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mercredi 14 juin 2017

Robert de Laron, la magie noire et le Diable. -2/2-

A l'égard du Diable et de ses pouvoirs, les histoires sur Roger de Laron, en constituent un vivant exemple. Ainsi, celle-ci :
On raconte que Roger eut commerce avec Satan lui-même, mais dans un but charitable, pour tenter de sauver un étranger rencontré par hasard.

Un jour, alors que, perdu dans ses pensées, le seigneur de Laron s'est éloigné du château et se promène aux alentours du village de Saint-Julien, il tombe sur un jeune homme affalé dans l'herbe, une épée en travers de ses genoux et les yeux pleins de larmes. Le chevalier s'arrête pour s'enquérir de ses malheurs et le réconforter et – pense t-il - l'empêcher d'attenter à ses jours, comme son attitude peut le donner à craindre.
Il entend alors le récit d'une bien curieuse aventure.

Le jeune homme a mené une vie des plus dissolues: ayant dilapidé son héritage en beuveries et jusqu'à perdre son fief au jeu, il s'est abouché avec un vieux sage ( semblait-il) qui lui a offert son aide. Celui-ci s'engage à payer les dettes du jeune homme et à subvenir à ses besoins, en échange, le jeune homme se mettrait à l'entière disposition de son bienfaiteur.
Les dettes ont été honorées, et le vieillard est venu réclamer son dû. C'est alors seulement - en humant une écœurante odeur de corps en putréfaction et en apercevant l'éclat d'un regard infernal dans l'ombre du capuchon - qu'il a brusquement compris qui était son créancier...
Comme il a été dupé, il a exigé obtenir un délai d'un jour avant de lui appartenir corps et âme pour toujours, et cette journée touche à sa fin... !
Roger de Laron l'écoute d'un air empreint de gravité. Et, fort de ses connaissances, de ses aventures, il s'offre pour lui venir en aide....
Il offre l'hospitalité au jeune homme, et le lendemain matin, dans le froid de l'aube, ils se mirent – tous deux – en route pour rencontrer Satan à la lisière d'un bois de la chatellerie, là où deux chemins se croisent.
Quand ils arrivent au lieu du rendez-vous tout semble paisible. L'air sent bien la fumée, mais cela peut être dû au travail des charbonniers qui travaillent non loin de là.
Un homme âgé, portant une houppelande et un capuchon noir, les attend. Il a l’air plutôt inoffensif, bien que son visage soit dissimulé dans l'ombre Mais quand il lève la main et que sa manche se relève, le seigneur de Laron lui-même a un sursaut. Il n'y a pas de bras auquel la main soit rattachée. Ils ne perdent pas de temps en préliminaires. Le vieillard prend Roger à témoin du marché conclu, selon les termes duquel lorsque toutes les dettes du jeune homme auront été payées, celui-ci "doit se tenir à l'entière disposition du créancier, et accourir librement et sans aucun délai au premier appel du créancier susdit ".
Le seigneur de Laron lit et relit attentivement le contrat, puis il demande au jeune homme: « Est-ce
bien votre signature ? Vous avez accepté, dès que toutes vos dettes auront été payées, de vous donner à Satan ici présent?»
« C'est vrai », répond le jeune homme, « mais je ne savais pas qui il était quand j'ai signé "
Roger écarte l'objection d'un geste de la main et reprend :
«  Mais il est clair pour moi que toutes vos dettes n'ont pas été payées... Vous n'avez pas remboursé le créancier qui se tient devant nous. Et tant que cette dette reste impayée, il n'a aucun droit sur vous. »

Sur ces mots, le chevalier se tourne vers le vieil homme et de la main droite il fait dans l'air le signe de croix des Templiers... Aussitôt, la silhouette encapuchonnée s'évanouit...

dimanche 11 juin 2017

Robert de Laron, la magie noire et le Diable.-1/2-

Il y a, dit-on, loin en Espagne, une école qui s'appellerait l'Ecole Noire. On y apprend la science de la matière, la magie et autres sciences antiques. Cette école se trouve dans une caverne au bout d'un souterrain très profond. Il n'y a, bien sûr, aucune fenêtre, aussi y fait-il toujours noir, du moins comme dans un four.... Il n'y a pas de professeurs, on apprend tout dans des livres écrits en lettres de feu que l'on peut lire dans l'obscurité. Ceux qui apprennent là ne peuvent sortir en plein air ou voir la lumière du jour tant qu'ils y restent, et il leur faut patienter dans cette écoles trois, cinq ou sept ans pour terminer leurs études.

Chaque jour, une main grise et velue entre par le mur et tend à manger aux étudiants. Celui qui tient cette école a stipulé que le dernier à quitter l'école, chaque année, lui appartient. Et comme ils savent tous que c'est le Diable qui tient l'école, chacun tente tout pour éviter d'en sortir le dernier.

