dimanche 29 septembre 2013

A qui s'adresse t-on ?


«  Le sujet occidental est un homme, un adulte - tant pis pour l'enfance et la vieillesse - il est bien élevé, normal, moral. C'est à dire qu'il n 'existe pas. 
Notre morale chrétienne, tel que souvent on la conçoit, s'adresse à une être humain qui n'existe pas. » 
Maurice Bellet ( dans le Monde des Religions  N°53, p 40 )


Illustrations: peintures de Daniel Galieote

vendredi 27 septembre 2013

L'intérêt des religions ...


« Je ne crois pas que Dieu existe... Mais cette question est sans intérêt, en définitive. Ce qui compte, c'est de se demander comment mener sa vie de la meilleure façon. 
Le grand enseignement des religions est l’imperfection inhérente à la condition humaine : nos problème ne se résoudront jamais, nous devons apprendre à vivre avec nos fragilités et nos faiblesses. En nous inspirant des concepts et des rites religieux, nous pouvons mieux accepter notre condition, composer avec et réinventer un sentiment communautaire emprunt de spiritualité. Peut-être, par exemple, que nous cesserions de demander aux inconnus « ce qu'ils font dans la vie » pour nous tourner vers des questions plus essentielles : que regrettez-vous ? Qu’espérez-vous ? » 
Alain de Botton (dans le  Monde des Religions N°53, p 63.)

Illustrations: peintures de Daniel Galieote, il est né et vit à Los Angeles en Californie.
Galieote peint des scènes de la vie quotidienne en Amérique . Son travail est inspiré par les peintres de la scène américaine, les régionalistes et WPA artistes des années 1930 et 40. Cependant, son travail n'est pas pure nostalgie, mais il est dans la poursuite des universels, des thèmes intemporels de la nature humaine.

mercredi 25 septembre 2013

Le désespoir

Il me semble, que l'on ne peut pas y échapper. Pour moi, c'est ainsi. Et cela est bien ...
Et, il s'agit d'une maladie existentielle, sexuellement transmissible. Je sais qu'il ne s'agit pas d'un simple vague à l'âme – de nature très personnelle – dont il n'y aurait rien à dire de fondamental.
Tout au contraire, et Kierkegaard en a révélé l'essentiel, et l'existentialisme en a fait son fond de pensée...
Pourquoi tenter d'exprimer ce qu'il en est, quand - le maître en désespoir – Kierkegaard s'en est si bien exprimé.... Je résume, pour moi :

  • Jésus n'a cessé de rappeler que la mort n'était pas la fin... Pour Jésus,  la Mort est d'être coupé de La Vie. Ainsi, il profite de l'expérience de 'désespoir' de Lazare, pour insister sur le fait que « cette maladie n'est pas à la mort » ( Jean 11,4) …
The Raising of Lazarus after Rembrandt - Vincent van Gogh 1890
  • Le désespoir est «  la maladie à la mort » ( Kierkegaard). Le désespoir me rappelle de manière forte que je n'ai que cette vie là – à ma disposition – à ne pas gâcher ; alors que j'expérimente que je ne suis pas ce que j'aspire à être ( pour faire court …)

  • Exister c'est être, et avoir à être ce que je suis : assumer ….

  • « Mais qu'est l'existence ? C'est cet enfant qui a été engendré par l'infini et le fini, par l'éternel et le temporel, et qui, en conséquence, est constamment s'efforçant » (Post-scriptum aux miettes philosophiques ( K. 1846))


Illustrations: peintures de David Alexander Colville, Né à Toronto, Ontario le 4 août 1920
"La vie est à mes yeux essentiellement dangereuse. J'ai une vue sombre du monde et des humains… Le sentiment d'angoisse caractérise notre époque. " - Colville

lundi 23 septembre 2013

Les paradoxes de l'Existence.


