samedi 9 août 2014

Quelques images, autour du Mythe Saint-Georges

Après une lecture autour du mythe de Saint-Georges, le dragon et la princesse... Je m'amuse à rapprocher certaines images, qui pourraient servir de commentaires à toute cette histoire ...!

           
           
            St Georges  patron du Maitre d'armes             Saint George And The Dragon,  retold by Margaret Hodges, illustrated by Trina Schart Hyman
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Saint George ( ou Lancelot ) and the Dragon
Fortunino Matania - 
St Georges tue le dragon
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Saint George tuant le dragon - 
Giorgio de Chirico, 1940
Petar Meseldzija - St Georges
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On peut également rapprocher St-Georges de: ....

           
           
Sainte Marguerite. Le Titien
Sainte Marguerite.  Raphaël
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Fils de Zeus et de Danaé, Persée 
accomplit l'exploit de tuer méduse 
et de sauver Andromède
            Ingres - Roger délivrant Angélique, 1819

jeudi 7 août 2014

Saint-Georges et le Dragon. -4/4- ...et les femmes -2-

Extraits de « Saint Georges ou l’imaginaire de la liberté » de Richard Miller
Rubens, Peter Paul
Saint George Battles the Dragon : 1606-1608

« Cet ouvrage vise plusieurs objectifs, précise Hervé Hasquin dans la préface. Le premier est de mieux faire connaître la complexité de ce héros légendaire. L'auteur étudie aussi la façon dont s'est élaborée la légende et comment l'histoire réelle et fictive interfèrent. Il veut aussi témoigner de l'importance du folklore populaire comme affirmation de la liberté imaginaire de l'être humain ». D'où son titre : Saint Georges ou l'imaginaire de la liberté. Richard Miller poursuit sa quête inexorable. « Dans ce genre de mythe, chacun va trouver ce qu'il est venu chercher, dit-il. C'est pourquoi ce type de récit parle à tous et s'appuie sur une profonde universalité. Tout le monde a besoin un jour d'un chevalier pour l'aider à repousser ses peurs »

Richard Miller, est né à Charleroi, le 16 novembre 1954. Il est député wallon, et Docteur en philosophie de l’Université Libre de Bruxelles. Il publie « Saint Georges ou l’imaginaire de la liberté », par les Cahiers du Centre Jean Gol
Il vit à Mons.
« Il est impossible de résumer en un ouvrage l'histoire de Saint Georges. Une histoire qui a débuté au Proche Orient, au 3e siècle après Jésus Christ. Même Jean-Paul Sartre s'est vivement intéressé à ce mythe catholique alors qu'il est connu pour être un marxiste soutenant les thèses révolutionnaires. On ne sait pas non plus si le fameux Saint Georges a réellement existé. "Mais on ne dit pas non plus qu'il n'a pas existé. On ne peut pas l'identifier. S'il a existé, on ne saura probablement jamais qui il a été. On ne sait pas le représenter. Si vous observez le casque de Saint Georges sur la place, vous constaterez qu'il n'y a pas de visage en dessous. On ne peut pas le représenter !" »

Detail of a miniature
of George fighting the dragon,
France, c. 1430-1440
Le Moyen Âge chrétien, durant plus de mille ans, ignora l’épisode du combat contre le dragon, lequel n’est nullement le point de départ des récits qui concernent le saint guerrier, mais en constitue un développement, une émanation tardive. Ce n’est qu’ à l’approche du 13ème siècle que ce fait d’armes commença à supplanter les autres aspects de sa vie, y compris le martyre enduré .

Les peurs n’étant pas égales pour tous, on verra Saint Georges être affecté à la protection des chevaliers au combat, des Croisés face aux Infidèles, mais également à celle des agneaux dont le berger craint par-dessus tout qu’ils soient dévorés par un animal prédateur ; voire à celle des produits de la ferme pour qu’ils ne se gâtent pas. Autre registre que l’on n’a guère l’habitude d’associer au soldat de Dieu : la protection de la jeune fille qui a peur de ne pas trouver de mari, ou celle de la pucelle pour qui on en a trouvé un, ou encore l’angoisse de la femme craignant la stérilité ou au contraire l’accouchement...