Il est arrivé que le Diable voit sa proie lui échapper...
Une fois, il y eut trois Islandais à l'Ecole Noire: Saemundur le savant, Kalfur Arnason et Halfdan Eldjarnsoon ou Einarson qui, par la suite, fût prêtre à Fell dans le Slettuhlid. Ils devaient quitter l'école tous ensemble et Saemundur s'offrit à sortir le dernier. Les deux autres s'en réjouirent. Saemundur s'enveloppa dans un grand manteau, sans enfiler les manches et sans boutonner un bouton. Il y avait un escalier pour remonter de la maison d'école. Lorsque donc Saemundur arriva à l'escalier, le diable empoigna son manteau en disant: "Toi, tu m'appartiens." Alors, Saemundur se débarrassa de son manteau et sortit en courant. Il ne resta que le manteau entre les mains du diable. Mais la porte de fer grinça sur ses gonds et claqua si fort sur les talons de Saemundur qu'il fut blessé aux os des talons. Alors, il dit: "La porte a claqué tout près des talons" - et c'est devenu depuis un proverbe.
Voilà comment Saemundur parvint à quitter l'Ecole Noire avec ses camarades. D'autres disent que lorsque Saemundur le savant monta l'escalier et passa les portes de l'Ecole Noire, le soleil brilla sur lui et porta son ombre sur le mur. Quand, donc, le diable voulut s'emparer de Saemundur, celui-ci dit: "Je ne suis pas le dernier. Tu ne vois pas celui qui me suit?" Le diable saisit alors l'ombre qu'il prit pour un homme et Saemundur s'échappa et la porte claqua sur ses talons. Mais à partir de ce moment là, Saemundur n'eut plus jamais d'ombre parce que le diable ne la lui rendit jamais.

A l'issue de leurs études, ces ''savants'' peuvent se permettre d'assister à des événements lointains, et donc de se déplacer à la vitesse de l'éclair. Ils peuvent invoquer des démons.
Saemundur possédait des pouvoirs très étendus. Le bruit courait qu'il était servi par un démon familier qui le transportait par delà les mers à sa demande, et qui s'occupait du bon ordre de sa maison et de ses propriétés. Et, le Diable attendait tranquillement son heure, car on racontait aussi que des légions de démons se pressaient autour du 1it de mort de Saemundur, guettant l'instant où
son âme quitterait son corps.
Il semble que tous les adeptes de cette école de magie disposaient et disposent des mêmes pouvoirs. 

Le savant écossais Michael Scot (1175-1232), par exemple, contemporain de Bacon, avait sous son autorité, à son retour d'Espagne, une nuée de serviteurs infernaux, et il possédait un ouvrage intitulé Le Livre du pouvoir, qui contenait les formules permettant de les évoquer ou de les renvoyer. On prétendait qu'il chevauchait un démon ayant pris la forme d'un cheval, qu'il faisait surgir du néant de somptueux festins, et qu'il avait contraint ces fils de l'Enfer à bâtir des ponts et à déplacer des montagnes.
Aussi inspirait-t-il une vive crainte aux gens du commun. Quand il mourut, il fut enterré solennellement, et Le Livre du pouvoir fut accroché au mur de l'église près de son tombeau. Pendant des siècles, personne n'osa l'ouvrir ni même le toucher, par crainte de libérer les créatures que ses formules magiques permettaient d'évoquer.

Scot passait pour avoir partie liée avec l'ennemi par excellence de l'univers, mettant ainsi en péril aussi bien sa personne que son entourage, et que l'ordre même de la nature. Ce n'était pas chose aisée que de toucher au domaine interdit et de rester indemne. Un magicien devait faire preuve d'un grand courage et d'une grande habileté pour commander aux puissances des ténèbres sans devenir leur victime.

mardi 28 février 2017

La vie d'une sorcière au Moyen-âge -3/4-

Niveau II de sorcellerie ( celui condamné par les inquisiteurs...)

Notre sorcière, peut faire un pas supplémentaire … pour '' d'autres '' pouvoirs... Pouvoirs qu’elles obtiennent d'un pacte, explicite ou tacite, qu'elles passent avec le Diable.

Quand le Malin choisit une sorcière, il lui apparaît généralement, pour ne point l'effrayer, sous la forme d'un beau jeune homme au doux nom: Joli, Joli Cœur, Verdelet etc. Mais il arrive parfois que certaines sorcières se proposent elles-mêmes au Malin. Pour cela, l'aspirante se doit de soumettre une requête au démon, qui l'examine soigneusement afin de s'assurer qu'elle est bien pourvue de toutes les capacités nécessaires à faire le mal. Lorsque la sorcière craint de rencontrer Satan en personne, elle peut demander à rejoindre la confrérie par l'intermédiaire d'une autre sorcière, elle-même vicaire du démon.
La sorcière abjure alors son baptême et sa foi chrétienne et se retire de l’obéissance de Dieu, répudie le patronage de la bien heureuse Vierge Marie, laquelle, par dérision impie, est appelée la rousse. Elle promet ensuite de renier la Croix ainsi que les images de la bien heureuse Vierge Marie et d’autres saints dès qu'elle en trouverait l'occasion. Elle s'oblige, par serment solennel, à être perpétuellement fidèle et soumise, obéissantes à toutes les demandes du diable.
Puis, touchant les Écritures, à savoir un grand livre ayant des pages noires et obscures, elle prête serment de vasselage éternel, jurant qu’elle ne retournera jamais en la foi du Christ ni et ne suivra plus jamais les divins commandements, mais se montrera obéissante à ceux qu’il plairait au Prince de décréter. Elle affirme que toujours et sans retard elle viendra aux jeux des assemblées nocturnes quand elle sera requise, et qu'elle agira comme les autres sorcières, assistant à leurs sacrifices et communiant à leurs prières et adorations; qu’elle observera ses vœux du mieux qu’elle le pourra et s’efforcera d’amener autrui en la même croyance. En échange le Prince des Démons promet à la sorcière novice une perpétuelle félicité et des joies immenses, toutes les voluptés qu'elle désirera en ce monde et en l’autre des jouissances plus grandes qu’il se pouvait imaginer.
Satan oblige ensuite la sorcière à se rebaptiser au nom du Diable. Elle doit prendre un autre nom et renoncer au premier et il confirme ce nouveau nom en lui gravant le front de ses ongles en un signe baptismal. La novice doit ensuite renoncer à ses parrains et marraines du baptême et de la confirmation et de nouveaux lui sont assignés.