Soren Kierkegaard ( 1813-1855) est chrétien, et anticlérical. Sa philosophie est toute entière liée à la vie quotidienne de chacun : une philosophie de situations singulières, de souffrances ou de joies, d'engagements décisifs ( le mariage, par exemple, qu'il a rompu avant..) de ruptures, d'affrontements, de conversions...
Exister c'est être à l'épreuve, affronter des conflits, s'engager sans être sûr de faire le bon choix …
  • Je n'ai pas choisi beaucoup de choses, d'être là ...etc. 
    Ma vie, c'est un sursaut de ma liberté.
  • Cet effort de vivre, s'exprime au travers de « paradoxes ». Déjà, il s'agit de tenter de comprendre l'incompréhensible …
    L'existence n'est pas absurde, elle est un mystère.
  • Penser par paradoxes, c'est maintenir la contradiction vivante...
  • Le Christ, est le paradoxe absolu, qui unit les deux natures humaine et divine.
  • La Foi est paradoxale : « la foi est au-dessus de la raison (…) La foi ne peut donc pas être prouvée, fondée, conçue car il lui manque l'articulation qui rend possible un enchaînement... » ( Post-scriptum)
  • Autre paradoxe, assumé par Jésus, et révélé à Nicodème : Comment puis-je naître à moi-même tout en étant déjà là, avec ce que je suis ... ? 
    Comment puis-je vivre de la Vérité ?

    Photo-montage de  Karezoid Michal Karcz




  • « Comment le paradoxe prend-il naissance ? Du fait que la vérité éternelle essentielle et l'existence sont posées ensemble. (…) La vérité éternelle est apparue dans le temps. Cela est le paradoxe... L'individu, s'il ne devient pas possesseur de la vérité en existant, dans l'existence, ne la possédera jamais ». ( Post-scriptum)

    Photo-montage de  Karezoid Michal Karcz




  • La foi, n'est pas une certitude, mais bien plutôt l’approfondissement sans fin d'un paradoxe : « La foi naît de la contradiction entre la passion infinie de l’intériorité et l'incertitude objective à laquelle se heurte la raison. (…) et si je crois, c'est parce que je ne peux pas saisir Dieu objectivement. » Kierkegaard.

samedi 21 septembre 2013

Chercher et trouver Dieu en toutes choses

La revue jésuite ETUDES, a mis en ligne une interview exclusive du pape François. Le pape revient sur son itinéraire de jésuite, donne quelques éléments sur sa conception du gouvernement, partage ses goûts artistiques et dit tout ce qu’il doit à la spiritualité ignatienne.


François, revient sur cette formule traditionnelle : « Voir Dieu en toutes choses »


Toute chose porte en elle, ne serait-ce qu’une trace du divin. Bien sûr, même dans le plus obscur de nos vie...
Mais alors: '' Tout '' ne devrait-il n'être que beauté, harmonie et ordre … ?
« Dans les propos du pape, je relève ce qui se rapporte au registre de la vie et de la fécondité. Il semble que sa conception de Dieu relève moins de l’harmonie équilibrée d’un système en ordre que d’un milieu créatif d’où la vie jaillit en permanence. » François Euvé, sj
Le pape François invite à « semer la pagaille » : « C’est l’idée qu’une structure trop ordonnée, « cristalline », est aussi éloignée de la vie que le chaos intégral. La vie est un entre-deux, « entre le cristal et la fumée » (Henri Atlan), fragile équilibre qui tient de la souplesse du jeu. » Fr Euvé


Dans le cours de cet interview (ICI) , je retiens les passages c-dessous :


« . Si quelqu’un dit qu’il a rencontré Dieu avec une totale certitude et qu’il n’y a aucune marge d’incertitude, c’est que quelque chose ne va pas. (…) Si quelqu’un a la réponse à toutes les questions, c’est la preuve que Dieu n’est pas avec lui, que c’est un faux prophète qui utilise la religion à son profit. »