Les ancêtres de Saint-Georges Georges : Héraclès tuant l’Hydre de Lerne, Thésée qui vainc le Minotaure, Cadmos fondant Thèbes après avoir tué un dragon, Persée sauvant Andromède d’un monstre marin...
A 1915 British recruitment poster WWI
by the Parliamentary Recruiting Committee,
using the iconography
of St George slaying the dragon

Etudier ce type de récits nous fait accéder à la compréhension de ce qu’est l’esprit humain et donc à la compréhension de qui nous sommes. Lorsque la mythologie grecque, dont la parole se répète à l’origine de notre civilisation, rapporte que Cronos dévorait ses propres enfants, enfants nés de son mariage incestueux avec sa propre soeur, et lorsque nous regardons les oeuvres terrifiantes que ce récit a inspirées à Rubens et à Goya, nous n’apprenons rien de l’origine du monde ou de la nature du temps. Par contre cela enseigne quelque chose à propos de nous-mêmes. Qui sommes-nous pour ainsi proposer comme explication de l’origine de l’univers et de l’existence cet acte monstrueux par lequel un père dévorerait à pleines dents ses enfants ? Qui sommes-nous pour inventer qu’un père comme Abraham puisse accepter d’égorger son fils pour satisfaire Dieu ? Qui sommes-nous pour imaginer –comme le rapporte la Vie de saint Georges-, qu’un père, le roi, accepterait de livrer sa fille, la princesse, une bête répugnante ? Question d’autant plus dérangeante que non seulement d’autres cultures mettent en avant le même type d’excès, mais que nous-mêmes, pourtant formés, formatés, par plusieurs siècles de rationalisme, nous ne pouvons nous départir d’un sentiment intéressé à l’ égard de ces récits qui, la plupart du temps, comme le rappelle Marcel Detienne sont effroyables, scandaleux et obscènes ( Marcel Detienne, L’invention de la mythologie, Paris, Gallimard).

Salvador Dali  -  Saint-George
Nous savons qu’il ne peut s’agir de faits exacts, nous ne les déclarons pas faux pour autant. Nous ne pouvons au contraire nous empêcher de leur attribuer un crédit particulier, tout en sachant qu’ils n’appartiennent pas réellement à notre monde et à notre temporalité mais à une sorte de présent éternel. Le récit que la tradition nous rapporte n’est pas précisément exact mais il est doté d’une véracité singulière : saint Georges a terrassé le dragon, a sauvé la princesse, et la population reconnaissante s’est convertie au christianisme. Les probabilités sont pourtant faibles pour que tel jour de telle année, un nommé Georges qui passait par là, ait remporté un combat, qui plus est, un combat contre un dragon ailé, amphibie et cracheur de feu, lequel s’apprêtait à dévorer une princesse livrée au monstre par son père le roi, et ce, conformément aux lois édictées. Pourtant, nous ne pouvons nous empêcher d’accorder à cet événement un statut dont non seulement nous ne doutons pas mais dont il ne nous paraît pas nécessaire de douter. De manière tout aussi surprenante, toute personne étrangère, à qui le combat serait raconté, lui accordera semblable statut de vérité : chacune et chacun sait immédiatement à quelle sorte de récit il a affaire. Bref la fabulation continue de nous parler quand bien même vivons-nous au XXIème siècle.
Johann König  -  Saint-Georges


Il ne s’agit pas d’affirmer, contre la raison, que les dieux, les monstres, les héros et les princesses existeraient de toute éternité mais de saisir, en se fondant sur les récits constitués autour de saint Georges, comment l’esprit humain fonctionne, comment il est plus vaste que la pensée rationnelle, de même que les flots sont plus vastes que le radeau, et comment le monde de l’objectivité ne suffit pas combler la puissance fictive, imaginative, fabuleuse qui est la sienne : Car seule, l’histoire de la fonction symbolique permettrait de rendre compte de cette condition intellectuelle de l’homme, qui est que l’univers ne signifie jamais assez, et que la pensée dispose toujours de trop de significations pour la quantité d’objets auxquels elle peut accrocher celles-ci. »( Claude Lévi-Strauss, Anthropologie structurale, op.cit., pp. 202-203.).