La sorcière prête serment au démon en un cercle gravé en terre. Elle demande à être rayée du livre de vie et Satan l'inscrit dans le livre de mort....

La sorcière doit ensuite promettre des sacrifices, jurant d’occire magiquement chaque mois, voire chaque quinzaine, un petit enfant en lui suçant le sang. Elle reconnaît également devoir payer quelque impôt une fois l'an, et son tribut se devait d'être de couleur noire.
Satan lui appose alors sa marque à l'aide de l'ongle de son petit doigt ou de ses cornes. Les hommes sont poinçonnés entre les lèvres, sur la paupière, sur l'épaule droite, sur les lèvres ou dans le fondement, et les femmes sont signées sur la cuisse, sur les seins, à l'aisselle, à l’œil gauche ou sur les parties secrètes. La marque a souvent l'apparence d'un lièvre, d'une patte de crapaud ou d'un chat noir. Quelques fois, elle ressemble à un petit chien noir. Cependant, pour des raisons inconnues, toutes les sorcières ne sont pas marquées. On appelait cette marque la Marque du Diable.

Enfin, pour clore cette cérémonie, la nouvelle recrue jure ensuite de ne jamais adorer l'Eucharistie, d'injurier la Vierge et les Saints, de briser et conspuer les saintes reliques tant qu'elle le pourra, de ne jamais se servir d'eau bénite, ni de cierges consacrés, de ne jamais faire de confession entière de tous ses péchés et, surtout, de garder silence sempiternel sur son commerce avec le Diable.
En guise de soumission, les sorcières se trouvent dans l'obligation d'avoir des relations charnelles avec le démon. C'est une étape obligatoire, quelle que soit la catégorie sociale à laquelle elles appartiennent; Il est commun à toutes de se livrer à des turpitudes charnelles avec le démon ;. Quant à la jouissance éventuelle que procure cette copulation, elle ne semble pas être très prisée des sorcières: de leur point de vue c'est une formalité nécessaire, mais plutôt désagréable.

Selon le '' Malleus Maleficarum ''; les sorcières sont sexuellement dans une servitude repoussante et misérable. Si elles se donnent au démon, c'est plus pour assouvir leur haine, leur vanité et leur soif de puissance que pour obtenir un plaisir des sens.. Pour le plaisir, elles préfèrent les hommes, qu'elles séduisent et tiennent à leur merci ...

Lors de leurs relations avec le diable, les sorcières peuvent concevoir des enfants plus puissants que les autres hommes car les démons savent quelles caractéristiques adapter à leurs œuvres. Ces conceptions ne sont cependant pas le fruit de la semence diabolique: le Diable n'a pas reçu de Dieu le pouvoir d'engendrer mais il emprunte la forme d'un démon succube qui prend la semence d'un homme scélérat, et la transmet à un autre qui se fait l'incube de la sorcière. C'était ainsi qu'elles assuraient leur multiplication.


jeudi 16 février 2017

Marguerite de Laron, et les sorcières, en Limousin -2/.-

Dans le quotidien, d'une âme de Saint-Julien-près-de-Laron, tout peut être ''signe'' magique...
Un tailleur ou une couturière est paniqué lorsqu'une aiguille ( Les aiguilles en métal ont été perfectionnées par les Maures en Espagne au XIème siècle ) tombée par mégarde a la pointe tournée vers elle...
Une malédiction connue rapporte que : « Si l'on trouve trois œufs de poule noire dans un champ, rien n'y poussera pendant trois ans. » Comment peut-on savoir qu'il s'agit d'une poule noire ? Mystère. Une fille qui marche par inadvertance sur la queue du chat ne se mariera pas avant plusieurs années.
D'ailleurs qui nous dit (c'est un exemple) qu'une salamandre dérangée de sous une pierre, plus un morceau d'écorce sombre en forme d'éclair, un bout de mue d'une grande couleuvre, une coquille d'escargot et puis une racine de mandragore (solanacée de la famille européenne de la pomme de terre) dans un renfoncement de talus de trois pas ne constituent pas une phrase en très bonne grammaire dans le langage inconnu d'un monde qui, pour nous, ne l'est pas moins ?


Toute la campagne, autour du Château de Laron, vit sans terreur excessive le voisinage du « yab » (diable) et ses manigances...

Par exemple, du côté de Laron, et en Limousin, on se méfie du'' Chenaton'', on ne sait ni d'où il vient ni où il se rend ni ce qu'il veut. Il passe dans la nuit comme une ombre blanche et s'évapore entre deux touffes de genêt. On considère qu'il s'agit d'une '' démonstrance '', une manifestation du diable, ou d'un mort réincarné, ou autres ...

Il faut se méfier du 'Drac'. Il est malin comme un singe, toujours prêt à faire des facéties qui n'amusent que lui. Par exemple: il pénètre de nuit dans une étable, par le fenestrou, affole les bêtes, noue la crinière du cheval. Pas facile ensuite de la dénouer ! Aujourd'hui, on dirait que c'est un troll ..

