d’oeuvre, ce qui explique pourquoi chaque fenêtre est ornée de motifs différents. Cette nouvelle église est la vieille église encore partiellement debout aujourd’hui, l’Eglise des Dames qui date de 1186.
On déambule donc aujourd’hui dans les ruines de l’abbaye datant de la période post-incendie.
Quelques décennies plus tard, le rayonnement de Glastonbury s’est encore accru. La petite église ne suffit plus. Une cathédrale est alors construite, juste derrière. En 1278, lors d’une grande cérémonie à laquelle assistent le roi Edouard 1er et la reine Éléonore, les restes du roi Arthur sont remis en terre dans une tombe de marbre noir massif, porté par des lions, de marbre eux aussi, au pied du grand autel de l’église. Glastonbury est au faîte de sa gloire.







L'emplacement de la tombe est marquée au sol. Non loin, une jeune femme rousse se recueille. Je l'avais déjà aperçue alors qu'elle parcourt le site selon certains axes...
Le cadre s'il est grandiose - 15.5 hectares - est serein. La visite commence par un musée, puis on rentre dans un jardin verdoyant. La pelouse entoure les bâtiments : la Chapelle de la Vierge, puis les quelques ruines qui entourent le site du tombeau d'Arthur... Il y a deux étangs et un verger. Plus de 250 arbres sont dispersés...
Des ruines, bien sûr... les toucher nous ramène à tenter de retrouver ce qui animait les moines qui vivaient ici... Je trouve une carte : ''la tour foudroyée'', bien sûr... La paix n'est pas toujours au rendez-vous...
Je reviens à l'Histoire.... Par permission d' Edouard III (1312-1377), on fit des fouilles pour retrouver le corps de Joseph d'Arimathie... (?)

On arrive à l’époque d’Henri VIII. Celui-ci se déclare le chef de l’Eglise dans son propre royaume. Le schisme avec Rome est consommé et la guerre éclate. Mais Henri VIII est ruiné. Un de ses conseillers lui rappelle alors sagement qu’en tant que chef de l’Eglise en Grande Bretagne, il est aussi libre de prendre ses richesses. Plusieurs abbés se révoltent, dont celui de Glastonbury, Richard Whiting, qui est pendu pour haute trahison sur le Glastonbury Tor  en 1539.
Les richesses de Glastonbury partent alors dans le trésor royal et la cathédrale et l’abbaye sont démantelées (1541) , à la fois par les hommes d’Henri VIII pour s’assurer que ce puissant centre religieux disparaisse, mais aussi par les habitants qui utilisent les pierres déjà taillées...

Les ruines vont rester à l’abandon pendant trois siècles, jusqu’à l’époque romantique anglaise (19ème siècle). Un riche propriétaire achète alors ces ruines, qui jouxtent son domaine, dans le but d’étendre un peu sa propriété et de posséder de jolies ruines. Lui-même n’aura jamais connaissance de l’importance de ces jolies ruines en question, mais un de ses proches descendants oui, en retrouvant également de vieux manuscrits parlant de l’endroit.
Commence alors la protection de l’abbaye de Glastonbury, aujourd’hui assurée par une association privée et le English National Heritage, qui protège également le Tor.










Des parties communes du monastère, comme le cloître, la cuisine des moines et le réfectoire, il ne subsiste que les fondations, recouvertes d’herbe verte. Seule la cuisine de l’Abbé datant du 14e siècle est encore intacte avec son toit en forme de dôme surmonté de deux tours octogonales permettant l’évacuation de la fumée. Elle témoigne de la richesse et du niveau de vie élevé des abbés et moines de l’abbaye.






samedi 24 septembre 2016

Sur les pas du Roi Arthur -5/.- Bristol

Il est temps de fermer ses valises, et enfin de parcourir le chemin... Mais, par où commencer ?
Autrement dit, qu'elle est l'origine de La Légende... ?

Très vite, je m'aperçois qu'elle est multiple. Cette quête ne peut être que celle d'un agnostique en la matière, mais un agnostique qui cherche, un pèlerin...

Après ma descente de l'avion à ''Bristol- Airport'', je passe ma première nuit sur le sol anglais, dans un hôtel du centre-ville ''Brooks Guest House'', la chambre King double nous attend... Avec la possibilité de boire un thé, je trouve une carte : le N°8 du Tarot de Merlin - ''le Magicien'' ( en fait le Bateleur du Tarot) , une figure qui me conforte à ouvrir mes livres : Hermes initie l'apprenti que je suis par la mobilisation de mon énergie intellectuelle, la plus simple à rassembler et à contrôler.

Ma première source sur laquelle je peux m'appuyer, qui fait référence textuellement au Roi Arthur, c'est l' "Historia Regum Britanniae" œuvre rédigée en latin entre 1135 et 1138, par l'écrivain gallois Geoffroy de Monmouth (~ 1100-1155) ( à noter que l'origine de ce clerc serait de souche bretonne …) . Ce texte remporta un certain succès jusqu’à la fin du XVe siècle : plus de 200 manuscrits latins en subsistent. Bien des adaptations et des traductions ( appelés Bruts) ont circulé...