Edward Burne-Jones,
La légende de St George et le dragon,
VI- La princesse attaché à un arbre, 1866
La pensée rationnelle ne résout pas les questions premières. Elle ne cesse au contraire de les reposer avec une nouvelle urgence éthique. Le débat sur la fécondation in vitro, sur les manipulations génétiques ou sur l’utilisation de l’intelligence artificielle et cybernétique n’est-il pas une formulation autre pour une même question initiale : qui sommes-nous ? Ce « mystère de la fécondation n’a cessé de hanter le Moyen Âge chrétien, ce dont témoigne le culte de l’Immaculée Conception. La question de la virginité, de la fécondation, de la reproduction et du désir, se retrouvent d’ailleurs très exactement à l’endroit où Saint-Georges la situe : sous la robe de la princesse. Le dragon n’est pas tué immédiatement, mais terrassé , maté , dompté; c’est à la princesse que Georges propose de le tenir en laisse avec ce qui lie ou délie sa robe, à savoir sa ceinture. Scène à laquelle le Tintoret en 1552 confère, toute son ambiguïté en peignant la princesse assise, les jambes écartées, sur la bête. ( position qualifiée par plusieurs auteurs comme indécente ...).
Un autre refuge, et non des moindres, est la culture populaire qui a toujours incarné un formidable lieu de résistance face à la supériorité des clercs, des savants et des initiés. Face aussi aux dogmes imposés par l’Eglise. Rituel religieux et rituel populaire, folklorique, ont été concomitants sans être intégrés, fondus l’un dans l’autre. On peut voir cette association/dissociation dans la Fête de la Saint-Georges gravée par Hieronymus Cock d’après une peinture de Pieter Bruegel l’Ancien. 
The Kermis of Saint George, c. 1559
Pieter Breughel, the elder (Flemish, 152530-1569) published by Hieronymus Cock (Flemish, 1510-1570)

Cette oeuvre permet de souligner la dimension essentielle qu’est le rire, la dérision, qui de tout temps a constitué pour les populations une réponse de la liberté à tout ce qui contraint. Breughel est à ce point associé à ce pouvoir de mise en dérision que son nom en est venu à lui servir de qualificatif. Pour en revenir à l’association/dissociation entre les manifestations du culte et la spontanéité populaire, celle-ci demeure très visible dans les folklores locaux dont celui du week end de la Trinité à Mons.

Le récit de saint Georges est la prise en compte de la peur, motion humaine rivée au corps et que nulle raison ne suffit à dompter, si elle n’est assortie de cette rare vertu qu’est le courage. Peur du combattant, peur de la douleur, peur de l’ennemi, peur de l’étrange ; peur politique dans le chef du roi ; peur sexuelle de la princesse future épousée ; peur féminine dans une société d’hommes ; peur humaine de l’animal et de l’obscur ; peur chrétienne des Sarrasins; peur médiévale de la famine et de la peste ; peur corporelle de ce qui agresse, pénètre, tranche, découpe, torture et brûle ; peur du regard de Dieu, du Jugement dernier et des supplices de l’enfer ; peur aussi du sang, de la perte du sang, perte physique à travers la blessure reçue au combat ou à travers le sexe de la femme, mais aussi peur de la perte du « sang », au sens de la lignée. Le sang fut un élément déterminant de la société médiévale, ce dont la quête du Saint Graal, du sang provenant de l’enveloppe charnelle du Christ, est le symbole.
Raphael
Saint_Georges terrassant le dragon 1505

En ce sens la peinture, pleinement constitutive du récit collectif, par la répétition d’un même modèle , va confirmer que saint Georges est l’incarnation de la peur vaincue. Que ce soit Giorgione, Carpaccio, Uccello, Raphaël, Le Tintoret, Rubens, Altdorfer...