Connaissez-vous : '' la Torna '' ? 
On raconte qu'une femme traversait la rivière à gué pour aller voir son amant, lequel avait été décapité par le seigneur du lieu ( un ancêtre de Roger de Laron …?) ; ce serait elle, la torna. Plusieurs témoins l'ont rencontrée, se sont lancés à sa poursuite, mais chaque fois elle a disparu dans la forêt. Elle peut avoir deux mètres de haut (sans la tête ?) et vole au ras des pâquerettes plus qu'elle ne galope. Mais qui a été décapité? La femme, l'amant ou tous les deux ? On ne sait pas bien ....

Le ''leberou'' terrorise les longues nuits paysannes. Souvent, il représente une personne frappée de malédiction, condamnée à ne plus dormir dans son lit, et à errer à travers la campagne.. Elle est revêtue d'une peau de bête ( renard, chèvre, loup...), . S'il n'est pas foncièrement mauvais – il se régale à sauter sur les épaules du passant(e), et à se faire porter à sa guise, où bon lui semble. Mais, la figure médiévale du Loup-garou est beaucoup plus terrifiante.. ( en 1588, Arline de Barioux fut brûlée vive sur la grand-place de Riom (Auvergne). On l'accusait de se transformer en loup tous les vendredis après-midi afin de dévorer les enfants..)



Je ne sais pas, bien sûr, quelles histoires – avec Dame Margot - ont commencé par se répandre dans la population.
Sans doute des rumeurs comme celle-ci :

- On aurait surpris Dame Margot, en train d'aller chercher des ossements, à minuit, au cimetière... Magiques sont les os d'un enfant mort-né - ou ce qui longtemps fut équivalent, enterré avant d'avoir été baptisé. Ces restes donnent le pouvoir d'être invisible... Et, on ne compte plus les braves gens, qui ont été '' visités '' la nuit sans apercevoir aucune personne !

Après le dernier récit, où La Dame de Laron ne serait que l'incarnation du Diable, voici une autre histoire qui témoigne d'une nature différente , mais tout aussi diabolique …

Illustrations de Liiga Klavina
A suivre ...

mercredi 1 février 2017

Le Diable au Moyen-âge -2/2-

Bien évidemment, quand Satan se présente devant des mortels, il prend grand soin de masquer sa véritable identité, dissimulant autant que possible sa démoniaque nature ( pieds fourchus …) sous des vêtements.
Le Diable peut également, au gré de ses caprices, prendre l'apparence de divers animaux : chats, lèvres, corbeaux..
Le Malin connaît toutes les ruses du déguisement et du masque et quand il veut séduire, il emprunte ( dit-on) à la femme tous ses artifices. Ainsi paré, il tente fréquemment d'inciter au péché prêtres et moines, qui sont pour lui des proies de choix.

Au Moyen-âge, Satan, toujours à l'affût d'une âme à pervertir, apparaît dès qu'il entend son nom aussi prend-on garde à ne jamais le nommer véritablement. Pour éviter une visite indésirable, on le surnomme de diverses manières: Le Malin, l'Ennemi, le grand Bouc, le Cornu, le Vilain, etc.. En Limousin, on le nomme Lucifer, Cifer, l'Aversier, la Bête-Bourrue...

Le Diable aime à transgresser les règles établies et courir les fêtes. Parfois, quand les réjouissances se terminent après minuit, Satan s'invite et, sous la forme d'un bel homme, il charme les jeunes filles. Fort heureusement, les hommes, qui se méfient inévitablement d'un étranger aussi séduisant, remarquent vite ses pieds fourchus et préviennent ces demoiselles. Sitôt démasqué, Satan disparaît dans un nuage de fumée, laissant derrière lui une odeur de souffre ou, s'il refuse de partir, il peut se faire exorciser.
Les personnes qui aiment les plaisirs faciles et y cèdent sans vergogne ont également ses faveurs car leurs âmes se trouvent tout naturellement propices à écouter ses paroles doucereuses. Au XIIIe siècle, Ranulphe de la Houblonnière dresse la liste des péchés réputés attirer le démon: l'orgueil, la colère, l'envie, l'avarice, la luxure et la gourmandise.

À son corps défendant, Satan a son utilité. Ainsi, une fille qui tombe enceinte peut prétexter un viol par le diable. Au Moyen Âge, on partait d'incubes et de succubes. 
Le Malin a ses territoires de prédilection : un moulin, un rocher, une cavité dans la roche, un fauteuil, une simple pierre... En Limousin, on compte des dizaines de rochers qui gardent la trace du Diable, , sans compter les ponts qu'il aurait aidé à construire...

A la demande de ses sujets, Satan peut les transformer en loups-garous, déchaîner des orages, exciter des tempêtes ou faire tomber la grêle et la foudre. Il est également capable de causer un sommeil profond, plonger en extase, révéler des événements lointains ou à venir, rendre un homme invulnérable, lui donner la capacité de se rendre invisible, le transporter dans les airs, faire disparaître des objets, soit en condensant d'épaisses vapeurs, soit en les enlevant subtilement, rendre malade, tantôt en altérant l'organisme, tantôt en transportant des miasmes contagieux, et même guérir, ce qu'il fait très rarement, le bien n'étant pas son fort, sauf pour parvenir à ses fins ...

Le moyen le plus courant pour empêcher Satan de pénétrer dans une maison est de placer une croix de paille sur la porte d'entrée.. Brûler des branches de genévrier au nouvel an est également supposé la protéger.