« Si le chrétien est légaliste ou cherche la restauration, s’il veut que tout soit clair et sûr, alors il ne trouvera rien. La tradition et la mémoire du passé doivent nous aider à avoir le courage d’ouvrir de nouveaux espaces à Dieu. Celui qui aujourd’hui ne cherche que des solutions disciplinaires, qui tend de manière exagérée à la “sûreté” doctrinale, qui cherche obstinément à récupérer le passé perdu, celui-là a une vision statique et non évolutive. De cette manière, la foi devient une idéologie parmi d’autres. »


« Pour ma part, j’ai une certitude dogmatique : Dieu est dans la vie de chaque personne. Dieu est dans la vie de chacun. Même si la vie d’une personne a été un désastre, détruite par les vices, la drogue ou autre chose, Dieu est dans sa vie. On peut et on doit Le chercher dans toute vie humaine. »


Notre foi n’est pas une foi-laboratoire mais une foi-chemin, une foi historique. Dieu s’est révélé comme histoire, non pas comme une collection de vérités abstraites. Je crains le laboratoire car on y prend les problèmes et on les transporte chez soi pour les domestiquer et les vernir, en dehors de leur contexte. Il ne faut pas transporter chez soi la frontière mais vivre sur la frontière et être audacieux.


« L’image de l’Église qui me plaît est celle du peuple de Dieu, saint et fidèle. (…) Il n’y a pas d’identité pleine et entière sans appartenance à un peuple. Personne ne se sauve tout seul, en individu isolé, mais Dieu nous attire en considérant la trame complexe des relations interpersonnelles qui se réalisent dans la communauté humaine. Dieu entre dans cette dynamique populaire


« Quand je me rends compte de comportements négatifs des ministres de l’Église, de personnes consacrées, hommes ou femmes, la première chose qui me vient à l’esprit c’est : “voici un célibataire endurci” ou “voici une vieille fille”. Ils ne sont ni père, ni mère. Ils n’ont pas été capables de donner la vie. En revanche, lorsque je lis la vie des missionnaires salésiens qui sont allés en Patagonie, je lis une histoire de vie, de fécondité. »


« Je vois avec clarté que la chose dont a le plus besoin l’Église aujourd’hui c’est la capacité de soigner les blessures et de réchauffer le cœur des fidèles, la proximité, la convivialité.
Je vois l’Église comme un hôpital de campagne après une bataille. Il est inutile de demander à un blessé grave s’il a du cholestérol ou si son taux de sucre est trop haut !
Nous devons soigner les blessures. Ensuite nous pourrons aborder le reste. Soigner les blessures, soigner les blessures… Il faut commencer par le bas. »


« Au lieu d’être seulement une Église qui accueille et qui reçoit en tenant les portes ouvertes, efforçons nous d’être une Église qui trouve de nouvelles routes, qui est capable de sortir d’elle-même et d’aller vers celui qui ne la fréquente pas, qui s’en est allé ou qui est indifférent. Parfois celui qui s’en est allé l’a fait pour des raisons qui, bien comprises et évaluées, peuvent le conduire à revenir. Mais il y faut de l’audace, du courage. »

jeudi 19 septembre 2013

« Afin que s'accomplisse les écritures »: attention, fausse piste...

La Bible est pleine d'expressions qui peuvent facilement nous conduire sur de fausses pistes... par exemple : « (…) afin que s'accomplisse les écritures », formule qui ponctue souvent un passage des Evangiles.
Je rangerais parmi les fausses pistes : 
- C'était écrit, on ne pouvait y échapper !, ou 
- quel pouvoir de prédiction, cela s'est passé exactement comme annoncé !, ou 
Jésus, par obéissance, s'est conformé à ce qui était écrit.. ! ..Etc..


Photo-montage de Marc Hermann, que reste t-il de cet accident de voiture qui a coûté la vie d'une fillette de trois ans, Martha Cartagena, qui roulait sur son tricycle, quand elle a été frappée et tuée sur Porter Avenue à Brooklyn, le 4 Avril 1959..?