Dans Le Rameau d’or, publié entre 1890 et 1915 et qui constitue la plus vaste tentative de rassembler l’ensemble des croyances rituelles de l’humanité , James Georges Frazer mentionne non pas saint Georges en tant que tel, mais nombre de rites liés au jour de la Saint-Georges. Rites liés à la nature et au rythme des saisons qui permettent, soulignons-le au passage, de comprendre la présence des « hommes-feuilles » lors du combat du Doudou, vestige du culte des arbres répandus sur tout le continent européen.

Sur une toile du Tintoret, on y voit saint Georges, le dragon, la princesse et Louis de Toulouse. Trois siècles plus tard, préparant Les pierres de Venise John Ruskin s’est arrêté devant cette toile. Il remarque que «  le sujet est traité d’une nouvelle et curieuse façon. Le personnage principal est la princesse, à califourchon sur le cou du dragon qu’elle tient par une bride de ruban ( ) Il n’y a aucune expression, aucune vie dans ce dragon ( ) la princesse semble avoir été placée par saint Georges sur le dragon, son principal ennemi, dans une attitude victorieuse. Elle porte une riche robe rouge, mais elle manque de grâce ». L’attitude est «  nouvelle et curieuse »; en clair, pour une princesse, elle est franchement inconvenante. Le dragon entre ses jambes est dit « sans vie »
St Louis, St George, et la princesse - Jacopo Tintoretto (1518-1594)
(..) dans le récit fabulo-mythique de saint Georges, Eros est de la partie. En plus des interrogations liées à la composition des images saintes, sont présentes celles relatives à ce sur quoi la société féodale est fondée, la virginité et, plus largement, la non-sexualité de la femme.
Louis de Toulouse. Né à Brignolles en 1274 et mort au même endroit vingt-trois ans plus tard, sa vie aurait pu être inintéressante. Cependant il fut retenu en otage durant sept ans près de Taragone. Là, il eut la révélation. On dit de lui que « remarquable pour sa pureté angélique, il ne ressentit aucune des séductions du monde . Bref, il est permis d’inférer que sa présence sous le pinceau du Tintoret symbolise la pureté charnelle. Le regard baissé et son attitude ambiguë laissent deviner la réprobation qu’il éprouve à l’égard de cette princesse qui se conduit de façon si outrancière. La figure de saint Louis et celle du saint guerrier sont deux regards consternés portés sur celle par qui tout devient imaginable. Si le dragon a été maté par saint Georges, quelle puissance pourra, semblent-ils penser, contenir tout ce que couve de sexualité possible la jeune femme ? C’est la princesse et non plus le dragon qui devient, pour reprendre la formulation de Freud, le lieu de l’inquiétante étrangeté.
Mater le désir de la femme, l’ignorer, l’occulter, le circonscrire est un impératif de la société féodale dont les chevaliers délaissaient le lit conjugal durant de longues périodes –ce dont les sept années d’absence de saint Louis pouvaient être perçues comme le rappel. Impératif qui ne se borne pas aux seuls moments d’abstinence imposée par des s parations momentanées : c’est la vie sexuelle de la femme dans sa totalité qui doit être sous contrôle : se maîtriser par intermittence eût été rendu encore plus improbable, une fois les sens éveillés.