Pour obliger le Diable à quitter un corps qu'il possède, il existe diverses méthodes dont certaines ne nécessitent pas l'intervention de l’Église. L'une d'entre elles consiste à rouer de coups le possédé ou à lui infliger divers sévices cruels afin d'inciter le démon à partir. Les amulettes peuvent également constituer de véritables moyens d'exorcisme, agissant d'elles-mêmes par la seule vertu de leur consécration ou des formules qui s'y trouvent inscrites....

dimanche 29 janvier 2017

Le Diable au Moyen-âge -1/2-

Il n'est plus le temps de l'assurance triomphante des premiers chrétiens... A notre époque médiévale, la notion de ''Salut'' individuel, prend de l'importance, et hante l'esprit de chacun.. Aussi, la représentation du Diable évolue ; il n'est plus un simple ennemi 'extérieur', condamné à être vaincu par les propagation d'une foi militante, jusqu'au jour où il sera enfin écrasé pour l'éternité.

Au cours du Moyen-âge, les démons sont devenus une communauté d'êtres puissants et menaçants... Ils ne se contentent plus de provoquer des sécheresses, de mauvaises récoltes ou des épidémies..Ils en sont venus à représenter des désirs que chaque ''chrétien'' peut nourrir au fond de son cœur... Et parfois, l'humain peut se sentir victime de forces qu'il est totalement incapable de maîtriser, et cela même parmi les plus religieux …

Le Diable gagne en autonomie... Par exemple, les Templiers sont accusés d'adorer une idole. Il s'avère que ceci est faux mais que dans le contexte des interrogatoires et des procès, il est nécessaire qu'il y en ait une , en tant qu'incarnation de la puissance satanique. 

Un vrai croyant, ne peut abriter en soi le Mal, il est logique de rechercher la source du Mal au dehors de soi, parmi des êtres qui occupent les limites de la communauté, ils deviennent alors des proies faciles pour la projection ( telle : la sorcière …).

Le Diable, dont l'existence est une vérité indiscutée au Moyen-âge, n'attend plus les égarés dans les Enfers. Il parcourt la Terre en compagnie de sa cohorte de démons et intervient activement dans les affaires des hommes.

Pour représenter le Démon, on utilise les images des dieux païens en cours et toujours honorés dans les campagnes reculées … Ainsi l'image du dieu Pan, avec ses pattes et ses cornes de bouc, le dieu paysan ( paysan en latin, va donner païen ) va être diabolisé au point de devenir l'image même de Satan...

Ainsi, le Diable est représenté comme une immonde créature aux pattes poilues, aux sabots fourchus et aux griffes acérées. Sa queue et ses oreilles sont pointues, son nez crochu, son crâne s'orne de deux petites cornes et quelquefois, il possède des ailes noires, vague souvenir de ses origines angéliques. Sa voix est rauque et sauvage et il est connu pour dégager une odeur pestilentielle.
Raoul Glaber, moine et chroniqueur dans les années 1000, rapporta l'avoir rencontré à trois reprises et il en donne une curieuse description: « Je vis paraitre devant moi un petit monstre hideux qui avait à peine figure humaine. Il me semblait avoir, autant que je pus m’en assurer, une taille médiocre, un cou grêle, une figure maigre, les yeux très-noirs, le front étroit et ridé, le nez plat, la bouche grande, les lèvres gonflées, le menton court et effilé, une barbe de bouc, les oreilles droites et pointues, les cheveux sales et raides, les dents d’un chien, l’occiput aigu, la poitrine protubérante, une bosse sur le dos, les fesses pendantes, les vêtements malpropres; enfin tout son corps paraissait d’une activité convulsive et précipitée. »

jeudi 26 janvier 2017

Histoire et Légendes en Limousin : Roger de Laron se marie avec le Diable - 7/.-

Histoire et Légendes en Limousin : Roger de Laron. ( Saint-Julien-le-Petit ) - 7/.-

Roger de Laron, va petit à petit se soustraire des yeux de la compagnie de hommes de son temps... Et pourtant, Roger de Laron, va trouver une épouse ; c'est une histoire assez incroyable, et représentative des croyances de cette époque …
Ce récit, bien sûr, n'est qu'une parodie, et l'auteur médiéval, s'amuse avec les légendes entendues autour de lui, et reprises dans des versions imprimées comme par exemple '' Le livre de Baudouin de Flandre '', roman en prose du XVe siècle, qui est à la fois un roman historique, et un roman d'aventures merveilleuse et surnaturelles ; ou le roman en vers ' Richard sans Peur ' qui se présente sous la forme d’une suite d’aventures fantastiques...

