
Extraits d'un entretien paru dans ''la
Croix'', vendredi 27 févr.
La philosophe insiste ici, sur le
versant positif de la Dette.
Elle dit avoir été marquée par « La
Généalogie de la morale, où Nietzsche
évoque une économie primitive de type créanciers-débiteurs, à
l’origine de la conscience morale. Dans cette genèse, il montre
comment le sentiment de dette a permis la naissance de « l’homme
responsable », qui sait compter et sur lequel on peut compter.
Là où, pour Nietzsche, intervient une perversion, c’est lorsque
la dette devient illimitée, et se transforme par un processus
d’intériorisation en sentiment infini de culpabilité. La dette
impayable parce qu’illimitée entraîne une perte de liberté.
C’est la double peine : la dette se double du fardeau de la
culpabilité. Nietzsche rappelle que le terme allemand « Schuld »
signifie à la fois « dette » et « faute »
- Saint-Paul dit : « N’ayez
entre vous que la dette de l’amour mutuel » (Rm, 13, 8) ?
N. S.-L. : « La seule dette féconde est celle qui nous
place dans cette dynamique du recevoir et du donner.
L’accomplissement de l’amour est dans la réciprocité. Aimer, ce
n’est pas seulement donner. Ou plus précisément pour donner, il
faut commencer par savoir recevoir. »
- La ''remise de dettes'' :
« La remise de dette peut signifier son annulation pure et simple. C’est dans une certaine mesure le sens du pardon. On n’oublie pas le passé, mais on efface la dette. C’est parfois la seule façon d’enrayer la violence, de guérir les blessures du corps social, d’assurer la transition des régimes, de renouveler la vie en société. Cependant, il existe des cas où la dette est inépuisable et cela n’empêche pas la continuation de la vie, au contraire. Certaines dettes ne sont pas à payer, simplement à reconnaître. C’est alors une marque de civilisation et d’humanité qui permet d’éviter l’arrogance de la bonne conscience. »
« ..(..) si l’Allemagne a pu relancer sa croissance à la fin du deuxième conflit mondial, c’est parce que certains pays ont renoncé à une forme de dédommagement. Aucun peuple ne peut se présenter comme l’unique créancier ou débiteur, parce que les créanciers d’aujourd’hui ont été les débiteurs d’hier. Les Grecs nous rappellent une forme de dette mutuelle. »
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