mardi 5 août 2014

Saint-Georges et le Dragon. -3/4- ...et les femmes -1-

Joseph Solomon (British , 1860-1927),
St. George
Dans les versions épiques et chevaleresques, l’enjeu est toujours la princesse – ce qui, est loin d’apparaître comme l’enjeu manifeste du combat de saint Georges, dans les versions plus anciennes ( sans dragon)... En effet, l'histoire de Georges se contente d'évoquer le martyr d'un militaire d’origine cappadocienne, un tribun près de l’empereur des Perses Datianus. Il se convertit soudainement. Il dépose alors les armes, s’institue lui-même « soldat du Christ », et distribue tous ses biens aux pauvres. Puis il va se présenter devant l’empereur en confessant sa foi. L'empereur lui inflige alors d'innombrables tortures... Saint Georges préfère tous les supplices aux tentations de la chair fomentées par l’empereur, en lui offrant presque sa femme... Plusieurs fois mort, il ressuscitera pour être sept années durant, avec obstination, torturé et mis en pièce par l’empereur.
Ensuite avec l'épisode du dragon, on retrouve, comme dans de nombreux récits chevaleresques : d’un côté le saint ( vierge) chevalier solitaire, et de l'autre une thématique nuptiale…
Observons de plus près le motif de la belle princesse à sauver, dans le récit chevaleresque de Saint-Georges
Saint Georges ( de par son origine agricole) , fêté le 23 avril est associé à l’ouverture des lieux, après la fonte des neiges, les sentiers sont à nouveau praticables, surtout pour les cavaliers... Le dragon, lui est associé à l’ouverture mortelle des corps sous les dents du dragon, et donc – avec une jeune fille - à l’ouverture vivante et féconde, l’ouverture sexuelle...
Pieter Bruegel The-Younger - The-Kermesse-of-St-George

Avec la Saint-Georges débute en effet, depuis le Moyen Âge, tout un cycle de fêtes d’initiations, fêtes pendant lesquelles – en particulier - l’image monstrueuse et coupable de la sexualité (l’image, donc, du dragon) est transgressée.
Les fêtes populaires convertissent ces tensions... Cette « ouverture » festive, et les légendes ( caution de l'imaginaire ) permettent de convertir en transgression l’interdit même qu’elle met en scène...
Le combat du prude chevalier contre le répugnant dragon – dont l’exigence sexuelle à s’offrir toutes les vierges d’un royaume constitue un aspect fondamental de sa valeur négative, partout explicite, sauf bien sûr dans ses versions ecclésiastiques – se transforme, se convertit en un jeu libre mais protégé, comme sanctifié par l’image tutélaire du saint. Voilà peut-être pourquoi on ne sait jamais exactement, dans les images de saint Georges, si le dragon est anéanti ou bien apprivoisé (notamment par la princesse).
A l’époque de l’amour courtois et de la poésie des troubadours, la manière dont la femme est considérée change. Le culte à Marie s’étend aussi.
Saint Georges donnera pour des siècles l’exemple du chevalier saint et la figure de la contradiction dépassée, de la tension apaisée... en passant, néanmoins par la violence..., que les croisades du XIe et XIIe s. justifient...
           
           
    David Vinckboons ~ The Kermesse of Saint George
     Pieter Brueghel the Younger ~ The Kermesse of Saint George

Dans son « Rameau d’or », Frazer (1854-1941) donne tous les exemples possibles dans lesquels saint Georges finit par patronner, du haut de sa statue d’éphèbe, ce qu’on pourrait nommer une ouverture des femmes… Jeunes filles enveloppées dans des feuillages et promenées comme des offrandes sacrées avant d’être épousées ; vêtements de femmes enceintes placés sous un arbre la nuit de la Saint-Georges, afin que la délivrance – ou le travail, œuvre et ouverture confondues – soit plus facile ; sacrifices sanglants à la terre fertile, auxquels doivent prendre part, le 23 avril, les jeunes filles du village ; serpents écorchés dont on emploie la peau pour des fumigations fertilisantes pratiquées la veille de la fête du saint… 
En Orient, les choses étaient plus claires encore : une coutume syrienne voulait par exemple que l’on offrît des jeunes filles aux hommes saints, aux « inspirés », pour que des êtres surnaturels puissent voir le jour, comme si saint Georges et le dragon étaient réunis dans une même fonction, celle, mythologique et fort ancienne, des demi-dieux animalisés et fertilisants ; or, précisément, les rites syriens de saint Georges ont porté les traces évidentes de cette vieille prostitution sacrée, son lieu de culte – le pouvoir occulte de son lieu, et plus précisément de sa tombe – supportant désormais cette capacité magique de fertiliser les femmes. Frazer signale encore d’autres exemples, telle cette recette de séduction sexuelle réussissant à combiner le culte de saint Georges et l’instrumentalisation déplacée – car rétrécie aux dimensions d’un simple crapaud – de sa victoire sur le dragon :
Pieter Balten - grande_kermesse_de_la_saint_Georges_au_village
« Attrapez une grenouille le jour de la Saint-Georges, enveloppez-là dans un linge blanc, et déposez-là dans une fourmilière après le coucher du soleil ou vers minuit. L’animal fait entendre de terribles coassements pendant que les fourmis lui rongent la chair sur les os. Lorsque le silence règne de nouveau, vous ne trouverez plus rien de la grenouille qu’un petit os en forme de crochet et un autre petit os en forme de pelle. Prenez l’os crochu, approchez-vous de la fille de votre choix et accrochez-le sur sa robe ; immédiatement après elle vous aimera à la folie. Si plus tard vous avez assez d’elle, vous n’avez qu’à la toucher avec l’autre os, et son amour disparaîtra aussi vite qu’il est venu. »