Le mariage de Roger de Laron avec le diable.
Roger après une vie aventureuse, souffre de solitude; et, précisément, ses gens, lui reprochent de ne point avoir pris femme, et laisser ses terres sans héritier...
C'est ainsi, que Brundemor attend que la nuit vienne avant de se mettre en campagne, car il sait que Roger chevauche au milieu des ténèbres, comme en plein jour, à la recherche de quelque aventure.
Brundemor va donc choisir l’arbre le plus apparent et le plus élevé de la forêt, et, se nichant entre deux branches après avoir revêtu la forme d'une jolie jeune femme, il se met à pleurer et à crier de manière à attirer l’attention.
Lorsque le seigneur de Laron vient à passer, il est intrigué par ces appels à l'aide. Sans plus tarder, il descend de cheval, ôte ses éperons, et, guidé par la voix, monte jusqu’au plus haut de l’arbre. Ayant trouvé la jeune femme, il la prend, si nue qu'il l'enveloppe de son manteau et la prie de s'agripper à lui, puis se laisse glisser de branche en branche jusqu’à terre et la dépose sur son cheval.
Ils s'en retournent tous deux, au château...
Roger de Laron est bien loin de soupçonner la tromperie de l’ennemi, car la beauté de sa jeune protégée, qui pourrait être une fée, s’est insinuée dans son cœur.
À cette époque, tous les gens qui dépendent de cette seigneurie prennent ensemble la résolution d’aller trouver leur seigneur. Ils veulent lui représenter que leur bien, et la sécurité des temps futurs exigent qu’il prenne pour épouse une noble dame qui lui donne des héritiers appelés à lui succéder sur ses terres. Lorsque Roger entend la requête de ses gens, il dit qu’il est prêt à faire ce qu’on demande de lui.
- « Apprenez, cependant, ajoute-t-il, que j’ai ici une jeune fille, et que je ne pourrai jamais trouver une épouse qui soit plus belle ou plus à mon gré ; c’est elle que je désire prendre pour femme. »
Roger de Laron, avec les richesses qui ne lui manquaient pas, s'était offert un prieuré avec quelques frères et un chapelain installé en bas du château le long de la Maulde. Pour en avoir l'autorisation, il dût recevoir l'évêque de Limoges et lui prêter hommage …
C'est ainsi, avec toutes les autorisations, que le chapelain, bénit le mariage de Roger de Laron avec '' le diable '' !
Sept ans se passèrent encore, Roger vécut en tel attachement avec le diable qui était devenu sa femme, que s’il eût épousé la plus gracieuse dame qui vivaient à cette époque. Les sept ans accomplis, le diable-femme conçoit de faire la mourante et fait mander le seigneur auprès d'elle :
- « Sire, dit-elle d’une voix dolente, je me sens bien malade, et je crois que je vais mourir ; c’est pourquoi je vous supplie, par votre merci, de m’octroyer la demande que je vais vous faire.
Parlez, répond le chevalier, et j’emploierai tout mon pouvoir à vous complaire.
Sire, reprend alors la fausse épouse, je désirerais être enterrée dans une chapelle qui est située au milieu de la forêt dans laquelle vous m'avez trouvée, et que vous y veilliez pendant une nuit allongé auprès de moi, et de mon cercueil.
Dame, s’il faut que j’aie la douleur de vous voir trépasser, j’accéderai à votre vœu, et laissez-moi amener mon ami pour me servir de compagnon et nous veiller. »
Roger ayant affirmé de nouveau à sa femme qu’il tiendrait la promesse qu’elle avait exigée, alors cette malicieuse créature se prend à contrefaire la morte ; et Roger, la croyant vraiment trépassée, ordonne qu’elle soit portée, dès le soir même, dans la chapelle de la forêt.
Dès que le corps est déposé dans la chapelle, où brillent maints cierges et luminaires, Roger, pour accomplir sa promesse, s'allonge auprès de la morte, séparés par son épée, et tous deux veillés d'un seul chevalier.
Mais, vers minuit, Roger est pris de sommeil. À peine est-il endormi qu'un cri terrible retentit dans toute la forêt. Roger, sans peur, se redresse, se saisit de son épée, et la pose sur ses genoux. Aussitôt le corps - près de lui - de ricaner :
« Hé quoi ! chevalier, on parle de vous en tout pays pour votre hardiesse, on dit que jamais vous n’eûtes peur d’aucune personne vivante ; et voilà que, pour une femme morte, toute votre chair a frémi.
Par ma foi ! reprend vivement Roger, vous faussez la vérité... Mais, n’étiez-vous pas morte quand on vous a mise aujourd’hui dans le cercueil ?
Non, j’étais seulement pâmée par une violente soif qui m’a prise dans la vesprée, et, s’il est vrai que vous m’ayez jamais aimée d’amour, faites ce dont je vais vous prier. À l’issue de cette forêt, il y a une plaine où se trouve une fontaine, ombragée par un grand arbre ; les bergers ont laissé là une coupe avant-hier ; servez-vous-en pour puiser de l’eau, et venez me l’apporter. Mieulx ne me pourrait ma santé avancer. »
Roger obéit à l’instant ; mais c'est folle idée de sa part, car, pendant son absence, le corps se lève et va étrangler le chevalier, qui jette un si fort cri que Roger l’entend et en est tout en émoi. Alors, il se hâte de revenir sur ses pas... En arrivant dans la chapelle, il ne trouve plus ni feu ni lumière ; il s’en va droit au cercueil, mais le malicieux démon s’était déjà enfui. Il trouve son chevalier mort...
Roger, alors, veille jusqu’au jour le corps de son chevalier, qu’il dépose dans la bière vide.
Quand vint l’heure de prime, le clergé arrive à la chapelle pour chanter le service de la morte. Roger s’avance à leur rencontre et conte devant tous sa triste aventure.
Le Chapelain tente de réconforter son seigneur : - « Sire, n’ayez frayeur ni doute ; nous savons que l’ennemi a le pouvoir de tenter nuit et jour les chrétiens. »
Ah ! reprit Roger, je suis tellement déçu que je fais vœu de ne point reprendre femme en mon lit, avant sept ans et plus. »
Et, pour tenir sa promesse, le seigneur de Laron, après avoir fait enterrer très pompeusement son chevalier, se renferme en son château... Il donne congé à toute sa gent, ne gardant avec lui que son queux, son sergent et son économe.
- Illustrations tirées de la BD: ''Complainte des Landes perdues''

mardi 17 janvier 2017

Histoire et Légendes en Limousin : Roger de Laron. ( Saint-Julien-le-Petit ) - 5/.-