Je privilégierait l'interprétation suivante : 
- Ce qui est « écrit » (et qui ne s'envole pas comme les paroles) dans un texte qui a le statut de texte spirituel -s'il a une valeur donc- ne peut pas n'être qu'une suite littéraire qui disparaîtrait dans l'oubli du temps... 
Jésus lui-même avance que son message plonge ses racines dans la voix d'une « loi » et des prophètes. Il affirme même, qu'il n'abolit rien du passé, mais le renouvelle et le transfigure. La spiritualité chrétienne trouve ses racines dans les Écritures juives. Accomplir les Écritures, c'est être en cohérence avec elles...

mardi 17 septembre 2013

Une Eglise sans frontières

Jean Bastaire ( 1927-2013) , philosophe et écrivain catholique ( il se disait héritier de Péguy et de Claudel) est décédé ce mois d’août.
Peinture de Marie Findlay


« Jean Bastaire a joué un très grand rôle dans la redécouverte de la dimension cosmique de la théologie. Pour lui, la promesse de salut n'est pas destinée à l'homme seul, mais à l'ensemble de la Création dont il est responsable. » Patrice de Plunkett ( journaliste)
« Je rame depuis près d'un quart de siècle sur l'océan de l'écologie chrétienne dont on commence seulement à pressentir l'immensité temporelle et spirituelle », J Bastaire à P. de Plunkett.



« Le corps du Christ est plus étendu qu’on ne le pense. » Péguy


Cette interrogation sur l'Eglise fait écho, à ce témoignage rendu par le pape François, à un incroyant : Eugenio Scalfari, directeur du journal La Republica.

« Vous me demandez si le Dieu des chrétiens pardonne ceux qui ne croient pas et ne cherchent pas la foi »... Très bonne question ! « Ne pas croire », serait-il une faute pour un chrétien .. ?
Non ! Même aux yeux de celui « qui croit », si tu ne crois pas, à mes yeux, tu n'es pas en faute … ! Je sais que la miséricorde de Dieu est sans limite..., et « Le péché, précise le pape, même pour ceux qui ne croient pas, est d’aller contre sa conscience. L’écouter et lui obéir signifie en effet prendre des décisions face à ce qui est perçu comme bien ou mal. Et c’est sur cette décision que se joue la bonté ou la méchanceté de notre action »
Et sur la question de l'Absolu, et de la Vérité absolue … Il était temps, enfin, de passer à autre chose qu'une simple condamnation du « relativisme », argument insatisfaisant...
la question est classique : « Existe t-il une seule Vérité ( remise en cause par la modernité des « Lumières »), ou seulement une série de vérités relatives et subjectives ?»
Et bien, non ! Il ne s'agit pas au « croyant » d’asséner La Vérité... !

« je ne parlerais pas de vérité « absolue », pas même pour le croyant, au sens où l’absolu est ce qui est détaché, ce qui est privé de toute relation. Or la vérité, selon la foi chrétienne, est l’amour de Dieu pour nous en Jésus-Christ. Donc la vérité est une relation ! C’est tellement vrai que chacun de nous saisit la vérité et l’exprime à partir de lui-même : de son histoire et de sa culture, de la situation dans laquelle on vit, etc. »

La vérité ne saurait être absolue, car elle est relation et « chemin » permanent, ce qui ne fait pas d’elle un élément « variable et subjectif » pour autant.
François nous donne l'exemple d'un véritable dialogue, en ce sens que son but est la recherche de la vérité. Entrer dans un dialogue, pour le chrétien c'est se laisser interroger pour s'obliger à la cohérence, coller à la réalité, et savoir rendre compte, comme le dit saint Pierre, de l’espérance qui l’habite.

François confirme encore une fois son appel, adressé à l’Église depuis le début de son pontificat, à sortir aux “périphéries de l’existence humaine”, c’est-à-dire à ne pas rester entre paroissiens mais à sortir sur les parvis, à la rencontre des non-croyants.