           
           
Dante Gabriel Rossetti, St George et la princesse Sabra , 1862
       L'histoire de St George et le dragon -Le mariage de St George et de la princesse Sabra, 1861-1862

dimanche 3 août 2014

Saint-Georges et le Dragon. -2/4- L'histoire de la légende

Saint Georges - Vies de saints- France, Paris,
Bibl. Sainte-Geneviève: XIII c
Saint-Georges. Revêtu d'une armure d'argent, montant un cheval caparaçonné d'or et arborant l'emblème distinctif du chrétien – une croix rouge sur fond blanc – ce héraut de la chrétienté apparaît dans tous les chants te récits héroïques des pays d'Europe comme le gardien de l'ordre, le défenseur de la civilisation et le destructeur de la race des dragons. Des siècles après sa mort, la réputation de ce saint guerrier était telle qu'il devint le protecteur de l'Angleterre, de la Catalogne, de l'Aragon, de l'Italie et e la Grèce, et qu'on le révérait dans des pays aussi différents que la Lituanie, le Portugal et Constantinople. En Angleterre sa fête, fixée au 23 avril, était partout célébrée par de magnifiques processions et des réjouissances. L'ordre de la Jarretière, la plus haute distinction britannique, se recommandait de lui.

Saint-Georges était le patron de tous ceux qui touchaient au métier des armes : chevaliers, archers, selliers, et forgerons. En terre sainte, les croisés se plaçaient sous sa protection, car on prétendait qu'il était apparu à la tête d'une milice céleste lors de la bataille d'Antioche en 1098. On l'avait revu l'année suivante au siège de Jérusalem, et chaque fois il avait rendu courage et donné victoire au guerriers du Christ, qui avaient adopté son nom comme cri de guerre.
Croisades
Apparition de Saint-Georges sur le mont des Olives
par Gustave Dore

Le cas de saint Georges est unique, d’abord par sa popularité, par le succès de son culte, qui en a inquiété plus d’un, parce qu’il faisait de l’ombre au culte des apôtres eux-mêmes : au Moyen Âge, il n’était pas de pèlerin qui, ayant visité le Saint-Sépulcre, n’allât se recueillir aussitôt sur la tombe présumée de saint Georges. Et, par le nombre ( une centaine … ! ) de Saint-Georges, susceptibles... On croira reconnaître l’unique saint Georges qui vaille, dans celui dont on a fini par localiser la tombe à Lydda (Lod), petite ville située à quelques kilomètres de Joppé (Jaffa), sur le chemin de Jérusalem.