Voici un autre récit qui concerne directement le seigneur de Laron... Ce texte provient d'un document recopié et qui se réclame d'un codex ayant appartenu à un frère dominicain, compagnon du limousin et inquisiteur Bernard Gui. Celui-ci devait être chargé d'écrire les témoignages récoltés, dans les campagnes limousines...
Je le cite :
« Ce noble, dont le comportement lui vaut de nombreux ennemis, a l'habitude de voyager de nuit pour échapper aux embuscades. Une nuit, il traverse une forêt proche de la Maulde avec son écuyer et, avant d'en sortir pour déboucher dans un champ à la lisière du bois, il envoie son écuyer voir si personne ne leur tend de piège. La lune brille et permet de bien distinguer les alentours. L'écuyer s’avance donc et aperçoit une grande armée de cavaliers approcher. Il en avertit son maître qui décide d'attendre afin de voir s'il s'agit d'amis ou d'ennemis. La troupe passe, il sort du bois et rencontre un chevalier sur un destrier, qui tient un autre cheval par la bride. Il lui demande s'il est bien son ami mort depuis peu, et l'autre acquiesce. « Qui sont ceux qui te précédaient? » demande-t-il alors. Le défunt répondit : « Ce sont des nobles et des chevaliers, celui-ci et celui-là, et il en nomma beaucoup, qui, comme moi,.vont cette nuit à Jérusalem puisque telle est notre Pénitence. » 

Le vivant demande à quoi sert ce cheval qu'il mène : .« Il est pour vous, si vous voulez venir en Terre Sainte avec moi », et il ajoute qu'il peut monter le destrier en toute tranquillité car il sera reconduit vivant pour peu qu'il suive ses avertissements. Le chevalier accepte malgré les objurgations de son écuyer, et disparaît aux yeux.de celui-ci. Le lendemain, l'écuyer vient attendre son maître là où il a disparu et le retrouve sain et sauf. Le mort a donné à son ami une serviette de salamandre et un couteau dans un fourreau afin qu'il ne s'imagine pas que tout cela ne fut qu'illusion. »

On commence à comprendre pourquoi, des récits anciens dans cette région évoque de nombreuses histoires avec un ''Roger le Diable''... En effet, j'ai réuni diverses légendes locales qui semblaient sans lien avec notre personnage, et pourtant finissent par dessiner une biographie légendaire de Roger, seigneur de Laron, ancien templier ; dont la trace historique fut effacée par ses descendants ; au point de changer le nom du château ( certains préféreront parler du château de Rochain ou Rochein ) ; et d'abandonner le patronyme ''Laron'' …

Cette histoire de '' troupe de cavaliers fantôme'' est en ce XIVème siècle, prise très au sérieux. Cela évoque les chasses fantastiques d' Hellequin et de sa mesnie ( maisonnée, famille …). En Limousin, on parle de ''Chasso galero''. Roger de Laron, connaît bien ces ''chasses'', comme tous ceux de son époque : lettrés ou simplement auditeur aux veillées, il connaît bien ce que l'on raconte sur cette troupe de démons conduite par Hellequin... Fauvel, Gautier Map (De nugis curialum) en particulier, en portent témoignage …
A l'origine d'Hellequin, on trouve Herla, le "roi très ancien des Bretons". Le roi du peuple des morts s'invite aux noces de Herla et lui propose en retour de se rendre aux siennes l'année suivante. Aux termes du pacte ainsi conclu, Herla et ses guerriers rejoignent le monde des ténèbres un an plus tard. Cette troupe pourra revenir parmi les vivants, mais à condition de ne jamais descendre de cheval. Elle est ainsi condamnée à une errance éternelle. Simple armée de fantômes dans un premier temps, les légendes feront plus de cette mesnie d'Herla une troupe de chasseurs maudits. Ce thème devient ainsi une déclinaison du cycle des chasses  fantastiques que l'on rencontre un peu partout dans nos régions...

Appliqué à la légende d'Hellequin, sa 'mesnie' désigne la troupe d'esprits fantastiques qu'il commande : des démons, ou plutôt des incarnations de défunts, montés sur des chevaux rapides, accompagnés de chiens hurlants, qui chevauchent à travers les airs pendant les nuits d'orage en punition de leur péchés.
Voilà ce qu'écrit Orderic Vital, moine historien des XIe et XIIe siècles :
"Certain jour en en l'an de grâce mil nonante et unième, Gauchelin de Normandie, prêtre pieux et dévot, vit fantassins et cavaliers défiler par la route. Grande armée c'était, multitude innombrable et moisit en désordre, portant accoutrements noirs et pennons barrés de sable. Y avait croque-morts ayant chargé cercueils sur leurs épaules. Y avait des Ethiopiens. Y avait des nains hauts de sept empans, le chef gros comme muid ou barricel. Y avait routiers et malandrins. Y avait moines et clercs, voire juges et abbés et évêques. Y avait chevaliers en bel arroi, y avait dames chevauchant haquenées. Et soufflait un vent fort et roide, lequel vent soufflant ès-cottes, robes et manteaux, de leurs sièges arrachait les nobles dames, les soulevait la hauteur d'une franche coudée, puis cheoir les laissait en leur selle, laquelle hérissaient de longs cirais au feu rougis. Et voyant icelle foule passer, Gauchelin le prêtre s'émerveilla fort et s'écria – Haï ! ce sont les gens à Herlequin!"
Seulement à l'époque christianisée de Roger de Laron, l'expression de Mesnie Hellequin, ou de Chasso Galero a pris la signification de famille diabolique. Ainsi, c'est le Diable, qui conduit l'assemblée de cavaliers rencontrée par le seigneur... !
A partir de ce moment, Roger de Laron, va petit à petit se soustraire des yeux de la compagnie de hommes de son temps... 
Et pourtant, Roger de Laron, va trouver une épouse ; c'est une histoire assez incroyable, et représentative des croyances de cette époque …