Ce livre s'appuie sur un ''magicien '' Merlin et ses prophéties ( Prophetiae Merlini  ), il serait lui-même inspiré par un livre très ancien le Liber vetustissimus, composé en breton. Ensuite cette Historia a été traduite en gallois (Brut y Breninhed), et adaptée en langue romane sous le titre de Roman de Brut en 1155 par Wace qui lui évoque pour la première fois la Table Ronde. .
Merlin prophesies for Vortigern,
from a manuscript of Geoffrey of Monmouth's ..
Le texte de Geoffroy de Monmouth aura une influence très importante sur les auteurs médiévaux qui s'emparent de la matière de Bretagne pour créer leurs œuvres.
Geoffroy de Monmouth, remonte aux premiers héros fantastiques, et après la conquête romaine, il cite le traître Vortigern ( ou Vortegirn) qui appelle dans l'île les barbares saxons ; c'est Vortigern qui rencontre Merlin, qui en aidant ses successeurs : Aurelius Ambrosius et Uther Pendragon, repoussent victorieusement les invasions barbares. Enfin, Monmouth rapporte le règne d'Arthur, conquérant de l'Irlande, de la Norvège et de la Gaule et vainqueur de son neveu Mordred qui, avec l'aide de la reine Guenièvre, devenue sa maîtresse, avait tenté de s'emparer du trône. Avec les successeurs d'Arthur, et sous la menace continuelle des Saxons, le royaume ne fait que décliner jusqu'à la fin du VIIe siècle.
Le tout premier portrait du roi Arthur
In Geoffroy de Monmouth Prophetia ...

Le roi Arthur avait déjà été cité par l'historien et moine Nennius ( début du IXe s.) dans L'Historia Brittonum : premier ouvrage à faire référence au personnage d'Arthur, en tant que chef des rois des Bretons, avec le titre de dux bellorum dans les 12 batailles qu'il livra contre les Saxons...

Les Plantagenêt ( Henri II …) et leurs successeurs vont s’approprier la figure du roi mythique des Bretons jusqu’à en faire leur ancêtre. Vers 1200, la découverte de la tombe du roi Arthur à l’abbaye de Glastonbury brise le mythe de « l’espoir breton ». Le prêtre Layamon ( fin du XIIe s.) , par ailleurs traducteur du Brut de Wace en langue anglo-saxonne, va récupérer dans les écrits de Geoffroy les prophéties de Merlin pour les détourner au profit des Anglais : Merlin annonce qu’un jour Arthur reviendrait pour aider les Anglais...

Dans le troisième livre attribué à Geoffroy de Monmouth, La Vie de Merlin : Merlin est marié à Gwendolena, roi de Dyfed, il est pris de folie à la vue du massacre de trois de ses frères, il s’enfuit dans la forêt de Calédonie, au sud de l’Ecosse actuelle. Il devient le Merlin ' homme sauvage '. Dès lors, Merlin vit en compagnie d’un loup.  Merlin refuse les présents les plus merveilleux qu’on lui offre pour l’arracher à sa retraite. Dans la forêt de Calédonie, il développe des capacités prophétiques prodigieuses, il parle avec les plantes et les animaux. C’est un savant : il connaît l’astronomie et la musique, il discourt longuement des phénomènes naturels et des origines du monde.
Geoffroy de Monmouth a fait entrer dans l’histoire Arthur, Merlin, Gauvain, Conan Meriadec, Utherpendragon, des personnages ''créés'' que l’on retrouve aux côtés de personnages historiques. Cette confusion du légendaire et des faits historiques a eu comme conséquences, durant huit siècles, de contribuer à la rencontre de la légende et de l'histoire …
Il est extraordinaire de constater que ce Mythe qu’il a contribué à répandre a été accepté comme un ensemble de faits historiques jusqu’au XVIIe siècle en Angleterre et jusqu’au début du XIXe en France !








Avec Richard Cœur de lion, successeur d’Henri II, Arthur est adopté par les rois normands d’Angleterre. C’est cet Arthur là que nous retrouverons chez Chrétien de Troyes, autre grand auteur arthurien après Geoffroy de Monmouth, dans la seconde moitié du 12e siècle. Avec Chrétien, nous entrerons dans le monde et dans l’idéologie chevaleresque...

( Parmi mes sources : l'Encyclopédie de brocéliande: http://broceliande.brecilien.org/ )

Ces lectures méritent bien une promenade dans la ville de Bristol, ….....
Sur un muret, non loin de King St. au bord de l'eau, un verre (pint) de bière abandonné attire mon attention... A l'intérieur, une carte : le Chariot.... ! Je me suis permis de garder le verre …
Il y a grande animation au ''Old Duke''... Il fait beau, en suivant la rivière, nous mangeons sur la terrasse du Severnshed, au-dessus de l'Avon.

Si le Bateleur-Magicien, fait s'interroger l'impétrant avec la question du Graal : Que cherches-tu dans la vie ? : Le chariot, véhicule de la conscience, rappelle une autre question : Où vas-tu ? Cette figure remet Minerve/ Brigid (*) comme patronne de la connaissance et de l'inspiration. L'intellect n'est pas la seule source, et il me faut revenir à toute la richesse du Mythe. Je marche dans une direction choisie avec discernement, sagesse, enthousiasme … Arthur, est le précurseur de nombreuses quêtes... Si les chevaliers de la Table Ronde parcourent la Bretagne arthurienne, ils se rendent, la quête achevée, dans la ville de Sarras devenue la demeure du Graal...


(*) Brigit ou Brigid était la déesse la plus puissante et la plus connue de la mythologie celtique. Elle fut assimilée à Sainte Brigitte patronne de l'Irlande qui naquit vers 453  

Les deux illustrations ci-dessus sont de l'illustratrice Beatrice Stevens - Geoffrey of Monmouth's Dream — 1906.