Pour tout dire, le dragon entre tardivement en scène... Vers le Xe siècle, et dans les légendiers vers le XIIIe s.( Jean de Mailly, 1240 ; Jacques de Voragine, avec la Légende dorée, vers 1290)
Quand le dragon entre dans la légende de saint Georges, il n’est d’abord qu’une forme allégorique du combat religieux, celle du combat éternel du Bien avec le Mal, c’est-à-dire du Christ avec Satan.
Saint Georges terrassant le dragon c. 1453 par Jost Haller (c.1410-1485 avant)

Dans un second temps logique, l’allégorie du combat se narrativise, et fera du dragon ce qu’il est pour nous désormais : un dragon de légende. Le personnage de la princesse, en plus de sa propre teneur allégorique peut représenter l’Église ou la Foi défendues.

Cependant, l’Eglise, a marqué rapidement des réticences à propos des récits relatifs à saint Georges, en les considérant « non recipiendis ».


Le chevalier chrétien se fit le champion du nouvel ordre du monde et lutta contre les survivances du paganisme.

Georges lui-même subit le martyr et périt dans les supplices. Bien d'autres tueurs de dragons devaient lui succéder avant que la terre fût purgée de ces monstres !

Saint George Killing the Dragon, Walters Art Musuem

samedi 2 août 2014

Saint-Georges et le Dragon. -1/4- La légende

La légende dorée de Jacques de Voragine (1228 env.-1298) évoque l’histoire héroïque du chevalier Georges qui délivre une ville assiégée par un dragon.
Il est intéressant de se rendre compte de l'histoire de la légende qui d'un agriculteur, fait un soldat, puis un tueur de dragon. Son culte connaît un grand succès populaire, il est invoqué contre toutes sortes de peur ( en particulier autour de la féminité)... Il devient , pas très catholique, du fait – entre autres raisons - de sa romance chevaleresque ( XIIe et XIIIe s.)... ? Le pape Paul III (pape de 1534 à 1549) fait retirer du bréviaire les leçons du second nocturne, relatives à Saint Georges.

Voici l'histoire:
Un reptile monstrueux habite une mare près de Silène (province de Libye). Plusieurs fois le peuple est venu avec des armes pour le tuer; mais il lui suffit de s'approcher d'une foule pour les détruire de son souffle.
Les habitants de la ville doivent mettre journellement deux brebis à sa disposition, pour satisfaire sa voracité. Quand il n’y a plus de brebis, il faut lui offrir des humains : les filles lui sont offertes... Le tour de la fille du roi vient et le peuple la réclame. Le père affligé, offre tous ses trésors en échange de la vie de sa fille, mais en vain.
Le peuple lui répond avec fureur : « Maintenant que tous nos enfants sont morts, tu veux sauver ta fille ? Si tu ne fais pas pour ta fille ce que tu as ordonné pour les autres, nous te brûlerons avec ta maison.» Alors le roi, voyant qu'il ne pourrait sauver sa fille, la fait revêtir d'une robe de mariée et l’embrasse en larmes.
Il la laisse partir en lui disant : « O ma fille, que ne suis-je mort avant toi pour te perdre ainsi ! ». Elle se jette aux pieds de son père pour lui demander sa bénédiction, et le père l’ayant bénie, elle se dirige vers le lac.
A ce moment là passe le chevalier Georges, et la voyant pleurer, il lui demande ce qu'elle a.
« Bon jeune homme, lui répond-elle, vite, monte sur ton cheval ; fuis, si tu ne veux mourir avec moi. » N'aie pas peur, lui dit Georges, Je ne m’en irai pas avant que tu ne m’aies expliqué ce que tu as. » Or, après elle l'instruit totalement, Georges lui dit :
« Ma fille, ne crains point, car au nom de J.-C., je t'aiderai. »
Elle lui dit : « Bon soldat ! mais hâte-toi de te sauver, ne péris pas avec moi ! C'est assez de mourir seule; car tu ne pourrais me délivrer et nous péririons ensemble. » Alors qu'ils parlent ainsi, voici que le dragon s'approche en levant la tête au-dessus du lac. La jeune fille toute tremblante dit : « Fuis, mon seigneur, fuis vite.
« A l’instant Georges monte sur son cheval, et se fortifiant du signe de la croix, il attaque avec audace le dragon qui avance sur lui : il brandit sa lance avec vigueur, se recommande à Dieu, frappe le monstre avec force et l’abat par terre ...