lundi 15 février 2016

Les Tentations de l'Eglise

Jésus passe au désert, comme le peuple d'Israël, mais surtout comme chacun d'entre nous. Plus exactement, Jésus est « mis à l’épreuve » dans trois lieux différents : le désert, ''le ciel'' et dans la ville de Jérusalem.
Il lui fait affronter trois tentations : l’instrumentalisation de Dieu, le pouvoir et la toute-puissance...
De même l'Eglise -corps du Christ- que nous sommes ; nous sommes confronté à ces trois tentations, qui sont de toute religion.

- L'instrumentalisation de Dieu, consiste à échanger un culte contre le souhait de réalisation de notre volonté ; volonté toute matérielle, à l'image de notre vision... « L'homme ne vit pas seulement de pain ». Notre désir doit être au niveau de ''la volonté de Dieu'', «  Non pas ma volonté ... ».
L'exemple pourrait être le commerce des indulgences, qui caricature l'Eglise comme une institution qui agirait , « en tant que dispensatrice de la rédemption » ( droit canon) ..
Détail de Lucas Cranach Le Jeune,
La vraie et la fausse Eglise

- Le pouvoir religieux, pervertit cette notion politique qu'est le pouvoir, par l’idolâtrie qu'elle met en place, pour s'octroyer le pouvoir sur les esprits... Jésus, refuse obstinément d'utiliser cette représentation messianique et royale du 'Messie' qui prendrait le pouvoir... Dans plusieurs scènes des Évangiles, la foule enthousiaste veut le proclamer « roi » ou « Messie » : après le récit de la multiplication des pains (Jn 6), ou lors de l’échange qui oppose Pierre à Jésus, après la profession de foi de Césarée. À Pierre qui rejette la sombre perspective présentée par Jésus, ce dernier lui répond « Passe derrière moi Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais des hommes » (Mc 8).


- L'appel à la ''toute-puissance'' de Dieu, est sans cesse réclamée, par le religiosité des humains avides de signes miraculeux... L'institution religieuse peut jouer sur cette attente de « signes venant du ciel » par lesquels Jésus renouvellerait les merveilles de l’Exode (cf. Lc 11, Jn 6, Mt 16) pour « mettre (Jésus) à l’épreuve ». Face à cette requête, Jésus répond par une autre pédagogie, celle du mystère pascal contenu dans le signe de Jonas (Lc 11, 30)...

Lucas Cranach Le Jeune, La vraie et la fausse Eglise   (1546,  gravure sur bois, 0,35 x 0,58 m, Kupferstichkabinett)

mercredi 6 mai 2015

Bernanos, de l'Inquiétude à la Joie

Bernanos récuse les mots - qu'aujourd'hui nous valorisons -: paix, sérénité,

par BURRA Edward
" La vérité, elle délivre d'abord, elle console après. D'ailleurs, on n'a pas le droit d'appeler ça une consolation. [...] La parole de Dieu! c'est un feu rouge." (Journal d'un curé de campagne, 1936)


Avec Dieu, l'inquiétude pénètre en nous. Mais aussi la joie. Non point la sécurité, mais la joie. La lumière surnaturelle, la seule qui puisse faire apparaître notre vie comme un drame, est aussi la seule qui lui donne valeur et sens.


Parlons de Satan, non pour lui-même, mais pour ce qu'il nous dit – en creux -...




La figure de Satan, est peut-être un bon exemple, pour comprendre l'importance du Mythe ( en général)...
Satan ''n'existe pas'', il est pourtant bien … réel, si la réalité est ce que nous percevons... La réalité n'étant pas toute la Vérité ...



Bernanos est parmi nos contemporains, celui qui en parle le mieux...

Dans ''Sous le soleil de Satan'', Bernanos ne laisse subsister aucun doute quant à l'identité du maquignon : c'est le Diable lui-même.
Dans notre culture chrétienne, Satan est ''l'adversaire'', l'ennemi qui se dresse entre Dieu et l'homme. Le définir comme originel et surnaturel, le fait entrer dans le Mythe. Il est Lucifer, l'ange rebelle, et à l'opposé du Christ, il est le maître de la Mort.

Pour Bernanos, Satan est le maître du langage mensonger : « sur ses lèvres, les mots familiers prennent le sens qu'il lui plaît, et les plus beaux nous égarent mieux ». Satan nous fait croire qu'il est dieu : efficace, puissant, et source de ''joie''...

de Paul Cadmus

- Joie... ? « Si loin qu'il pousse la ressemblance de Dieu, aucune joie ne saurait procéder de lui » –, fausse puisqu'elle ne fait qu'imiter la joie de Dieu et qu'elle n'est qu’« une paix muette et solitaire », destructrice et mauvaise car elle est synonyme d'enfermement et de déréliction : la joie de Satan ne sera donc que « la délectation du néant »... Bernanos parle de « l'incompréhensible joie de Satan ».