Il dit ensuite à la jeune fille d’attacher avec sa ceinture (symbole de chasteté), la bête blessée. Le dragon la suit comme un gentil chiot. Quand elle arrive à la porte de la ville, les gens prennent peur et s’enfuient. Saint Georges essaye de les retenir et de les tranquilliser : « Ne craignez rien, le Seigneur m’a envoyé auprès de vous afin de vous délivrer des malheurs que vous causent ce dragon : seulement croyez en J.-C., et que chacun de vous reçoive le baptême, et je tuerai le montre.
Alors le roi avec tout le peuple reçoit le baptême, et saint Georges, ayant dégainé son épée, tue le dragon et ordonne de le porter hors de la ville. Selon d’autres versions, la princesse était enfermée dans un château et tous mouraient de soif car la source était au pied de la montagne où se trouvait la tanière du dragon.
Dante Gabriel Rossetti - Le mariage de St Georges et de la princesse Sabra 1857
Saint-Georges, le héros au cœur pur, tua un dragon pour sauver une princesse de Libye. En récompense, il obtint la main de la jeune fille.

mercredi 30 juillet 2014

Images: Le passé et le présent ...

Le passé, et
Thomas Cole (1801-1848) - Le passé 1838

le présent , qui n'existe déjà plus ...!
Thomas Cole -- The Present. 1838
*****

Et .... 
disons: le futur antérieur ..!
Image d'origine inconnue, qui figure un paysage de style "steampunk"

lundi 28 juillet 2014

La Bible entre mythe et histoire.

Thomas Cole (1801-1848) - Prométhée

De tous temps, et en particulier les anciens, comprenaient que les Écritures étaient un texte à interpréter...
Dans l'Ancien Testament, YHVH dit à Ézéchiel :
«  Ouvre ta bouche, et mange ce que je te donnerai ! Je regardais, et voici, une main était étendue vers moi, et elle tenait un livre en rouleau. Il le déploya devant moi, et il était écrit en dedans et en dehors. » (Ez2, 8-10)

Ainsi, par exemple : - Lorsque Moïse ( personnage non historique …) mène son peuple de la terre de servitude à la terre promise, il s'agit de reconnaître avant tout que l’Égypte est en nous, que Moïse et le peuple sont en nous ...etc …
- Le déluge, et l'arche de Noé ne sont pas à prendre au sens littéral. Le déluge est celui des passions, des émotions qui ravagent ...etc
La Bible utilise le langage des mythes.
Thomas Cole--L'Ange apparaissant aux bergers. 1833-1834


- Le récit d'Adam et Eve n’est pour nous – aujourd'hui - qu’une tentative d’auto-compréhension de la situation existentielle de l’homme.... Ce que l'on nomme – abusivement - (?) « la chute » d’Adam ne renvoie pas à un événement historique...
Le mythe appartient de manière essentielle au langage de la religion. On peut se demander, si aujourd'hui, ce langage peut être reçu par l’homme moderne. Malheureusement, le mot ‘mythe’ a une connotation d’irréel et de fiction, et il nous gène que le mythe puisse être le langage propre du mystère.
Thomas Cole (1801-1848) The_Course_of_Empire_Destruction_1836


Pour autant, derrière le mythe, n’y a t-il aucun événement historique.. ? N’y a t-il qu’un message pour moi et mon existence ?

La Bible n’est pas constituée uniquement de paraboles et de récits plus ou moins mythiques. Elle exprime l'intervention divine dans l'histoire des hommes... Elle interprète l’histoire particulière du peuple d’Israël et celle tout autant particulière de Jésus-Christ.  Certains livres bibliques sont des relectures d’événements vécus comme acte de révélation. L’Écriture, poésie du Verbe de Dieu, composée de mots et d’événements, permet alors d’éclairer le sens profond de l’histoire des hommes et d’y découvrir Dieu.  
Thomas Cole--Il Pensaro. 1845